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Full text of "Revue des études juives 1895"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 




REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES .JUIVE:- 



TOME TRENTE-ET-UNIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bi % RUE LAFAYETTE . ftO 

1895 *V2>^- 



ù>* 5 



101 
t. 31 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 



Tous les peuples ont attribué au monde une antiquité de beau- 
coup antérieure à nos époques historiques, qu'ils ont définie par 
des nombres très limités et très usités. L'esprit d'exagération des 
Hindous et des Chinois est connu : ils acceptent des millions d'an- 
nées pour l'âge du monde. D'après une définition indienne, un 
Kalpa, ou âge, est le temps nécessaire pour user un roo d'un 
yodjana dans les trois dimensions, ou un double myriamètre 
cube, en le touchant tous les cent ans avec un foulard de soie. 
D'autres appréciations plus modestes se contentent de quelques 
millions d'années évalués par des chiffres dérivés du système 
sexagésimal. Les Chinois émettent également des hypothèses 
stupéfiantes. Les peuples occidentaux, tels que les Égyptiens et 
les Chaldéens, ont, malgré leurs exagérations, des prétentions 
relativement modérées. Et il faut ajouter que ce sont précisément 
ces deux peuples qui seuls ont une chronologie certaine, dans le 
vrai sens du mot, qui dépasse en réalité historique celle des deux 
autres nations de l'Extrême-Orient. 

Les Chaldéens surtout, qui croyaient à l'éternité du monde, ont 
établi néanmoins certains systèmes chronologiques pour détermi- 
ner d'une façon fictive leur chronologie mythique; ils sont beau- 
coup plus larges, dans l'établissement de leurs chiffres arbitraires, 
que ne le furent les Grecs et les Hébreux. 

Quant aux Grecs, ils ont admis pour le commencement de leur 
histoire des dates tellement modernes, qu'ils sont en retard sur 
les données certainement historiques que les riverains du Nil 
nous ont léguées. 

Les Romains, peuple de naissance récente, semblent ne s'être 
guère souciés de l'âge du monde, qu'ils ne pensaient qu'à sou- 
mettre à leur domination. 

Les Hébreux, dont nous avons à nous occuper spécialement, 
T. XXXI, n° Cl. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont tout aussi réservés et modestes que les Grecs. Les chiffres de 
la ( tenèse, tels qu'ils nous sont transmis dans le texte hébreu, nous 

induiraient pour- la création du monde, si on les prenait au mot, 
à une époque bien postérieure à celle dont émanent des docu- 
ments qui existent encore. 

Il y a une chronologie biblique, mais c'est- celle de l'histoire du 
peuple d'Israël. Celle-ci se fonde sur des documents authenti- 
ques : elle commence avec l'Exode, dont, à tort ou à raison, mais 
probablement avec raison, on fixait l'époque à l'an 480 avant 
l'édification du temple de Salomon. C'est là la vraie chronologie 
biblique, au point de vue de l'historien et du mathématicien, 
que nous avons toujours défendu et que nous défendrons encore 
par des raisons scientifiques, en nous basant, pour notre thèse, 
sur l'accord arithmétique indéniable et irrécusable des deux cents 
données contenues dans les livres historiques de l'Ancien Tes- 
tament. Quant à la chronologie de la Genèse, elle n'existe pas, 
les nombres qu'on y trouve sont les résultats de calculs arithmé- 
tiques substitués à la connaissance des époques que, forcément, 
on devait ignorer. 

Nous avons soutenu déjà à plusieurs reprises l que la chrono- 
logie de la Genèse suit le même système que les Chaldéens, tel 
qu'il est conservé dans les fragments de l'historien babylonien 
Bérose, qui vivait du temps d'Antiochus Soter, roi de Syrie, vers 
le commencement du ni 6 siècle avant l'ère chrétienne. Ils pren- 
nent pour point de départ les mêmes nombres et les mêmes cycles 
astronomiques pour les temps de la création et les époques anté- 
diluviennes, post-diluviennes et mythiques. 

Nous nous proposons de revenir ici sur cette question, en met- 
tant à profit les données nouvelles que nos études ont pu nous 
fournir depuis nos premières publications. 



Les trois périodes, dans les deux systèmes, sont : 

1° La création, 

2° Les temps anté-diluviens, 

3° Les temps post-diluviens. 

1 Annales de philosophie chrétienne, 1887 ; Qottinger-Nachrichten ; Actes dé la So- 
ciété' philologique. 



LA CHRONOLOGIE DE LA'GENÈSE 



1° La Création. 



La Bible admet pour la création sept jours, le système chaldéen 
fait durer cette période 1,680,000 ans. Or, il y a 168 heures dans 
sept jours ; la Genèse réduit donc à une heure 10,000 ans de la lé- 
gende chaldéenne. 

Dans la cosmogonie babylonienne, chaque jour équivalait à 
240,000 ans. Il y eut en Babylonie différentes écoles d'astronomie 
et de philosophie, celles de Borsippa, de Sippara et d'Orchoé. Il 
est probable que le système de Bérose n'était l'expression que 
d'une seule école. Nous savons par Diodore, Gicéron, Pline et 
d'autres que, généralement, les Chaldéens admirent pour les temps 
post-diluviens l'intervalle de 470,000 ans, mais l'un d'eux l'évalue, 
d'après Pline, à 720,000 ans 1 ; évidemment, l'auteur cité ajouta au 
chiffre arrondi de 480,000 la durée du dernier jour, le sabbat, soit 
240,000, en sorte que l'intervalle qui s'est écoulé depuis la fin de la 
création est de 720,000 ans. Ceci pourrait nous faire croire que le 
dernier jour de la semaine de la création, ou la dernière période de 
240,000 ans, était regardé comme une sorte de sabbat et compté 
avec la période qui suivit la création proprement dite. 

Nous verrons, dans la suite, que l'examen des chiffres nous 
conduit souvent à supposer l'existence de légendes perdues pour 
nous. 

Bérose dit que le laps de temps qui s'écoula jusqu'à son époque 
s'élevait à 215 myriades, ou 2,150,000 ans. Or, il fixe pour la 
période postérieure à la création 47 myriades ou 470,000 ans : 
la différence donne donc exactement les 168 myriades , ou 
1,680,000 ans, dont nous avons signalé l'existence légendaire. Si 
la croyance des Babyloniens est plus conforme aux enseignements 
de la géologie et de l'astronomie, la grandeur de l'idée exprimée 
dans la Genèse lui fait défaut. 



2° Les temps antédiluviens. 

Nous avons ici, comme partout dans le système de la Genèse, 
les mômes nombres fondamentaux que chez les Chaldéens, seule- 
ment munis de coefficients temporaires bien plus petits. La Ge- 
nèse donne dix patriarches ; les Chaldéens admettent dix rois an- 
tédiluviens. 

» Bérose, fr, 24 (faussement 22), Mûller, Fragm, hist. tjraec., II ,105. 



REVUE l>KS ÉTUDES JUIVES 

La Genèse divise ces dix patriarches en trois périodes. Les 
Chaldéens font la même chose pour leurs dix. rois. Dans la Ge- 
nèse, la période du milieu est le quart de l'intervalle entier, il en 
est de même chez les Chaldéens. La Genèse évalue la création 
et le déluge à 1050 ans, ou 72 ibis 23 ans, ou 72 X 1200 semaines, 
ou 86,400 semaines. L'école chaldéenne, dont Bérose est l'or- 
gane, donne 432,000 ou 72 x 6,000 ans, ou 86,400 lustres à 5 ans 
(60 mois). 

Le nombre 86,400, ou 60 x 60 x 24, ou le nombre des se- 
condes de la journée, est le même ; seulement, les Juifs ne comp- 
tent qu'une semaine là où les Babyloniens admettent cinq ans. 
Car 23 ans font juste 8,400 jours (365 x 23 = 8,395, 8395 + 5 
jours intercalaires = 8,400 jours) ou 1,200 semaines. Cette cir- 
constance montre que ce comput remonte à un temps où la lon- 
gueur de l'année à 365 1/4 jours était déjà connue. Cette époque 
peut être très reculée, puisqu'en Egypte, au xviii 6 siècle avant 
J.-C, on procéda déjà à une réforme du calendrier. 

Le nombre premier 23 s'impose à nous dans toute cette époque 
antédiluvienne; en voici la preuve : 

Liste des dix patriarches : 

Adam 4 30 

Seth 105 

Enosch 90 > 46 s. 

Keïnan 70 

Mahalalel 65 

.Yéréd 462 \ 

Hénoch 65 j 414 = 23 X 48, ou 21,600 — 

Mathusalem 4 87 ) 

Lémech 4 82 ) 

Noé 60() | 782 = 23 X 34, OU 40,800 - 

Total 4 ,656 = 23 X 72, ou 86,400 semaines. 



On voit que la période du milieu, ou de 414 ans, ou de 21,600 se- 
maines, est le quart de 1,656 ans. 

Le nombre 21,600 est 6 x 60 x 60. 

Les trois périodes sont très caractérisées, car, d'après l'an- 
cienne légende qui apparaît à travers ces chiffres, personne ne 
meurt dans les 874 ans des deux premières périodes. 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 5 

Les dix rois chaldéens avant le déluge sont : 

Alorus 1 ° sars à 3 ' 600 ans = 36 ' 000 aES } 93,600 ans = 1 8,720 lustres 

Alaparus 3 40,800 — V à 5 ans 

Anménon 4 3 46,800—) 

Amelon 42 — ' 43,200 — ) Ann . , 

„,' rt } 108,000 ans = 21,600 lustres 
Amelagarus... 48 — 64,800 — j ' 

Daonus 10 — 36,000 — 

Edoranchus... 18 — 64,800 — 

Amenpsygnus. 40 — 36,000 —} 230,400 ans- = 46,080 lustres 

Otiarles 8 — 28,800- 

Xisuthrus 4 8 — 64,800- 

Total 420 sars = 432,000 ans = 86,400 lus'.res 



Gomme on le voit, la période du milieu est ici, comme dans le 
système juif, le quart du total. Pour la première période, la diver- 
gence entre les deux systèmes provient de ce que le nombre de 
24,000 lustres, ou 120,000 ans, n'aurait pas été divisible par 3,600, 
c'est-à-dire le nombre du sar qui en est l'expression dans le com- 
put babylonien. Mais cette différence importe peu et a pu être mo- 
difiée dans l'un des autres systèmes chaldéens. Il se peut aussi que 
le mode indiqué par Bérose ne soit pas celai qui servit de proto- 
type aux Juifs, mais que ceux-ci aient imité l'un des autres 
systèmes, peu différents, d'ailleurs, et se ressemblant tous par ce 
trait caractéristique que la période du milieu absorbe le quart du 
total. 

Il résulte de ce qui précède que les 1,656 ans de la Genèse ne 
représentent pas un intervalle historique, mais sont le résultat 
d'une réduction en années du nombre de 86,400 ou 60 x 60 x 24 
semaines. C'est tout simplement le pendant des 86,400 lustres du 
système chaldéen dont nous avons connaissance et dont la réalité 
nous est révélée par une très grande série de données. 

Voilà donc l'énigme résolue en ce qui concerne les temps anté- 
diluviens. 

La Bible trahit pourtant encore un autre système fondé sur une 
autre donnée, et que le texte de la Genèse a combiné avec celui 
que nous venons d'exposer. Ce sont les données relatives à la du- 
rée de la vie de chacun des patriarches; nous y reviendrons après 
l'explication de la période post-diluvienne. Ce système, où apparaît 
également le nombre 23, semble avoir été primitivement fondé sur 
l'idée légendaire que chaque patriarche succède à son père immé- 
diatement après sa naissance. Sans cette supposition, on ne sau- 
rait s'expliquer le fait que le nombre des années d'âge des trois 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

divisions est divisible par 28, et que le total de toutes ces sommes 
jusqu'à Jacob donne le chiffre de 12,075 aus, équivalant à 630,000 
ou *70 X 90 x 100 semaines. Nous reviendrons sur ces laits. 



3° Temps post-diluviens. 

Nous avons vu que l'évaluation des temps qui suivirent immé- 
diatement la création du monde ne se fondait, chez les Clialdéens 
et chez les Juifs, que sur un nombre fictif choisi, à défaut d'une 
donnée précise, comme au hasard, dans les multiples du système 
sexagésimal. Le résultat de la multiplication de 60 par 60 et par 24 
donnait le nombre des secondes de la journée, accepté par la 
chronologie et la métrologie assyriennes : ce chiffre de 86,400 
unités temporaires, les Babyloniens le combinaient avec le coeffi- 
cient d'un lustre, ou de 60 mois, tandis que les Juifs, bien plus 
récents dans l'histoire, se bornaient à compter 86,400 semaines. 

Le déluge, comme chez tous les peuples de l'antiquité, remontait 
à un temps très reculé, il est vrai, mais qui s'était perpétué dans 
le souvenir des peuples comme celui d'une catastrophe réelle et 
indéniable. Mais pour assigner à ce cataclysme une date quel- 
conque, l'arithmétique vague d'une théorie des nombres en herbe 
ne suffisait plus. On se rattacha donc à des faits vraiment chro- 
nologiques, à des cycles astronomiques par lesquels on pouvait 
évaluer des périodes qui, en dehors et au-dessus de toute im- 
mixtion humaine, étaient dictées par les lois de la nature. Pour 
délimiter et préciser cette période intermédiaire entre la légende 
incertaine et la vraie histoire, on choisit deux cycles, en usage 
chez les Clialdéens et les Egyptiens, le cycle sothiaque et le cycle 
lunaire. 

Le cycle sothiaque était surtout connu des Egyptiens. Cette na- 
tion comptait, on le sait, des années de 365 jours; mais elle savait 
que la vraie révolution annuelle est un peu plus grande, et que la 
différence est à peu près d'un quart de journée. Quand le Sothis, 
ou l'étoile de Sirius, s'était levé, à une certaine époque, le 
1 er Thot, ils purent s'apercevoir qu'après un intervalle de 120 ans, 
ce même astre, qui réglait les travaux agronomiques, apparais- 
sait dans les rayons du soleil levant, après avoir été invisible pen- 
dant un certain temp's, seulement 30 jours plus tard, le 1 er Paophi. 
Le 1 er Thot, jour de l'an, qui reculait donc tous les 4 ans d'un jour, 
ne tombait plus en été, mais, en rétrogradant, coïncidait avec les 
saisons du printemps, de l'hiver et de l'automne, pour revenir 
après quatre fois 365 ans, ou 1,460 ans solaires, à son point de 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 7 

départ. Dans ce laps de temps, on comptait alors 1461 années va- 
gues à 365, c'est-à-dire une année de plus que le nombre de révo- 
lutions solaires réelles. Cette période de 1,460 années solaires, ou 
de 1,461 années vagues — et c'est ce dernier chiffre que donne 
encore Tacite [Annales, XI) — , s'appelait le cycle ou la période 
sothiaque. 

Ce calcul de l'année à 365 1/4 jours est la base du calendrier 
julien, mais personne n'ignore que l'année véritable est à peu 
près de 11 minutes 11 secondes moins grande, et ce fait matériel 
a inspiré la réforme du pape Grégoire XIII, ainsi que la compu- 
tation des Persans dans le système de Djelalleddin. Le vrai cycle 
sothiaque, en ne se souciant pas des levers des étoiles modifiés 
par la précession des équinoxes, ne serait pas de 1,460, mais de 
1461 ans environ; mais aux époques reculées de l'histoire de l'E- 
gypte et de l'Asie, on ne se rendait pas compte de ces écarts, dont 
pourtant on a dû, à la longue, constater les effets. 

Or, ce cycle sothiaque était compté à 1460 ans. 

Le second cycle était une période qui fixait le retour des 
éclipses, seul moyen pour préciser la chronologie exacte. On sait 
que la lune se meut autour de la terre dans un plan incliné de 5® 
environ sur l'orbite terrestre, sur laquelle l'axe de la terre se 
meut, incliné de 66 1/2 degrés à peu près. Les Chaldéens et les 
Egyptiens observaient les phénomènes de l'obscuration de la lune 
et du soleil, qui jouait un grand rôle dans l'astrologie. 

Les témoignages des auteurs classiques anciens concernant le 
calcul et les listes des éclipses abondent, et ne peuvent être écar- 
tés par un simple doute. On connaît les 31,000 (ou plutôt 41,000) 
années d'observations astronomiques envoyées par Callisthène à 
Aristote... d'après Simplicius. Ajoutons que le plus grand astronome 
de l'antiquité, Hipparque, évalue à 270,000 (probablement 470,000) 
ans, l'âge des observations antiques. Certainement, ces données 
sont exagérées, et Cicéron (De Divin., i, 19) se moque des bille- 
vesées (nugae) des Chaldéens au sujet de leurs 470,000 ans. Tout 
cela se fondait sur les calculs des périodes astronomiques remon- 
tant en arrière, comme les 473,000 ans dont parle Diodore (n, 31). 
Aristote, d'après DiogèneLaërce (Proœmion), dit que pendant les 
48,863 ans antérieurs à l'expédition d'Alexandre (334 av. J.-C), 
on avait observé 373 éclipses solaires et 832 éclipses lunaires. Ce 
chiffre de 48,863 est exactement transmis, car il découle du sys- 
tème chronologique admis parles Chaldéens. Nous verrons que la 
date de 49,197 av. J.-C. fut un de leurs points de repère, obtenu 
par le calcul de leurs cycles. 

Pour qu'une éclipse puisse se produire, il faut que la lune se 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trouve, ou à la néoménie ou à la pleine lune, très rapprochée de 
l'intersection de son orbite avec l'écliptique. Le retour périodique 
de ces intersections s'appelle un mois draconitique, et il est de 27 
jours 5 heures 5 minutes et 36 secondes en moyenne, tandis que le 
mois synodique, ou l'intervalle entre deux néoménies successives, 
est de 29 jours 6 heures 44 minutes 2,89 secondes l . Les Chaldéens 
connaissaient la période dite de Halley, de 223 mois synodiques ou 
de 242 mois draconitiques, de (5,585 1/3 jours, dont le triple donne 
19,756 jours entiers et est nommé exéligme par l'astronome grec 
Geminus. La période nommée le Saros est trop petite pour calcu- 
ler les éclipses à longue distance, et les Chaldéo-Assyriens se ser- 
vaient d'une autre période, qui est nommée dans les textes de Sar- 
gon « le cycle de Sin (Lunus) », dont Tune finissait sous le règne 
de ce prince, en 712 avant l'ère chrétienne. Cette période était de 
22,325 mois synodiques équivalant, à 2 1/2 heures près, à 24,227 
mois draconitiques, ou à 1805 ans solaires, à quelques jours près. 
Il faut, bien entendu, faire abstraction de la limite d'erreurs dans 
ce calcul, mais nous notons les résultats moyens suivants : 

22,325 mois synodiques .. = 659,270 jours 9 heures 35 m. 20 s. 
24,227 mois draconitiques. = 659,270 — 42 — 4 m. 12 s. 

La période des mois draconitiques, ou des nœuds de la lune, est 
donc de 2 h. 35' 52" plus longue. 1805 années juliennes donnent 
659,270 jours 6 heures, 1,805 années tropiques font 659,262 jours 
5 h. 34' 5". L'erreur dans le calcul julien est juste de 14 jours, en 
sorte que la période écliptique est de près de 6 jours plus courte 
que les 1805 années juliennes, mais de plus de 8 jours plus longue 
que 1805 véritables années. Cette période pouvait se répéter à peu 
près 18 ou 19 fois pendant 330,000 ans. . 

lies Chaldéens n'ont pas calculé ce cycle, mais ils ont pu l'obser- 
ver à deux ou trois retours ; car nous pouvons suivre les textes 
cunéiformes pendant le laps de 4,000 ans. C'est l'expérience qui 
seule leur a fourni les éléments nécessaires pour connaître ce 
cycle, mais aussi, pour nous, elle est utile : si nous voulons sa- 

1 Déjà le Talraud, Rosch Haschana, fixe le mois synodique à 29 jours, 6 heures 
ou 793 halakirn, c'est-à-dire 44 minutes 31/3 secondes, donc seulement de 4/9 se- 
conde trop grand. 

' Nous avons trouvé une autre période bien plus exacte et que nous n'avons vu 
mentionnée nulle part : 14,273 mois synodiques équivalent, à 18 minutes près, à 
15,489 mois draconitiques et sont de 1 1 jours 12 heures 25 minutes plus longs que 
1,154 années tropiques : 

14.273 mois synodiques =± 421.490 jours 2 heures 19 minutes 29 secondes. 
15.489 mois draconitiques = 421.490 jours 2 heures 38 minutes 25 secondes. 
1.154 années tropiques = 421.489 jours 12 heures 54 minutes 26 secondes. 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 9 

voir, par exemple, quelles éclipses ont eu lieu dans l'année de la 
destruction de Jérusalem, l'an 70, nous n'avons qu'à consulter un 
annuaire de 1875, et ajouter 6 jours aux dates juliennes, pour 
retrouver les phénomènes correspondants dans l'année de la ruine 
du second temple. C/est dans ces deux cycles, sothiaques de 
1,460 ans et lunaire de 1,805 ans, que les Chaldéens et les Juifs ont 
trouvé les éléments pour déterminer l'intervalle fictif entre le dé- 
luge et les époques vraiment historiques. 

Commutation chaldéenne. 

Les Assyro-Babyloniens se servaient d'une notation sexagési- 
male, qui souvent peut contrôler le calcul décimal. Le nombre de 
60 se nommait soss, celui de 600 ner, et 3,600 unités formaient 
un sar. Les fragments de Bérose comptent le temps mythique par 
ces multiples, qu'ils transcrivent en unités d'années : 

Après le déluge on compte : 

Evéchoûs régna 4 ners = 2,400 ans. 

Chomasbelus régna... 4 — 5 soss = 2,700 — 

86 rois régnèrent 9 sars 21 — 8 — =34,080 — 

Total 40 sars 5 ners 3 soss = 39,180 ans '. 



1 On a voulu soulever une objection contre ce calcul en se fondant sur le texte du 
Syncelle, évidemment corrompu. D'après le passage de la traduction arménienne 
d'Eusèbe, dont l'original grec est perdu et conservé partiellement par le Syncelle, 
il pourrait paraître que les 34,080 ans, ou 9 sars, 2 ners et 8 soss (32,400 + 1,200 
-f- 480) comprennent toute la série des 86 rois antédiluviens. D'après la teneur ac- 
tuelle des fragments, il semble que, dans l'idée d'Eusèbe ou du Syncelle, les 5100 
ans des deux premiers rois mythiques sont compris dans ce chiffre de 34,080 ans. 
Or, mathématiquement et historiquement, cette idée n'est pas admissible, et, dans le 
cas où elle proviendrait d'Eusèbe même, ce qui n'est nullement démontré, cette er- 
reur serait à la charge de l'évêque de Césarée. Ce dernier, û'ailleurs, n'a pas puisé 
ses renseignements dans les lisies de Bérose directement, mais il a tiré ses données 
d'un extrait qu'en avait fait un polygraphe du temps de Sylla, nommé Alexandre 
Polyhistor. Au point de vue arithmétique, il est à remarquer que nulle part dans ces 
données on ne rencontre une addition. Les chiffres sont indiqués l'un après l'autre 
sans qu'on en établisse la somme ; le règne des deux premiers rois est mentionué 
sans qu'on se soit donné la peine de faire observer que 2,400 et 2,700 ensemble cons- 
tituent une somme de o,100 : sans faire d'autres remarques, il est dit que tous les 
rois ensemble régnèrent, d'après le texte arménien, 33,091 ans, ce à quoi le Syn- 
celle, d'après son exemplaire d'Eusèbe, substitue le nombre 34,090, tout en contrô- 
lant ce chiffre par l'équivalence de 9 sars 2 ners et 8 soss, qui ne donnent que 34,080. 
Mais cette évaluation en multiples vraiment chaldéens ne se trouve pas dans la tra- 
duction arménienne du texte qui a dû les contenir dans l'original et d'où le Syncelle 
les a tirés. Le texte grec d'Eusèbe portait donc incontestablement 34,001, et non pas 
33,091, car la traduction n'aurait pas dit 91, si i'original avait porté 90. La traduc- 
tion et le Syncelle ont donc tous les deux commis chacun une erreur de chiffres. 
Eusèbe, ou celui qui l'a copié, avait écrit : 9 sars 2 ners 8 soss et 11 ans. La 



1i> REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tels sont les temps mythiques chaldéens, qui finissent en 251*7 
av. J.-C, 1,805 ans avant *712 a. J.-C, date à laquelle Sargon 
place la lin du cycle lunaire. Nous arrivons donc, pour le déluge 
chaldéen, d'après l'école qu'a suivie Bérose, à la date de 41,697 
ayant L'ère chrétienne. 

Or cette donnée mythique remonte à 41,363 ans avant la des- 
cente d'Alexandre en Asie, et Diodore nous dit que, depuis les 
premières observations astronomiques jusqu'à ce fait, plus de 
4*73,000 ans s'étaient écoulés. Or, ces 41,363 ans ajoutés au 432,000 
de la période antédiluvienne donnent, en effet, 473,363 ans. 

Mais, si nous ajoutons à la date de 334 av. J.-C. les 48,863 ans 
indiqués comme limite maxirna des éclipses notées dans Diogène 
Laerce, nous arrivons à la date de 49,197 av. J.-C. Or le déluge 
eut lieu en 41,697 av. J.-C. La différence est juste de 7,500 ans. 
Les souvenirs d'Aristote vont donc à 7,500 ans avant le déluge, 
et c'est de l'an 424,500 du monde chaldéen, dans Tannée 57,300 du 
roi Xisuthrus, le Noé babylonien, que date la première éclipse 
observée. Ce personnage régna 18 sars ou 64,800 ans. Le dieu 
avait prédit à Hasisuadru la décision des dieux de faire un dé- 
luge, et peut-être est-ce à cet événement que se rattacha, dans le 
mythe chaldéen, l'observation de la première éclipse. C'est ainsi 
que nous pouvons dégager, à travers les chiffres de l'arithmétique, 
en apparence si arides, quelques faits légendaires qui ne sont pas 
absolument dépourvus d'intérêt pour la connaissance de l'astrolo- 
gie antique. 

Toutes les considérations qui précèdent et celles qui seront ex- 
posées ultérieurement démontrent que c'est à des époques anté- 
rieures à la chronologie contrôlable que remonte l'emploi de ces 
cycles astronomiques, qui furent dénaturés en cycles astrologiques 
et mythiques. Ainsi, de la combinaison du cycle sothiaque et du 
cycle lunaire on forma une période absolument mythologique de 
3,265 ans, qu'on est autorisé à nommer, d'après une glose de 

seconde inexactitude qu'on prête à Eusèbe est une hérésie mathématique absolument 
inexcusable. On aurait donné les chiffres de 2,400, de 2,700, et puis le nombre en- 
tier de 33,091, corrompu, d'ailleurs, de 34,091, au lieu de nous dire que les 84 autres 
rois avaient régné 28,191 ou 29,191. On ne force jamais le lecteur à prendre son 
crayon, s'il ne peut calculer de tête, et faire une soustraction ; on lui doit les élé- 
ments d'addition, et l'on agit toujours ainsi. On aura dit 2,400, 2,700, 29,191, au 
total 34,091. C'est ainsi que l'ait la Genèse dans rénumération des âges des pa- 
triarches, de l'âge de ceux-ci lors de la naissance de leurs fils, la durée totale de 
leur vie. Ainsi l'ait la Bible partout : elle ne dit pas que David régna six ans et demi 
à Ilébron, sans donner la durée de sa résidence à Jérusalem, tout en évaluant les 
années de son règne, et ne laisse pas au lecteur le soin de réfléchir sur le reste. Dans 
la version arménienne, on donne les chiffres de 2,400, 2,700 et de- 33,091 ; donc, il 
faut additionner ces chiffres sans s'astreindre à une soustraction, pour obtenir forcé- 
ment l'intégralité de l'époque antéhistorique. 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 11 

Suidas, le cycle du Phénix ; en sorte que les 39,180 ans de la pé- 
riode antéchronologique chaldéenne se composaient de 12 pé- 
riodes du Phénix. 

Nous avons donc : 

12 périodes sothiaques de 17,520 ans, ou 292 soss, 
12 — lunaires [de 21,660 ans, ou 3G1 soss, 

qui donnent le total de : 

12 périodes du Phénix de 39,180 ans, ou 653 soss. 

Commutation juive. 

Les Hébreux ont fort ingénument introduit ces cycles dans 
leurs calculs postdiluviens, en réduisant les intervalles babylo- 
niens au soixantième et en substituant aux 292 et 361 soss, dont 
la somme est 653 soss, 292, 361 et 653 années. On peut ainsi dire 
que, pour la fixation de cette époque, ils se sont contentés d'em- 
ployer un cinquième du cycle sothiaque de 1,460 et un cinquième 
du cycle lunaire, qui, en effet, donnent 292 et 361 ans. 

Voici les générations depuis Arpaxad jusqu'à Abraham (Gen., 
ch. xi) : 

Première période : 

Arpaxad naquit après le déluge 2 ans. 

Schélah naquit après son père 35 — 

Eber — — 30 — 

Péleg — — 34 — 

Reou — — 30 — 

Seroug — — 32 — 

Nahor — — 30 — 

Térah — — 29 — 

Abraham — — 70 — 

Total 202 ans. 



Seconde période : 

Abraham est plus âgé qu'Isaac de 1 00 ans. 

Isaac — que Jacob de 60 — 

Jacob — que Joseph de 91 — 

A la fin de la Genèse, Joseph meurt âgé de 410 — 

Total 361 ans. 



12 UEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le temps qui s'est écoulé depuis le déluge jusqu'à la naissance 

d'Abraham est de 292 ans. 

Depuis cette date jusqu'à la fin de la Genèse 361 — 



Total des temps postdiluviens 653 ans 



Pour les Hébreux, la naissance du patriarche Abraham était 
une époque : il fallait la fixer à 292 ans, en réduisant du soixan- 
tième les 292 soss babyloniens ou du cinquième la période so- 
thiaque de 1,460 ans : c'est pourquoi, on allonge outre mesure l'âge 
de Térah, qui n'eut son fils Abraham qu'à soixante-dix ans. 

Nous reviendrons sur les falsifications de la traduction des Sep- 
tante, qui ne voulait pas admettre le texte hébreu, parce qu'il fait 
de Sem un contemporain de Jacob. 

Josèphe (Ant. Jud.) donne également avec sincérité le nombre 
conventionnel de 292 ans entre le déluge et la naissance du pre- 
mier patriarche hébreu. 

Pour obtenir la réduction des 361 soss à 361 ans, la Genèse a fixé 
l'âge de Joseph à 110 ans : avec la mort du fils de Jacob se ter- 
mine le premier livre du Pentateuque. C'est la fin de la période 
antéchronologique. 

On peut encore démontrer par un autre calcul que la naissance 
d'Abraham était regardée comme une époque. 

De la naissance d'Abraham à celle d'Isaac il y a. 100 ans. 

De la naissance d'Isaac à celle de Jacob 60 — 

De celte date à l'entrée de Jacob en Egypte 130 — 

Le séjour des fils d'Israël en Egypte est de 430 — 

De l'exode à l'édification du Temple Salomonien. 480 — 

Total 1 ,200 ans. 



Le nombre de 430 a pu être admis pour parfaire l'intervalle de 
1,200 ans entre la naissance d'Abraham et l'inauguration du 
Temple de Salomon : il est contredit par d'autres renseignements 
de l'Exode. Le texte est pourtant formel : les 430 ans ne peuvent 
pas être comptés depuis l'entrée d'Abraham en Canaan. Il existe là 
une contradiction entre la computation factice et la chronologie 
véritable. A cette dernière catégorie appartient l'intervalle des 
480 ans entre l'Exode et l'édification du Temple : on peut croire 
cette donnée absolument historique. Ce qui ne l'est pas, ce sont les 
nombres 292 et 361 ans empruntés à des faits astronomiques. 

Avant de terminer cette exposition, nous devons encore men- 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENESE 13 

tionner une observation qui nous a été présentée au sujet de 
prétendues réductions que les auteurs de la chronologie biblique 
auraient appliquées aux chiffres chaldéens : on s'est étonné que 
ces modifications ne soient pas uniformes, et l'on a cru que si, 
pour la fin de la création, les Juifs avaient réduit le temps à la 
87,760, 000 me partie, ils n'auraient pas dû admettre pour les temps 
antédiluviens le rapport de 1 à 261, et, pour les époques après le 
déluge, celui de 1 à 60. Cette remarque ne saurait se défendre, car 
il n'y a de véritable réduction que pour la troisième période. 
Pour le temps de la création, il n'y a jamais, eu que le nombre de 
sept ; la tradition biblique y a vu sept jours, tandis que les sys- 
tèmes chaldéens, que seuls nous connaissons, ont admis sept 
périodes de 240,000 ans ; d'autres écoles de la Babylonie peuvent 
y avoir substitué d'autres chiffres également arbitraires. Le nom- 
bre originaire a toujours été le même, celui de Yhebdomade. 

Quant à la période antédiluvienne, il y a eu des deux côtés le 
même nombre, 86,400 ou 60 X 60 x 24. Les divers systèmes ont 
pu préférer d'autres combinaisons, attacher au nombre de 86,400 
une autre valeur temporaire, telle que le mois lunaire, l'année, ou 
un autre nombre de jours, de mois ou d'années. Dans les deux 
systèmes dont nous nous occupons, il y a le lustre et la semaine, 
ce sont des coefficients différents, mais il n'y a pas de réduction. 
La seule modification, qui puisse être désignée comme une réduc- 
tion est celle au soixantième que les Juifs ont pratiquée pour la 
période postdiluvienne, et qui s'imposait comme la plus conforme 
aux habitudes arithmétiques contractées depuis longtemps. 

Application de ces cycles dans Vanliqidté. 

Dans les écrits classiques on trouve souvent appliqués les cycles 
sothiaques et lunaires et leur combinaison, réduits au cinquième, 
et leur emploi comme unité cyclique dans les périodes factices. 

L'Egypte avait les mêmes cycles que la Chaldée, et, sous ce rap- 
port, il existe entre les deux pays une communauté de croyances 
qui fait penser à un emprunt effectué par une des deux nations à 
l'autre. Hérodote (II, 142) dit que les prêtres considéraient comme 
une époque le règne du prêtre-roi Séthos, qui régna vers 712 av. 
J.-C, à l'époque même où le cycle assyrien de 805 ans finissait 
sous le règne de Sargon. Le père de l'histoire raconte que les 
prêtres comptaient avant Séthos 341 générations, ou 11,340 ans, 
et pendant cette époque le soleil aurait varié quatre fois, deux 
fois il se serait levé là où il se couche actuellement, et deux fois 
il se serait couché là où il se lève de nos jours. Pris à la lettre, ce 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passage contient une absurdité : l'alternemont entre l'est et l'ouest 
forait forcément conclure à une permutation des pôles arctique 
et antarctique : l'occident et l'orient n'ont jamais varié. Mais 
ce qui change, ce sont les points de l'écliptique à l'égard des 
saisons; la précession des équinoxes produit, par rapport aux 
étoiles du ciel, un alternement complet. En 25,800 ans environ 
s'opère la révolution entière, le point vernal devient le point au- 
tomnal après 12, ( .)00 ans, et les ccelures du Cancer et du Capri- 
corne deviennent, pour le même hémisphère, successivement les 
points du solstice d'été et du solstice d'hiver. Pour l'hémisphère 
boréal, le soleil qui se levait au-dessus de Téquateur céleste au 
signe du Bélier, et qui descend au signe de la Balance, reviendra, 
après 12,000 ans, là où il est monté, et vice versa. C'est de ce 
changement qu'Hérodote a voulu parler. Les prêtres égyptiens 
ne connaissaient certainement pas la précession des équinoxes 
qu'Hipparque découvrit au n° siècle avant l'ère chrétienne; mais 
ils ne peuvent pas ne pas s'être aperçus, à travers tant de siè- 
cles, des énormes changements que ce phénomène produit dans 
l'aspect du ciel. Ces prêtres, qui avaient une science réelle, de- 
vaient formuler une loi réglant cette modification ^dont le double 
accomplissement prend 51,600 ans. Ils la figuraient par remploi 
des cycles ; ce que le calcul suivant démontrera. 

En ajoutant aux 12 périodes dites du Phénix, qui comprennent 
39,180 ans, 12 périodes sothiaques ou 17,520 ans, on obtient le 
total de 56,700 ans, qui, réduits au cinquième, donnent précisé- 
ment 11,340 ans, car 12 x 653 = 7,836 

12 x 292 == 3,504 



Total = 11,340 



Les prêtres dirent à Hérodote ce qu'ils voulurent qu'il sût : 
eux-mêmes calculaient le changement, qui, en réalité, est en 
moyenne de 50,3 secondes par an, à 45 5/7 secondes, tandis que 
Ptolémée, moins exact, ne compte que 36 secondes de précession 
annuelle. Un degré est parcouru par le point vernal en 71 ans, 
les Egyptiens d'Hérodote crurent que cette distance était passée 
en 78 3/4 ans, ce que Ptolémée portait encore à 100 ans. A dé- 
faut de mesures exactes, on se contentait de fixer les intervalles 
par cycles astronomiques. On peut s'expliquer ces calculs par 
l'immense étendue des temps durant lesquels les Egyptiens et les 
Assyriens ont observé les astres, sans transmettre toutefois ces 
connaissances à la postérité profane. 
Toutes ces observations ont donné naissance à la conception 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 15 

d'une grande année cosmique, comme le cycle du Phénix, et à 
d'autres conceptions moins répandues. On peut s'étonner que Ci- 
céron, d'après Tacite, dans le discours sur les orateurs célèbres 
(ch. xvi), donne à cette année cosmique une durée de 12,954 ans, 
c'est-à-dire la moitié de la précession des équinoxes : le double 
en est de 25,908 ans. Solin attribue la même période au cycle du 
Phénix, qui se confond souvent avec la grande année et avec les 
différentes années planétaires. La période de Solin ou de la grande 
année de Cicéron de 12,954 ans se décompose ainsi : 

32 X 292 == 9,344 
10 X 361 = 3,610 



Total 12,954 



Nous rencontrons donc encore ici une application certaine des 
cycles bibliques. 

Ce qui est important pour nous , c'est l'emploi des nombres 
292 et 361, et de leur somme 653. Suidas dit que l'année du Phénix 
est de 654 ans, c'est-à-dire 654 années vagues ; 653 années so- 
laires font 653 1/2 années vagues à 365 jours. Le nombre de 653 a 
été emprunté plus tard par l'inde, et dans la chronique du Ca- 
chemire, nommée Radja Tarangini, cette période figure éga- 
lement. Ce qui est curieux au même titre, c'est l'emploi de ces 
chiffres, en dehors de la computation des temps, comme nombres 
sacramentels. 

Sargon dit du nombre du pourtour des murs de Khorsabad qu'il 
exprimait son nom. Or, Sarkin se décompose en Sar, écrit par 
le chiffre 20, et Kin, nom du dieu Ea, qui a pour chiffre cabalis- 
tique 40. Le mur de Khorsabad a un périmètre de 24,740 empans 
ou demi-coudées, se décomposant ainsi : 

20 X 653 es 43,060 
40 X 292 = 11,680 



Total 24,740 



Ce chiffre est le cinquième de la somme de 29 périodes lu- 
naires et de 60 périodes sothiaques donnant ensemble 123,700 ans, 
et l'idée dominante est que le roi veut faire durer ces murs bâtis 
par lui à travers les siècles. Cette digression nous a paru utile 
pour démontrer comment ces cycles ont été employés dans l'his- 
toire dite profane et pour mieux faire ressortir ainsi l'applica- 
tion qui en est faite dans l'histoire du peuple hébreu avant Moïse. 



16 REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

TOUS les nombres cycliques dont on rencontre l'influence dans 
la Genèse sont dépourvus, dans cette computation, d'un point d'at- 
tache, comme cola a lieu en Egypte et surtout en Assyrie. Dans 
ce dernier pays, les périodes astronomiques partent d'une époque 
astronomiquement déterminée, et tous les événements mythiques 
peuvent être rattachés à un point chronologique lixé. En d'autres 
termes, les dates de tous les événements mythiques peuvent être 
précisées, quelque incorrecte que soit la fixation de l'époque du 
déluge à 41,667 av. J.-G. ; c'est, au moins, une date. Chez les 
Hébreux, au contraire, bien que la chronologie légendaire pût, au 
besoin, se rattacher à la date de l'inauguration du Temple salo- 
monien, les auteurs de la computation biblique ne pouvaient guère 
se faire illusion sur la valeur d'une œuvre qui n'avait même pas 
le mérite d'être originale. Ils ne pouvaient ignorer que la date 
équivalente à 4163 ans avant l'ère chrétienne, et qui est antérieure 
de 402 ans à l'ère du monde acceptée par les Juifs, tombait sur 
les limites de l'ancien et du moyen empire Egyptien, et que les 
Pyramides étaient bâties avant la date qu'ils assignent à la créa- 
tion de l'univers. Mais le système établi par les auteurs de cette 
chronologie avait un autre défaut, qui résultait de la confusion, 
pour la période postdiluvienne surtout, de deux systèmes abso- 
lument différents, dont l'un, comme nous l'avons exposé, est 
fondé sur les idées chaldéennes, et dont il nous reste à mettre 
en lumière le second, d'une origine encore inconnue. Les Sep- 
tante ont déjà senti l'inconvénient de ce second système, ce qui 
les a amenés à falsifier le premier. 

Second système de la computation biblique. 

Le second système n'est autre que l'ensemble des données 
relatives à l'âge des patriarches : il admet que chacun d'eux 
précéda son fils, qui ne lui était pas contemporain. Le texte actuel 
a combiné ce mode avec le premier, en introduisant toujours la 
différence entre l'âge intégral et le temps où chaque patriarche 
avait engendré son fils. Mais, dans le principe, le second système 
était absolument indépendant du premier, ce que les chiffres sui- 
vants vont prouver. 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 17 



Années d'âge des Patriarches. 

A. Patriarches avant le déluge : 
Adam a vécu 930 ans 



Seth - 


- 912 — 




- 905 — 




- 910 — 


Mahalalel 


895 — 




- 962 — 


Hénoch 


- 365 — 


Metouschélah 


969 — 




- 777 — 




- 950 — 




- 602 — 



3,657 = 23 X 159 



399 X 1,200 semailles 
= 478,800 semaines. 



5,520 — 23 X 240 



B. Patriarches après le déluge : 

Arpaxad a vécu 438 ans 

Schélah — 438 — 

Eber — 464 — 

Péleg — 239 — ' 

f™ - H? - V 2,898 = 23 X 126 

Seroug — 230 — > ' „ n n . 

AT , , ;o ( = 151,200 semaines. 

Nahor — 148 — 

Térah — 205 — 

Abraham — 1 75 — 

Isaac — 180 — 

Jacob — 147 — 

Dont le total est de 12,075 = 23 x 525 = 630,000 semaines. 

On voit encore ici l'intervention du nombre premier 23, ce 
qui fait supposer ou plutôt ce qui prouve la réduction d'un chiffre 
plus considérable. Le nombre 630,000 est le multiple de 70 X 90 
x 100. $i l'on appliquait la proportion que nous avons exposée 
plus haut, on arriverait, pour le prototype chaldéen, à la somme 
de 3,150,000 ans. 

Il est à remarquer que la seconde série des personnages anté- 
diluviens compte ensemble 5520 ans, ou 23 x 240, ce qui donne, 
au point de vue chaldéen, 1,440,000 ans ou 400 sars, ce qui, avec 
le chiffre de 72 x 11,200 semaines, ou 72 x 6,000 ans, est dans la 
proportion de 10 à 3. 

Yoilà donc des nombres, non pas cycliques, mais purement 

T. XXXI, n° 61. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

arithmétiques ; on obtient par ce système les résultats suivants : 

Les i premiers patriarches 190,800 semaines ou 9'it,000 m\<. 

Les 7 patriarches suivants 288,000 — 4,410,000 — 

Les M — postdiluviens. 151,200 — 7.'iG,000 — 



Total 630,000 semaines ou 3,150,000 ans. 

La première période avant la déluge a donc 478,800 semaines 
ou 2,394,000 ans, la seconde période postdiluvienne, 151,200 se- 
maines ou 750,000 ans. 

Ces deux nombres ont un diviseur commun, 25,200 pour les se- 
maines et 126,000 pour les ans, et sont dans la proportion de ]9 
à 7. Pour la première fois nous voyons l'intervention du nombre 
sept, car 25,200 est 7 x 3,600 (ou le sar), et 126,000 = 7 x 18,000. 
Cette computation se montre également dans la mesure du temps 
et dans la métrologie assyrienne. Nous n'osons pas reconnaître 
dans le nombre 19 une allusion au cycle lunaire de 19 ans, 
quoique cette supposition de 7 sars de cycle métonien ne soit pas 
complètement récusable. Quoi qu'il en soit, personne ne pourra 
nier que nous nous trouvons en face d'un système élaboré à des- 
sein, et que ce chiffre de 630,000 * représente bien le multiple de 
70 x 90 x 100. 

Nous ignorons, par contre, absolument quel était le mode 
babylonien, et nous ne saurions même dire qu'un pareil système 
ait existé chez les Chaldéens ou les Egyptiens. 

Nous donnerons maintenant le résultat des dates de la Genèse 
telles qu'elles résultent de la combinaison des deux systèmes. 

CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE. 
I. Temps antédiluviens. 





Première période : 


Ans du monde. 





Adam naît. 


130 


Seth — 


235 


Enosch — 


325 


Keïnan — 


39:i 


Mahalalel — 


460 


Yéréd — 



» Ce système ne compte pas Joseph, mais s'arrête avec Jacob-Israël, la vraie per- 
sonnification du peuple isfaélite. 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 19 

Deuxième période : 

460 Yéréd naît. 

622 Hénoch — 

687 Metouschélah — 

874 Lémech — 

Troisième période : 



874 


Lémech 


naît. 


930 


Adam 


meurt. 


987 


Hénoch est enlevé par 




Dieu. 




1042 


Seth 


meurt. 


1056 


Noé 


naît. 


4140 


Enosch 


meurt. 


4 235 


Keïnan 


— 


4 290 


Mahalalel 


— 


1422 


Yéred 


— 


4 556 


Sem 


naît. 


1654 


Lémech 


meurt. 


4 656 


Metouschélah 


— Déluge. 



II. Temps postdiluviens. 
Première période : 



nées du ( 


iéluge. 




2 


Arpaxad 


naît. 


37 


Sélah 


— 


67 


Eber 


— 


4 04 


Pheleg 


— 


4 31 


Reou 


— 


4 63 


Seroug 


— 


4 92 


Nahor 


— 


222 


Térach 


— 


292 


Abraham — 




Deuxième période : 


292 


Abraham 


naît. 


340 


Phéleg 


meurt. 


344 


Nahor 


— 


350 


Noé 


— 


367 


Vocation d'Abraham 


370 


Reou 


meurt. 


392 


Isaac 


nail. 


393 


Seroug 


meurt. 



.:<» REVUE DES ETUDES JUIVES 



427 


Térah 


meurt. 


410 


Arpaxad 


— 


452 


Jacob 


naît. 


467 


Abraham 


meurt. 


470 


Sélah 


— 


502 


Sem 


— 


531 


Eber 


— 


543 


Joseph 


nait. 


572 


Isaac 


meurt. 


582 


Arrivée de Jacob en 




Egypte 




599 


Jacob 


meurt. 


653 


Joseph 


— 



Voilà la chronologie telle qu'elle se dégage directement des 
chiffres de la Genèse et dont les auteurs ont combiné les éléments 
avec intention et habileté. A travers ces chiffres, en apparence si 
arides, nous devinons l'existence de mythes, perdus pour nous, 
qui vivifièrent jadis les récits de la création et des premiers âges 
de la jeune humanité. 

Dans la première période, l'homme, chassé du paradis, vivait 
heureux ; la mort étant inconnue, l'humanité, heureuse dans des 
demeures primitives, croissait et se multipliait. C'était l'âge d'or. 
Cette période de bonheur, qui n'avait duré, de la grande jour- 
née antédiluvienne de 86,400 secondes, que 6 heures 2/3, fut rem- 
placée par l'âge d'argent, qui dura le quart de toute cette grande 
journée, 6 heures, et où les passions, le travail assidu produisirent 
une félicité relative. Mais la troisième époque, l'âge de fer, ap- 
prochait, qui dura un peu moins que la moitié de cette grande 
journée, onze heures 1/3. L'humanité était devenue perverse, 
terras Astraea reliqirit, et peut-être avons-nous dans les Méta- 
morphoses d'Ovide une image ou un écho lointain des légendes 
bibliques qui ont péri. 

Les chiffres ont dû nous révéler que la mort enlevait les vieux 
hommes qu'elle avait jusque-là épargnés : tous meurent ; le vieux 
Mathusalem doit terminer sa carrière à la veille même du cata- 
clysme qui engloutira tous les mortels. De toutes ces légendes il 
ne nous reste que les quelques lignes sur les fils des dieux 
et les filles des hommes qui précèdent le récit du déluge. 

Dans cette première période antédiluvienne, on voit encore une 
conception fortement établie sur des bases légendaires; mais dans 
l'époque qui suit le déluge, la combinaison des deux systèmes 
chronologiques a produit des résultats assez étranges. Depuis des 
siècles, on s'est aperçu de la longévité de Sem, qui survit à Abra- 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 21 

ham et qui devient contemporain de Jacob. La tradition Ta iden- 
tifié avec Melchisédec, et il aurait ainsi perpétué à travers les âges 
les enseignements de la période primitive et antédiluvienne. Les 
Septante et le texte samaritain n'ont pas voulu que Sem et son 
petit-fils Eber survécussent à toute leur progéniture, ils ont pour 
cela falsifié les chiffres authentiques, en augmentant arbitraire- 
ment l'âge de chaque génération d'une centaine d'années et en 
donnant à Arpaxad et aux autres 135, 130 années d'âge, au lieu de 
35, 30, et ainsi de suite. La traduction grecque, en outre, a inséré 
après Arpaxad un second Keïnan, auquel elle attribue sur son 
fils Sélah une priorité de 130 ans, et elle arrive ainsi, pour la 
première période, à un total de 1172 ans. La Vulgate a tout sim- 
plement adopté les données du texte hébreu, dans toute leur 
étendue. 

Les textes grec et samaritain présentent, pour la période anté- 
diluvienne, plusieurs fois d'autres chiffres, qui ne sont pas toujours 
identiques dans les différents manuscrits. Il n'y a de conformité 
que pour les âges des patriarches antédiluviens, où seul le nombre 
de 777 pour Lémech est corrompu en 753 chez les Grecs, en 653 
chez les Samaritains. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à ces chiffres 
changés à plaisir par les copistes, qui n'ont pas compris la vraie 
origine de ces dates. C'est sur ces chiffres altérés que les Eglises 
d'Orient se sont basées pour établir que le monde avait été créé 
5509, 5503 ou 5502 années avant l'ère chrétienne, 



Les dates historiques des cycles. 

Les deux cycles sothiaque et lunaire ont réellement existé et 
ont été employés dans les temps historiques, quoique le premier 
d'entre eux ne soit pas rigoureusement exact au point de vue 
astronomique. Néanmoins, il figure encore dans nos annuaires : 
l'ère de Nabonassar, qui figure dans beaucoup de nos calendriers, 
n'est autre chose que le cycle sothiaque commençant avec l'an 
576 de cette période. Le mois égyptien Thot, qui inaugura l'an- 
née d'un de ces cycles le 20 juillet julien 1322 av. J.-C, tomba, 
en rétrogradant tous les quatre ans d'un jour, le mercredi 26 fé- 
vrier j ulien de l'an 747 av. J-C, et c'est de cette date que court l'an 
de cette ère du roi de Chaldée, qui donne le nombre de jours exact 
entre deux dates, et qui, introduit par Hipparque, a dominé l'as- 
tronomie du moyen âge par la puissante influence de Claude 
Ptolémée. 

Nous savons par un passage de Censorin qu'une période so- 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

thiaque finit le 20 juillet 139, sous le second consulat d'Antonin le 
Pieux et de Bruttius Pnesens. Le lever de Sirius ou du Sothis 
ayant toujours lieu le 20 juillet julien pendant une assez longue 
époque et grâce à des combinaisons astronomiques sur lesquelles 
nous n'avons pas à entrer ici, pourquoi avait-on choisi cette an- 
née 139 pour y placer le premier Thot? Apparemment parce que 
1460 ans auparavant on avait commencé l'année et fait coïncider 
ce 20 juillet avec le jour de l'an. On pouvait commencer le cycle à 
un 20 juillet quelconque ; il y avait donc à cela une raison qui re- 
montait à un passé plus reculé. 

D'autre part, le « cycle de Sin » finissait, tout aussi arbitrai- 
rement, en T12 av. J.-C. ; c'est à cette date que se lient également 
les périodes de Saros postérieures, ainsi que nous l'avons établi 
dans des travaux sur des textes cunéiformes. Donc, il fallait alors 
rechercher ici la cause de cette fixation en apparence arbitraire. 
La raison se reconnaît quand on remonte la série des cycles ainsi 
qu'on va le voir : 

Cycles sothiaques de 146 ans, cycles lunaires de 1805 ans. 

139 712 av. J.-G. 

1,322 av. J.-C. 2,517 

2,782 — 4,322 

4,142 — 6,127 

6,702 — 7,932 

7,162 — 9,737 

8,622 — 4 4 ,542 

8,822 — 

10,082 — 

11,542 — 

Toutes les deux périodes remontent à une môme année 11,542 
av. J.-C. 

Quelle est cette date précise? 

Le phénomène qui nous occupe, et qui eut bien six périodes lu- 
naires de 1805 ans ou de 659,270 jours et 10 heures environ avant 
l'éclipsé cyclique du 24 mars julien 712 av. J.-C, se produisit 
le jeudi 29 avril julien, 30 janvier grégorien de l'an 11,542 
av. J.-C, 11,541 des astronomes, et 28,459, si l'on augmente 
l'ère chrétienne de 40,000 ans. Si l'on peut avoir quelque con- 
fiance en des calculs sur des phénomènes tellement éloignés de 
nous, c'est vers trois heures du matin que son milieu aurait 
eu lieu. 

Mais, à cette époque, l'état du ciel étoile était tout différent de 
notre ciel à nous, qui vivons en l'an 41,894. Il y aura eu le 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENÈSE 23 

1 er Tischri 5,655, ou le 1 er octobre 1894, juste 4,907,277 jours, ou 
13,435 ans et 8 mois. À cette époque, tout un côté du ciel que 
nous voyons aujourd'hui était caché pour nous, et on voyait à 
Marseille la croix du Sud et les étoiles du Centaure bien plus au 
Nord. La brillante étoile de la Lyre, ou de l'Aigle tombant, était 
presque l'étoile polaire, et bien des astres que nous apercevons à 
peine au-dessus de l'horizon brillaient haut au firmament. Par 
contre, l'étoile du Chien, Sirius, la plus brillante étoile du ciel, 
était invisible, non pas seulement pour nos régions, mais ne se 
levait jamais sur l'horizon du Nord de l'Egypte ; au-delà du 
26 e degré de latitude boréale, elle était inconnue. 

Pour pouvoir penser à une apparition de Sothis à cette époque, 
il faut se transporter à la latitude de 26°, où on aura observé 
une éclipse arrivant vers le matin, où on aura vu briller l'astre 
étincelant qu'on ne voyait pas ordinairement, surgissant peu 
au-dessus de l'horizon, et disparaissant dans la brume qui en- 
veloppe le bas du ciel. Pour déterminer cet endroit, nous avions 
pensé à Thèbes, mais l'heure de cette éclipse est trop matinale ; 
marchant toujours vers l'Orient, je crois que c'est à Tylos, à 
l'île de Bahreïn, que cette première observation eut lieu, et c'est 
là que le double spectacle de l'éclipsé solaire et de l'apparition de 
l'étoile à peine visible a frappé l'observateur primitif. En effet, 
c'est de Tylos, le Dilvum des Assyriens, le pays du cotonnier, qui 
joue un grand rôle dans l'antique mythologie chaldéenne, que, 
d'après Strabon, viennent les Phéniciens; c'est là où, d'après 
les inscriptions cunéiformes, une partie du Panthéon sémitique a 
pris naissance ; c'est de là que les Sémites se sont introduits en 
Chaldée. C'est sur l'île de Bahreïn, l'archipel des perles, qu'on a 
trouvé des textes assyriens. C'est donc sur cette île du golfe per- 
sique que je propose de placer les hommes auxquels se rattache 
la plus ancienne date de l'histoire. C'est de l'île de Tylos, de cette 
mer du Sud, qu'ont émergé les quatre monstres marins, qui, 
avant le déluge , avaient instruit les hommes dans toutes les 
sciences. 

Nous croyons que toute cette computation cyclique est d'origine 
babylonienne et qu'elle a été empruntée par l'Egypte, comme la 
semaine de 7 jours et la division de la journée en 24 heures à 60' 
et à 60", et la division du cercle en 360 degrés. Ces institutions ont 
traversé les siècles, et ce sont les seules choses que la Révolution 
française ait vainement cherché à remplacer par des divisions 
beaucoup moins pratiques. 

Les Chaldéens remontaient en arrière d'une manière arbitraire. 
Il faut encore sept périodes lunaires, ou 12,635 ans, pour parfaire 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les ]2 cycles admis, ce qui nous reporte à la date de 24,177 avant 
l'ère chrétienne. Nous ne savons pas quel était, dans le système 
de l'historien Bérose, le fait qui marquait cette époque ; mais cer- 
tainement ce fut un événement dont l'importance pouvait se com- 
parer avec la portée attribuée par les Hébreux à la naissance 
d'Abraham. 

Douze périodes sothiaques, ou 17,520 ans, ou 292 soss avant 
cette date conventionnelle, eut lieu, selon les Chaldéens, le déluge, 
en 41,697 av. J.-C. 

Si l'on veut pousser plus loin une exactitude qui frise la plaisan- 
terie, on dira que le premier homme parut, pour les Chaldéens, 
en 473,697 av. l'ère chrét., et de là à la descente d'Alexandre en 
Asie (334), on comptait 473,363 ans en conformité de la donnée 
de Diodore de Sicile, qui fixe cette date à plus de 473,000 ans 
avant la descente en Asie d'Alexandre le Grand, 



Conclusion, 

Cette considération nous mène justement aux époques de con- 
tact d'une chronologie factice avec celle des temps réellement 
déterminables. Les périodes mythiques chaldéennes se terminent 
en un temps où une chronologie sérieuse existait depuis long- 
temps. Nous avons les originaux de textes écrits quelques mil- 
liers d'années avant la fin de la période légendaire, c'est-à- 
dire 2,517 av. J.-C. Telles sont les inscriptions d'Orcham, de 
Dunghi, de Bingani-sar-iris, de Sargon I, de Naramsin, les 
vases d'argent d'Urnira et d'autres monuments, sans parler des 
Pyramides d'Egypte et des documents hiéroglyphiques, qui certes 
n'émanent pas d'un temps mythique. D'autre part, la fin de la 
dynastie des 88 rois postdiluviens entame déjà les temps vraiment 
historiques et dépasse de 11 ans la fin du cycle. En 2566 com- 
mence la dynastie des Elamites Babyloniens, dont le monarque le 
plus connu est Hammourabi (2394-2339). Aussi Bérose donna-t-il 
aux 86 rois qui succédèrent à Evéchoûs et Chomasbélus régnant 
ensemble 5,100 ans, non pas 34,080 ans, c'est-à-dire 9 sars, 2 ners 
et 8 soss, mais onze ans de plus, 34,091 ans; ce qui fait pour 
toute la dynastie postdiluvienne 39,191 ans. 

Chez les Juifs, l'époque historique commença pendant le séjour 
des fils d'Israël en Egypte. Selon la Genèse, Joseph survécut à 
cet événement 54 ans. La durée du séjour dans le pays des Pha- 
raons n'est pas certaine, car les 430 ans semblent être un chiffre 
factice, et, d'autre part (selon l'Exode vi, 18 et suiv.), Moïse n'était 



LA CHRONOLOGIE DE LA GENESE 2o 

que l'arrière-petit-fils de Lévi. Le prophète ayant 80 ans lors de la 
sortie d'Egypte, 350 moins les 11 ans de la vie de Joseph, donnent 
2*79 pour l'intervalle de la fin de la Genèse et la naissance de 
Moïse. La généalogie de Moïse ne semble pas en contradiction 
avec la donnée de l'intervalle de 430 ans. La vraie chronologie 
juive commence avec l'Exode, qui fut une époque, et prise comme 
point de départ pour les annales des livres des Rois. Mais pour les 
temps antérieurs à Moïse, il n'y a pas de chronologie, au sens 
exact du mot. 

J. Oppert, 



LA BATAILLE DE MAGDOLOS 



rrn 1 



ET LA CHUTE DE NINIVE 



M. Oppert a récemment entretenu l'Académie d'une inscription 
cunéiforme, déchiffrée par le P. Scheil, qui, pour la première fois, 
mentionne cet événement si obscur et d'une si grande portée his- 
torique : la chute de Ninive et de l'empire assyrien. Il ne sera pas 
inutile de montrer qu'un renseignement jusqu'à présent inaperçu, 
sinon sur la catastrophe elle-même, du moins sur l'un des épi- 
sodes qui l'ont immédiatement précédée, se cache dans un texte 
bien connu, mais mal interprété, du vieil Hérodote. 

Hérodote, dans son bref résumé de l'histoire des derniers rois 
d'Egypte, nous apprend que le roi Nécôs (Néchao), entre autres 
prouesses, « combattit les Syriens par terre à Magdolos et les 
vainquit; après la victoire, il s'empara de Gadytis, qui est une 
grande ville de Syrie, puis il consacra à Apollon, dans le temple 
des Branchides à Milet, le vêtement qu'il portait le jour de la 
bataille 2 . » 

Autrefois on identifiait cette bataille de Magdolos avec celle 
de Megiddo où, suivant le livre des Rois 3 , Néchao vainquit et 
tua Josias, roi des Juifs. Mais cette identification séduisante, 
déjà combattue par Alfred de Gutschmid dans ses leçons sur le 
Contre Âpion 4 et par moi-même dans mon recueil de Textes*, 
ne résiste pas à un examen sérieux. Magdolos représente une 

1 Cette note, lue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le 23 août 1895, 
a été insérée dans les comptes rendus de cette Académie. 

* Hérodote, II, 159: Kru Xûpotai 7rcÇr) 6 Nexû>; (jv|xêa).à)v èv Mayô6)q) èvixiqae, [xerà 
Se Trjv u.à/r ( v KâSvnv 7tg),iv x^;Iupir,ç èoùaav p.£Yâ).r ( v eïXe' èv ttï 6è èaÔyJTi ëxu^e tocùtcc 
xaTEpYa<Tàp.£vos, àvéôrjxs tw 'AttoXXwvi, tzé^clç iq Epay/ioaç toùç Mi)vY]ffi(ov. 

3 II Rois, xxiii, 29. Cf. II Cbroa., xxxv, 20-24. 

* Kleine Schrif'ten, IV, 497 (où la chronologie est malheureusement embrouillée). 
5 Textes d'auteurs grecs et romains relatifs au judaïsme, p. 4, note. 



LA BATAILLE DE MAGDOLOS ET LA CHUTE DE NINIVE 27 

forme sémitique Migdol, c'est-à-dire tour, nom fréquent de for- 
teresses en pays sémitique, et qui n'a aucune analogie réelle 
avec Megiddo. En outre, Cadytis, tout le monde est aujour- 
d hui d'accord là-dessus 1 , est Gaza; Jérémie mentionne expres- 
sément la conquête, par Néchao, de Gaza, et, en outre, d'As- 
calon *. Or, il est impossible de comprendre comment une victoire 
gagnée à Megiddo, c'est-à-dire au pied du Garmel, aurait pu avoir 
pour conséquence la prise de Gaza, située à 200 kilomètres de là. 
Ajoutons que la bataille de Megiddo, très intéressante pour les 
Juifs, a dû avoir beaucoup trop peu d'importance dans l'ensemble 
des conquêtes de Néchao pour justifier l'offrande pompeuse dans le 
temple des Branchides, qui est la source du récit d'Hérodote. On 
ne saurait douter, en effet, que cette offrande ne fût accompagnée 
d'une dédicace explicite ; c'est par cette inscription grecque, et 
non par de prétendues « traditions » égyptiennes, qu'Hérodote, ou 
plutôt l'historien plus ancien qu'il copie, a su tout ce qu'il nous 
rapporte sur un événement dont il ignore, d'ailleurs, profondément 
les causes, la portée et « l'entourage » historique. 

Tâchons d'en savoir un peu plus long que lui. 

Et d'abord, je ne veux pas rechercher longuement si la Magdo- 
los d'Hérodote doit être identifiée, oui ou non, avec le Migdol cité 
fréquemment dans la Bible comme une place frontière d'Egypte et 
qui se confond certainement avec le Magdolum,, voisin de Péluse, 
que mentionne l'Itinéraire d'Antonin 3 . Cette identification n'a rien 
d'impossible à priori, car, d'une part, Hécatée avait parlé d'une 
Magdolos en Egypte (MayBwXdç, TroXtç M^û-ktou) 4 , d'autre part, il y a 
des raisons sérieuses de croire, avec M. Wiedemann, que le texte 
d'Hérodote sur la victoire de Néchao est pris dans Hécatée : celui- 
ci, en sa qualité de Milésien, devait connaître à fond les curiosités 
du temple des Branchides, et l'épithète de « grande ville de Syrie », 
qu'Hérodote accole au nom de Gadytis, se retrouve précisément 
dans un autre fragment d'Hécatée 5 . On est donc tenté de croire 
que le fragment d'Hécatée sur Magdolos est extrait du contexte 
même où Hérodote a puisé sa mention de la bataille. Toutefois ce 
n'est là qu'une conjecture et qui n'est pas très satisfaisante au 
point de vue stratégique; parmi les nombreuses localités du nom 
de Migdol qu'offre la carte xle la Syrie méridionale, je serais plutôt 



1 Cf. Hérodote, III, 5. On y a vu, sans raison, Kadesch, Jérusalem, Gath, et même 
Carchéinis. En égyptien : Gadatou. 

* Jérémie, xlvii. 

3 Itin. Anton., 14 (à 12 milles romains au sud-ouest de Péluse). 

* Hécatée, fr. 282. 

» Hécatée, fr. 261 et 202. 



REVUE DUS KTUDES JUIVES 

disposé à chercher le lieu de notre bataille dans le voisinage im- 
médiat de (îo/.a, puisque la victoire du Pharaon entraîna la chute 
de cette forteresse *. Reste à savoir — et c'est le point capital — 
quels furent les adversaires, cachés plutôt que désignés sous le 
nom de Supot, que Néchao eut à combattre dans cette journée. 

M. Nôldeke, dans un excellent mémoire, publié il y a plus de 
vingt ans *, a montré que le mot Euptoç ou ^jpo; — car les deux 
formes sont absolument équivalentes et constamment confondues 
par les manuscrits — a chez les contemporains d'Hérodote, et 
chez Hérodote lui-même, trois significations distinctes : 1° les Cap- 
padociens, qu'on appelait aussi Syriens blancs, Asuxô<7upoi; 2° les 
habitants de la Syrie proprement dite ; 3° les Assyriens. Hérodote 
dit expressément (VII, 63) que les barbares appelaient Assyriens 
ceux que les Grecs appelaient Syriens. Dans le texte relatif à 
Magdolos, il ne peut être évidemment question des Cappadociens : 
écartons-les du débat. Restent les Syriens et les Assyriens. Long- 
temps j'ai pensé, avec la pluralité des commentateurs, qu'il s'a- 
gissait des Syriens; parmi les peuples compris sous cette étiquette 
plutôt géographique qu'ethnographique, comme les Juifs se trou- 
vent exclus, il ne reste que les Philistins ou Syriens de Palestine ; 
c'est à eux que Gutschmid rapportait le Supot d'Hérodote. Mais, 
après mûre réflexion, je vois que cette interprétation doit être 
abandonnée. La dédicace de Néchao n'aurait pas désigné les Phi- 
listins sous le nom vague et impropre de Stipot; elle les aurait ap- 
pelés, comme Hérodote lui-même, Supot ot sv naÀoasT'V/). En outre, à 
l'époque où nous sommes, les Philistins, très affaiblis, depuis long- 
temps vassaux de l'Assyrie, n'étaient pas en mesure d'affronter 
les Egyptiens en bataille rangée; Jérémie prophétise leur ruine à 
coup sûr et à bref délai ; il ne fait pas la moindre allusion à leurs 
armées. Leurs forteresses mêmes ne leur appartenaient plus. 
Asdod avait été prise en 715 par un lieutenant de S argon s , et 
c'est donc la garnison assyrienne, et non les Philistins, qui soutint 
contre Psammétichus I er le mémorable siège de vingt-neuf ans au 
bout duquel cette place tomba aux mains des Egyptiens 4 . 

Nous sommes ainsi amenés à la troisième acception du mot Supot, 

1 II n'y a pas moins de cinq localités du nom de Medjdel (= Magdala, Magdolos) 
dans la Palestine actuelle (voir Pindex de la dernière édition de l'Atlas de Stieler). 
Celle qui correspond le mieux aux données du problème se trouve dans les environs 
d'Ascalon; M. de Saulcy y a déjà pensé. Avec la Magdolos de Péluse, il faudrait 
admettre un retour offensif des Assyriens repoussé par Néchao, ce qui est peu com- 
patible avec l'état d'affaiblissement de la puissance assyrienne à ce moment. 

1 Hermès, 443 et suiv. 

3 Isaïe, xx, 1. 

4 Hérodote, II, 157 f 



LA BATAILLE DE MAGDOLOS ET LA CHUTE DE NIN1VE 29 

celle où il est synonyme de 'Aaraupioi. Hérodote emploie d'ordinaire, 
par un raffinement de voyageur érudit, la forme correcte 'A<x<7u- 
ptot, introduite dans la littérature grecque par son parent Panya- 
sis. Mais ici il ne fait probablement que reproduire ou abréger le 
récit d'Hécatée, dérivé lui-même de la dédicace de Néchao : or, le 
drogman ionien qui avait rédigé le texte grec de cette dédicace 
appelait naturellement les Assyriens Eupot, suivant l'usage vul- 
gaire de son temps, attesté par Hérodote lui-même. Hérodote, 
qui ne savait pas au juste de quels Syriens il était question, a con- 
servé la forme épigraphique sans songer à mal, ou pour ne pas se 
compromettre. 

Mais si la bataille de Magdolos a été gagnée par le pharaon Né- 
chao sur les Assyriens, elle acquiert une importance toute nouvelle 
dans l'histoire générale de l'Orient. Depuis les expéditions victo- 
rieuses des grands Sargonides, la Syrie tout entière avait reconnu 
la suprématie assyrienne ; l'Egypte elle-même, conquise par As- 
sarhaddon vers 670, et de nouveau par Assourbanipal vers 662, 
avait dû longtemps payer tribut : aussi Bérose appelle-t-il Néchao 
un « satrape rebelle ». Des garnisons assyriennes occupaient sans 
doute les places principales de la frontière syrienne, entre autres 
Asdod, Ascalon et Gaza. Assourbanipal meurt vers 626, et dès lors 
la puissance assyrienne décline; ses faibles successeurs perdent 
Babylone; les Mèdes les serrent de plus en plus près sur la fron- 
tière du nord et de l'est. Psammétichus et Néchao profitèrent de 
cette circonstance, non seulement pour secouer définitivement le 
joug de l'allégeance assyrienne, mais pour chercher à reconquérir 
la Syrie, que les souverains égyptiens, depuis Touthmosis jusqu'à 
Mehemet-Ali, ont toujours considérée comme une dépendance na- 
turelle et nécessaire de l'Egypte. La prise d'Asdod fut la première 
étape de cette laborieuse conquête. Néchao, suivant Hérodote, 
succède à son père en 609 av. J.-G. « Le pharaon monta vers l'Eu- 
phrate, dit la Bible, contre le roi d'Assur *. » A cette date, en effet, 
Ninive n'était pas encore tombée, la ligne de l'Euphrate apparte- 
nait aux rois assyriens, la Syrie, le pays philistin, la Judée leur 
étaient tributaires, et ils y avaient des garnisons. Deux victoires 
mirent Néchao en possession de ce vaste territoire 2 : celle de 
Magdolos (608?), remportée sur l'armée d'occupation assyrienne, 
celle deMegiddo (607?), gagnée sur les Juifs. La première, qui fit 

1 11 Rois, xxm, 29. 

a Néchao s'empara même de la Phénicie, car il eut la ilotte phénicienne à son ser- 
vice (Hérodote, IV, 42), et Bérose l'appelle satrape d'Egypte, de Cœlésyrie et de 
Phénicie (fr. 14). D'après le même historien, l'armée vaincue à Carchémis comptait 
des Egyptiens, des Syriens [proprio sensu), des Phéniciens et des Juifs. 



30 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

tomber Ascalon et Gaza, le boulevard de la Syrie *, est la plus 
importante et décida du succès de la campagne tout entière : 
Néchao la gagna sans doute à l'aide de ses fameux mercenaires 
ioniens et cariens, et c'est en souvenir de ce service qu'il dédia 
sa cotte d'armes dans le grand sanctuaire milésien, commun aux 
deux peuples. Cette journée célèbre est à la fois la première et la 
dernière bataille entre Egyptiens et Assyriens, dont nous connais- 
sions un peu exactement le nom et la date. Quatre ans après, à 
Carchémis (605), Néchao trouva en face de lui, non plus des Assy- 
riens, mais des Babyloniens ; c'est donc que dans l'intervalle 
Ninive était tombée, et le récit d'Hérodote, combiné avec les 
textes bibliques, nous permet ainsi de déterminer la date approxi- 
mative de cet événement : il se place sûrement entre 608 et 605 
av. J.-C. 

Théodore Reinach. 



1 La flotte mentionnée par Hérodote, II, 159, coopéra sans doute à la prise 
de Gaza. 



LES SECTES JUIVES 

ENTIONNËES DANS LA MISGHNA 

DE BERAKHoT ET DE MEGUILLA 

(SUITE et FIN *) 



II [ 

Saddugéens ou Pharisiens. 

Nous avons déjà eu l'occasion de citer, parmi les textes dogma- 
tiques de la Mischna de Berakhot, un passage de la dernière 
Mischna de ce traité, \>? ^-dm dtt33 WTi bv 'pab tna n^n 
tianan, affirmant, à rencontre des Esséniens, que tout, ici-bas, le 
bien comme le mal, vient de Dieu, le bien, seule réalité positive, le 
mal, pure apparence, manifestation incomprise de la miséricorde 
divine 2 . Ce passage est incontestablement très précieux pour l'his- 
toire du développement des croyances en Israël. La fin de la 
Mischna est, à ce dernier point de vue, tout aussi instructive et 
plus significative encore. Il y est question également de dissidents 
(mais ceux-ci nommés en toutes lettres, d'un nom appartenant à 
l'histoire) et de mesures prises pour sauvegarder, contre leurs 
atteintes, la foi dite traditionnelle. Seulement, à première vue, 
tout, dans ce texte, est réuni pour exciter notre étonnement. 
En effet, la Mischna mentionne consécutivement, et comme appar- 
tenant au môme ordre d'idées, deux institutions entre lesquelles 
aucun rapport ne semble possible. La première paraît n'avoir 
jamais pu être appliquée, étant donnée l'organisation religieuse 

1 Voir Revue, t. XXX, p. 182. 

* Bcrakhot, 60 ô, explication de R. Akiba, rapportée au nom de R. Méir. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la Judée à l'époque du second temple, du moins telle qu'on se 
la représente généralement. La seconde porte sur un sujet qui 
semble tout à fait indigne d'un législateur, et cette dernière 
institution, dont l'utilité, à première vue, nous échappe absolu- 
ment, la Mischna s'efforce de la justifier, au point de vue légal, 
par des preuves qui sont sans lien entre elles et dont quelques- 
unes sont môme sans rapport imaginable avec leur objet. L'étude 
de cette Mischna sera la dernière de ce travail sur les textes de 
Berakhot relatifs aux sectes juives. 

« Toutes les bénédictions récitées au temple se terminaient au- 
» trefois par ces mots : Pour toute la durée du monde ' ; mais, 
» après que les incrédules * eurent perverti la foi, disant qu'il n'y 
» a qu'un seul monde, on décida que l'on dirait désormais : 
» depuis le monde jusqu'au monde. On décida aussi que l'on 
» se saluerait les uns les autres en se servant du nom divin, 
» ainsi qu'il est écrit : Et voici que Boaz, venant de Bethléem, 
» dit aux moissonneurs : V Eternel soit avec vous ! et ceux-ci 
» répondirent : V Eternel te bénisse 3 / Et il est dit : V Éternel 
» soit avec toi, vaillant guerrier * ! Et il est dit encore : Ne mé- 
» prise pas ta mère à cause de sa vieillesse*. Et il est dit 
» enfin : Il est temps d'agir pour l'Eternel, car ils ont trans- 
» gressé ta loi 6 . R. Nathan dit : Ils ont transgressé ta loi, car 
» il était temps d'agir pour V Eternel. » 

On le voit, dans son ensemble comme dans certains de ses dé- 
tails, cette Mischna est une véritable énigme. Il semble impos- 
sible, en effet, d'accumuler en quelques lignes plus d'obscurités 
et, disons le mot, plus d'incohérences. 

Pour dégager les enseignements que, pour nous, renferme cette 
Mischna, il faut rappeler, tout d'abord, quelles étaient ces bé- 
nédictions récitées au temple et dont la formule finale doit être 
modifiée; puis, se demander qui avait autorité dans ce temple, 
quels étaient ceux qui, pour faire opposition à certains dissi- 
dents, avaient le droit d'apporter à la liturgie du temple une 
modification, surtout une modification d'un caractère dogma- 
tique ? En outre, de quelle utilité ou de quelle nécessité pouvait 
bien être cet autre décret émanant de la même autorité supérieure 
au sujet d'un usage de politesse privée? Enfin, à quoi bon tous 

1 Liitér. : depuis le monde ou, d'après un autre texte, jusqu'au monde. 
1 Les miuiin. 
8 Kuth, ii, 4. 

4 Juges, vi, 12. 

5 Proverbes, xxm, 22. 
• Psaumes, exix, 126. 



LES SECTES JUIVES MENTIONNEES DANS LA MISCHNA 33 

ces textes, exprimant des sentiments si divers, si éloignés les 
uns des autres, pour justifier une chose qui nous paraît de si mi- 
nime importance ? 

Disons tout de suite, pour n'avoir plus à y revenir, que les dis- 
sidents dont parle la Mischna sont les Sadducéens, la seule des 
sectes juives dont, en commentant les textes dogmatiques de Be- 
rakhot, nous n'avons pas eu, jusqu'à présent, l'occasion de nous 
occuper. Le texte delà Mischna et celui du Yerouschalmi portent, 
il est vrai, le mot minim, désignation spéciale à une autre secte 
juive, ainsi que nous l'avons vu précédemment, mais la véritable 
leçon se trouve dans le Babli, et c'est : Cedoukim. En effet, le Tal- 
mud, Josèphe 1 , les écrits évangéliques et apostoliques 2 s'accordent 
pour affirmer, sans hésitation, que les Sadducéens étaient les 
seuls, parmi les Juifs, à ne pas croire à une vie future. Ce fut 
donc pour donner aux doctrines des Sadducéens un démenti 
public et permanent, que fut modifiée une des formules de la li- 
turgie du temple les plus fréquemment employées. 

Le temple de Jérusalem — ne l'oublions pas — était essentiel- 
lement, pour les Juifs, un lieu de prières, le lieu de la prière par 
excellence 3 . En présentant ses offrandes, chaque fidèle y venait, 
en même temps, exprimer ses vœux. Même, sans apporter aucun 
sacrifice, à toute heure du jour, chacun avait accès dans les par- 
vis du sanctuaire. On y priait agenouillé, prosterné ou debout ; à 
haute voix, à voix basse ou mentalement; chacun selon son ins- 
piration et selon l'élan spontané de son cœur 4 . 

Mais la prière individuelle, improvisée, en quelque sorte, par le 
fidèle qui se présentait isolément dans le lieu saint, n'était pas la 
seule qu'on fît dans le temple. Tous les jours, il y avait prière 
publique. Chaque matin, après le sacrifice et avant l'offrande des 

1 Abat de R. Nathan, V; Sanhédrin, 90; Antiq., liv. XVIII, i, 4. On a remarqué 
que, parmi les écrits talmudiques, le texte des Abot de R. Nathan est le seul qui at- 
tribue nettement aux Sadducéens la négation de la vie future, et on sait combien ce 
passage a été vivement discuté. li faut observer, d'autre part, que, d'après Sanhédrin, 
les Sadducéens prétendaient que la croyance à une vie future n'est pas prescrite par 
la Bible; ce qui, d'après leur système, équivalait à la négation pure et simple de ce 
dogme. D'un autre côté, on a remarqué que Josèphe, qui, en tant de passages, parle 
des Sadducéens, n'est aiiirmatif que dans le seul texte précité pour ce qui concerne 
le rejet du dogme d'une vie future. Mais cette affirmation est faite avec une netteté 
qui ne laisse de place à aucune équivoque : SaSSouxaioi; toc; ^ u X^ 6 ),6yo; aruvaçavi£ei 
toï; ctou-aTi « Les Sadducéens disaient que les ûmes périssent avec les corps. • 
Ces deux témoignages si positifs concordent absolument avec les affirmations réité- 
rées des Evangiles et des Actes. 

* Mathieu, xxm, 23; Marc, xn, 18; Luc, xx, 27 ; Actes, iv, 1-2; xxni, 8. 

s I Rois, vin ; II Chroniques, vi, prière de Salomon; Isaïe, i, 12; lvi, 7; Ps., v, 
8; xxn., 6-8; xxvii, 4-8; xliii, 4 ; lxxxiv, en entier; g, 4; cxxxiv, 2; cxxxv, 1-3. 

4 I Sam., i et ii; Is., i; Luc, xvm, 11-13. 

T. XXXI, n° 61. 3 



r, REVUE DES ETUDES JUIVES 

parfuma l , prêtres, lévites de service, laïques assistants ■, se réu- 
nissaient dans la salle de pierres fie taille servant, après l'office 
journalier, de salle de réunion au Sanhédrin s . Sur l'invitation du 
chef de service, on récitait une bénédiction \ le Décalo^ue, les trois 
chapitres du Schéma, la prière de mn ntta, trois autres bénédic- 
tions, et, le samedi, une quatrième à l'adresse des prêtres commen- 
çant leur service. Le Kippour, l'office avait lieu à l'entrée du par- 
vis des prêtres B . Le pontife lisait, à haute voix, les chapitres du 
Lévitique et des Nombres relatifs à la solennité du jour et pro- 
nonçait ensuite huit bénédictions (i . Môme cérémonial, à quelques 
différences près, à Souccot, l'année sabbatique, quand le prince fai- 
sait, dans le temple, la lecture publique de la section royale, W» 
Y??:!"», du Deutéronome. Enfin, les jours de jeune extraordinaires 
institués par décret public 7 , les prières étaient récitées à la porte 
orientale du temple, dans le parvis extérieur, et comprenaient 
vingt-quatre bénédictions entrecoupées de sonneries de schofar. 

La formule commune à toutes ces bénédictions ou eulogies, nous 
la connaissons grâce à la Tosefta de Taanit. C'est cette formule 
qui, désignée sous le nom de mdia ^mn te, est en question dans 
notre Mischna. Elle est empruntée au dernier verset du Ps. cvi, le 
dernier du IV e livre des Psaumes, et renferme deux fois le mot 
dVwi . 

ï»& d*tt te Tïfl&n) bViai *w ûVwi p baw \-ba (tmba) <* *yra 
!T ibbri) 8 . 

D'après notre Mischna, jusqu'à une certaine époque, à la fin de 
chacune des bénédictions, les prêtres disaient la première partie 
de ce verset, et seulement une fois le mot dbwr, c'est-à-dire : 
d'après le texte de la Mischna et du Yerouschalmi : « yni 
dVwi Xû htmw *rbm ûrrptf ; et d'après celui du Babli : "" "jna 
dVwi *& banio^ *rh8 dTfaa. 

1 D'après la Tosefta [Soucca, IV, 5), la prière publique était récitée aussi le soir, 
ce qui, du reste, est confirmé parie témoignage des Actes, m, 1. 

» ynyn iibsk, ^»«5» ^tïî3n. 

3 Mischna Tamid, IV, fin; V, commencement ; Middot, fin. 

* La bénédiction de la Tora, d'après j. Berakhot, 3 c, celie de !7D*1 ï-JSiTîiS, d'a- 
près le Babli, ibid., 12. 

5 Sans doute dans la salle des séances du second tribunal d'appel [Sanhédrin, M., 
X,3; T., VIII, 1 ; Haguiga, T., Il, 9; Schekalim, T., JII, 27). Le Rosch Hakkenécet 
et le Hazan Hakkenécet dont il est question dans la M. de Yorna seraient ainsi le 
président et l'huissier de ce tribunal. 

e Yoma, M., VII, 1 ; T. IV, 18. 

7 Taanit, M., II, 5; T. 1,9-14. 

8 Le mot D^nbiS n'est pas répété dans le dernier verset du Psaume cvi, auquel 
notre formule est empruntée, mais dans l'avant- dernier verset du Psaume lxxii, 
qui, avec celui qui le suit, forme la conclusion du 2 e livre des Psaumes. Dans une 
note ultérieure, nous aurons l'occasion d'insister sur la ressemblance du dernier ver- 
set de cvi avec la fin de lxxii. 



LES SECTES JUIVES MENTIONNÉES DANS LA MISCHNA 3o 

Quoi qu'il en soit, de toute façon on récitait en abrégé la for- 
mule qu'on avait trouvée à peu près toute faite dans les Psaumes. 
Tel était l'usage établi primitivement. Cet usage devint la règle 
jusqu'au jour où l'autorité publique, afin d'empêcher les Saddu- 
céens de s'en prévaloir pour justifier leur doctrine, ordonna aux 
prêtres de dire en entier la première partie du verset : 

Telle nous semble, renfermée dans ses limites précises, la dé- 
cision modifiant la formule des eulogies du temple. Il nous paraît 
impossible d'y voir autre chose, d'induire de la Mischna, par 
exemple, qu'avec la formule des eulogies fut modifié le verset lui 
servant de type, verset sans rapport d'idées ni de style avec le 
psaume qu'il termine, œuvre, non de psalmistes, mais des compila- 
teurs des psaumes, d'une composition postérieure et susceptible, 
par conséquent, de remaniements remontant à une date relati- 
vement récente *. 

Cette hypothèse, nous récartons, non pas seulement à cause de 
sa hardiesse, mais parce qu'en elle-même elle ne nous paraît pas 
soutenable : « Les faits prouvent avec quelle foi nous sommes 
» attachés aux livres qui nous sont propres, dit Josèphe. Après 
» tant de siècles, personne a-t-il jamais osé y ajouter, ni retran- 
» cher ni modifier quelque chose? - » 

Aurait-on donc pu oser, à cette date relativement récente, 
dans un intérêt avoué de secte, au milieu de la lutte ardente de 
partis s'accusant réciproquement de ne pas assez respecter les 
antiques monuments des croyances et des lois nationales, en face 
d'adversaires puissants et résolus, aurait-on osé, dis-je, publi- 

1 II en est ainsi de tous les versets placés à la (in des Ps. xli, lxxii, lxxxix et 
Cvi, qui terminent les quatre premiers livres des Psaumes. Ces versets servent de 
conclusion, non au psaume auquel ils appartiennent, mais au livre tout entier. Ils 
ont eDtre eux, d'ailleurs, beaucoup de ressemblance : 

Ps. xli : ifcjn i»n ûb"i2!-î iv dVij>™ b&w +nbx n ^inn. 

Ps. lxxii : ... tabvb itdd &12 "p-m , . ♦ Snw iîib» trnbN n ^na 

Ps. lxxxix : pin i»n ûbnsb ii *p-n . 

Ps. cvi : , , , ûbwi i3H ûbi*n 112 banoi ittba* n fna. 

Le verset final de ce dernier psaume semble avoir été composé à la suite d'une 
lecture publique du livre tout entier, ainsi que l'indiqueraient les derniers mots *"P3&0 
Î^VWl 172$ û^ïl bo. Le psaume cl, le dernier du 6 e et dernier livre, est uu 
Hallelouya d r un bout à i' autre. 

* Contre Apion, I, 8. Dans ce passage, il ne s'agit pas seulement du Pentateuque, 
mais des 22 livres dont se composait le Canon biblique au temps de Josèphe. Le re- 
doublement du mot tibiy se trouve, non seulement dans le psaume xli, dont la fin 
est presque semblable à celle du cvi, mais aussi dans le psaume XL, dans Néhémie 
et dans les Chroniques. 



HE VUE DES ETUDES JUIVES 

quement, de propos délibéré, modifier un texte sacré, dont les 
prêtres étaient les dépositaires et les gardiens, et en exigeant, 
pour une telle entreprise, le concours de ces prêtres qui étaient, 
en grande partie, d'accord avec les Sadducéens, et ne se serait-on 
pas heurté alors à d'insurmontables résistances? Autre chose était 
de les obliger à modifier leur liturgie en reproduisant le texte 
sacré dans sa teneur complète, dans son intégrité. Sans doute 
c'était une innovation, mais qui pouvait être justifiée et légitimée. 
Que le pontife, chef de la hiérarchie sacerdotale, appartenant 
souvent ouvertement ou de cœur à la secte sadducéenne l , ait con- 
senti à établir ou à maintenir une modification de la liturgie consa- 
crée, dans le but unique de condamner publiquement des doc- 
trines pour lesquelles il se sentait peut-être enclin ou qui même 
étaient les siennes, rien, à première vue, ne paraît moins vrai- 
semblable; mais, en réalité, rien n'est plus vrai. Eu effet, malgré 
l'éclat et le prestige dont était environné le pontife, la vénération 
dont on aimait à l'entourer, le rang qu'il occupait à la tête des 
conseils et de la nation tout entière, l'autorité qu'il possédait dans 
l'administration séculière, la hiérarchie et le choix des officiers 
du temple, dans l'exécution du service et la célébration des 
cérémonies, aucune réglementation, aucune ordonnance n'émanait 
de lui 2 . C'était lui, au contraire, qui était soumis d'une façon 
absolue aux règles et aux lois à lui imposées par ceux qui étaient 
les organes accrédités de la tradition 3 . Car, à la dernière époque 
de l'histoire nationale d'Israël, le véritable souverain, c'est la 
loi, expression de la pensée éternelle et souveraine de la Divinité, 
et ceux qui étaient reconnus comme les interprètes les plus auto- 
risés de cette loi 4 . Prêtres, laïques, tous, bon gré, mal gré, leur 

1 Les princes asmonéens, à partir de Jean Hyrcan I er , à l'exception, sans doute, de 
Hyrcan II; les pontifes de la famille de Boëthos; Anan, qui fit juger et condam- 
ner, malgré les protestations des Pharisiens, l'apôtre Jacques (Antiq., liv. XX, 
ch. ix, 1); et sans doute Caïphe lui-même, car si l'on s'eu rapporte aux détails 
donnés par les Evangiles sur le procès de Jésus, le tribunal formé par Caïphe 
ne tint compte d'aucune des règles prescrites par le Code criminel des Pharisiens : 
1° le procès eut lieu une veille de Sabbat; 2° une veille de fête; 3° l'arrêt fut 
rendu à la suite de l'aveu de l'accusé; 4° prononcé le jour même de la clôture 
des débats; 5° il n'y eut, pour ainsi dire, pas de délibération; 6° le président 
opina le premier, etc. . . , etc. . . Il n'est pas une de ces six irrégularités qui ne fût de 
nature à vicier toute la procédure et à infirmer l'arrêt. Jamais Pharisien n'eût voulu 
siéger dans un tel tribunal. 

1 Aucun pontife n'a laissé d'ordonnance, ïi^pn, à l'exception de Jean Hyrcan, qui 
agit en qualité de prince et avec l'assistance du Sanhédrin, sans doute, et de Josué 
b. Gamala, un des derniers pontifes. Le Talmud dit que ce grand-prêtre ordonna la 
création d'écoles dans tous les bourgs de la Judée. Par l'autobiographie de Josèphe, 
nous savons que Josué fit partie du dernier Sanhédrin. 

3 Ceux que Jérémie déjà appelle les ÎTTinïl ^ŒJDiri. 

* « Les nations ont donné la souveraine puissance, les unes à un seul, d'autres à 



LES SECTES JUIVES MENTIONNEES DANS LA MISCHNA 37 

obéissent. Les interprètes de la loi les plus autorisés auprès du 
peuple, à l'époque dont parle la Mischna et dont Josèphe, d'après 
des témoignages contemporains, nous raconte l'histoire, ce sont 
les Pharisiens, considérés par tous comme les dépositaires de la 
tradition, successeurs des scribes, successeurs eux-mêmes des 

prophètes *. «frapKjaiot oc ooxotjvtsç p.£Tx àxotêsiaç èçYjysTcrOat. rà vopv.|j.a *. 

Dès la première fois qu'il les met en scène, voici en quels 
termes l'historien s'exprime à leur égard : 

« Ils ont, sur la masse du peuple, une action si puissante que, 
» quelque chose qu'ils disent au sujet du roi ou du pontife, aus- 
» sitôt ils sont crus 2 . » 

Ce prestige et cette puissance sur l'opinion populaire qui, dès 
leur apparition sur la scène de l'histoire, les rendaient si redou- 
tables aux dépositaires des pouvoirs spirituel et temporel, ils les 
conservaient désormais sans partage, et même Hérode, le tyran 
impitoyable à qui rien ne semble pouvoir résister, est obligé 
de compter avec eux 3 . Inaccessibles à la crainte, incapables 
d'aucun ménagement quand l'intérêt de la religion est en jeu, 
seuls ils ne lui cèdent jamais et, en dépit de ses cruelles exé- 
cutions, ils lui tiennent tête jusqu'au bout. Car tels Josèphe les 
avait décrits sous Jean-Hyrcan 1 er , leur ancien disciple, tels il les 
décrit encore sous Hérode 4 . 

Dans un travail que nous nous proposons de faire sur le trei- 
zième chapitre de la Mischna de Ketoubot, nous essaierons de 
montrer les attributions administratives du Sanhédrin, le rôle 
politique autant que judiciaire qu'il eut à remplir réellement. 
Ici nous avons à prouver seulement que ce corps était la plus 
haute autorité religieuse en Israël et que, pas plus dans le temple 
qu'en dehors du temple, rien ne se faisait que suivant les 
prescriptions établies par le Sanhédrin et sous sa haute sur- 
veillance. Nous avons, à cet égard, le témoignage irréfragable de 

» un petit nombre, d'autres au peuple tout entier, mais notre législateur laissa de 
» côté ces divers modes de gouvernement et fit de sa république une théocratie : 
» ©soxpaTi'av ànzoel^z to ïioXÎTSuu,a • (Josèphe, Contre Apion, Ii). 

1 Cette phrase, en quelque sorte proverbiale, se trouve, avec certaines variantes, à 
plusieurs repiises dans Josèphe presque chaque fois qu'il nomme les Pharisiens ; il 
s'en sert pour les définir. 

2 Antiq , XIII, x. 

3 II s'explique avec leurs chefs pour justifier l'institution des jeux publics; il dis- 
pense du serment les disciples de Pollion et de Saméas. IL fait juger par le Sanhédrin 
Hyrcan II, grand-père de sa femme, Juda b. Margoulot et Jean de Sariphée et 
leurs disciples, Pharisiens qui avaient détruit l'aigle d'or placé par ses ordres à l'en- 
trée du temple. 

4 Antiq. t XVII, ir, 4 : « Ils ont la puissance d'agir contre les rois, sont perspicaces 
et toujours prêts, soit à les combattre, soit à les blâmer ouvertement. • 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

Josèphe; son affirmation est d'une netteté et d'une précision 
telles que nous ne voyons pas, en principe, le moyen de contester 
ce qui est dit, dans le texte de la Mischna et de la Tosefta, au 
sujet des prérogatives religieuses du Sanhédrin *. 

Le Sanhédrin est donc l'autorité suprême de la religion. Il ré- 
git, en particulier, tout ce qui se passe au temple 2 . Il est l'ar- 
bitre des différends entre les ministres du culte, prêtres et lé- 
vites 3 , l'écho des plaintes des prêtres ordinaires contre la rapacité 
des pontifes et de leurs favoris \ et du peuple contre l'avidité des 
prêtres 5 . 

Le grand-prêtre n'exerce ses pouvoirs qu'en vertu de la délé- 
gation, du Sanhédrin, "p" ^ ïrbusi ismbuî ftna, et sous le contrôle 
des chefs de ce corps, 'pi ma ">3pï B . Ce sont eux qui, suivant une 
étiquette tracée à l'avance, en certaines circonstances règlent sa 
nourriture, ses lectures et jusqu'à son état de maison 7 . La veille 
de Kippour, il prête serment entre leurs mains. Ils l'assistent 
lors de la préparation des cendres de purification, le surveillent 
de près et l'obligent, de force s'il le faut, à se conformer à leurs 
lois, lui rendant, dans le fait, toute désobéissance impossible 8 . 

Où le Sanhédrin agit avec le plus de décision et d'énergie, c'est 
lorsqu'il a l'occasion de donner un démenti public aux enseigne- 
ments des Sadducéens, de les faire désavouer par les ministres de 
la religion, quel que soit le rang que ceux-ci occupent dans la hié- 
rarchie. Or, cette occasion, le Sanhédrin l'avait, pour ainsi dire, 
à chaque fête, car il n'est point de fête, ainsi que nous le verrons 
plus tard, où, à propos de l'une des cérémonies du temple, il 
n'y eût de contradiction entre Pharisiens et Sadducéens. Souvent 
ils étaient en désaccord sur la dale même de la fête, et, impuis- 
sants à faire prévaloir leur opinion comme doctrine, il n'était 
point de ruse dont ne se servissent les Sadducéens pour la faire 

1 « C'est pour cela quMIs ont tant d'autorité sur les peuples et que tout ce qui 
» concerne le culte divin (litt. tout ce qui est divin), prières et sacrifices, ne se lait 
» que selon l'interprétation qu'ils donnent • [Antiq., XVIII, i, 5). 

* Sifra sur Emor. 

3 Antiq. , XX, ix, 6. 

* Ibid., 8; Tos. Menahot, XIII, 18-22. 
5 T. ibid. et Zebahim, XI, 16. 

8 Mischna Yoma, I. 

7 Ibid. 

8 Mischna Para, III, 7. D'après les Sadducéens, pour accomplir ce rite, le grand- 
prêtre devait être en état de pureté parfaite. Tel n'était pas l'avis des Pharisiens; 
c'est pourquoi, les anciens du tribunal assistaient de près à la cérémonie et, au mo- 
ment où le pontife allait sacrifier la victime, posaient la main sur lui, pour le rendre 
impur par leur seul contact. D'après la Tosefta (III, 8), R. Yohanan b. Zakkaï ne 
craignit pas de faire une incision à l'oreille d'un pontife récalcitrant, le rendant ainsi 
impropre au sacerdoce. 



LES SECTES JUIVES MENTIONNEES DANS LA MISCHNA 39 

prévaloir en fait 1 . Fixation des néoménies, des fêtes, du calen- 
drier 2 , coraput de l'Orner 3 , célébration de la Pentecôte et de son 
lendemain, ffîaa bv \ cérémonies de Kippour 5 , saulaies et liba- 
tions d'eau à la fête de Souccot fi , tout l'ordre des cérémonies du 
sanctuaire se fait sous la surveillance et d'après les ordonnances 
du Sanhédrin, suivant les enseignements des Pharisiens 7 . 

Quelle que soit leur opinion personnelle en ces questions con- 
troversées avec tant d'ardeur, parfois avec violence, les pon- 
tifes, en général, se soumettent et obéissent. Josèphe, dont le té- 
moignage, à cet égard, est absolument certain et décisif, l'assure 
d'une façon formelle : « Les Sadducéens sont revêtus des fonc- 
» tions les plus importantes, mais ne font rien de leur chef, car, 
» dès qu'ils sont élevés à de hautes dignités, malgré eux, con- 
» traints par la nécessité, ils se soumettent à l'opinion des Phari- 
» siens : le peuple ne supporterait pas, de leur part, une autre 
» attitude s ». La Tosefta de Yoma* attribue le même langage, 
presque dans les mêmes termes, à un prêtre sadducéen donnant 
à son fils, qui venait d'être élevé au pontificat, des conseils de 
discrétion, de prudence surtout. 

Les Sadducéens enseignant qu'il n'y avait rien au delà de 
l'existence présente, doctrine qui, d'après le Talmud 10 , avait été le 
point de départ de leur schisme, les Anciens d'Israël ordonnèrent 
que les prêtres seraient obligés d'affirmer tous les jours, plu- 
sieurs fois, dans chacune des bénédictions récitées publiquement 
au temple, la croyance pharisienne en une destinée meilleure 

1 Rosch Hasckana babli, fin du i 81 ' chap. 

2 Mischna Rosch Haschana, I, 7 ; II, 1,2, 6. 

3 Quand le premier jour de Pàque tombait le vendredi, la récolte de l'Orner, au 
lieu d'avoir lieu le samedi soir, ainsi que le voulaient les Sadducéens, était faite le 
soir même. Toutes les défenses du sabbat étaient levées pour la circonstance, et la cé- 
rémonie était célébrée avec le plus grand apparat. Toutes les opérations préliminaires 
étaient faites dans la nuit, afin de pouvoir offrir l'Orner le matin même du sabbat et 
non le lendemain, ainsi que le désiraient les Sadducéens. 

4 Quand le lendemain de la Pentecôte était un dimanche, on ne permettait pas au 
grand-prêtre de revêtir les ornements pontificaux, ainsi qu'il avait l'habitude les jours 
de fête (Mischna Hagiiiua, II, 4). Josèphe dit à plusieurs reprises dans Antiq., XIX, 
que le pontife ne revêtait ses insignes que les jours de fête. 

5 Tosefta Yoma, I, 8. 

* Un pontife, le roi Alexandre Jannée sans doute, faiilit être lapidé sur l'autel, pour 
avoir paru tourner en dérision les ordonnances des Pharisiens (Soucca, RI., IV 9; 
T., III, 16; Antiq., XIII, xin, 5). 

7 Le Sanhédrin était composé de prêtres, de lévites et de laïques et siégeait dans 
un des pavillons du Temple. Rien ne lui était plus facile que de surveiller tous les 
détails du service. 

s Antiq. , XVIII, 1,4. 

9 Tos. Yoma, I, 8. 

i° Abat de R. N., I. c. 



40 HE VIE DES ETUDES JUIVES 

pour l'homme, et les prêtres, quelle que fût leur opinion person- 
nelle, durent obéir. 

Ainsi, l'aspiration à une vie future devint la foi de tout un 
peuple, au lieu de rester la conception idéale de quelques esprits 
d'élite, et, devenue une des traditions du judaïsme, elle deviendra 
bientôt, quand une partie des doctrines du judaïsme, la croyance 
en sa divine Révélation, se sera étendue à tout le monde romain, 
la foi et l'espérance qui, durant des siècles, consoleront les âmes 
des iniquités de la vie l . 

« Les Pharisiens, dit Josèphe, s'aiment les uns les autres et 
» enseignent la bienveillance à l'égard de tout le monde, tandis 
» que les Sadducéens ont le caractère plus farouche les uns à 
» l'égard des autres, et ne sont pas plus sociables avec ceux qui 
» partagent leur opinion qu'avec les personnes étrangères à leur 
secte » 8 . 

D'après Josèphe, entre Sadducéens et Pharisiens il n'y avait 
donc pas seulement des dissidences considérables dans les rites, 
les croyances et les doctrines, mais aussi dans les sentiments, 
les caractères et la règle de conduite. La morale, dans les deux 
sectes, n'était évidemment pas la même, dans la pratique surtout. 
Ces différences, qu'il importe, au plus haut degré, de constater, 
avaient, sans aucun doute, leur point de départ dans le mode 
d'interprétation du texte sacré adopté respectivement par cha- 
cune des deux sectes. 

Certaines lois de la Tora n'avaient, aux yeux des Pharisiens, 
qu'un caractère comminatoire ; elles ne devaient jamais être 
exécutées et n'avaient été faites que pour agir sur l'imagination. 
Telle la loi qui punit de mort l'enfant rebelle et dissipateur et 
celle qui voue à l'anathème et à l'extermination les habitants 
d'une ville entraînée tout entière à l'idolâtrie 3 . Ces lois, suivant 
la tradition des scribes, étaient, en effet, l'objet de tant de 
minutieuses conditions, de tant de réserves et d'exceptions, que 

1 Nous croyons devoir faire remarquer que, contrairement à une opinion générale- 
ment répandue, Esséniens, Pharisiens, Sadducéens ne constituaient pas trois sectes 
dans le sens moderne du mot, trois sectes entre lesquelles, dans les derniers temps de 
son existence nationale, le peuple juif se serait plus ou moins inégalement réparti. 
On passait de l'une à l'autre aïpeji; avec la plus grande facilité (Josèphe, Autobio- 
graphie, 3). Les Esséniens et les Pharisiens étaient essentiellement des associations, 
des confréries religieuses. Cela ne fait de doute pour personne en ce qui concerne 
les Esséniens, et cela ne saurait faire de doute non plus pour ce qui concerne les 
Pnansiens. Le mot Qt^1")D est l'équivalent de Q^"i3n ; nous pourrions en donner 
de nombreux exemples. Quant au Sadducéisme, il représente plutôt une tendance, 
un état d'esprit en opposition avec l'autorité religieuse. 

a B.J.,U, vin, 14. 

3 Tosefta Sanhédrin, XI, 6; XIV, 1, éd. Zuckermandel. 



LES SECTES JUIVES MENTIONNÉES DANS LA iMISCHNA 41 

l'application en était impossible. D'autres, beaucoup moins rigou- 
reuses et se justifiant même par une apparence de stricte équité, 
mais qui leur paraissaient encore trop dures, telles que la loi 
du talion, devaient, suivant eux, n'être prises qu'au figuré ; ce 
qu'ils démontraient par maints arguments, prouvant, en même 
temps, l'impossibilité de les appliquer à la lettre, dans la pratique 
judiciaire *. 

Pour les Sadducéens, toutes ces lois devaient être exécutées 
dans leur teneur littérale, avec une impitoyable rigueur, sans au- 
cune atténuation possible. Si effrayant était leur code, que le jour 
où ce code fut aboli, on institua une fête, qui fut renouvelée tous les 
ans 2 . Us ne connaissaient pas ou, du moins, ils ne voulaient pas 
connaître cet admirable code d'instruction et de procédure cri- 
minelles imaginé par les rabbins, que nous voyons appliqué, en 
fait, par deux des plus énergiques champions du Phariséisme, 
Simon b. Schétah et Yehouda b. Tabbaï 3 ; qui faisait du juge 
le protecteur de l'accusé ; où tout l'effort du magistrat, de l'appa- 
reil judiciaire tout entier, devait être employé à faire éclater l'in- 
nocence de l'accusé, à lui fournir les moyens de se justifier, et qui 
recommandait le coupable à la miséricorde des pouvoirs publics, 
par une application bien inattendue et d'autant plus touchante du 
précepte sublime du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme 
toi-même 4 » ; qui, par le luxe des précautions prescrites pour 
constater d'une façon indubitable la préméditation du crime, par la 
terrible responsabilité qu'elle faisait peser sur la tête des témoins, 
passibles, en cas d'imposture, de la même peine que celui qu'ils 
accusent, et forcés, en tout autre cas, d'exécuter, de leurs mains, 
la sentence du tribunal, avait, en fait, aboli la peine de mort. 
Cette douceur extrême dans la recherche de la criminalité et dans 
l'application des pénalités, douceur qui est le caractère essentiel 
de la législation criminelle des Pharisiens, l'historien que nous 
appelons sans cesse à témoin lui rend hommage, à son tour, 
dans un autre passage de son ouvrage, sans qu'on s'y attende 
le moins du monde et comme un fait constant et reconnu de tous. 
Là où les Sadducéens auraient, sans hésiter, ordonné le supplice 
d'un coupable, les Pharisiens ne pouvaient guère prononcer que la 
peine de la fustigation, au risque d'exciter contre eux l'indigna- 
tion d'un prince qu'ils aimaient et qui avait été outragé dans 
l'honneur de sa famille : « Ils dirent qu'il (celui qui avait publi- 

1 B.Baba Kamma, passim. 

* Meguillat Taanit. 

1 Sanhédrin, 37; Haguiga, 16. 

4 ns^ nmE ib ma y\i2^ 'pnb ra?wi. 



M REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

» quement offensé le roi) méritait d'être frappé de verges et mis 
» aux fers, une parole outrageante ne pouvant entraîner la mort. 
» Car, en général et par nature, les Pharisiens sont doux et clé- 
» monts dans l'application des peines * ». 

Rien ne donne une idée plus frappante de la différence des sen- 
timents des deux sectes que l'histoire de la plus terrible des luttes 
qui éclatèrent entre elles. Le roi Alexandre Jannée est à la tête 
des Sadducéens. Un jour de fête, pour venger un outrage qu'il 
avait lui-môme peut-être provoqué, il l'ait massacrer dans le 
temple, dont il est le pontife, six mille de ses sujets ! En cinq 
ans, il en fait périr cinquante mille. Battu par le roi de Syrie, 
que les Pharisiens ont appelé à leur aide, il s'enfuit, mais tandis 
qu'il erre presque seul, abandonné de ses partisans, six mille de 
ses adversaires, émus de pitié pour son infortune, se remettent 
volontairement sous ses ordres et le défendent contre leur allié 
de la veille. Mais, exaspéré par de nouveaux revers, en un seul 
jour, avec des raffinements de barbarie, il fait mettre en croix 
huit cents prisonniers, continue jusqu'au bout une lutte sans trêve 
et sans merci, poursuivi sans cesse par l'épithète vengeresse de 
Doher, « l'assassin », qu'il lit dans le regard de ses sujets. Il 
va mourir et il va laisser sa femme et ses enfants sans pro- 
tecteurs; mais, connaissant le cœur de ceux dont il a été l'impla- 
cable ennemi, Alexandre Jannée conseille à la reine de livrer son 
corps aux Pharisiens et de se remettre elle-même à leur merci. 

Que font les Pharisiens ? Us prennent la veuve pour souveraine, 
le fils pour pontife, et rendent à la dépouille mortelle de celui 
qui les a fait tant souffrir des honneurs tels que jamais roi n'en 
avait eus 2 . 

Que d'admirables pensées, par une exégèse inconnue aux Sad- 
ducéens ou méprisée par eux, les Pharisiens ne savaient-ils pas 
faire jaillir des paroles de la Tora ! Et cette définition de la race 
juive qui, d'après les Pharisiens, était reconnaissable par ces 
trois vertus : la pitié, la pudeur et la charité 3 , comme elle devait 
faire sourire de pitié ces pontifes durs et cupides 4 , ces fonction- 
naires arrogants qui mangeaient à des tables d'or 5 , laissant leurs 
frères mourir de faim G et se moquant de la vie simple et modeste 
des Pharisiens, ainsi que de la morale pharisienne, quand ils l'en- 

1 Antiq., XIII, x, 6: iùx^Gti ecpacav Jtàî 0£T|j.wv' où yap êôoxei Ào'.oopîaç vnv.y.. . . 

2 Jntig., XIII, xiv ; XIV, i. 

3 lebamot, 78, û^OH ^5315 dW"3 Ù^ttm. 
* Antiq., XX, vui; Tos. Mcmhot, XIII, 21. 

5 Abot de R. Nathan, V. 

6 Antiq., XX, vin, 8. 



LES SECTES JUIVES MENTIONNÉES DANS LA MISCHNA 43 

tendaient résumer par un des plus grands docteurs de la Mischna, 
celui que Josèplie appelle Polion le Pharisien : « Soyez les dis- 
ciples du prêtre Aron : aimez la paix, recherchez la paix, aimez 
les créatures de Dieu et rapprochez-les de la Tora ! » 

La vie des Pharisiens, voici comment la dépeint un homme qui 
les juge parfois avec la plus grande sévérité, tout en prétendant 
avoir adopté, dans la vie publique, leur doctrine : 

<c Les Pharisiens vivent humblement, n'ayant aucun désir des 
» délices de la vie, pensant que rien n'est plus salutaire que d'ob- 
» server ce que la loi a prescrit. Ils entourent d'honneurs ceux qui 
» leur sont supérieurs par l'âge, ne se permettant jamais de s'op- 
» poser aux choses décidées par les anciens. Pour eux, tout est 
» fixé par la destinée, mais la volonté de l'homme n'est pas dé- 
» nuée de toute efficacité. Dieu a voulu, d'après eux, que sa vo- 
» lonté et la liberté de l'homme concourussent toutes deux à con- 
» duire l'homme dans le chemin de la vertu ou du vice. Ils croient 
» que l'âme possède une puissance supérieure à la mort et que, 
» sous la terre, des peines ou des récompenses sont réservées à 
« ceux qui, dans la conduite de la vie, ont pris pour guide [les 
» inspirations de] la vertu ou [du] vice; que les méchants y seront 
» renfermés dans une prison éternelle et les justes auront le pou- 
» voir de revenir à la vie. C'est à cause de ces enseignements qu'ils 
» ont pris sur les peuples 4 un souverain empire et que tous les 
)> actes du culte divin, prières et sacrifices, se font d'après leur 
» interprétation. Si grand a été le témoignage rendu par les 
» villes à la vertu qu'ils ont acquise en recherchant toujours la 
» perfection dans les doctrines et les enseignements et dans la 
» conduite de la vie - ! » 

Dans son autobiographie, Josèplie dit que la secte des Phari- 
siens était celle qui se rapprochait le plus de la secte des stoïciens 
chez les Grecs 3 . Ce rapprochement a paru plus que singulier \ A 
un certain point de vue, il convient de reconnaître que cette com- 
paraison n'est pas dénuée de justesse. Il est certain que les der- 
niers stoïciens firent de leur doctrine une sorte de religion pleine 
d'humilité et presque de sainteté. « Au lieu de destin, ils parlaient 
de la Providence et apprenaient aux hommes à soumettre leur 
volonté à celle de Dieu et à s'incliner sans murmure devant les ac- 

1 Toi; S^jaoi;. Ce pluriel confirme ce que nous savons par l'Evangile et Josèphe au 
sujet du prosélytisme pratiqué par les Pharisiens. 
* Antiq., XVIII, i, 3, 

3 FI. Josèphe, Vita, 2. 

4 C'est ainsi que, dans les Antiquités, il compare les Esséniens aux Pythagoriciens 

(XV, x, 4). 



RKVUK DKS KTUDKS JU1VKS 



cidents les plus inexplicables de la vie. » N'est-ce pas la philoso- 
phie pharisienne, telle qu'elle est exprimée dans le commentaire 
du verset : Tu aimeras V Eternel de tout ton cœur, etc., donné 
parla Mischna du ix e chapitre de Berahhot*! Pourtant, la morale 
pharisienne — c'est là un mérite que nous revendiquons haute- 
ment pour elle — n'est pas contenue tout entière dans le sublime 
commentaire du précepte du Deutéronome, et en cela elle dé- 
passe de beaucoup la doctrine à laquelle l'historien juif a cru de- 
voir la comparer. Pour elle, le précepte essentiel de la Loi, c'est : 
Aime ton prochain comme toi-même, î-mnaia Vm bbs. Pour en 
être convaincu, il n'y a qu'à écouter le témoignage qu'en ont 
rendu ceux qui l'ont appréciée avec le plus de violence, sinon avec 
le plus de justice. 

Marc, xii, 28-33 : « Alors un des scribes... s'approcha et de- 
» manda : Quel est le premier de tous les commandements? 

» Jésus lui répondit: le premier des commandements est : Ecou- 
» tez, Israël, le Seigneur votre Dieu est le seul Dieu. Vous aime- 
» rez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout votre 
» esprit et de toutes vos forces. C'est là le premier commande- 
» ment. Et voici le second qui est semblable au premier : Vous 
» aimerez votre prochain comme vous-même. Il n'y a point 
» d'autre commandement plus grand que ceux-ci. 

» Le scribe lui répondit : Maître, ce que tu as dit est très juste : 
» croire qu'il n'y a qu'un seul Dieu et qu'il n'y en a point d'autre 
» que lui et que l'aimer de tout son cœur. . . et son prochain 
» comme soi-même est plus grand que tous les holocaustes et 
» tous les sacrifices. » 

D'après un autre Evangéliste ', le Pharisien ne se contenta 
pas d'approuver Jésus et d'abonder dans son sens, c'est lui, 
au contraire, qui ne voit dans la Loi que ces deux préceptes; 
ces deux préceptes lui paraissent résumer la Loi toute entière. 
Hillel — on le sait — est allé plus loin encore. Pour lui, le devoir 
envers le prochain renferme à lui seul toute la Loi. Pour les 
Pharisiens, l'amour du prochain était impliqué dans l'amour de 
Dieu : c'était la forme de cet amour, son mode d'expression, 
ainsi que le prouve la fameuse réponse du même docteur au 
païen. Tout, dans les instructions religieuses, sociales et po- 
litiques du Judaïsme, tout ce qui avait été établi par les sages 
devait contribuer à développer dans les cœurs les sentiments 
des devoirs des hommes les uns à l'égard des autres, en un mot, 
l'amour du prochain, dont, sans doute, les Sadducéens n'igno- 

1 Luc, x, 25-38. 



LES SECTES JUIVES MENTIONNÉES DANS LA MISCUNA 45 

raient pas la formule écrite dans la Loi, mais dont ils négligeaient 
singulièrement la pratique. Dans son résumé de la religion juive 
telle qu'elle était pratiquée de son temps, suivant les prescriptions 
des scribes et des Pharisiens, Josèphe disait : « Nous devons invo- 
» quer Dieu pour le bonheur de tous d'abord, ensuite seulement 
» pour notre bonheur à nous, car nous sommes créés pour vivre 
» en société avec nos semblables, et celui-là honore Dieu par 
» dessus tout qui fait de ses devoirs envers eux la règle de sa 
» vie *. n> 

Aimer l'homme en Dieu, voir en chaque être humain un être 
cher à Dieu, Dieu l'ayant créé à son image, comme dira plus tard 
un de leurs plus illustres disciples 2 , telle est la somme de la doc- 
trine morale des Pharisiens. 

C'est pourquoi, animés du désir ardent de faire pénétrer ces 
sentiments dans tous les cœurs et de préserver ainsi les autres 
Israélites de la contagion de l'égoïsme et de l'orgueil des Gedou- 
kim et des Boëtoucim, les Pharisiens décidèrent et ordonnèrent 
que tout homme rencontrant son prochain, quel qu'il fût, lui 
adresserait un salut de paix, c'est à-dire lui souhaiterait toute 
sorte de bénédictions , en proférant le nom sacro-saint de la 
Divinité. C'était une innovation que d'introduire dans un acte de 
la vie sociale, profane par conséquent, ce nom que l'on ne devait 
prononcer qu'avec ferveur et une sainte vénération, c'était élever 
l'affabilité à la hauteur de la religion et transformer un acte de 
simple politesse, d'aimable courtoisie, en une manifestation de 
sincère charité, de religieuse fraternité. Mais, c'était une inno- 
vation, incontestablement, et, a ce titre, elle devait exciter des 
critiques et des protestations et être combattue par ces conserva- 
teurs à outrance, d'autant plus que cette innovation était mani- 
festement dirigée contre les tendances de leurs doctrines et les 
dispositions naturelles de leur caractère : « Comment, disaient- 
» ils sans doute, Pharisiens, osez-vous, dans ces formules de 
» salutation d'individu à individu, introduire le nom de Dieu et 
» ordonner ainsi la transgression flagrante et continue du troi- 
» sième commandement du Décalogue, qui défend de prononcer 
» en vain le nom de l'Eternel et menace de la malédiction di- 
» vine celui qui viole cette défense ? 

— « La Bible nous y autorise, devaient répondre les Pharisiens. 
» Elle-même nous raconte que Boaz, venant de Bethléhem, salua 

1 Contre Apion, II, 23 : « lie\ xaî; Ouatai; ûusp xrj; xoivfl; euxsaôai 8sï 7tpû»TOv aco- 
» nrjp(a; eïO' vmèp éauTa>v. 'EtcI yàp xoivwvia ycyovatxsv xal TauTYjv 6 upoTt^wv toù 
» xa8' ëauTov toiou {xà^ta-ca eïv] ôeô xexapiajxévo;. » 

» R. Akiba, Abot, III. 



46 REVUE DES KTUDES JU1VKS 

» ses serviteurs en leur disant : l'Eternel soit avec vous ! et que 
» ceux-ci répondirent : l'Eternel te bénisse I » 

— « Certes, disaient les Sadducéens, Boaz et ses serviteurs ont 
» agi ainsi, mais ont-ils bien agi? » 

— » Pouvons-nous en douter, reprenaient les Pharisiens? Boaz 
» n'a-t-il pas suivi l'exemple d'un ange, de l'envoyé divin qui dit 
» à Gédéon : l'Eternel soit avec toi, vaillant guerrier ' ? » 

— « Il vous plaît d'expliquer ainsi la Bible, répondaient les Sid- 
» ducéens, mais, d'après nous, ce n'est pas ainsi qu'il faut l'en- 
» tendre. L'envoyé divin dit : L'Eternel avec toi, ce qui veut dire, 
» non, comme vous le prétendez : l'Eternel soit avec toi, mais : 
» l'Eternel sera avec toi. Il ne lui souhaite pas la paix, il lui pré- 
» dit la victoire. Et, d'ailleurs, de quel droit, pour justifier vos 
» institutions arbitraires et récentes, allez-vous invoquer des 
» usages aussi surannés? » 

— » Il est dit, reprennent les Pharisiens : Ne méprise pas ta 
» mère parce quelle a vieilli. Notre tradition est vieille : son 
» antiquité la rend d'autant plus vénérable à nos yeux. » 

— « Que nous importe votre tradition, répondent les Saddu- 
» céens, cette tradition qui vient des hommes, quand elle trans- 
» gresse la loi de Dieu 1 » 

— « Il est dit, disent les Pharisiens, mettant fin au débat : 
» Quand il est temps d'agir pour Dieu, il faut transgresser la 
» loi. » 

Joseph Lehmann. 



1 D'après le Yerousch., le but de la première citation, celle du verset du livre de 
Ruth, était de prouver que l'usage de saluer le prochain en invoquant le nom de 
Dieu était une institution antique, le but de la seconde, de prouver que cette insti- 
tution avait été approuvée dans les cieux. 



?d< te, bv o 



Saadia, à propos du passage d'Osée, xiv, 2-5, écrit dans 
YAmanat (éd. Landauer, p. 178) ce qui suit : bn fwna ïïàsb î-pdi 
'- num nrj bipai *pD\ôa *»*ab nsan ne ïïbaapft mu npn p* m&r 
*<b tay b^ o\Nnn br> nâDbba rrir; bn^i ^ma ù\N-jn tnv p bar 
riaba snbaapja in "nbn Snp Ss p ***np»pni8M bapn "iftb "ib^*n 
p r*otu 5~iw^ ba J-ibip >b ^Riasb» (1. tts-ia^n ?) "pwi twmba 
*jb\ « Il y a dans ce passage un mot difficile, savoir fto£ (v. 3). [Le 
verset doit se traduire :] En raison de ce que tu nous pardonne- 
ras, nous te remercierons et nous dirons : Dieu est bon et juste, 
c'est pourquoi il montre la (bonne) voie aux pécheurs (Ps., xxv, 5). 
Ce mot est employé de la même façon dans le verset : En raison 
de ce qiï\\$ m'ont désobéi pour des gens qui ne leur seront pas 
utiles (Is., xxx, 5) l . Il se rattache par sa dérivation à kol qebel, 
qui signifie « en raison de » dans la langue du Targoum (Daniel 
et Esdras, passim), et dont l'équivalent est en hébreu kol 'ouni- 
mat (Eccl., v, 15). » 

Ces lignes de Saadia, si remarquables au point de vue exégé- 
tique, soulèvent une question grammaticale intéressante. Le Gaon 
dit bien que bs, dans les versets d'Osée et d'Isaïe qu'il a cités, doit 
être rapproché de bnp ba et de ntt? ba, mais il ne se prononce pas 
sur l'étymologie de ba dans ces deux locutions elles-mêmes. Il est 
probable que, tout en donnant à ba, dans les passages précités, un 
sens spécial, il n'a pas pensé qu'il fallait le séparer grammaticale- 
ment du mot ordinaire bn « tout». Les exégètes modernes ne l'ont 
pas pensé non plus. Il est cependant facile de démontrer que bn, 
tout au moins dans bnp bn et n)o^ bn, ne vient pas de la racine 
bba, mais est la combinaison des prépositions d et b. 

bnp bn, d'après le sens des passages où ce mot se rencontre, 
veut dire proprement : en face de, puis, par extension, en raison 
de, en conséquence de, et, avec le relatifs, en raison de ce que, 
parce que, quoique, etc. Il n'y a aucune raison pour faire entrer 

1 C'est ainsi que Saadia rend le verset dans sa traduction d'Isaïe. 



BEVUE 1>KS ÉTUDES JU1VKS 

dans ces locutions le mot « tout », que n'exige nulle part le con- 
texte. Mais, ce qui prouve bien que bip bto est pour bnpbs, c'est 
qu'on trouve bnpb, sans ka/\ avec le même sens causatif (Esdras, 
iv, 1G; vi, 13) et avec le sens locatif (Dan., n, 32; ni, 3), tandis 
que bnp seul ne se rencontre pas en araméen. Le haf ne fait donc 
que renforcer le sens de bapb, et il a suffi d'une simple mëtathèse 
de voyelles pour que bapba devint bap bto. 

11 est clair que rw* bD répond d'une manière absolue à bnp bs et 
que. par conséquent, x\îzv bs est pour n^yb^. De même que l'on 
trouve bnpb sans h if, rwb se rencontre dans l'Ecclésiaste et ail- 
leurs, mais rfn$ seul n'existe pas plus que bnp. Il ne faut donc pas 
rapprocher ntt2 br> de W b:D (Job, xxvn, 3). car, dans cette expres- 
sion, bs signifie réellement « tout » et wb ne se rencontre pas. Il 
est à noter, d'ailleurs, que, dans le verset de l'Ecclésiaste, le 5 de 
niiy bto a sa contre-partie dans le mot ^ p. 

Ailleurs que dans les locutions bnp bs et nio* bto, peut-on ad- 
mettre que b^ soit formé de s et de b? La question serait difficile à 
résoudre, si Ton ne pouvait s'appuyer que sur les deux passages 
cités par Saadia. En effet, pour le verset d'Osée, l'exégèse de Saa- 
dia est plus ingénieuse que solide. Le Gaon, en traduisant très 
librement ce verset obscur, a négligé le vav de fipv Son explica- 
tion de ma npn par « reçois (nos remerciements qui sont :) Bon 
(est Dieu, etc.) » est passablement forcée. Ensuite, il est peu pro- 
bable que, si bs signifiait « en raison de », il serait en tête de la 
phrase; enfin, bs devrait, de toute façon, précéder un nom ou 
un infinitif. On est obligé de reconnaître que le verset, sous sa 
forme actuelle, est inintelligible. 

Il reste le verset d'Isaïe, qui donne un sens réellement satisfai- 
sant si l'on prend bs pour un composé de 5 et de b. Seulement, au 
lieu de traduire « en raison de ce que » et de croire que le v. 5 
motive le v. 3 (la protection de Pharaon tournera à votre honte, 
etc.), nous serions disposé à voir dans ffi^Knh un infinitif et à tra- 
duire ©"^sri bs « comme pour se gâter » *. La suite des versets 4 
et 5 serait celle-ci : « Les princes ont été à Soan, etc., de manière 
à se perdre pour un peuple, etc. » 

Mais à ce verset on peut en ajouter quelques autres, où l'idée 
quebrs serait combiné de s et de b semble jeter quelque lumière. 
Ce sont : 

1° laren bs fr-p^z, û^tbi Voto am ùfib in in*" 1 î"W '" wib in 
'ai bvifittia tous ito babaa (Osée, ix, 15). Ici la traduction de bD par « en 

1 On peut sous-entendre Ûïm ni*. D'après le qeré, le sens serait : pour se couvrir 
de confusion. 



raison de » donne un sens excellent : « Donne-leur, Eternel, ce 
que tu voudras leur donner, donne-leur un sein qui avorte et des 
mamelles flétries, en raison de leur méchanceté à Guilgal, car là je 
les ai pris en haine, etc. » En traduisant « toute leur méchanceté 
est à Guilgal », on n'obtient qu'une pensée incohérente, aron ba est 
donc bien pour ansnba. 

2° Tripe "nm ba rww» r-na-> tfbi lanft ^npn ti« wn ^tf then 
'W wauïï-i pa rrhy (Soph., ni, *7) « J'avais dit : Certainement tu 
me craindras, tu en tireras une leçon, et sa demeure ne sera pas 
détruite en vertu de la punition que je devais lui infliger, mais ils 
se sont empressés, etc. » La phrase, sans être absolument nette, 
est cependant moins obscure que si l'on donne à ba le sens de 
« tout ». 

3° i-renab aï-u mita©»» rw^a *fin na tmaa ba (Ps., xlv, 7). Ce 
verset est difficile, mais, au moins, les mots strias ba = ïtn'aabs 
deviennent compréhensibles ; ils signifient conformément à sa di- 
gnité, la fille du roi, etc. » 

4° snpa a^ia ^n ba rasa rnaraïab ymna swiïi (ib., lxxiv, 3). 
Saadia traduit : « Fais paraître ta punition contre les tumultes 
perpétuels, alors que l'ennemi a sévi dans le sanctuaire. » Saadia 
paraît prendre anri ba dans le même sens que ?*Tta. Il vaudrait 
mieux, pour tenir compte du b de ba, traduire : a à cause du mal 
qu'a fait l'ennemi », en lisant l'infinitif :nn au lieu du passé. 

5° *}& TnVftMn ba 'nb a^a tta (Ps., cxvi, 12). La phrase se cons- 
truit mieux, si ba veut dire « en raison de, en comparaison de », 
que si l'on fait de TfiVflMn ba un second complément direct de 
a^iDN. Nous traduisons « Que rendrai-je à l'Eternel en raison de 
ce qu'W a fait pour moi ? » 

Le sens que nous avons donné à ba est confirmé par l'analogie 
d'une autre locution, b^a, employée de la même façon dans deux 
versets d'Isaïe *. L'un d'eux (lxiii, 7) n'offre aucune difficulté: 
isbtts -hûn ba b^a 'fi mbfin ^pstn 'fi *ion « Je proclamerai les bien- 
faits de Dieu et ses exploits glorieux, en raison de tout ce qu'il a 
fait pour nous. » Dans l'autre (lix, 18), fitttt abur 1 b3>a mbnfca b^a 
Tmub Vfttt TTfcb, le second b^a paraît superflu, il faut donc tra- 
duire : En raison des actions (des hommes, Dieu les) paye; (il 
rend) la fureur à ses ennemis et l'action à ses adversaires. » 

Ce dernier passage doit être rapproché du verset de Jérémie, li, 
56 : ab^ ab\a 'fi mbntta ba ia. La similitude des deux phrases 
donne à penser que ba "tt est une faute pour by "«a = b^a. De la 

1 Nous négligeons les passages où les deux éléments de bsO gardent leur sens 
propre, comme dans Ps., cxix, 14, et II Chr., xxxn, 19. 

T. XXXI, n° 61. 4 



mi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sorte, mbr::. b? -o est le complément de dbta"\ comme dans le ver- 
set d'Isaîe. 11 est bon de remarquer, à ce propos, que la racine btoâ 
ne veut pas dire « récompenser » ou « punir », mais seulement 
agir en bien ou en mal, conférer un bienfait ou infliger une of- 
fense. Dans les passages tels que DeuL, xxxn, G; Joël, iv, 4;, 
Il Chr. , xx, 11, cités par les dictionnaires comme exemples de 
r:;. ayant le sens de « rétribuer, punir», il s'agit, tout au con- 
traire, d'offenses non provoquées, gratuites. De même, il n'est 
pas question de récompense dans II Sam., xix, 37 : labîOJP rflflbl 
pnt!"î tàlfcXn ^jbfcST Barzillay, dans sa modestie, considère l'hon- 
neur que veut lui faire David comme n'étant pas mérité. Natu- 
rellement bizî prend le sens de rétribuer lorsqu'il est suivi de la 
préposition s, comme I Sam., xix, 37, et Ps., cm, 10. 

L'identification de by ^s avec b$3 peut servir à expliquer un 
autre verset de Jérémie (n, 34) : d^rna rvnBfia tn IMHH to»!! ùa 
i-îba bs bv ia tnruotia r-nnmn ab lywpa « Sur tes ailes aussi s'est 
trouvé le sang des personnes pauvres et innocentes ; tu ne les as 
pas surprises en délit d'effraction, en proportion de toutes celles- 
ci », c'est-à-dire : il est impossible que tu aies été en droit de les 
tuer toutes, vu le nombre de tes victimes. 

by "O = b^a suivi de p forme la locution bien connue p b? "O, 
où p n'est pas démonstratif, mais relatif, et qui signifie : vu que, 
puisque. Les exégètes n'étant pas tous d'accord sur ce point, il 
peut être utile de réunir les passages où se trouve cette locution : 

1° daia? ba dma* p by "»a TWn nm aaab TOOi « Restaurez- 
vous, ensuite vous partirez, puisque vous avez passé devant votre 
serviteur (Gen., xvm, 5). » 

2° Thp bsa nsa p bv ^a îai iiz^n btf bari d^asab pi « Mais à ces 
hommes ne faites rien, puisqu'ils se sont abrités à l'ombre de mon 
toit (ifr., xix, 8). » 

3° 13a r-ibiab r-rvma f<b p S? ia lattfc flpTO « Elle a raison 
contre moi, puisque je ne l'ai pas donnée à mon fils Séla [ib., 
xxxviii, 26). » 

4° 'n 1*111853 anaia p b^ "O airo anbsai « Vous tomberez par le 
glaive, puisque vous avez fait défection à l'Eternel (Nombres, 
xiv, 43). » 

5° d^as ba d^as 'n ^abïï "man p bj> ^a 'n laia rtna « Malheur (à 
moi), Seigneur Dieu, puisque j'ai vu l'ange de Dieu face à face 
(Juges, vin, 22).» 

6° nbffl p by ia aab «narwari vrwi liTOTa niw ab rtàb rtnan 
"ltt&6 baa la^bN « Maintenant, pourquoi n'as-tu pas réprimandé Jé- 
rémie d'Anatot, qui se donne à vous comme prophète, puisqu'il 
nous a mandé, à Babylone, ce qui suit (Jér., xxxiv, 27-28). » 



to, baO, b* ■£ ol 

A ces passages il y a lieu d'en ajouter trois autres, où la locu- 
tion p hv rs a perdu tantôt l'un, tantôt l'autre de ses trois élé- 
ments. Dans II Sam., xvm, 20, le mot p manque d'après le ketib, 
mais le qeré l'a rétabli : '■jbtttt p [p] b? is ^uî^n ab ï-ïïfi arï-n 
riTj « Aujourd'hui ta n'annonceras pas la bonne nouvelle, puisque 
le fils du roi est mort. » Quoi qu'en dise M. Blau (Masoret. Un- 
ters., p. 53), il est évident que le qeré seul offre une bonne leçon, 
et si le Talmud (Nedarim, 31b) ne connaît pas ce qeré vélo ketib, 
c'est apparemment que le mot p se trouvait écrit dans les textes 
que le Talmud avait sous les yeux. Le mot p a pu facilement 
tomber devant p dans certains manuscrits, mais la leçon p b^ ^ 
ntt ^hizïï ne présente pas de sens convenable. 

Dans I Rois, n, 17, c'est hv qui a disparu : ^ishstn "^bm ^'àVi 
toibiana ^s>tt irroa ^ba mp p [b?] ^ '■pfibta ibaan tïti "ion ™?n 
^prw « Aux enfants de Barzillay tu témoigneras de la bienveil- 
lance, et ils mangeront à ta table, puisqu'ils se sont avancés vers 
moi, quand je fuyais devant ton frère Absalon. » p dans cette 
phrase ne peut pas être démonstratif, et doit être précédé de by. 

Le troisième passage est Prov., vu, 14-15 : uvn *b$ tPttbto tdt 
luttai "p 3 "ftvfo ^«ipb ^nrc^ p hy [^] "ma inttbia. Saadia tra- 
duit ces deux versets de la manière suivante : « Je m'engage à 
faire un sacrifice de paix; aujourd'hui j'accomplirai mes vœux, 
puisque je suis sortie à ta rencontre, pour rechercher ta face, et 
que je t'ai trouvé. » La traduction du Gaon est bien plus juste que 
la version ordinaire : « J'avais promis de faire un sacrifice; au- 
jourd'hui j "ai accompli mes vœux; cest pourquoi je suis sortie à 
ta rencontre, pour rechercher ta face et je t'ai trouvé. » Ce n'est 
pas parce que la courtisane a offert des sacrifices qu'elle s'est mise 
à chercher le jeune homme ; c'est, au contraire, pour témoigner sa 
joie de l'avoir trouvé qu'elle prononce un vœu et déclare vouloir 
s'en acquitter le jour même. La formule *?tj xf>vb® Tint, comme les 
formules talmudiques analogues, désigne un engagement que l'on 
prend au moment où l'on parle. TfcbiD, comme ">nna, peut s'appli- 
quer à une action présente ou future. Il est donc très vraisem- 
blable que la particule *vd manque devant p ba\ 

En terminant, nous noterons qu'on trouve une fois p bv "ittK 
avec le même sens que p b^ ■©. Le passage est dans Job (xxxiv, 
25-26) : TnnNtt to p b? nuia ûw ûnp^i ûpso ù'wn nnn « Il les a 
frappés au milieu des méchants, dans un endroit où on les voit (?) 
puisqu'ils se sont détournés de lui. » 

Mayer Lambert. 



ÉTUDE HISTORIQUE 



SUR LES IMPOTS DIRECTS ET INDIRECTS 



DES COMMUNAUTÉS ISRAÉLITES EN TURQUIE 



Il existe un certain nombre de Consultations de rabbins otto- 
mans qui examinent les règles relatives à l'établissement des 
impôts dans les communautés et fixent la procédure à suivre 
en cas de contestation entre les contribuables, d'une part, et, de 
l'autre, l'administration ou le fermier qui a le monopole de la 
perception. Dans ces discussions sur le maniement des deniers 
publics et les droits réciproques de ceux qui décrètent les taxes et 
de ceux qui ont à les payer, on trouve souvent çà et là des pas- 
sages relatifs à l'histoire du système fiscal des Juifs turcs qui ne 
manquent pas d'intérêt. Car, par les détails circonstanciés qu'ils 
renferment, ils nous font pénétrer dans la vie intime des ghettos 
turcs, dont ils nous font connaître l'organisation économique en 
même temps que l'organisation administrative. Nous nous sommes 
déjà occupé incidemment de cette question dans une étude sur la 
famille privilégiée des Alamans *. Le travail que nous donnons ici 
n'a pas la prétention de fournir la solution des nombreux pro- 
blèmes que soulève ce chapitre de notre histoire financière, tâche 
que nous laissons à de plus compétents que nous. Ce que nous dé- 
sirons, c'est jeter un peu de lumière sur quelques points obscurs, 
en utilisant dans ce but un certain nombre de renseignements que 
nous avons pu recueillir. D'ailleurs, les données fournies par 
les Consultations sont confirmées et éclairées par un document 
officiel dont la traduction sera donnée plus loin aussi littéralement 
et aussi fidèlement que possible, avec toutes les répétitions, pro- 
lixités et défauts de composition propres à ces actes. C'est un 

1 Voir la Revue ri3H t]0"P ou lO'Ha'HS b"W, Andrinople, 1888, u°* 1 à 8. 



ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES IMPOTS EN TURQUIE 53 

Firman obtenu par la communauté d'Andrinople, une première 
fois en l'an de l'Hégire 1104, sous le règne du sultan Ahmed II, 
puis renouvelé en 1198 par le sultan Hamid I er . A défaut des an- 
ciens règlements (mfc^Dîi) sur les taxes d'Andrinople, que j'ai vai- 
nement cherchés, cette pièce répand une vive clarté sur les con- 
testations relatées par nos casuistes et qui se produisirent entre 
les communautés et les étrangers qui venaient y exercer leur 
commerce. 

L'étude simultanée de ces deux sources historiques, l'une rabbi- 
nique et l'autre officielle, nous a paru intéressante, car elles se 
prêtent un mutuel concours. On y rencontre les mêmes mots tech- 
niques, l'exposition des mêmes faits, et nous pouvons ainsi déter- 
miner aussi exactement que possible la nature et les diverses pé- 
ripéties des discussions juridiques dont il y est question. 

Les taxes jadis en vigueur dans nos communautés, et qui pe- 
saient si lourdement sur les membres de nos Havras (nom que les 
Turcs donnent à nos synagogues : c'est le mot ï-ron correspon- 
dant au nom <¥Aljama, usité ailleurs, au moyen âge), se divisent 
en deux catégories : 

L'une comprend les impôts prélevés en vertu d'un règlement 
déterminé, ayant une quotité fixe, et qui, régulièrement versés 
dans la caisse de la communauté, servent à l'alimenter et la me ttent 
à même de subvenir aux besoins intérieurs. Ces 'fonds étaient à la 
disposition de la communauté, qui en réglait et en surveillait l'em- 
ploi, en les affectant soit à l'entretien de ses employés, soit à des 
œuvres de bienfaisance. En tête de ces impôts, dont les plus 
usuels et les plus importants seulement seront décrits ici, il faut 
placer la Gabelle sur îa viande, dont la ferme était mise à l'en- 
chère, comme aujourd'hui encore, et adjugée au plus offrant. 
Cette taxe était indépendante du droit de la ïwîud, qui correspon- 
dait à la Taccana des États français du Pape au moyen âge et 
était un droit fixe perçu sur les bêtes de boucherie et servant à 
payer les tramia (ailleurs : Sagataires ou Sagatadours). 

La deuxième catégorie d'impôts, qui était variable, servait à 
satisfaire, non seulement les exigences régulières et irrégulières 
du fisc, mais aussi l'avidité d'un pacha ou de quelque autre fonc- 
tionnaire. Car, en Turquie aussi il fallait parfois payer des taxes 
de la même nature que la fameuse Alfarda, qui, vers la fin du sé- 
jour des Juifs en Espagne, donna naissance à ce dicton satirique : 

Judio de longa nariz, — Paga la farda a Villaris ; 
Paga la farda a Villaris, — Judio de longa nariz '. 

1 Graetz, Geschichte der Judett, VIII, 326. 



REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

Il est de notre devoir de reconnaître que ces taxes irrégulières 
n'dxfstent plus et que d'heureuses modifications ont été appor- 
tées à la confection et à la perception des impôts réguliers. Les 
taxes ne sont pins recueillies, comme autrefois, par une troupe de 
répartiteurs, d'experts, de contrôleurs et de collecteurs, qui se tai- 
saient précéder d'un Manifeste menaçant d'excommunication qui- 
conque commettrait quelque fraude dans la déclaration de la for- 
tune; on impose aujourd'hui par approximation. Même la Gabelle 
sur la viande, qui reste la pièce de résistance de notre système 
fiscal, n'est plus perçue (si jamais elle l'a été chez nous, comme 
dans le Gomtat Venaissin, dans les Etats français du Pape, et 
ailleurs) par ce cortège ù'éprouvadours et de visitadours , ou 
inspecteurs de boucherie, qui la surveillaient autrefois. 



DES TAXES DESTINEES AUX BESOINS INTEKIEURS. 

En premier lieu vient la Gabelle (ïiVnap) de la viande, la prisca 
institittio par excellence, qui était partout établie. Voici son mode 
de perception : Les bouchers israélites sont tenus de la verser à 
la caisse de la communauté et, à leur tour, ils se la font payer par 
leurs clients en augmentant le prix ordinaire de la viande, de 
sorte que tout le monde, laïques et rabbins, y contribue égale- 
ment 1 . La communauté l'afferme d'habitude par des enchères pu- 
bliques, le plus souvent pour la durée d'une année seulement. 
A Smyrne, par exemple, on procède ainsi : le bedeau (œm) crie 
dans les temples et dans les rues que l'encan aura lieu tel jour, à 
telle heure. On se réunit au lieu du rendez-vous, où l'on allume 
une chandelle, qui sert de terminus ad quem, et les offres peu- 
vent se faire tant qu'elle n'est pas complètement consumée. Aus- 
sitôt la lumière éteinte, l'adjudication est faite au dernier offrant, 
qui devient le publicain (rpyacu), en vertu d'un cahier des charges 
signé par les syndics (ù^rittto) et légalisé par le grand-rabbin. Les 
autorités communales surveillent l'exécution exacte de ce con- 
trat 8 . Outre que ce revenu était affecté à l'entretien des écoles et 

1 ÏtVhMI D02!D sur Tour UBOT "pu H, 46 6, n<> 103. L'auteur. Haïm Benveniste, 
rabbin à Smyrne et frère de l'auteur du commentaire ^ÛJin" 1 ï"îY*ZJ sur I e Talmud 
palestinien, avait pris, comme partisan de Sabbataï Cevi, le poste rabbinique d'Aron 
de Lapapa, expulsé de la ville par le Taux Messie. Voir r)3H f|D"P, n ° 17, p. 268. 

2 D^n (XOto, 126, n° 19. L'auteur, Haïm Palagi, rabbin à Smyrne et mort octo- 
génaire en 1868, était d'une extraordinaire fécondité littéraire. 



ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES IMPOTS EN TURQUIE 55 

des rabbins et à d'autres besoins religieux, il servait aussi, en 
partie, à payer les frais des funérailles des pauvres 1 . Il y avait 
également une Gabelle du vin et de l'eau-de-vie de production 
locale. 

Vient ensuite la taxe par main (tD^i* ou î"D3>p), appelée rosbag 
à Avignon, capage dans le Comtat Venaissin, cabessatge ou ca- 
bessagium dans le Roussillon et en Cerdagne. Un règlement du 
rabbin Joseph Escapa 2 en a fixé ainsi la répartition à Smyrne. 
Sur vingt-six personnes inscrites, le sort ou le scrutin désignait 
treize répartiteurs (tiwwa), qui étaient assermentés et, sous au- 
cun prétexte, ne pouvaient se soustraire à cette charge pendant 
trois ans. Pour simplifier les calculs dans l'estimation de la for- 
tune des contribuables, on prend comme unité Yaspre (pb, tiers 
du para ou ïtDvin, et dont 120 font une piastre), qu'on suppose être 
l'équivalent de 6 piastres (rvmtt). Le maximum de cette taxe, 
même pour les plus riches, était fixé d'abord à 100 aspres, et est 
monté ensuite à 237. Le produit de cet impôt, que tout membre 
de la communauté de plus de quinze ans, même non marié, était 
tenu de payer, servait, à Smyrne, à l'amortissement et au paie- 
ment des intérêts d'une dette collective de la communauté, con- 
tractée envers les institutions pieuses (nrmpn), auxquelles les 
veuves, les orphelins et les vieillards avaient confié leur pécule au 
moment d'aller se fixer en Terre-Sainte. En 1870, on a proposé, 
contre l'avis du corps rabbinique, de supprimer cette taxe et de la 
compenser par une augmentation sur la Gabelle de la viande. De 
là, une lutte longue et orageuse à laquelle prirent part les rabbi- 
nats de Jérusalem, Hébron, Safed, Salonique, etc. 3 . 

A l'égard des récalcitrants qui refusaient de payer cette taxe, 
on employait tous les moyens coercitifs dont dispose une commu- 
nauté : on leur refusait les secours religieux dont ils avaient be- 
soin (circoncision d'un nouveau-né, enterrement, etc.), et on allait 
jusqu'à éloigner d'eux la clientèle, à laquelle on défendait d'entre- 
tenir avec eux des relations commerciales 4 . A Salonique, un 
membre qui voulait quitter la ville devait fournir un garant s'en- 
gageant à payer la contribution régulièrement pendant toute la 
période que cette taxe était imposée \ Toutefois, quelqu'un qui 

1 Û^n ÈW373, 28 b, n» 5. 

2 Contemporain de Sabbataï Cevi. 

3 D^n NU3E, 4 >>• 29a, 37 a. 
* Ibid., 34 b, n° 35. 

5 l lb' a NCTj, II, 2 e E3DÎZJ52, 3 e -]2w. L'auteur en est le rabbin Ezra, de Salo- 
nique, vers le commencement du xvn e siècle, élève du célèbre d""JO"in cité 
plus bas. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

était condamné par l'État à l'expatriation ("paino) n'était tenu de 
payer sa taxe que dans sa nouvelle résidence l . 

Quelques communautés frappaient d'un droit un certain nombre 
d'articles de commerce. Ce droit, calculé selon la valeur des mar- 
chandises et comparable à nos droits de patente et d'octroi, était 
créé à la suite de circonstances passagères, et pour satisfaire à 
des besoins locaux. Ainsi, à Gonstantinople, toutes les marchan- 
dises importées par les Israélites étaient imposées par la commu- 
nauté d'une taxe destinée au rachat des coreligionnaires amenés 
capt'fs de la Russie 2 , par voie de la Mer Noire 3 . A Philippopoli, 
cet impôt avait un but tout différent. En 1789, la communauté de 
cette ville l'établit sur les articles de commerce débités par les 
marchands ambulants qui venaient d'autres villes et vendaient à 
bon marché, au détriment des négociants indigènes. Les mar- 
chands imposés se refusèrent à payer cette contribution, qu'ils dé- 
claraient illégale parce qu'ils ne pratiquaient leur commerce qu'à 
l'intérieur de la frontière et, par conséquent, avaient le droit de 
jouir de toutes les libertés que le sultan confère à ses sujets 4 . 

Dans une Consultation s , il est encore question d'autres im- 
pôts, tels que la capitation (anb-tea S]W) et diverses autres taxes 
(î-isnp 6 , bwô ttjbtt) \ trnD rm: s ). 

Pour l'estimation de la fortune en vue de prélever la « taxe par 
main », ou i"D#p, on prenait en considération, non seulement les 
capitaux en circulation et productifs, mais aussi les autres biens 
meubles et immeubles. Pour les articles de commerce proprement 
dits, le négociant ne payait qu'une seule fois la taxe, à savoir, 
dans la ville d'où ils étaient expédiés ; la communauté lui déli- 
vrait un acquit-à-caution valable auprès de l'administration du 
lieu de destination 9 . On n'imposait pas, naturellement, les capi- 

* Ibid., Ile BBïûa, 3» ^yiD. 

* A la suite de quelle catastrophe? La persécution de l'hetman Chmielnicki n'a eu 
lieu que plus tard. 

3 t^'n^na sur ttD'IÎ?» "jllîn, n° 13. L'auteur de ces Consultations, Joseph Mi- 
trani, rabbin à Gonstantinople (1568-1639), est ûls du célèbre Moïse ben Joseph 
l3""*372 (1505-1585), contemporain de Joseph Caro. 

4 &TD1 N-pfà, 31 b, par Simon Behmoiram Mardochée, rabbin à Andrinople au 
commencement de ce siècle et auteur d'un autre ouvrage, 'jï 2 72**23 Ï1ÎL272. 

5 "^NbfcW ÏTI372 'li n° 60, rabbin à Jérusalem et à Sated, contemporain et par- 
tisan de Sabbataï Cevi (voir ri3H ïnoT^, n» 17, p. 266), au sujet duquel il a écrit 
une lettre, encore inédite, que je me propose de publier un jour. 

6 Aumône quotidienne ou hebdomadaire. 

7 Cotisation à l'occasion des trois l'êtes, la Pâque, la Pentecôte et la fête des 
Tentes. 

8 Aumône à l'occasion de la fête de Pourim. 

9 H'^Nin sur *JD12372 \tUTh n a 39. L'auteur s'appelle Elie b. Haïm, rabbin à 
Gonstantinople, dont 1 epitaphe est meutionnée dans notre Manuel d'histoire israélite 

Dm3N 133 nVrbin), Presbourg, 1887, p. 99. 



ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES IMPOTS EN TURQUIE 57 

taux empruntés ni les marchandises confiées aux commission- 
naires (d^ibkd), qui, n'en tirant d'autre bénéfice que leur commis- 
sion, n'en étaient pas considérés comme les véritables possesseurs ! . 
On n'imposait pas non plus les objets destinés à un usage personnel, 
tels que le mobilier de la maison et les livres de lecture 2 . Néan- 
moins, certains effets, quoique de nature improductive, tels que 
les bijoux en or, en argent et en pierres précieuses, étaient soumis 
à la taxe 3 , avec cette restriction que, d'après l'usage en vigueur 
dans les communautés de Constantinople et de Salonique, on ne 
les taxait que pour 50 °/ de leur valeur 4 . A Smyrne, le père d'une 
fiancée payait une taxe proportionnelle à la dot (îOiTrt) qu'il lui 
destinait et le fiancé en restait alors exempt 5 . A Constantinople, 
malgré des opinions divergentes, le mari était imposé pour les 
biens appartenant à la femme (nbfr ^OSD) et dont il n'avait que 
l'usufruit 6 . Quant aux immeubles, le prix en était évalué, pour 
l'établissement de la taxe, selon qu'il s'agissait de champs cul- 
tivés 7 ou de maisons s . 



II 



IMPOTS PAYÉS A L'ÉTAT. 



Dans cette série d'impôts, la première place est tenue par la 
capitation (nbabatt Stt /^aos ttïtta) et par l'impôt communal (apsa, 
•'iBfiwna 3*1), dont il est question, entre autres, dans une consul- 
tation de Samuel de Médina . L'impôt sur les immeubles (mim), 
réclamé en bloc par le gouvernement, était réparti entre tous 
les membres de la communauté, excepté les pauvres que l'on 
savait insolvables 10 . La taxe sur les eaux fournies au ghetto par 
les canaux municipaux était également répartie entre tous les 
membres de la communauté 11 . En dehors de la gabelle dont il a 

1 Y'^")!"!, II, n° 5o, dont l'auteur, Salomon Cohen, rabbin à Salonique, ilorissait 
vers la fin du xvi c siècle. 

* ^btt WD», m, 2 e -i^ir, 5 e ustttt. 

3 !"ïb")"ttrï D03D sur aDïDÏÏ )Vn, 44 a, n° 32. 

* Ibid., n° 33. 

s Ibid., 53 J, n° 109. 

6 Ibid., 45 £, n° 73. 

7 *\hu nid*], m, 1 er "h, i er BDims, 2- -im 

8 nb-nan no^D sur bside ïrcn, w », »° 96. 

9 D"*TW"irî sur as'JJTD "JOT1, n° 398, dont Pauteur, Samuel de Médina dei Campo, 
rabbin à Salonique, Ilorissait vers la fin du xvi« siècle. 

10 ^aaNbsa no?3 "i, n° 23. 

11 jwtt naw, n° 163, n"3 ma, v"-îï->. 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

été question, Ida Israélites payaient un droit à l'Etat, dans cer- 
taines villes, pour les boissons spiritueuses *. La communauté de 
Salonique devait fournir des habits au gouvernement *. 

A côté de ces impositions régulières, il y en avait d'irrégu- 
lières : telle était l'obligation imposée à la communauté de Sofia, 
en 1801, d'après une ancienne coutume, de loger et d'entretenir 
pendant trois jours, dans les maisons des contribuables, l'armée 
ottomane de passage dans cette ville. D'après l'exposé du rabbin 
Hahamim Jacob b. Reùben, les rabbins devaient être exempts de 
cette charge *. Dans certaines circonstances, les communautés 
étaient aussi obligées de payer des sommes élevées à certains fonc- 
tionnaires pour échapper à leurs mauvais traitements ou à leurs 
vexations 4 . Les Consultations parlent d'un cas de ce genre qui 
se présenta à Andrinople, en 1802, et sur lequel elles donnent 
peu de détails 5 , mais que la tradition populaire rapporte ainsi G . 
Un rabbin, Moïse Ergaz, à la tète mal équilibrée, est trouvé, un 
beau matin, brûlé dans le four de sa maison, où il s'était jeté dans 
un accès de folie. Le gouverneur de la ville, Halo pacha 7 , feint de 
ne pas croire au suicide et met le grand-rabbin Yakir (Preciado) 
Guéron en prison, en accusant la communauté d'avoir brûlé 
elle-même le rabbin Ergaz pour l'empêcher soi-disant de réaliser 
son intention de se convertir à l'islam. Le grand-rabbin ne put 
échapper à la mort qui le menaçait que grâce au dévouement 
de la communauté, dont les membres se cotisèrent pour payer au 
gouverneur la rançon de leur chef religieux. 



III 

PERSONNES EXEMPTÉES DU PAIEMENT DES TAXES. 

Certains membres de la communauté étaient exemptés du paie- 
ment des taxes, exemption réglée, d'ailleurs, par les coutumes lo- 
cales, avec lesquelles nos casuistes tâchent de mettre d'accord 

1 îlbTOÏl DW3, 46 £, n°103. 

2 ^b73 KlBfc, III, 21« asiDtt, 2« -|3^. Voir à ce sujet zW E]OT>, n os 8-10, ar- 
ticle innsOTi }V2n ïwq. 

3 N^7 N-Ptt, 50 a, n° 27. 

4 "nbn btf"lM ,ta l sur C3DU573 flErii n° 39 ; il était rabbin à Salonique vers le 
milieu du xvii siècle. 

5 TlJEO ÏTÛE, III, sur CâfiŒtt yen, 17 a, n° 61. 

6 J'ai souvent entendu cette légende ù Andrinople. 

7 Probablement Alich Pacha, homonyme du gouverneur d'Andrinople en 1830, 
après la prise de celte ville par les Russes. 



ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES IMPOTS EN TURQUIE 59 

les lois fiscales 1 . Tout d'abord les rabbins jouissaient de ces im- 
munités. Ou attaquait violemment les administrateurs qui osaient 
les imposer. Pourtant, bien des rabbins se soumirent volontai- 
rement à cet impôt. C'est ainsi que Samuel de Médina 2 paya 
la taxe de la capitation, soit par modestie, parce qu'il ne voulait 
pas s'adjuger le titre de rabbin, soit pour montrer sa soumission 
au gouvernement 3 , llaïm Benveniste * agit de même pendant 
qu'il fonctionnait comme rabbin à Tiréh (Turquie d'Asie), et à 
Gonstantinople il contribuait aux œuvres de bienfaisance de la 
communauté 5 . Mais la plupart ne payaient aucune taxe, même 
pas la gabelle du vin 6 . 

En vertu d'un ancien principe (*nro Wn *Ttt "înn niON), la veuve 
d'un rabbin jouissait, des mêmes immunités que son mari 7 . Les mi- 
nistres officiants (y"ii5) aussi, à Gonstantinople et à Smyrne, étaient 
dispensés du paiement des taxes s , ainsi que les bedeaux à Cons- 
tantinople, même ceux qui étaient riches 9 . Certaines communau- 
tés accordaient la même exemption aux imprimeurs de livres ,0 . 
Ceux qui ne vivaient que du fruit de leur travail (b^làn pD"tf) 
ne payaient d'autre impôt que la capitation (jw*p) ; on n'imposait 
que ceux dont la fortune dépassait la somme de mille aspres lf . 
Toutefois, la coutume exigeait à Smyrne que les courtiers atta- 
chés aux magasins de marchands chrétiens payassent un tant 
pour cent de leurs bénéfices à la communauté 12 . Etaient aussi 
exemptés les médecins juifs à Constantinople, en vertu d'un pri- 
vilège que l'Etat leur avait accordé en récompense des visites 
quotidiennes qu'ils faisaient au Sérail. Us ne contribuaient qu'aux 
œuvres de bienfaisance et au rachat des captifs israélites 13 . D'a- 
près un firman obtenu par la communauté de Smyrne, les drog- 
rnans patentés par les autorités étaient dispensés de payer la 
capitation 14 . Du reste, en vertu d'un règlement fait à Smyrne 
en 1693 et renouvelé en 1730 et en 1833, personne ne pouvait 

1 îirmsr» n03S, 43 b, n° 23, et passim. 
% Voir p. 57, note 9. 

3 Y 5 ^ KttïBi ibid - 
* Voir p. 54, note 1. 

5 ÎTbrttïl n025, 47 a,\n° 110. 

6 N"0*7 N-Ptt, 54 a, n° 30. 

I D""Tl N1D7D, 35 b, n° 39. 

8 ffrnXn nD33, 57 b, n° 158. 

9 Ibid. , n° 1 60. 
'o Ibid., n° 157. 

II Y-tt BEE, III, 21- aD'372, 2e n^^. 
11 rrbnan nODD, 46 a, n° 85. 

13 *jb« fiW373, U, 1 er UDOT, 8 e n*tD. 
** Û-nn Ntt573, 46 b, n° 69. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sous peine d'excommunication, se soustraire au paiement des 
contributions en s'abritant derrière la protection des autorités 
locales ou sous L'égide des consuls 1 . 

Andrinople, juin 1895. 

Abraham Danon. 



APPENDICE. 



TRADUCTION DU FIRMAN CONCERNANT LA GABELLE DE LA VIANDE 

A ANDRINOPLE. 

« le plus juste des justes parmi les Musulmans, le meilleur des 
gouverneurs des monothéistes, source de vertus et de pénétration, 
qui rehausses les arrêts législatifs et religieux, héritier de la science 
des prophètes et des envoyés, qui connais la grandeur des bienfaits 
du Souverain compatissant, le légiste, juge d'Andrinople, que ses 
vertus augmentent ! (Mon) suprême Edit Impérial (vous) arrivera : 
Sachez que, dans une requête présentée naguère à Ma Cour, où 
s'étale ma puissance, par la communauté Israélite d'Andrinople, 
celle-ci avait exposé que — tous les Juifs et les chefs de cette con- 
grégation étant d'accord — , elle avait imposé la viande vendue et 
consommée parmi eux d'un droit de quatre aspres, laquelle somme 
serait affectée au paiement de la taxe de la capitation, à l'habille- 
ment et à d'autres besoins des pauvres de cette même communauté 
dont le nombre augmente ; que personne ne s'y était opposé et 
n'avait soulevé de contestation ; que toutefois quelques Juifs de 
Constantinople (domiciliés à Andrinople), en prétendant être des 
étrangers, ont soulevé des résistances et des protestations contre 
cette décision unanime de la communauté. Celle-ci supplie, en con- 
séquence, d'ouvrir une enquête à ce sujet et de me faire prendre 
dans Ma Cour Impériale une décision, en vertu de laquelle leur con- 
vention susmentionnée serait respectée, comme elle l'a été depuis 
longtemps jusqu'aujourd'hui. 

« Des informations ont été demandées sur cette question auprès 
d'experts intelligents et désintéressés. De ces dépositions commu- 
niquées au conseil juridique, au milieu d'une foule compacte et 
d'une nombreuse assemblée, il résulte que dans la communauté 
juive, demeurant en dedans de la citadelle, on vend et on consomme 
la viande des bêtes qu'ils jugulent avec un supplément de quatre 
aspres par oque au-dessus du prix courant, et que le produit 

1 d^M 6W3B, 38 a, n° 48. 



ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES IMPOTS EN TURQUIE 61 

de ce supplément, avec l'accord et le consentement de tous les 
membres de la communauté juive ainsi que de ses chefs, est mis 
dans une caisse et dépensé pour la capitation, l'entretien et l'ha- 
billement de tous les nécessiteux juifs incapables de gagner leur 
vie, que (cette mesure) subsiste encore dans cette communauté 
d'un accord unanime, et que, jusqu'aujourd'hui, ni contestation ni 
résistance de la part de ses membres n'ont été soulevées à ce sujet. 
Là-dessus, une sentence a été écrite par le légiste Abdullah, juge 
d'Andrinople, que ses vertus augmentent! A la suite de cette 
sentence, un décret souverain a été promulgué en l'an 1104, à l'a- 
dresse du juge d'Andrinople, lui enjoignant d'interdire de la part 
du tribunal, comme il vient d'être dit, toute opposition, avec allé 
gation de prétextes, contre les mesures en vigueur au sein de la 
communauté susmentionnée de leur commun accord et en vertu de 
la sentence en question. 

« Depuis lors, personne n'a rompu la chaîne de cette convention. 
Mais actuellement, on vient se plaindre par une requête qu'un 
groupe de personnes ne cessent d'exercer arbitrairement des vexa- 
tions et des violences, contrairement à l'Ordre Impérial, et cela dans 
le but de faire des exactions. Ayant révisé les registres de la grande 
Comptabilité, conservés dans Mes Archives Impériales, on y a trouvé 
écrit et enregistré que, exactement comme il vient d'être indiqué, 
un Edit Impérial a été promulgué à la date susdite. 

« Je promulgue, en conséquence, Mon suprême Décret pour vous 
ordonner d'interdire toute ingérence illégale, dépourvue de motifs 
judiciaires et de pièces probantes, de la part de tout étranger préten- 
dant porter préjudice, contrairement au contenu du Décret Impérial 
jadis promulgué, qui confirmait l'ancienne règle de cette communauté 
concernant leurs achats et ventes d'après leur convention en vigueur. 
Présentez-moi des informations exactes, en me faisant connaître 
quelles sont les personnes qui se permettent de vexer les pauvres, 
Mes sujets, sans aucun motif et contrairement au Décret Impérial, 
puisque des violences et des exactions sont commises réellement par 
des hommes d'une façon arbitraire et que, comme il appert de la 
requête présentée maintenant, aucune réclamation n'avait été faite 
pendant si longtemps, depuis l'an 1104, ce qui démontre que depuis 
cette date reculée, la convention susmentionnée était respectée dans 
cette communauté, selon TEdit Impérial, sans contestation aucune. 
Sitôt que Mon Ordre Impérial paraphé vous parviendra, agissez 
d'après Mon Décret Suprême que Je promulgue à ce sujet, donnez 
des informations à Ma Cour Impériale sur le compte des vexateurs 
en question, soyez fidèle au sens de Mon Edit Impérial, connaissez 
bien ceci et prenez comme point d'appui Mon Visa Impérial. Rédigé 
vers le milieu du mois de Cheval, en l'an 1198, dans le Siège de la 
Capitale Constantinople. 



LA FAMILLE « DE PISE » 



I 



LES ENFANTS D ISAAC DE PISE. 



M. Halberstam possède un manuscrit (n° 441), qifil m'a signalé, 
et qui contient un recueil de poèmes originaires de l'Italie et com- 
posés, pour la plupart, par Samuel b. Moïse Anav 1 , qui était 
peut-être membre de la famille dei Mansi ou dei Piatelli. Ce ms. 
me met à même de répandre une lumière inattendue sur la famille 
d'Isaac, fils aine de Yeliielde Pise. En même temps, nous retrou- 
vons Abraham de Pise, fils cadet d'Isaac, sous les traits d'un 
poète, et nous pouvons mieux comprendre les louanges dont 
Abraham est comblé par Guedalya Ibn Yahya 2 , et qui nous pa- 
raissaient jusqu'à présent dénuées de fondement. 

Selon la coutume des communautés de l'Italie, où la langue sainte 
était devenue, en quelque sorte, d'usage courant dans tous les 
actes solennels, dans toutes les circonstances gaies et tristes, on 
lisait souvent dans les maisons distinguées, lors du décès d'un 
membre éminent de la famille, une élégie hébraïque, sorte de 
faire-part poétique, qui nommait tous les proches atteints par le 
deuil. Abraham de Pise ayant composé une de ces élégies lors 
du décès de sa mère, morte à Pise le 18 Adar 1527, et ayant fait 
exprimer à ses frères et sœurs, ainsi qu'à son père devenu veuf, 
la profonde douleur qu'ils ressentaient, son œuvre poétique est 
devenue un document biographique qui nous fait connaître, l'un 
après l'autre, les enfants d'Isaac de Pise. 

Onze enfants, sept filles et quatre fils, entouraient le cercueil 
de leur mère. Rébecca, Justa ou Giustina (si je traduis bien le 
nom de Gedaca), Léonie, comme il faut probablement rendre le 

1 Au f» 29, on trouve l'acrostiche : l"^i la* TOW p bfcOfttfJ. Gf, Berliner, Ge- 
schichte der Juden in Mom, II, 1, p. 24. 
* Voir Kaufmann, Bévue, XXVI, 87, note 1. 



LA FAMILLE « DR PISE » 63 

nom hébreu de Levia, Julia, Sara, Allegra \ équivalent italien, 
sans doute, du nom hébreu Simha, [allas, à cause du mètre, Ça- 
hala), et Gentille, qui correspond peut-être à Nediba, tels sont les 
noms des sept filles, qui, dans le poème d'Abraham, ont le pas sur 
leurs frères. Une des sœurs était encore une entant lors de la 
mort de sa mère, une autre venait de se fiancer. Les fils se 
nommaient Yehiel, Daniel, Salomon et Abraham ; ils étaient tous 
des hommes mûrs et occupaient des situations importantes. Da- 
niel, le réorganisateur de la communauté de Rome, le plus estimé 
des quatre fils par le crédit dont il jouissait à la cour de Clément 
VII, était connu dans toute l'Italie-, principalement à partir de 
l'année 1524. Salomon, ce semble, s'établit plus tard aussi à 
Rome, s'il nous est permis de reconnaître en lui ce Salomon da 
Pisa que nous rencontrons, le 11 juin 1536, dans la Scuola 
Siciliana, à l'assemblée des trente banquiers juifs de Rome 3 . 
Abraham, le dernier nommé et, à coup sûr, le plus jeune des 
fils, aurait eu 34 ans lors de la mort de sa mère, si nous inter- 
prétons bien le texte de Guedalya ibn Yahya, en prenant l'an 
1493 pour l'année de la naissance d'Abraham. Cependant, ses vers 
témoignent formellement contre cette supposition, car ils le dé- 
peignent sous les traits d'un jeune homme, à la fleur de l'âge, 
« jeune et tendre », qui aurait encore eu besoin le plus de la pro- 
tection maternelle. Il nous faut donc renoncer à prendre au sé- 
rieux les termes de Guedalya et à vouloir y chercher un point d'ap- 
pui pour la détermination de l'année de la naissance d'Abraham. 

Nous ignorons encore les faits historiques qui pourraient nous 
faire comprendre toutes les parties de ce poème. Il nous serait, par 
exemple, impossible de déterminer l'identité de Jacob et d'Elha- 
nan, désignés par la mère mourante comme les guides auxquels ses 
enfants pourront toujours se confier. Mais nous en savons assez 
pour être assuré d'avoir bien utilisé ce poème pour établir l'arbre 
généalogique de la famille d'Isaac de Pise. 

Abraham de Pise apparaît, dans cette élégie, comme un poète 
très délicat. Son œuvre exprime des sentiments vrais en un lan- 
gage saisissant, et n'est pas dépourvue de beauté. Lorsque, à la 
fin, après que ses sœurs et frères ont été introduits un à un et 
ont exhalé leurs plaintes et leurs gémissements, il se précipite 
lui-même dans la chambre mortuaire, afin d'embrasser le lit où 

1 Cf. Zunz, Ges. Schriftcn, II, 56, et M. Osimo, Cenni bior/raphici délia famiijlia 
Koen-Cantarini, p. 63. 

' Voir Kaufmann, Hevue, XXIX, 143 et suiv. 

3 Voir Berliner, l. c, II, 1, p. 10J, 123, et Riegcr, Oeschickte der Juden in Rom, 
II, 117, 419. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

sa mère a rendu le dernier soupir, et qui est maintenant vide, 
il trouve des accents d'un charme vraiment touchant. Il croit en- 
core entendre la voix de sa mère, qui lui rappelle l'inflexibilité de 
la destinée et recommande ses enfants à Jacob et principalement 
à Elhanan, comme à ses amis les plus fidèles, en les conjurant, 
en môme temps, de vivre dans cet esprit de sainteté qui est héré- 
ditaire dans la famille. 

Abraham n'ignore pas que son poème présente des imperfec- 
tions. Mais comment aurait-il pu songer à polir ses vers dans la 
violence de sa douleur? Comment, au milieu de son chagrin, 
aurait-il pu suivre fidèlement les lois rigoureuses de la métrique? 

L'acrostiche « Abraham de Pise » fourni par les dix premières 
strophes du poème, qui contient 30 strophes de 4 lignes, prouve 
qu'Abraham est bien l'auteur de cette pièce. On l'aurait deviné, 
d'ailleurs, au caractère intime des sentiments qu'elle traduit. 



II 

UNE ÉLÉGIE SUR LA. MORT DE DANIEL DE PISE. 

Le ms. Halberstam n° 441 nous a conservé encore une, autre 
élégie d'Abraham de Pise, composée sur la mort de son frère Da- 
niel, qui a joué un rôle si marquant dans la vie des Juifs italiens. 
C'est Judith, sa veuve, qu'il fait parler dans ce poème et dont il 
met le nom en acrostiche dans les premières strophes. Nous ne 
trouvons, il est vrai, aucune indication qui nous permette d'at- 
tribuer formellement ce morceau à Abraham, mais il se rencontre 
dans ces deux élégies des passages qui se ressemblent ou se ré- 
pètent mot à mot et qui prouvent clairement qu'elles émanent 
d'un même auteur. 

Judith n'appelle aux lamentations funèbres que ses belles-sœurs 
et ses beaux-frères, sœurs et frères de son mari. Ils parais- 
sent tous d'après l'âge, dans le même ordre qu'ils occupent dans 
l'élégie composée par Abraham sur sa mère. Un seul manque, 
Daniel, le premier qui ait payé son tribut à la mort. Le poète ne 
songe qu'à la douleur profonde de la veuve. Aussi ne fait-il par- 
ler que Judith, sans exprimer le chagrin des autres membres de 
la famille. 

Daniel ne laissa pas d'enfants l , à ce qu'il semble, car seuls les 

1 Revue, XXVI, 89, note 1. Samuel ben Daniel de Pise ne doit donc plus passer 
pour le fils de notre Daniel. 



LA FAMILLE « DP: PISE . 65 

frères et sœurs et l'épouse fout entendre leurs plaintes. Mais on 
ne voit pas le nom du défunt. En outre, dans les strophes finales 
il est question de la mort d'une femme nommée Hanna, qui a un 
fils du nom de Moïse. C'est que, à notre avis, les huit strophes fi- 
nales, quoique offrant avec notre poème des ressemblances pour 
le mètre, la rime et le plan, n'en font point partie. Notre élégie 
s'arrête après les 28 premières strophes. Entre les feuilles 23 et 
24, telles que les a numérotées M. Halberstam, il y a une lacune, 
et la feuille 24 ne contient ni la 29 e strophe ni la suite de notre 
élégie, mais la fin d'une élégie sans commencement, composée 
sur la mort d'une femme du nom de Hanna. 

La fin qui manque contenait probablement le nom de Daniel et 
peut-être aussi l'année de sa mort. 



III 

UNE ÉLÉGIE D'ABRAHAM DE PISE SUR LA MORT DE R. AZRIEL DAYENA. 

Azriel Dayena, dont récemment 1 nous avons raconté la lutte 
intrépide contre David Reùbeni, a été le sujet d'une élégie com- 
posée sur sa mort. Elle se trouve dans le même ms. Halberstam 
n° 441, p. 25, qui nous a conservé les deux élégies d'Abraham de 
Pise sur son frère et sa mère. 

Abstraction faite du témoignage de l'acrostiche, la ressemblance 
des poèmes, l'analogie du mètre, la similitude de style, qui ne 
dédaigne pas les expressions talmudiques, concourent à démon- 
trer que l'auteur en est également Abraham de Pise. L'accent de 
vénération que l'on remarque dans cette élégie nous fait supposer 
qu'Abraham de Pise devait être l'élève du professeur de Talmud 
de Sabbioneta. 

C'est une particularité de la technique de l'élégie, dont nous 
avons trouvé des exemples dans les élégies sur Yehiel de Pise 2 , 
que les sphères et leurs chefs, les planètes, les douze constella- 
tions, les éléments et les trois règnes de la nature, le monde des 
minéraux, des plantes et des animaux, mêlent leurs plaintes à 
celles de l'homme pour pleurer le défunt. 

Bien qu'il faille mettre sur le compte de l'exagération et de la 
douleur une grande partie des louanges, cette élégie montre que 
Dayena n'était pas une personne ordinaire. Nous ne nous trom- 

1 Revue, XXX, 304 et suiv. 
* Ib., XXVI, p. 237. 

T. XXXI, n° Cl 5 






REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



perons pas en lui attribuant la connaissance de la Cabbale, celle 
des deux Talmuds et de la littérature midraschique, en même 
temps que, comme l'élégie le dit expressément, la connaissance 
exégétique et massorétique de l'Ecriture sainte. Mais l'élégie in- 
siste surtout sur sa remarquable loyauté et la fermeté de son ca- 
ractère, que nous connaissons déjà, du reste, par son courage à 
combattre l'aveuglement de ses contemporains. Sa réputation, 
dont quelques preuves isolées se sont conservées 1 , doit avoir dé- 
passé les limites de sa sphère d'activité. 

Cette élégie n'indique pas l'année de la mort d'Azriel, comme 
le fait, par exemple, celle qu'Abraham a écrite sur sa mère, où 
le chronostiche 'nVo = 1527 fait allusion à la dissolution et à la 
destruction. Une telle indication, si elle avait existé, n'aurait 
pas été effacée par le copiste. Toujours est-il que, l'année de 
la mort d'Azriel étant fournie par Guedalya ibn Yahya 2 , nous 
savons qu'Abraham de Pise était encore, en 1536, en pleine acti- 
vité poétique. 

David Kaufmann. 



APPENDICE 



I. 

Mètre : w| 



• v — 



Fol. 42 



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nbb" 1 bip pn T»fflf ^n ri^p ab 



» //;., XXX, 305, notes 1 et 2. 

' Jb., 304, note G. C'est d'après cette date quil faut corriger, dans le catalogue 
des manuscrits de l'eu Abraham Merzbacher à Munich, dîT"l3N b!"IN> n° 142, les 

mots n"a-i naioa nasar» en n"atn. 

3 Isaïe, xvi, 1. 



LA FAMILLE « DE PISE 

panai dn nn ïton in 



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1 Amos, v, 16J 

1 au lieu de — v. 



sa;i anaa na>tti ma^a npn 
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t-mar» a-p ba m:o an sr.fi 
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r-sbr?* mm (?) ain-an t«i$p bipb 

ma\na ao pan ! Tn in ï-^-z ï-,b 
maabn ba iaa^ n? pr^ 
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na^ia nn ^ab *iN?a a^a^ 
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1 Voir II Rois, m, 21. 



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LA FAMILLE « DE PISE » 69 

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1 Xéh. ix, 15. 

* au lieu de — w. 



70 



KKVUE DKS ÉTUDES JUIVES 



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1 Allusion à Isaïe, xxix. 1, et au nom de Hanna. 



LA FAMILLE « DE PISE » 



71 



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72 REVUE DES ÉTUDES JllVES 

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LA FAMILLE . DE PISE » 
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UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE 

AU XVI* SIÈCLE 



SAINT-HIPPOLYTE ET SA. POPULATION JUIVE. 

Parmi les localités de l'Alsace où les Juifs n'étaient pas auto- 
risés à fixer leur résidence avant la Révolution, figure Saint- 
Ilippolyte, petite ville située au pied des Vosges, à mi-chemin 
entre Ribeauvillé et Schlestadt. Siège d'une prévôté ' dont les 
appels allaient au bailliage de Saint-Dié 2 , elle appartint tour à 
tour à la France et à l'Allemagne, jusqu'à ce qu'elle demeurât, 
vers le commencement du xvr 3 siècle, en toute souveraineté aux 
ducs de Lorraine. Elle se composait d'environ 240 maisons et 
380 bourgeois. En 1525, le duc Antoine 3 en était possesseur in- 
contesté. 

S'il n'y a pas actuellement de Juifs à Saint-Hippolyte, il y en 
avait autrefois. M. Alfred Lévy, grand rabbin de Lyon, a esquissé 
leur histoire dans sa substantielle étude sur Les Israélites du 



1 Le prévôt était chargé de rendre la justice au nom du prince. A Saint-Hippolyte, 
il portait le titre de capitaine ou ofûcier, et celui de prévôt était réservé à un fonc- 
tionnaire subalterne, élu par les bourgeois. 

2 Le bailliage était un ressort de justice administré par un bailli. — Primitive- 
ment, les baillis en Lorraine étaient de grands officiers ayant rang immédiatement 
après le maréchal et le sénéchal et remplissant les fonctions de conseillers d'Etat. Ils 
présidaient les tribunaux de leur bailliage, exécutaient les ordonnances de police et 
de justice et pouvaient être chargés de missions militaires ou politiques. Il y eut d'a- 
bord trois baillis, ceux de Nancy, de Vosge et d'Allemagne. Un édit du duc Léopold, 
en date du 31 août 1 898, en créa onze en Lorraine et cinq en Barrois. Enfin, l'édit 
du mois de juin 1751 en porta le nombre à trente-deux. 

3 Né en 1489, mort en 1544, il fit avec Louis XII et François I er les campagnes 
d'Italie, tailla en pièces en 1525 les paysans alsaciens révoltés, et, en 1542, fit décla- 
rer par la Confédération germanique la souveraineté de la Lorraine libre et indépen- 
dante. Il fut surnommé le Bon. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI» SIÈCLE 75 

duché de Lorraine 1 . Des documents nouveaux, que nous avons 
trouvés aux Archives départementales de Nancy et à la mairie 
de Saint-Hippolyte, nous ont permis de la compléter 2 . D'après 
M. Lévy, l'établissement des Juifs à Saint-Hippolyte aurait eu lieu 
sous le duc Antoine. Nous inclinons à croire que c'est Charles III 3 
qui les accueillit. Ce prince, accessible aux idées libérales, l'un des 
plus glorieux souverains de la Lorraine, voulut encourager le com- 
merce dans ses Etats, et, dans cette intention, il accorda à Ga- 
brieli Maggino, israélite toscan, et à plusieurs de ses compagnons, 
l'autorisation d'ouvrir des magasins d'étoffes du Levant à Nancy 
et dans d'autres villes. Ses lettres patentes, datées du 22 juin 1597, 
étaient valables pour une durée de vingt-cinq ans 4 . Il est pro- 
bable que, pour le même motif, il favorisa leur établissement à 
Saint-Hippolyte. Quoi qu'il en soit, leur présence y est constatée 
en 1564. Pour cette année, les comptes d'Obry de Widranges, ca- 
pitaine de cette ville, font mention de quatre chefs de famille qui 
y avaient été reçus par le duc de Lorraine et qui devaient payer 
chacun dix écus 5 par an pour le droit de séjour 6 . Ils s'appelaient 
Isaac, Nathan, Lazarus et Abraham. Isaac était le père d'Abra- 
ham. Il mourut de la peste vers la fin du mois de mai de cette 
même année, et fut remplacé en 1565 par Marthocheus, désigné 
également sous le nom de Malchus et Marcus. 11 semble que le 
nombre des familles admises à domicile n'ait jamais dépassé cinq. 
On aurait ainsi la première application du régime qui fut posté- 
rieurement étendu à toute la Lorraine et qui y limitait le chiffre 
des familles tolérées à 180. Défait, Marcus, qui se retira à Turc- 
kheim, fut remplacé en 1567 par son frère Moyse. Lazarus mou- 
rut en 1566, avant Pâques 7 . Le 16 décembre 1507, ses enfants, 
ainsi que sa veuve, furent emmenés par leur tuteur à Worms, où 
il était probablement né et où il avait encore son père. En cette 
même année, vers la fin de novembre, eut lieu le décès de Nathan. 
L'agglomération juive de Saint-Hippolyte se serait trouvée consi- 
dérablement réduite si déjà les vides n'avaient été comblés. En 
1567, nous y trouvons, en effet, outre Abraham et Moyse, un mé- 
decin nommé Aaron, qui fut admis à la condition de ne faire 

1 Univers israélite, XXXIX, p. 477 et suiv. 

* Nous remercions M. II. Duvcrnoy, le savant archiviste de Meurthe-et-Moselle, 
et M. H. B'icher, maire de Saint-Hippolyte, d'avoir bien voulu nous ouvrir leurs 
dépôts et nous aider dans nos recherches. \ 

3 Né eu 1543, il régna en 1545 et mourut en 1G08. Il lut le bienfaiteur de son 
peuple et le législateur de son pays. 

4 Pièces justificatives, n° I. 

5 L'écu valait 3 francs. 

6 Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle, B 8911. 

7 I"i67 nouveau slyle, attendu que l'année, à cette époque, commençait à Pâques. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aucun prêt d'argent, sa fille Viola, veuve de feu Nathan, son fils 
Jonas, avec femme et enfants. Viola, appelée aussi Feil ou Yo- 
lande, était remariée en secondes noces et elle avait avec elle son 
mari et ses enfants. Enfin, il est fait mention d'un particulier du 
nom de Hirtzel. 

Chaque famille avait le droit de prendre à son service autant de 
domestiques juifs qu'il lui en fallait. On ne se faisait pas faute 
d'user de cette latitude, et, de ce chef, la communauté naissante 
comptait quelques membres de plus. 



II 



LES JUIFS ET LE CAPITAINE DE WIDRANGES. 

Son existence fut courte et tourmentée. 

Elle commença toutefois par avoir une situation enviable. Les 
Juifs jouirent d'abord de libertés inusitées. Ils n'étaient pas as- 
treints à la coutume générale de porter un signe de reconnais- 
sance sur leurs vêtements. D'un autre côté, ils acquéraient des 
maisons, au mépris de la Bulle d'Or 1 , qui, dans les Etats impé- 
riaux, refusait aux Juifs le droit de posséder des immeubles. 
Ainsi, Marcus, frère de Moyse, acheta des héritiers du vieux clerc 
juré 2 Antoni Orthlieb, pour la somme de 400 florins 3 , une maison 
« proche la porte en haut joignant les murailles de la ville », et, 
près de la porte d'en bas, Isaac en acheta une des héritiers de feu 
Hans Michiel, pour 300 florins. Son fils Abraham y résida après 
lui. Enfin, le même Abraham acquit, de moitié avec Lazarus, la 
maison de Hans Haser. 

En 1564, Obry de Widranges fut nommé capitaine à Saint- 
Hippolyte. Pour se concilier ses bonnes grâces, les Juifs envoyèrent 
trois des leurs à Nancy avec mission de lui offrir 30 écus comme 
don de joyeux avènement. Le capitaine les accueillit avec fa- 
veur. Il remontra au conseil de la ville et aux bourgeois qu'ils 
n'eussent rien à entreprendre contre les Juifs, que telle était la 
volonté du duc et que ceux qui y contreviendraient seraient punis 
selon leur démérite. 

Cette tranquillité ne tarda pas à être troublée. Un revirement 

1 Célèbre constitution de l'empire d'Allemagne, publiée en 1356 par l'empereur 
Charles IV et ainsi nommée parce qu'elle était scellée en or. 
* Greffier, nommé par le prince. 
3 En 1579 le tlorin valait 14 shillings ou 96 sous. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACK AU XVI e SIÈCLE 77 

se produisit dans les dispositions du capitaine. C'était un lourd 
sacrifice que les Juifs s'étaient imposé en lui promettant un ca- 
deau de 30 écus. L'ont-ils accompli jusqu'au bout, ou bien, comme 
le capitaine le leur reprocha plus tard, ne lui versèrent-ils qu'une 
partie de la somme, 6 florins? Toujours est-il que leur ancien 
protecteur se tourna contre eux. 11 les traita durement et viola 
les lettres de franchise qu'ils avaient reçues du duc, en né- 
gligeant de les défendre contre la jalousie et l'intolérance des 
habitants. 

Ils étaient souvent molestés dans les rues. Gomme ils s'en plai- 
gnirent à lui, il répondit que « si l'on jetait une pierre à la tête 
d'un juif de manière que le sang en sortît, il n'en ferait que rire ». 

En 1566, il donna ordre au portier de la ville de ne plus laisser 
entrer aucun Juif étranger qui n'eût privilège du duc; mais cette 
défense dura peu. 

Le duc avait décrété une imposition extraordinaire d'environ 
100 florins sur la ville de Saint-Hippolyte. Bien que la population 
chrétienne comptât plus de 200 feux et la population israélite 
seulement 4, celle-ci fut obligée de contribuer pour 50 florins. 
Et cependant, elle n'avait le droit de posséder aucun immeuble, 
sauf des maisons. De plus, lorsqu'un étranger était propriétaire 
d'une maison dans la ville, il était taxé de 2 florins pour l'impôt 
ordinaire, tandis que les Juifs étaient imposés de 8 florins par 
maison. 

L'hostilité du capitaine n'était plus un mystère pour personne. 
Il dit plusieurs fois à Hans Schiffmacher, prévôt, que « si lui, 
prévôt, n'avait pas été, il y a longtemps que les Juifs auraient été 
chassés ». 

Aussi les subordonnés ne se firent-ils pas faute de les tracasser. 
Le successeur de Schiffmacher, Hans Geiger, revenant un di- 
manche après midi d'une noce en compagnie de Bildt ! Kun, dit à 
celui-ci, à la vue de la juive Yolande qu'ils rencontrèrent : « Prends 
cette mâtine et jette-la à l'eau, je te donnerai une mesure de vin 
pour ta récompense. » 

Les opprimés protestèrent. Aaron, le médecin, monta un jour à 
la maison commune et se plaignit aux gens de justice. Il dit que 
« la chose allait mal quand on met les escabeaux sur les bancs », 
entendant par là, sans doute, que la volonté du duc, qui protégeait 
les Juifs, était contrariée par les agissements du capitaine et de 
ses acolytes. 

C'était du courage. Mal lui en prit : il fut traduit en justice pour 

1 Hippolyte. 



HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

insulte aux supérieurs et puni d'une amende de 35 sous, plus une 
nuit de prison, châtiment exagéré d'un délit qui, d'ordinaire, ne 
coûtait (ju'un sou d'amende. 

Nous relevons ailleurs une illégalité du même genre. Lazarus 
avait acheté d'un paysan du dehors deux charges de lentilles et 
de pois. Lorsque le vendeur les lui amena et qu'il voulut les con- 
duire dans sa maison, on cria à l'accaparement, et il dut payer 
une amende de 35 schillings ', monnaie de Strasbourg, alors que 
ramende légale pour un pareil délit n'était que d'un schilling. 



III 



hostilite des chretiens de saint-hipp0lyte 
a l'égard des juifs. 

Cette partialité des autorités encouragea la malveillance des 
habitants, qui ne tarda pas à se traduire en voies de fait. Le sa- 
medi veille de Pâques 1567, à une heure après minuit, des jeunes 
gens se rassemblèrent devant la maison de la veuve de Lazarus 
et lancèrent des pierres contre les fenêtres. Le tumulte fut tel 
qu'un voisin, un paisible citoyen, Wendelin Werner, se leva de 
son lit, tança les assaillants et donna même, dans son indignation, 
un coup de bâton à l'un d'eux. Un autre fut blessé par une pierre 
qu'un de ses camarades avait probablement lancée. Il semble que 
l'on eût dû punir ceux qui troublaient ainsi nuitamment une 
pauvre veuve et s'acharnaient contre des orphelins abandonnés. 
Point du tout. Ceux qui furent punis, ce furent d'abord les do- 
mestiques de la veuve, à qui on infligea une amende de 10 florins, 
puis Wendelin Werner, frappé d'une amende d'un florin, parce 
qu'il voulait soutenir les Juifs ; enfin, une voisine chrétienne, qui 
se permit de critiquer cette sauvage agression et qui eut aussi à 
payer un florin d'amende pour sa parole malavisée. 

En somme, la situation des Juifs à Saint-Hippolyte n'était rien 
moins que rassurante. Le but avoué de cette persécution était de 
les faire partir. Eux, forts de leur bon droit, résistaient. Ils me- 
nacèrent d'en appeler à la Chambre impériale de Spire 2 , si le duc 

1 Le schilling valait 4 sous. 

1 Tribunal suprême de l'Empire d'Allemagne, institué en 1495. Il jugeait en der- 
nier ressort pour les Etats médiats de l'Empire, mais seulement en matière civile, et 
il connaissait de la totalité des procès des Etats immédiats. Il siégea à l'origine dans 
diverses villes, et à Spire de 1530 à 1688. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI a SIECLE 79 

ne voulait pas les soutenir, comme il y était obligé en vertu de 
leurs privilèges. Aaron, Moyse et Abraham eurent le courage de 
faire entendre cette protestation devant la justice réunie le 18 fé- 
vrier 1567 l . 

Mais déjà la lutte avait changé de terrain ; les deux parties 
avaient envoyé des plaintes réciproques au duc. 

Celle des bourgeois signalait le grand nombre des Juifs et les 
prétendues exactions dont ces derniers se rendaient coupables. 
Elle était accompagnée d'un mémoire, qui ne comprenait pas moins 
de vingt-quatre articles et qui exposait qu'ils seraient réduits à la 
pauvreté et forcés de s'expatrier si les Juifs étaient tolérés plus 
longtemps. 

La contre-accusation des Juifs vise surtout le capitaine de Wi- 
dranges, à qui ils attribuent toutes leurs souffrances. Beaucoup 
moins étendue et moins violente que celle de leurs ennemis, elle 
débute ainsi : 

« Gracieux seigneur, profondément et parfaictement en forme de 
plaincte vous faisons remonstrances que d'opposer contre notre offi- 
cier ne nous est aulcunement licite et contre toute raison naturelle, 
qui nous pourroit tourner à préjudice, combien qu'il est à entendre 
que la defférence de ladite ville de Saint-Hippolyte, où les tumultes 
sont esmeus, est bien à considérer, d'où les practiques et subtilités 
et nouvelles contradictions contre nous sûrement proviennent, car 
là où les supérieurs ont receus à privilège juifs en leurs pays sont 
bien toujours ceulx du commun opposés et à ce contredits ; mais le 
tout n'a eu aulcun lieu, car par ung officier doit être condempné une 
telle opposition, contrevenant à l'œupvre des supérieurs, comme en 
ce présent différend ne peult servir toutes lettres de grâce, escrip- 
tures et aultres succédents ordinaires que nous avons obtenus de 
notre souverain seigneur et de ses plus grands officiers, tant par 
escrit que verbalement, car les troubles et molestations qui sont 
faictes superabondamment à nous pauvres Juifs journellement, ne 
pouvons délaisser de icelles publiquement remontrer, comme jour- 
nellement ils sont rués à coups de pierre indeument, et de ceste 
façon sommes-nous entretenus, sur quoy n'ont voulu ensuyvre aul- 
cune punition, nonobstant saulvegardes et franchises obtenues de 
notre souverain seigneur. De ce nous plaindans à l'officier, nous a 
répondu qu'eussions à monstrer ceux qui nous avoient offensés, et 

1 D'après une notice de 1759, publiée dans la Revue d'Alsace, année 1880, p. 283, 
la justice de S 1 Hippolyte était administrée en 1670 par un bailli, qui avait en même 
temps qualité de capitaine ou gouverneur. Il était pourvu par le prince et présidait 
toutes les assemblées de justice et autres; le surplus était composé d'un prévôt 
(Dinckhof'meier), d'uu substitut, d'un clerc juré et greiïier, également pourvu par le 
prince, d'un bourgmestre et de conseillers au nombre de 12, qui étaient élus annuel- 
lement à la tête de Saint-Pierre. 



8(1 REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

«mi défault de ce faire, n'y pouvoit remédier; respondant davantage 
led. officier que s'y oyreoit qu'on ruast une pierre à la teste d'un 
Juif que le sang en sortit, n'eu feroit que rire, sur lesquels propos 
et responses les assistans prennent exemple l . » 

Les exposants relatent ensuite les dénis de justice, les amendes 
illégales dont ils ont été victimes, ainsi que nous l'avons vu, l'at- 
taque nocturne de la maison de Lazarus, et ils concluent en ces 
termes vraiment touchants dans leur tournure naïve, mélanco- 
lique et résignée : « Ces avanies nous sont faites, comme on l'a 
vu, indistinctement par tous en général et par chacun en parti- 
culier, avec ou sans préméditation. On s'acharne contre nous, 
pauvres, pour nous empêcher. On pense par là se débarrasser de 
nous, pauvres. Accablés par tout cela, pauvres exilés que nous 
sommes, comment pouvons-nous suffisamment mettre notre souf- 
france au jour et l'exposer avec clarté? Mais notre consolation 
est en Dieu, le Tout-Puissant, qui nous a créés comme toutes 
les créatures, et aussi en Son Altesse Ducale, dont l'âme hon- 
nête aura égard, découvrira bien comment toutes choses se com- 
portent et remarquera que nous avons le dessous , Dieu ait 
pitié 2 ! » 



IV 



LE DUC CHARLES ORDONNE D INFORMER. 

Emu de ces plaintes contradictoires, le duc Charles III commit, 
le 4 février 1567, le bailli de Nancy et le président des comptes de 
Lorraine 3 pour se livrer à une enquête « avec pouvoir de faire 
appeler et venir par-devant eux les parties sus-rnentionnées, 
icelles ouir amplement dans leurs plaintes et, si besoin faut, en 
informer pleinement et valablement ». 

Les deux hauts commissaires ne firent guère diligence pour 
remplir leur mandat. D'où nouvelle requête des chrétiens de 
Saint-Hippolyte exposant au duc « que les Juifs sont autant ré- 

1 Archives de Meurthe-et-Moselle, B 8912, n° 4. 

* Ibidem. Ce document existe, pour la première partie, en traduction française de 
l'époque, pour la seconde en original allemand. C'est de l'original que nous avons 
traduit ce passage. 

3 La Chambre des Comptes était chargée de la vérification des comptes de tous les 
officiers de finances. Il y en avait deux, une à Nancy, l'autre à Bar. Celle de Nancy 
était composée, au xvi e siècle, d'un président, d'un greffier et d'un nombre d'audi- 
teurs qui variait de sept à treize. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI 9 SIÈCLE 81 

vérés, craints, honorés et favorisés que le plus grand de son 
hôtel et de toute la Germanie. Il n'y a Juifs qui usent de telle 
hauteur, audace et hardiesse, comme ils font en cedit lieu, tant 
lesdits Juifs que le duc a reçus que d'autres Juifs étrangers 
qui s'y trouvent journellement, à la grande ruine de ses pauvres 
gens » ». 

Le duc, « désirant mettre fin aux plaintes que journellement il 
recevait tant des suppliants que des Juifs, » rendit une nouvelle 
ordonnance, en date du 4 septembre de la même année, enjoi- 
gnant à ses délégués « d'informer dans le plus bref délai pos- 
sible de ces plaintes et de tout ce qu'ils trouveront en dépendre, 
tant pour que contre les Juifs, selon ce et ensuivant la commis- 
sion que pour cy-çlevant ils en ont eue de nous, pour les tous 
rédiger par écrit, nous les tous rapporter, afin d'y donner puis 
après la provision telle que trouvera par raison au cas appar- 
tenir 2 ». 

Cette fois, l'autorité se mit en mouvement. Le président des 
comptes de Lorraine, Claude Mengin 3 , se transporta à Saint-Dié 4 
en compagnie de Nicolas Philippe, tabellion 5 demeurant à Sainte- 
Marie-aux-Mines 6 et remplaçant le bailli de Nancy, empêché par 
d'autres affaires. 

Le capitaine, qui ne se sentait pas à l'abri de tout reproche, 
para adroitement le coup qui le menaçait. Le 14 octobre, avant de 
partir pour Saint-Dié, il réunit tous les Juifs devant le conseil de 
ville, et là il leur demanda de lui faire entendre les griefs qu'ils 
se proposaient d'articuler contre lui, afin, dit-il, de se pourvoir de 
témoins. Intimidés, ou peu rancuniers, ou peut-être guidés par le 
secret espoir que leur générosité le disposerait mieux à leur égard 
dans l'avenir, les Juifs déclarèrent qu'ils n'avaient aucune plainte 
à formuler contre lui. Le médecin Aaron alla jusqu'à dire que son 
rabbin lui avait défendu de rien entreprendre contre son officier 
et qu'il ne voulait en aucune façon se joindre aux autres. 

1 Pièces justificatives, n° V. 
1 Ibidem. 

3 Nommé le 15 juin 1552, il était aussi conseiller d'Etat et secrétaire de ce corps, 

4 Sous-préfecture des Vosges, 12,960 habitants, ne possédait primitivement qu'un 
siège bailliager, qui fut créé bailliage par Inédit de juin 1751. 

s Notaire dans une seigneurie ou juslice subalterne. Avant le règne de Mathieu II 
(1220-1251), il n'y avait pas de tabellion en Lorraine. 

6 Ville de la Haute-Alsace, cercle de Ribeauvillé, 11,405 habitants. La Lièpvrette 
la divise en deux. Autrefois la partie septentrionale était lorraine, l'autre alsacienne; 
Elle était le siège d'une prévôté et allait eu appel au bailliage de Saint-Dié. 



T. XXXI, n° 61. 



*2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

V 

l'enquête. 

L'enquête commença probablement le lendemain 15 octobre 
1567. De nombreux témoins furent entendus, tant à la requête des 
bourgeois et du capitaine que des Juifs. 

Les principales dépositions furent apportées par Thiebolt Kent- 
zinger, homme juré 1 de la justice de Saint-Hippolyte, âgé d'en- 
viron 50 ans; Johan Gentzlin, bourgeois et jadis clerc juré, âgé 
d'environ 28 ans; Mathis Hermant, homme juré, âgé d'environ 
30 ans ; Hans Ortemberger, homme juré, âgé de 44 ans ; Hans 
Haser, bourgeois et vigneron, âgé de 41 ans ; Wendelin Werner, 
vigneron, âgé de 40 ans ; Antoni Fels, boucher, âgé de 47 ans. 

Des nombreux griefs articulés par les bourgeois, les uns parais- 
sent fondés, d'autres exagérés, d'autres absolument imaginaires. 

Dans la première catégorie, on peut ranger le fait par les Juifs 
de citer leurs débiteurs devant le tribunal de Rothweil, en Wur- 
temberg, jadis ville impériale. Par le traité de Nuremberg entre 
l'empereur et le duc Antoine, signé le 26 août 1542 et confirmé à 
Spire le 28 juillet 1543, le dernier obtint de l'empire, entre autres, 
que lui et ses sujets seraient exempts de la juridiction de Rothweil, 
à condition qu'eux-mêmes n'y assigneraient personne à leur tour. 
Les Juifs ne tinrent peut-être pas suffisamment compte de cette 
convention, et les habitants tremblèrent à juste titre pour leur 
privilège. 

Ils se plaignaient aussi de ce que les Juifs ne respectaient pas la 
coutume du pays qui leur défendait de travailler publiquement le 
dimanche, de sortir pendant la semaine sainte et d'entrer dans les 
cimetières et lieux consacrés. 

Les Juifs vendaient de la viande aux chrétiens pendant le ca- 
rême, ce qui constituait un délit qui, presque deux cents ans plus 
tard, en 1758, était encore judiciairement réprimé. Témoin le 
procès intenté à Etienne Schmitenbock, boucher, et Michel Hé- 

1 Conseiller. Peut-être est-il question ici des jurés ou hubers, au nombre de 17, 
nommés et payés par le chapitre de la primatiale de Nancy. Ils s'assemblaient le 
premier lundi après la Saint-Martin et jugeaient les délits champêtres, rapportés 
par le bangard que le chapitre nommait pour les vignes et par celui que les jurés nom- 
maient pour la plaine. On jugeait aussi dans cette assemblée les contraventions à la 
dîme. Cette assemblée s'appelait le Dinckhof (cour colongère). Les bourgeois étaient 
tenus de s'y trouver. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI a SIECLE 83 

rold, cabaretier, de Fénétrange, chez lesquels on avait trouvé de 
la viande en carême et qui furent condamnés le 17 février de cette 
année à 25 francs de dommages-intérêts pour les pauvres l . 

Les Juifs obéissaient à une prescription de leur culte en saignant 
les animaux de boucherie qu'ils destinaient à leur consommation, 
en les visitant à l'intérieur pour s'assurer qu'ils n'avaient pas de 
défaut, en renonçant à employer les quartiers de derrière. Les 
chrétiens étaient humiliés de manger les morceaux dont les Juifs 
ne voulaient pas, bien que ce fussent les meilleurs. D'où un grave 
reproche, qu'ils exposent au long dans leur mémoire. 

Parmi les exagérations, il faut placer l'accusation de prêter à 
un taux exorbitant. Les Juifs tenaient de leurs lettres de franchise 
le droit de prendre un denier du florin par semaine 2 . A l'appui 
de cette plainte, Johan Gentzlin ne peut citer, sans les nommer, 
que des étrangers auxquels on aurait fait payer un blanc ou deux 
blancs d'intérêt par semaine. 

Un autre grief évidemment exagéré porte sur le grand nombre 
de Juifs qui arrivent journellement à Saint-Hippolyte. Un témoin 
raconte à ce sujet que « parfois il se trouve aux jours de noces et 
solennités qu'ils ont entre eux quatre-vingts ou cent personnes 
ensemble et qu'elles demeurent ainsi huit jours en continuant 
leurs cérémonies et façons de faire, ce qui est contre la permission 
de Monseigneur ». 

Ce qui froisse aussi les bons bourgeois de Saint-Hippolyte, c'est 
que, suivant la déposition d'un témoin, « les Juifs ne se soumettent 
pas à la coutume, qui est par tous les pays d'Allemagne, de n'avoir 
aucune entrée aux villes sans permission et d'être tenus d'attendre 
aux portes pour l'obtenir, portant enseignes jaunes afin qu'ils 
soient connus hors des chrétiens. Au contraire, tant ceux de la 
ville que les étrangers y entrent sans aucune enseigne, et par leur 
bon équipage, tant d'habits qu'autrement, semblent être gens 
d'état et d'apparence, auxquels un chrétien fait révérence ». 

Ces griefs, plus ou moins fondés, étaient entremêlés d'autres 
qui ne l'étaient pas du tout. Ainsi le mémoire accuse les Juifs de 
vouloir contraindre le capitaine à emprisonner et à punir les bour- 
geois sans motif plausible, comme aussi de ne se faire nul scru- 
pule de porter de faux témoignages contre les chrétiens. L'en- 
quête ne découvrit rien de ce genre. 

Voici qui est mieux. La plainte expose hypocritement que, « en 

1 A. Benoist, Les Protestants lorrains, p. 96. 

* Un heller et non un tkaler, comme a lu M. Dumont, dans son ouvrage : Justice 
criminelle des duchés de Lorraine et de Bar, t. II, p. 31, cité par M. Lévy, Univ. 
israélite, XXXIX, p. 478. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la Sainte Semaine dernière, les Juifs portèrent de gros morceaux 
de pierres dans leurs maisons et que les chrétiens qui passèrent 
devant furent assaillis de pierres par les fenêtres, de sorte qu'il y 
en eut un qui fut misérablement atteint d'un coup et qui resta 
longtemps entre les mains des barbiers. » Nous avons vu plus haut 
comment les choses se passèrent en réalité, et nous savons que les 
Juifs furent, non les auteurs, mais les victimes de cette agression 
nocturne. Un chrétien courageux, un honnête homme que la haine 
n'aveuglait pas, Wendelin Werner, osa prendre leur défense pen- 
dant le tumulte et déposer en leur faveur lors de l'enquête. Et ce- 
pendant, selon certain témoignage, il aurait eu aussi à se plaindre 
d'eux, car on accusait un de leurs enfants d'avoir méchamment 
vidé un pot d'ordures dans une cuve qui était dressée devant sa 
maison et qui servait à mettre du vin. Son impartialité n'en serait 
que plus louable. 

L'enquête fut terminée le 22 octobre. Les commissaires démê- 
lèrent probablement la vérité au milieu de ces accusations pas- 
sionnées. Leur rapport, qui ne nous est pas parvenu, a dû con- 
clure contre le vœu des bourgeois de Saint-Hippolyte. Dans un 
document postérieur, ceux-ci rappellent « qu'il fut ordonné au feu 
président Claude Mengin de s'informer sur le donné à entendre en 
leur requête, qu'après avoir été à cet effet à Saint-Dié et y avoir 
produit des témoins, ils n'ont vu ressortir fruits de leurs enquêtes, 
combien qu'elles ne furent pas faites sans grands frais qu'ils sup- 
portèrent, et qu'ils n'ont jamais pu savoir ce qu'était devenue leur 
dite enquête, ainsi que les autres écritures ! ». Ce qui est certain, 
c'est que les Juifs ne furent pas inquiétés. 



VI 

NOUVELLE PLAINTE DES HABITANTS DE SAINT-HIPPOLYTE. 

La paix dura environ dix ans. Elle fut rompue par les bourgeois , 
qui, dans une supplique adressée au duc de Lorraine, accusèrent 
de nouveau les Juifs de se livrer à l'usure et au recel, et de tra- 
vailler publiquement les dimanches et jours de fête. Ils dévelop- 
paient le premier grief en ces termes : « Gomme la ville de Saint- 
Hippolyte est ville limitrophe et sur les frontières de vos pays et 
que de jour à autre vosdits sujets ont reproches de ceux des lieux 

! Pièces justificatives, n° VII. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI* SIÈCLE 85 

circonvoisins pour les larcins et furtés recelés par lesdits Juifs, et 
que journellement on vient rechercher en votre dite ville, l'appe- 
lant comme par forme d'injure ruppennest (retraite de larcins et 
de larrons), se trouvent vos pauvres sujets tellement et si tauxés 1 , 
qu'ils ne savent comme ils doivent se défendre, et par moquerie, 
comme s'ils fussent juifs naturels, leur demandent des dits leurs 
circonvoisins sujets 2 . » Ils concluent en rappelant l'insuccès de la 
première enquête, « chose qui donne occasion de rechef à vos 
pauvres sujets de recourir vers vos grâces, suppliant icelles les 
préférer avant telles personnes que lesdits Juifs, non dignes de 
converser avec chrétiens pour être plus que barbares et païens, 
gens sans Dieu ni loi, faire expulser et déchasser iceux de votre 
ville de Saint-Hippolyte, afin que vosdits sujets se puissent ga- 
rantir et obvier leurs larcins et méchantes usures et pratiques, 
qu'ils commercent avec eux ou partie d'eux, et vous demeurer à 
jamais vos très humbles et obéissants serviteurs. » 

lis chargèrent quatre d'entre eux de porter cette supplique à 
Nancy. 

Ceci se passait en 1578. Par une ordonnance en date du 1 er jan- 
vier 1579, le duc Charles III enjoignit au capitaine de Rinatto, 
gouverneur du château de Spitzemberg 3 et de tout le val de 
Liepvre *, et au docteur Martin Félin 5 de se rendre à Saint-Hip- 
polyte et de procéder à une minutieuse enquête. Ils convoquèrent 
le conseil de ville et toute la population chrétienne pour le 11 jan- 
vier suivant en la maison commune. Là, après s'être fait remettre 
par écrit les griefs articulés contre les Juifs, ils en donnèrent lec- 
ture à l'assemblée et en reçurent la confirmation unanime. Ils en- 
tendirent ensuite le témoignage du conseil et de trente-cinq par- 
ticuliers. On leur déclara qu'il était de notoriété publique que les 
Juifs rôdaient nuit et jour autour du pauvre monde pour le trom- 
per, et que, si cela devait durer plus longtemps, beaucoup, hors 
d'état de leur payer ce qu'ils leur devaient, seraient dans la né- 
cessité de se sauver en abandonnant femme et enfants ; que les 
Juifs étaient des gens pervers, à cause desquels ils étaient mé- 
prisés et réduits à la pauvreté ; que les Juifs possédaient en propre 

* Taxés. 

* Pièces justificatives, n° VIII. 

3 Ancien château-fort, appartenant aux ducs de Lorraine, aujourd'hui ruiné, dans le 
département des Vosges, arrondissement de Saint-Dié, commune de la Petite-Fosse. 
Il était le siège d'une capitainerie et relevait du bailliage de Saint-Dié. 

* En allemand Leberau, ancien bourg du Haut-Rhin, aujourd'hui de la Basse- 
Alsace, cercle de Ribauvillé, sur la Lièpvrette, 2,670 habitants, était le chef-lieu du 
Val de Lièpvre et dépendait du bailliage de Saint-Dié. 

5 Famille de l'ancienne chevalerie, originaire du Barrois. 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

les plus belles maisons et que l'un d'eux avait construit près du 
mur d'enceinte, ce qui était dangereux ; que leur ville avait reçu 
à cause des Juifs le surnom de Raupcnnesl ; qu'enfin plus de cent 
bourgeois étaient entre les mains des créanciers juifs, que la ville 
était devenue plus pauvre de plusieurs milliers de florins et qu'elle 
faisait pitié à leurs voisins appartenant à la maison d'Autriche, 
chez qui nul Juif n'avait plus le droit de résider l . 

En conséquence, le lundi 15 janvier 1579, les commissaires si- 
gnèrent un rapport concluant purement et simplement à l'expul- 
sion des Juifs. 

Il est remarquable que ce rapport ne mentionne pas que ceux- 
ci se soient défendus, ni même qu'ils aient été entendus, séparé- 
ment ou contradictoirement. Il leur eût été sans doute facile de se 
disculper, car la nouvelle plainte n'était, en somme, que la repro- 
duction de la première, vague, générale, tendancieuse comme elle, 
visiblement inspirée par la jalousie et le fanatisme. 

Leur sort était probablement décidé d'avance. 



VII 



l'édit d'expulsion. 



Moins par conviction que par lassitude, pour avoir la paix, 
Charles III voulut en finir. Une ordonnance du 24 avril 1579 en- 
joignit aux Juifs de sortir de Saint-Hippolyte avant la fin du mois 
de mai suivant, dernier délai. Toutes les créances incontestées 
qu'ils avaient sur les bourgeois devaient leur être payées sans frais 
ni procès. Quant aux autres, les gens de justice devaient faire di- 
ligence afin qu'elles fussent éclaircies et réglées le plus prompte- 
ment possible. Le capitaine de Rinatto et le D r Martin Félin étaient 
chargés de l'exécution de cette ordonnance, avec pleins pouvoirs 
pour forcer tout le monde à l'obéissance. 

Ainsi furent proscrits des gens paisibles et laborieux qui, de 
l'aveu même de leurs adversaires, leur venaient en aide dans 
leurs embarras d'argent. Ainsi fut consommée une iniquité qui 
ne profita guère à ses auteurs et qu'ils ne tardèrent pas à re- 
gretter. 

Il arriva, en effet, que les magistrats municipaux de Saint- 
Hippolyte permirent à des Juifs d'y revenir et d'y trafiquer. Ceux 

1 Pièces justificatives, n° VIII . 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI* SIECLE 87 

qui étaient en exercice en 1666 donnèrent une permission de ce 
genre à Hertz, de Schlestadt *, pour lui, ses enfants et ses gendres, 
et, à raison de ce fait, ils furent cités le 20 avril de cette année 
à comparoir en personne devant la cour souveraine de Lorraine 
et Barrois 2 , pour, sans assistance ni ministère de conseil, répondre 
sur l'entreprise et attentat par eux commis s . 
Ils furent sans doute condamnés et les Juifs expulsés, car, à 
partir de cette date, Saint-Hippolyte n'eut plus jamais d'habitants 
appartenant au culte Israélite. 

L'ordonnance ne fut cependant pas exécutée dans toute sa ri- 
gueur. Les Juifs, après comme avant, furent admis à commercer 
à Saint-Hippolyte et à y prêter de l'argent. Les archives munici- 
pales de cette ville possèdent plusieurs dossiers judiciaires qui en 
font foi. Citons, entre autres, un jugement du 13 août 1762, contre 
Jeanne Thirion, veuve de feu Hippolyte Meyer, et Barbe Duru- 
blasserin, veuve de feu Joseph Thirion, en faveur de Leib Lévy, 
juif de Bergheim *, tant en son nom personnel qu'au nom de Leib 
Abraham et Isaac Sée, pour lesquels il s'est porté fort, Leib Ha- 
guenau, Isaac et Wolf Haguenau, et autres créanciers israélites ; 
un acte dressé par le notaire royal de Saint-Hippolyte, le 6 mars 
1776, par lequel Isaac Netter, de Bergheim, prête à Hippolyte 
Pfoll et à sa femme Salomé Biecher la somme de 600 francs ; une 
procédure qui dure de 1773 à 1778 entre Isaac Leib Sée, de Berg- 
heim, et Israël Meyer de Scherwiller 5 , demandeurs d'une part, 
et d'autre part Ch. M. Bussy, procureur à Saint-Hippolyte, dé- 
fendeur, au sujet de certaines sommes que les demandeurs récla- 
maient sur la succession de J. Fohrer. 

Isaac Bloch. 



1 Autrefois une des dix villes impériales de l'Alsace, actuellement chef-lieu de 
cercle de la Basse-Alsace. 

2 Tribunal suprême qui fut institué par édits des 7 mai 1641 et 26 mars 1661 et 
qui remplaça les assises de l'ancienne chevalerie de Lorraine et le tribunal des éche- 
vins de Nancy. 

3 Pièces justificatives, n° X. 

* Petite ville, ancien département du Haut-Rhin, aujourd'hui Haute-Alsace, à 
17 kilomètres nord de Colmar, 3,073 habitants, appartenait jusqu'en 1648 à la mai- 
son d'Autriche. 

5 Bourg, autrefois du Bas-Rhin, aujourd'hui de la Basse Alsase, cercle de Schle- 
stadt, 2,495. Près de là, les paysans révoltés furent défaits par le duc Antoine le 
10 mai 1525. 



S8 11EVUE DES ÉTUDES JUIVES 



PIECES JUSTIFICATIVES 



Lettres de traicté, convention, accord et permission par tout le temps 
de vingt-cinq ans pour Maggino Gabrieli, consul général de la nation 
hébraïcque. 

Charles, par la grâce de Dieu, duc de Calabre, Lorraine, Bar, 
Gueldres, Marchis, marquis du Pontamousson, comte de Provence, 
Vaudémont, Blâmont, Zutphen, etc. A tous pns et à venir salut. 

Nous avons recongneu par expérience que tous estais, répu- 
bliques, principautés se maintiennent et s'augmentent principalle- 
ment par le bénéfice de commerce et traffique de toutes sortes de 
marchandises, par le moyeu duquel non seullement le publicque re- 
ceoit des proffits inestimables, mais aussy les peuples des provinces, 
esquelles il est bien et légitimement estably, en tirent des utilités sy 
grandes que plusieurs particuliers ont par l'exercice et longue conti- 
nuation d'icelluy rendus leurs familles riches et opulentes, et comme 
Maggino Gabrieli, consul général de la nation hébraïcque et levan- 
tine, comme Turcs, Grecs, Arméniens et autres trafficqans es régions 
de ponant et levant nous auroit rémonstré que le traffique des mar- 
chandises de ponant et aures se peut facilement establir en nos 
pays et qu'il peult apporter de grandes commodités en iceulx, il nous 
auroit très humblement supplié de luy donner et aux marchans de 
sa nation permission et licence de pouvoir licitement traffiquer en 
nosd. pays des marchandises permises, aux charges, conditions et 
modifficaons portées par les articles qu'il nous auroit présentés à 
ces fins, lesquels ayant faict veoir et examiner, et inclinant favora- 
blement à la prière et supplicaons dud. consul, Nous, après meure 
délibération et par l'avis des gens de nostre Conseil, avons permis et 
octroie, et par les pûtes accordons, permettons et octroyons aud. 
consul et aures marchans de la nation hébraïcque, que luy et autres 
de la mesme nation, qui seront soubs sa charge, cy après déclairés, 
pourront nantir, fréquenter, résider et trafficquer en nosd. pays de 
la mesme manière que s'ensuyt. 

Scavoir que led. consul et autres de la mesme nation qui seront 
soubs luy couchés, escripts et spécifiés sur son roole, dont il sera 
tenu donner coppie et déclaraon duement attestée, pourront establir 
magasins de marchandises de levant et d'aures lieux desquelles ils 
voudront trafficquer et néantmoins permises, desquelles marchan- 
dises lesd. hébrieulx seront tenus de nous payer ung pour cent à 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI* SIÈCLE 89 

l'entrée de nos pays et aures cinq pour cent à la sortie et yssue de 
nosd. pays, de touttes sortes de marchandises qu'ils y auront échan- 
gées, mais des marchandises qu'ils n'auront pu échanger dans nosd. 
pays et lesquelles il leur conviendra transporter ailleurs ils n'en 
payeront que deux et demi pour cent pour le droit d'yssue. 

Pour l'asseurance et retraict desquelles marchandises il sera loi- 
sible aud. consul et hébrieulx cy après déclairés de tenir maisons et 
magasins pour vendre et débiter lesd. marchandises en gros et non 
en détail à tous marchans tant nos subiects quants qui les voudront 
prendre et achepter deulx, et lesquelles marchandises il sera loisible 
aud. consul et marchans de lad. nation de distribuer et vendre par 
led. Consul facteur et entremetteur de icelluy consul hébrieulx tant 
en ce lieu de Nancy, vielle et noeufve ville, quants les plus com- 
modes de nosd. pays qu'il advisera pour la meilleure commodité 
dudit trafficque et commerce, à charge et condition néantmoins que 
la vente ne sen fera que par eschanges et autres marchandises, 
comme draps, toilles et aures desquelles le commerce est permis, et 
lesquelles marchandises lesd. hébrieulx tirer et faire transporter 
hors nosd. pays avec partye de celles qu'ils y auront faict entrer 
pour les envoyer es pays de Monsieur le Grand Duc de Toscane, et 
ailleurs où bon leur semblera, et ce pour le temps et espace de vingt- 
cinq ans entiers et consécutifs à prendre au jour et date de ceste, 
excepté néantmoins lor et largent provenant desd. marchandises 
quils hébrieulx ne pourront tirer transporter ny faire transporter 
hors de nosd. pays. 

Et pour la conservaon desd. magasins et marchandises nous 
avons accordé aud. Consul de tenir six personnes de lad. nation 
hébraïcque pour demeurer esd. maisons et magasins de cedict 
lieu de Nancy tant vielle que noeufve ville, scavoir led. consul, ou 
visconsul en son absence, un truchemant, un facteur, ung greffier et 
un corratier ! , et un médecin pour servir eulx tant seulement, les- 
quels seront choisis et esleus par led. consul, et avec lesquels sera 
estably par nous un autre corratier chrestien, lequel de nostre part 
tiendra compte en forme de controllede touttes les marchandises qui 
entreront, sortiront et se débiteront. Et du proffît en provenant en 
seront justement repartye de la vingtième partie dicelluy applicable 
aux fortifficaons de ced. lieu de Nancy et dont lesd. corratiers tien- 
dront registre fidel roolle et contrerolle. Et au cas ou l'une desd. six 
personnes hébrieulx viendront à décéder ou s'absenter led. consul y 
pourra commettre daut. en sa place. 

Et pour ce quil est expédient pour la commodité et advancement 
dud. trafficque et commerce y avoir plusieurs et divers magasins en 
nos pays et villes et lieux qui seront trouvés convenables pour la 
réception et descharge desd. marchandises, nous avons dabondant 
octroyé et permis aud. consul général de tenir quatre personnes de la 

1 Courtier. 



00 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

môme nation hébraïcque en un lieu ou y aura magasins, scavoir un 
visconsul, un truchemant, un corratier et ung greffier, en chacun 
desquels lieux sera aussy estably par le contrerolleur général estably 
à Nancy un corratier ou commis clirestien pour aussy tenir registre 
et fidel compte desd. marchandises à la conservaon de nos droicts 
conformément à feslablissement du magazin dud. Nancy. 

Et de plus avons permis et accordé aud. consul de louer à ses frais 
et despens une maison telle quil pourra choisir par traicté conven- 
tion et accord avec les propriétaires dicelle en ure ville de Nancy 
vielle ou noeufve pour y faire le magasin desd. marchandises 
en nous payant néantmoius cent francs dadvance pour chun an 
outre le louage et entretenement nécessaire de lad. maison pour le 
môme temps de vingt cinq ans, outre laquelle maison destinée pour 
le magazin nous avons encore permis aud. consul et hebrieulx de 
louer une autre maison en ceste nre ville de Nancy la vielle pour 
leur habitation tant pour leurs personnes que familles conservaon de 
leurs meubles papiers et autres choses tant seulement et sans néant 
moins pouvoir loger ny résider en aure maison quen icelle, a peine 
de vingt cinq francs damende pour chune journée contre les contre- 
venans, et a charge et condition très expresse qu'ils ne pourront 
estre en plus grands nombres esd. deux maisons tant de la vielle 
que noeufve ville dud. Nancy que de six personnes de leurs nations 
cy dessus mentionnés et déclairés sans y comprendre leurs femmes 
et enffans. 

Voulons et nous plaist qua larrivée et descharge des marchandises 
en chun magasin ceulx qui les conduiront seront tenus de dire par 
serment leurs noms surnoms et lieulx dou ils viennent et declairer 
loiallement la qualité et quantité desd. marchandises de quelles 
sortent elles soient ou peussent estre, et au semblable de toutes 
sortes de joyaulx pierreries et perles tant en œuvres que hors 
dœuvres or et argent fin des mines lingots et aures choses quils au- 
ront conduictes et amenées de touttes parts tant en leurs noms que 
soûls celluy dautruy, et desquels noms de marchandises sera led. 
consul général tenu de faire ou faire faire par ses commis registre 
fidel et bien particulier en la présence du contrerolleur général qui 
sera estably par nous ou de ses commis pour la conservaon du droict 
dentrée et yssue desd. marchandises, à peine contre les contreve- 
nants de la confiscaon de la moictyé desd. marchandises pour la pre- 
mière fois et de la totallité pour la seconde, et en laquelle confiscaon 
le cas échéant led. consul général prendra la dixième partye. 

Et ausquels lieux maisons et magasins ainsy establys ne pour- 
ront demeurer ny séjourner aures personnes de lad. nation hé- 
braicque voiageurs et passans plus de huict jours excepté led. consul 
ses commis et ceulx qui seront soubs luy sur les mesmes peines que 
dessus aux contrevenans, sy doncques nest par maladie approuvée, 
ains seront tenus vuyder et se retirer desd. lieux et de nos pays 



UNE EXPULSION DE JUJFS EN ALSACti AU XVI' SIÈCLE 91 

après lesd. huict jours expirés en prenant passeport de nous pour pas- 
ser avec plus d'asseurance et sur peine aux défaillans destre punis 
et chastiés comme vagabonds et gens sans adveu, et touteffois pour 
nincommoder lesd. voiageurs et passans en attendant nosd. passe- 
ports et les relever de frais et aures incommodités qui en pourront 
réussir, nous avons accordé qu'il sera expédié nombre et quantité de 
nosd. passeports avec les noms surnoms hebrieulx et dates en blanc 
par l'un des secrétaires de nos commandements qui en tiendra re- 
gistre particulier, lesquels seront mis es main du contrerolleur gé- 
néral ainsy par nous estably et de ses commis pour les remplir et 
délivrer aux occurences qui sen pourront offrir et quil en sera requis 
par led. consul ou visconsul et non dautres affin den accommoder 
lesd. passans et voiageurs, et lequel contrerolleur général ou ses 
commis seront aussy tenus d'en tenir registre, et desquels passeports 
ne pourront iceulx hebrieulx passans et voiageurs se servir pour le 
plus que de huict jours à prendre de leurs dates, a charge et condi- 
tion néantmoins quils les prendront des le lendemain de leur arrivée; 
et advenant quils passans et voiageurs ou aucuns deulx décèdent en 
nos pays ou terres de nos obéissans nous prendrons sur les biens 
quils délaisseront a lheure de leurs décès cinq pour cent applicables 
ausd. fortifficaons de Nancy excepté touttefois des blessés et homi- 
cides. Pourront semblablement lesd. hebrieulx residans et demeu- 
rans en nos pays aux conditions susd. librement disposer de leurs 
biens et marchandises par donation entre vifs et au cas de mort, 
mesmes leurs héritiers ab intestat succéder à iceulx, à la reservaon 
néantmoins de vingt pour cent applicables à nre profflct de tous et de 
chun de leurs biens quils auront délaissés à lheure de leurs décès, 
hormis des homicides et autres lesquels dans ung mois pourroient 
mourir de blessures ou autrement affin déviter les injures et ou- 
trages qu'autrement et soubs ce prétexte leur pourroient estre 
faicts. Et lequel consul ses commis et aures de lad. nation hebraicque 
pourront en leurs susd. maisons avec leurs familles et enfïans vivre 
a leur coustume hebraicque sans en estre empêchés ny inquiétés 
pendant le temps de vingt cinq ans, et sera le semblable aux aures 
lieux ou y aura magasins establys, mesmé pourra icelluy consul 
achepter des pièces de terre pour enterrer les corps des personnes de 
lad. nation qui décéderons sans touteffois pouvoir ériger aucun tom- 
beau, lequel consul ny ses commis ne pourront estre emprisonnés 
pour cause civille quaprès avoir esté appelles en jugement et ouys 
en leurs deffenses et raisons, ny ne pourront aussy lesd. consul he- 
brieulx et aiïres de lad. nation estre appréhendés pour crimes com- 
mis hors de nos pays ny pour dettes y contractées, comme aussy 
lung deulx ne sera tenu de la debte de l'aure affin que leurd. traf- 
fique et commerce demeure libre et sans interruption. Deffendons 
très expressément à toutes personnes de quelle qualité ils soient, 
soient nos subiects ou aîîres, de nattenter sur les personnes desd. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

consul et hebrieulx, Dy les attacquer a peine de punition exemplaire. 
Et affin que la justice soit librement administrée entre nos subiects 
et ceulx de lad. nation hebraicque ou aures estrangers nous commet- 
trons personnage ydoine et capable avec plain pouvoir puissance et 
aucthorité de congnaistre des faicts et difficultés aux occurences qui 
sen pourront ofl'rir et juger deffinitivement et sommairement, sans 
appel, tant pour fait civil que criminel; et pour lesgard des diffé- 
rends qui pourroient survenir entre lesd. hebrieulx en sera jugé déf- 
initivement par leur Rabbi docteur hebrieulx esleu et à choisir par 
led. consul avec l'intervention dicelluy ou en son absence de son 
principal commis, conformément à leurs conscience coustume et loix 
hebraicques. Et dabondant avons dès à pnt déclairé et déclairons 
que les debtes en deniers ausd. hebrieulx seront censées et tenues de 
nature de deniers privilégiés, et moiennant ce seront iceulx he- 
brieulx tenus paier à nre proffict trois pour cent de tous les deniers 
qui proviendront et se recepvront desd. debtes par la voye de 
justice. 

Outre plus avons icelluy consul général confirmé et confirmons 
par la mesme pnte en son estât de consul général de lad. nation en et 
par tous nos pays et lieux ou y aura des hebrieulx residans pour 
jouir des droicts profficts esmoluments appartenans aud. estât et 
qui seront taxés et ordonnés par douze marchans de lad. nation he- 
braicque, ensemble les immunités honneurs privilèges et préroga- 
tives de son consulat, tels et semblables quils lui ont été concédés 
par les aures princes es pays et terres desquels les hebrieulx de 
mesme nation sont receus pour y résider, et subordinement en tant 
que ledict consul viendroit à décéder avant lesd. vingt cinq ans ex- 
pirés, nous voulons et entendons que ses enffans ou successeurs 
succéderont aux mesmes droicts profficts esmoluments et préroga- 
tives. Et a-FFin quil soit aucunement recongneu de ses peines et 
vacaons a lestablissement dud. commerce et luy donner moien de 
sentretenir et salarier ses facteurs et commis nous luy avons octroyé 
donné et concédé un gros * monnoye de nos pays par franc des de- 
niers et profficts qui proviendront tant de ses marchandises que 
aures trafiques des gens de lad. nation durant led. temps de vingt 
cinq ans, lequel gros se prendra pour la moictyé, scavoir huict 
deniers pour franc sur les deniers et profficts qui nous revien- 
dront à cause dudict commerce, et les aures huict deniers sur les 
marchandises et biens que conduiront et admèneront lesd. nations 
hebraicques, et outre ce la vingtième partye de touttes successions 
vacantes et sans héritiers. Avons aussi permis et accordé ausd. he- 
brieulx dapporter et faire apporter en nosd. pays touttes sortes de 
billons et mines dor et dargent tant en lingots qaurement et lesd. 
monnoies en espèces propres pour leur traffique néantmoins aux 

1 Le gros valait 16 deniers ou 4 blancs. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIÈCLE 93 

coings et armes de nos monnoyes, en nous paiant demy pour cent 
desd. billons et mines, et autre demy pour cent au maistre de nos 
monnoies pour le droit de seigneuriage outre les frais et sallaires or- 
dinaires pour la fabricaon desd. billons dor et dargent, à charge et 
condition toutefois quil ne leur sera loisible et ne pourront trans- 
porter or ny argent hors de nosd. pays provenant de leurs marchan- 
dises ainsy quil a esté dict. Et pour donner moien ausd. hébrieulx 
de tant plus librement vacquer a leur traffique et commerce, nous les 
avons exemptés et exemptons par cestes durant led. temps de vingt 

cinq ans de touttes aures charges, prestaons, contribuons, aydes or- 
dinaires extra ordinaires mis ou a mettre, garde de portes et mu- 
railles et des logements des gens de nore suitte et des soldats des 
villes et places ou y aura guarnison de nos gens de guerre, excepté 
neantmoins que lesd. hébrieulx seront tenus de payer l'impost de six 
deniers pour franc de touttes sortes de marchandises quils trafique- 
ront et débiteront en nos pays hormis touttefois lesd. consul et 
visconsul qui en seront et demeureront francs et exempts. Voulons 
aussy quil leur soit fourni vivres en tous temps et saisons par les 
marchans et vendeurs en paiant le taux ordonné et de plus leur 
avons permis deslire un bouchier entre eulx en chacune de nos villes 
et places ou ils résideront pour tenir et leur fournir chaire pour en 
user selon leurs vies et coustumes, et ausquels bouchiers sera loy- 
sible vendre le surplus desd. chairs qui leur resteront des endroicts 
quil n'est permis à la nation hebraicque duser ny manger par leurs 
coustumes excepté aux jours deffendus entre les chrestiens. Et quant 
nuls diceulx hébrieulx seront trouvés avoir eu copulation charnelle 
avec femme ou fille chrestienne seront tenus de payer damande à 
nore proffict mil escus sol pour chacune fois, et ou ils nauront 
moyen de payer lad. somme tiendront prison jusque a la paye et en- 
tière satisfaction. Et d'autant que par laccord et convention faicte 
avec led. consul il n'est permis ausd.° hébrieulx de transporter hors 
de nos pays aucun or ny argent façonné en vaisselles chaines ou 
autre manufacture, ny pareillement aucuns joyaux pierreries et 
perles quils auront amené en nosd. pays et que neantmoins il est 
raisonnable leur en faciliter la vente et descharge. 

A ces causes avons permis aud. consul et a ses principaulx com- 
mis et non a autres de lad. nation de faire et dresser blanques aux 
jours de foires et marchés es lieux les plus convenables de nosd. 
pays et en cela a en user comme ont accoustumé faire ceulx desd. 
nations hebraicques es pays estranges et sans quil soit permis a ung 

chrestien ou auTes de faire ou dresser blanques en nosd. pays en 
quelque sorte ou manière que ce soit, a peine damende arbitraire et 
de confiscation de tout ce quils auront exposez et icelles applicables 

un thiers aux hospitaulx des lieux, laure thiers aux fortiffications 
de ced. lieu de Nancy et lautre thiers au denontiatteur, a la charge 
et condition neantmoins qui ceulx hébrieulx seront tenus payer a 



'.»'. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

notre proffict durant led. temps de vingt cinq ans avant louverture 
desd. blanques la douziesme partye de la valleur des joyaulx, pier- 
reries et autres choses qui sexposeront en chacune dicelles blanques, 
lesquels joyaulx pierreries et aures choses seront estimés et appré- 
ciés par gens ad ce congaoissant et qui seront establys et députes par 
nous a cet effect et es mains desquels lesd. joyaulx pierreries et 
autres choses seront délivrés pour en tenir registre et compte fidel, 
et les exposer ausd. blanques au proffict de qui il appartiendra tant 
en ce qui touche nostredict proffict que pour les bénéficiais des 
particuliers a qui ils escherront et a ce moyen obvier aux abus 
quaument en pourront réussir. Et affin que nos subiects puissent 
tirer quelque utilité et esmoluments desd. blanques iceulx be- 
brieulx seront tenus et obligés demployer la moictyé des deniers qui 
proviendront tant desd. blanques que de ceulx quils apporteront en 
nosd. pays et autres provenans desd. billons et mines dor et dar- 
gent quils feront monnoyer en achapt de draps toilles et aures mar- 
chandises manufacturées en nosd. pays, et lautre moictyé à l'acquit 
des droicls dentrée et yssue et autres droicts que dessus et le résidu 
en eschanges ou autrement en faire proffict selon quil leur sera ac- 
cordé par nous pour lutilité publicque et commodité de nosd. sub- 
iects, et a cest effect sera tenu fidel compte et registre par led. con- 
trerolleur général ou ses commis. Et affin que lesd. hebrieulx 
notamment les Levantins demeurant par deçà ou qui y traffique- 
ront puissent estre recongneus entre les chrestiens seront tenus sha- 
biller a leur mode levantine, mais quant aud. consul et ses commis 
non levantins se pourront shabiller de la façon quils ont accoustumé 
et quil leur est concédé et accordé tant en France ques pays de Mon- 
sieur le Grand Duc de Toscane. 

Et pour ce que nostre intention et volonté est que led. consul et 
ses commis ensemble ceulx desd. nations avec leurs familles qui ré- 
sideront et traffiqueront par deçà leurs biens et marchandises y 
puissent pendant ledict temps de vingt cinq ans y résider hanter et 
traffiquer en toutte liberté et asseurance, nous les avons pris et re- 
ceus prenons et recevons par cestes pntes tant leurs personnes 
femmes enffans et familles que biens et marchandises soubs nostre 
spéciale protection et garde, inhibons ordonnons et très expressé- 
ment defTendons a touttes personnes résidant en nosd. pays de 
quelle qualité et condition il soit nattenter sur les personnes desd. 
hebrieulx, leurs femmes enffans familles biens et marchandises ny 
en façon que ce soit les inquiéter molester en leurs négoces et 
faciendes ' ny appeler ny nommer aument quhébrieulx , ains les 
laisser librement vivre selon leurs coustumes hébraicques a peine 
aux deffaillans demouvoir notre indignation et qua ce subiect outre 
notre présent traicté et accord nous leur en avons dabondant faict 
expédier nos lettres de passeports et privilèges plus amples et decla- 

1 Affaires. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIÈCLE 95 

rations de nosd. intentions et volonté pour regard. Sy donnons en 
maDdernent à tous nos mareschaulx \ seneschaulx 2 , baillis, magis- 
trats, gouverneurs et cappitaines de villes et chasteaux, procureurs 
généraulx 3 , prévost, mayeurs 4 , gardes de passages, leurs lieutenans 
et substituds et autres nos officiers justiciers hommes et subiects 

quil appartiendra que du contenu en cestes nos pntes lettres traicté 
convention accord et permission pour ledit temps de vingt cinq ans 
ils facent laissent et souffrent ledict consul ensemble ses commis et 
autres de lad. nation hebraicque, residans hantans frequentans et 
traffiquans par nosd. pays jouyr et user plainement et paisiblement 
sans durant ledit temps leur faire mettre ou donner ny souffrir estre 
faict mis ou donné aucun trouble destourbir ny empeschement, au 
contraire ainsy sy besoing faict et aucun deulx les requièrent leur 
donner et faire donner tout confort ayde et support car telle est 
nostre expresse intention et volonté. En temoing de quoy nous 
avons ces présentes signées de nostre main faict mettre et apprendre 

nre grand scel. 

i 

Données en nre ville dud. Nancy le vingt deuziesme jour du mois 
de jung mil cinq cens quatre-vingt et dix sept. Signé Charles. Sur 
le reply est escrit Par Monseigneur le Duc etc. les srs comte de 
Salm 5 , maréchal de Lorraine et gouverneur de Nancy, de Gour- 
nay 6 bailly dud. Nancy, de Marcossey 7 bailly de Vosges, de Mail- 

1 Le maréchal de Lorraine était un grand officier qui commandait l'armée en l'ab- 
sence du duc et qui avait place au Conseil d'Etat. Il y avait aussi un maréchal de 
Barrois. 

* Le sénéchal était un dignitaire de l'Etat, chargé de recevoir le serment du duc à 
son avènement et de commander à l'occasion les troupes. Il portait l'étendard de la 
couronne devant le duc, lorsque ce dernier se trouvait à la tête de son armée. Il avait 
rang immédiatement après les maréchaux. Jusqu'au règne de Léopold, il y eut deux 
sénéchaux, l'un pour la Lorraine, l'autre pour le Barrois. L'office de sénéchal n'était, 
de même que celui de maréchal, conféré qu'à des gentilshommes de l'ancienne 
chevalerie. 

3 En 1581, il y avait le procureur général de Lorraine et celui de Barrois, plus 
des magistrats portant la même qualification dans les bailliages de Vosge, de Bar et 
du Bassigny. D'après une ordonnance du 4 décembre 1532, le procureur général de 
Lorraine avait pour principales attributions de défendre les droits et les intérêts du 
prince, de se trouver aux sessions des assises, de paraître aux audiences du bailliage 
et du tribunal des échevins ou de s'y faire représenter, de remettre à la Chambre des 
Comptes le tableau des amendes prononcées par les magistrats, enfin d'assister aux 
interrogatoires des prisonniers détenus dans les prisons de Nancy. Les procureurs gé- 
néraux des bailliages avaient dans leurs ressorts des attributions analogues à celles 
des procureurs généraux de lorraine. 

4 Maires. 

5 Jean JX, comte de Salm, maréchal de Lorraine, grand maître de l'hôtel 
de Charles III et gouverneur de Nancy, conseiller d'Etat, mourut sans alliance 
en 1600. 

6 Renauld ou Regnauld de Gournay, sieur de Villers, nommé bailli de Nancy en 
1579, maître de camp d'un régiment d'infanterie en 1585, l'année suivante conseil- 
ler d'Etat et chambellan du duc. 

7 Maison originaire de Savoie. Les premiers qui se fixèrent en Lorraine furent les 
frères Gaspard et Etienne, arrivés en 1554. Jean, comte de Marcossey, seigneur 



06 REVUE DES ETUDES JUIVES 

hanne \ bailly de levesché de Metz, de Lenoncourt' prieur de Lay 3 , 
de Neuflotle 4 , bailly daspremont 5 , Maimbourg 6 et Bardin 7 , mres 
aux req ,CH ordinaires puts. Contresigné de la Ruelle 8 , rta • L. Henry ,0 . 

[Archives de Meurthe-et-Moselle, B 68, Registre 1597.] 

II 

TLAINTE DES CHRÉTIENS ". 



Folgend die Klagen und Anlangen so die Einwonner der Statt Sant 
Pilt wider die Juden daselbst wolinhaftig anzubringen haben. 

\. 

Erstlich die fûrstlich Durchlauchligkeit unser gnàdigster Fùrst 
und Herr bat Nathan, Isac, Lazarus, Moyses und Aron inn seiner 
furstlichen Gnadenn Statt Sant Pilt angenommen, welche aile ge- 
storben biss aufï Moyses und Aroa. Also dasir erlangster Freyheits- 
brieff mit inen tod und krafloss ist. Desto weniger nilt wonend 

d'Essey, Haussonville, etc., fut bailli de Vosge et ne laissa qu'un ûls, François, qui 
l'ut tué en duel en 1621, par Claude de Lifferas, à Page de 17 ans. 

1 Jean de Porcelet, baron du Saint-Empire, seigneur de Melhanne ou Mailliane, 
conseiller d'Etat et plus tard maréchal de Lorraine. 

I Antoine de Lenoncourt, abbé de Beaupré et prieur de Lay-Saint-Christophe, 
grand chancellier de Miremont, gentilhomme de la Chambre de l'évêque de Metz, 
primat de Nancy en 1607. 

3 Lay-Saint-Christophe, bourg de Meurthe-et-Moselle, à 7 kilomètres de Nancy, 
1,150 habitants, possédait autrefois un prieuré. 

4 Nicolas Champenois, seigneur de La Neuvelotte ou Neuflotte, nommé président 
de la Chambre des Comptes le 12 novembre 1593 et bailli d'Aspremont le 5 dé- 
cembre 1595. 

5 Village du dép. de la Meuse, arrond. de Commercy, 680 hab., au pied des ruines 
d'un château fort détruit en 1545. 

6 Georges Maimbourg, seigneur de Fresnel-la-Grande, Housseville et Maxéville, 
fut successivement maître échevin en la justice ordinaire de Nancy, procureur géné- 
ral de Lorraine et auditeur des comptes en 1581, maître des requêtes. 11 mourut le 
8 juin 1609 avec la réputation d'un des plus habiles hommes de son temps. 

7 Claude Bardin, voué de Condé (aujourd'hui Cuslines), nommé en 1572 par 
Charles III solliciteur en la Cour du Parlement à Paris, en 1574, conseiller au Conseil 
privé, en 1578, maître des requêtes en l'hôtel. 

8 Maison noble et ancienne dont plusieurs membres ont géré les premières charges 
de la ville de Verdun. 

5 Registrata. 

19 Louis Henry, seigneur de Séchamp, chevalier du Saint-Empire, conseiller et 
secrétaire ordinaire de Charles III, fut fait registrateur des patentes le 12 mars 1584 
et devint plus tard auditeur des comptes. 

II Ce document existe en original allemand et en traduction française du temps. 
Cette dernière a été publiée par M. Dumont, Justice criminelle des duchés de Lorraine 
et de Bar, t. II, p. 29 et suiv. Nous croyons utile de reproduire ici le texte allemand 
inédit. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIECLE 97 

jetzund Violla Jùdin mitt irem man kinder und Haussgesind und 
Jonas Jud sant sein Weib kinder und Haussgesind, gleichfalls auch 
Abraham Jud sampt sein Weib kinder und Haussgesind, welche aile 
in berùrten Freiheitsbrief nit begriflen noch benant seiend, unnd 
von ir fùrstlichen Gnaden nit angenommen, treiben daselbst ir wu- 
cher und hàndeln. 

Weilland hertzog Anthonien hochlôbliches Gedùchtins hait sich 
nitt wenig bemùeget damit die arme underthan desto besser sich 
erhallen môgen, und bey der kayserlichen Maiestàt mitt Verwilligung 
der Reichsstànden erlangt das man gedachte underthan hinfùrter 
gehn Rottwill nitt laden soll, mitt der Bescheidenheit das die Ein- 
wonner diser Statt auch keinen frembden noch Nachbaren auch da- 
hin gehn Rottwill bekumbern und laden môgen. Auch unseren ge- 
bietenden Amptman schriftlich bewolhen die Juden darvor zu 
warnen, das beschehen ist. Indem halten sie sich zuvill ungemâsz 
und werden von inen die von Orschwir ! , Tambach 1 , Roszheim 3 und 
andern durch die Juden dahin geladen, in die Acht gebracht und 
letslich von ir haab und gùelher erbârmlich vertriben, dadurch auch 
mittlerweil berùerlhe Statt umb ire durch hochermelten Anthonien 
erlangte Freyheit kommen werden, Mann auch inn der Statt dâg- 
lich Kàyserliche Rottwillische Botten sich mitt Ladung auch und 
Anleitung. 

3. 

Unnd wiewoll der Juden freiheitsbrieff milbringt das sie von den 
Lottringischen underthan nitt mer dann einen heller wuchers von 
einem jeglichen gulden nemen sollen, so beschicht aber von inen das 
widerspill und nemen vill mehr dann sie befùegt seind. 

4. 

Es kommen jederzeit sunst frembde Juden alhier unnd wonen 
nach iren wollgefallen in der Statt, handlen als Andere die vonn ir 
fûrsllichenn gnaden angenommen, wenden fur, ir freiheitsbrieff 
bringt mitt man soll sie aile auffenthalten unnd sie seyen aile durch 
einander verwandt. 

1 Orschwiller, village autrefois du Bas-Rhin, aujourd'hui Basse-Alsace, cercle de 
Schlettstadt, 895 habitants, dépendait de la capitainerie du Hoh-Kœnigsbourg et 
appartenait aux seigneurs de Sickingen. 

1 Dambach, ville autrefois du département du Bas-Rhin, à présent de la Basse- 
Alsace, cercle de Schlettstadt, 3,500 habitants, appartenait au diocèse de Stras- 
bourg. 

3 Rosheim, ville autrefois du Bas-Rhin, aujourd'hui de Basse-Alsace, cercle de 
Molsheim, 3,480 habitants. Ancienne ville libre impériale, relevant de la Landvogtei 
de Haguenau. 

T. XXXI, n° 61. 7 



1)8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5. 

War ist das die Juden sagen wen ir fûrstliclien Durchlauchligkeit 
sie vertreiben wolt, so kôndt sie ir f. G. woll zu Speier ' anklagen 
unnd mit ir Gnaden daselbst necherkommen. 

6. 

Es ist im gantzen Reich Teutscher Nation der brauch das kein Jud 
unbefragt inn keiner Statt einreitten oder gohn und mûessen am 
Thor auff Bescheid unnd antwurt warten, dragen auch gelben Rie- 
geln damit sie vor denn Christen gekand, das aber inn Sant Pilt nitt 
beschieht unnd werden die fremden Juden eben so woll als Ghristen 
eingelassen, werden auch dieweil sie kein Zaichen dragen als grossen 
Hansen won Adel geachtet, unnd ein erbarer Rath auch frembde 
Kaufherren, unnd der gemein man ire hùetten vor inen abziehet 
unnd aile Rewerentz anbietten, das spôttlich zu sagen ist. 

7. 

Es ist war das der Jud Aron mit Erkandtnus eines erbaren Raths 
in fùnf unnd dreissig schilling unnd ùbernacht inn das Narrenheu- 
selerkand, darumb das er dem wolgeborenen Herren vonn Salm ûbel 
nachgered unnd vor einem gantzen Rath inn beysein unsers Ampt- 
mans seiner des Herren von Salm verachtet. 

8. 

Aile kayserliche Recht auch die gulden bullen verbietten das die 
Juden kein eigenthumbsgùetter Kauffen sollen. Aber inn der Statt 
sant Pilt beschieht das widerspill, Kauffen unnd haben fur eigen- 
thumb heuser und guetter, vorab heuser so auff die Rinkmaurren 
stossen, das sorglich und bôss. Mann billich auch dem vorkom- 
men soll. 

9. 

Die Juden haben des Fùrsten Mundkochs frauw le comte de la 
cuysine (sic) gênant fier und zwantzig kronen - auf silbernn Geschùr 
geluhen und, wiewoll bemeltem unserm Amptman bewolhen ge- 
dacht pfand unnd silbergeschùr widerumb an sich zuziehen und der 
frauwen widerumb zustellen, das den juden dem naçh zukommen 
gebotten, sie aber darumb nichts gebenn, wollen auch weder auffge- 
bott noch verbott gehorsamen. 

40. 

Die Juden wonnen und gohn inn der christen heusern, vorab wann 

1 Ville de la Bavière rhénane, chef-lieu du cercle du Rhin, fut le siège de la 
Chambre Impériale de 1530 à 1688. 
* Ecu à la couronne : Kronenthaler. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIECLE 99 

die mânneren nitt anheimisch seind, unad ûberreden die arme einfel- 
tige weiberenn, bey innen wahr zu nemen und sunst zu handlen, das 
sich mitt eheren nitt gezimt. 

41. 

Unbillicher Weiss klagen sie ob unserm Amptmann das er sie nitt 
handhabeth dann es ist meniglichem hie unnd hierumer im Elsasz 
genugsamzuwissen das er, der Amptman, der gemain Burgesrschaft 
fùrgehalten, es sey fùrstlicher Durchlauchligkeit will unnd meynung, 
das man sie zufriden unnd umbekumbert lassen soll, mitt wortea 
unnd werkenn sie auch schutzen unnd schûrmen vermôg unnd nach 
inhalt ihres freiheitsbrieff, derwegen wo einer darwider tbuott wùrt 
vom berùerten Amptman mit dem thurm oder nach gestalt der sa" 
chen gestraffet. 

42. 

Sie aber die Juden wôllen unsern Amptman zwingen unnd nôtti- 
gen das er die biirger nach der juden wollgefallen auffiren nichtigen 
umbegrundtenn unnd unbewiszlichen angaben auch on erkentnus 
Rechtens thurmen und strafïen solle, das wider ails Recht unnd bil- 
ligkeit ist. 

43. 

Es ist war das die Juden mitteinander bundnus habenn unnd ver- 
meinnen wann sie Kundschaft wider einen Ghristen sagen, je mehr 
sie der Unwarheit anzeigen, je mehr sie vermeinen iren Gott Adonaj 
ein wollgefallen und G-ottesdienst daran thuon, derw T egen unnd ver- 
môg den letsten gehalten Augspurgischen Reichsdags abscheid, sie 
hiefùrter die Juden zu Kundschaft nitt zugelassen werden, unnd ir 
angeben oder anzeigung fur nichts gehalten. 

44. 

Die gedachle einwonner der Statt Sant Pilt thuon auch anzeigen 
das sie schwerlich einen Metzger, der sie nach notturfft mitt fleisch 
versehen kann, bekommen môgen, unnd wann sie mitt schweren 
kosten einen bekommen, miiessen sie demselbigen ettliche hundert 
frankhen on aller Zinsz lehen unnd fûrstrekhen, unnd wann er ver- 
meint fur den gemeinen man fleisch zu hauwen oder zu schlagen, so 
kommen die juden, besichtigen das vieh, so gedachter Metzger 
schlagen will; gefàllt es den juden, so nemen sie es, sechen im das 
haupt oder den kopff ab, stossen ire hànd in gedacht viehe biss an 
die ellenbogenn. So sie aber befindendas das viehangewachsen unnd 
sie es muthwillicher weiss mit bluot besudelt unnd es innen nitt 
gefelt, lassen sie es dem Metzger, welcher es den einwonnern fùr- 
ther zu kauffen gibt. Also mùessen die arme Leuth das fleisch ne- 
men welchs die Juden nach irem gewallen besudelt hab'en. 



100 • REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Unnd wann incn aber das vieil gefellet nemcn sie das vorderst 
llicill, so miïessen gedaclitc Bùrgern das hindertheill nemen und 
also der juden guaden geleben. 

1b. 

Wann gedachter Melzger bey den einwonnern der Statt gern Vieh 
kaufl'en wollt, es sey an ochsen, kùe, kelber, schaff, hamell, unnd 
dergleichen, so wollen die juden den VorkauiT haben, oder aber ge- 
ben vill mer darumb dann es wert ist. Also das gedachter Mctzger 
darvon abstehen muosz, der gern ein zimlichen unnd billichen pfen- 
nig unnd was das Vieh wert ist geben wolt, unnd berùerte juden das 
Viehe erkaufft, verkauffen sie das hindertheill den burgern auff 
wuocher, also das in kleiner Zeit benante burger die es kaufïen, nitt 
allein das hindertheil bezallen mûessen, sonder das Viehe gantz und 
gar dardurch die arme Leuth verderbt und der Metzger kein Viehe 
hierumb in der Nàhe bekommen kann. 

16. 

Zu dem kaufïen die juden inn der fasten fleisch unnd verkauffen 
das hindertheill den Christen, das nitt Recht unnd ander leuth bôse 
Aergernus gibt. 

17. 

Ann die sontag, hohe Vest unnd gebandte feùrtagen, wann man 
mess haltet, predigt od. in der Kirche ist, so werken gedachte juden, 
weschen unnd bauchen unnd thuon andere nachtheillige handge- 
schàftung. 

18. 

Wann sie einem Christen gelt lûhen, musz derselbig fur die halbe 
summa fuolle wahr als an schuoch, leder, duoch, zinnengechùr unnd 
dergleichen nach der juden wollgefallen darzu nemen das der arm 
man nilt nottùriïtig ist, rechnen das ailes inn einer summa, geben 
im kleine lufft unnd zill zu der bezallung unnd wann die zeitt er- 
scheint bezallet der arm mann woll guott. Im fall er aber nitt be- 
zallen kann, wird er genôttiget mitt innen abzurechnen, den wuo- 
cher in die hauptsumma begriffen, also das ein Wuocher den andern 
ertragt, dadurch die arme Leuthe in einen unwiederbringlichen 
Verderben gebracht, das leider zu erbarmen unnd christlich zu be- 
denken ist. 

19. 

Mann bringt offtermals in gemelter statt allerley wahr unnd essen- 
speisz, sobald aber offt angeregte juden, nitt allein die juden so vonn 
unserm gnedigsten fùrsten angenommen, sonder auch die frembde 
juden, die sich dâglich da finden, lassen solliches gewar werden, 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIÈCLE 101 

kauffen sie solliches ailes zumall auff, unnd verkauffen solliches wi- 
derumb den armen Leuth auff wuocher zweyfeltig, das ein verder- 
bens ist der statt, unnd die arme Leuth sich nimer mitt narung und 
dergleichen daselbst erhalten môgeo, werden dadurch verursacht ir 
geliebtes Vatterland unnd angebornen Landfùrsten laider erbàrmlich 
unnd mitt beschwerdem gemùett zuverlassen. 

20. 

Die gemelte einwonnern haben einen geschwornen stattschreiber, 
der aile Kauffbrieff, erbzedel, bekandtnus unnd sunst andere derglei- 
chen schriftliche hàndell die einem Slattschreiber unnd keinem 
fremden zu thuon zustehen, damit aber man nitt erfar mit was be- 
trug im geltlùhen angeregte juden umbgohn, so nemen sie fremb- 
dem Schreiber, die nitt gelobt noch geschworen, lassen also bekand- 
tnus unnd Brieff auffrichten, wollen also die selbigen ira Rath 
bekreffiiget zuhabenn, das billich nitt sein soll, und dardurch einem 
gelobten stattschreiber der statt saut Pilt ann seiner narrung ein 
Abbruch beschieht. 

21. 

Inn der karwochen kurzverschienen haben die juden grosse heuf- 
fen stein inn iren heussern getragen, unnd welcher vor iren heus- 
sern uff unnd ab gangen ist, haben sie nach im mit Steinen zu den 
fenstern hinausz geworffen, also das er lange Zeitt bey den scherern 
gewessen ist, dadurch muterey unnd aufruor wo nit dem fûrkommen 
wùrt zu besorgen. 

22. 

Auch vor kurlzen verscheinen dagen hatt einer gênant Ortember- 
ger seinen sun zu dem schultheissen verschickt ettwas bey im von 
wegen der statt auszzurichten, so ist aber derselbig sein son auff 
freier strasz mit gewalt von den juden geschlagen worden, also das 
gedachte juden die statt mit gewalt einhaben unnd wùrt der arm 
man leider underdrùckt unnd von niemandts gehandthabeth. 

23. 

Es ist brauchlich unnd auch billich das allethalben im teutschen 
Landen da juden wonen, dieselbige ùber keine gewùhte grund oder 
kirchhoffen gehn sollen, auch in der karwoch in welcher sie Ghris- 
tum den herren an den galgen gehangen unnd gemartert haben, 
sich anheimisch beschliessen sollen, das aber hie nitt beschieht, 
unnd ob man inen schon solches anzeiget unnd verbeutet, so achten 
sie keines gebotten. 

24. 
Es haben die juden einem bûrger Wendling Werner gênant inn 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

einer biïtten mitt rottem Weia ir notturft getlion unnd dariii ge- 
sehisseu unud denselbigen koth imd wuost mit einem steck durch 
einandern gerùrret. 

Ueber aile artikel sollen dise 
verhôrt werden 
Diebolt Kentzingen und Mathis Herrmann. 

Ces articles sont numérotés en marge de 1 à 24 d'une autre main 
et d'une autre encre que le texte. 

Au-dessous de quelques numéros il y a des noms propres qui sont 
ceux des témoins à entendre. En voici la transcription : Art. 2, Gens- 
lin und das prothocol; art. 3, les mêmes; art. 14, Genslin, der Sche- 
rer, Mathis Herrmann; art. 15, Genslin und Jacob Diez; art. 16, 
Genslin; art. 17, der Scherer, Killert, Matheus Kùeffer; art. 18, Hans 
Weber, Jacob Diez, Michel Matern, Hans Gasser und sein Weib;' 
art. 19, Genslin und Diebold Veit; art. 21, Herich Marzparts Knecht, 
Michel Mal, der Scherer; art. 22, Ortemberger Hans Geigers Sohu ; 
art. 24, Gasser. 

(Archives de Nancy, B 8912 (Trésor des Chartes, Saint-Hippoljte, 

n° 57, § 2.) 



III 

Articles des Juifs de Saint-Hippolyte contre les habitants 

de la dite ville 1 . 

Gratieux seigneur, profondément et parfaictement en forme de 
plaincte, vous faisons remonstrances que d'opposer contre nre offi- 
cier ne nous est aulcunement licite, est contre toute raison naturelle 
qui nous pourroit tourner à préjudice, combien qu'il est à entendre 
que la defférence de lad. ville de S' Hyppolithe et les tumultes sont 
esmeus, est bien à considérer, d'où les practicques et subtilités et 
nouvelles contradictions contre nous surment proviennent, car là où 
les supérieurs ont receus à privilège juifs en leurs pays, sont bien 
tous jours ceulx du commun opposés et à ce contredits, mais le tout 
na eu aulcun lieu, car par ung officier, doit être condempné une telle 
opposition contrevenant à lœupvre des supérieurs, comme en ce pnt 
différend ne peult servir toutes 1res de grâce, escriptures et autres 
succédents ordinaires que nous avons obtenus de nre souverain sei- 
gneur et de ses plus grands officiers tant par escrit que verbale- 
ment, car les troubles et molestations qui sont faictes superabon- 
damment à nous pauvres juifs journellement, ne pouvons délaisser 

1 Ce document existe en original allemand et en traduction française du temps. 
Cette dernière toutefois ne va pas jusqu'à la fin. Nous la donnons cependant, sauf à la 
compléter au moyen de l'original allemand. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIÈCLE 103 

de icelles publiquement remonstrer, comme journellement ils sont 
rues à coup de pierre indeument, et de ceste façon sommes nous en- 
tretenus sur quoy nont voulu ensuyvre aulcune punition nonobs- 
tant saulvegardes et franchises obtenues de nre souverain seigneur. 
De ce nous plaindans a lofficier nous a respondu queussions à mons- 
trer ceux qui nous avoient offensés et en default de ce faire ny pou- 
voit remédier, respondant davantage led. officier que sy oyreoit quon 
ruast une pierre à ïa teste dun juif que le sang en sortit nen feroit 
que rire, sur lesquels propos et responses les assistans prennent 
exemple. 

Item aussy est une chose inaccoutumée en notre loix judaïcque 
que nous neussions a fréquenter et hanter les ungs avecq 8 les autres 
comme il a esté deffendu aux portes de ceste ville de S* Hypolithe 
que nul juif estranger neust à entrer dans icelle pour fréquen- 
ter avecq s nous disant estre lordonnance de son excellence, et affin 
que nous pauvres juifs nimportunions trop sad. excellence, nous 
avions accordés avecq s lofficier de désister dud. commandement en 
lui devant délivrer soixante tallers, ce que nous avons faict, ce que 
fault à ladvenir espargner pour nous et nos enfants. 

Item il est advenu que feu Lazarus feist venir des poix quil avoit 
achapté hors de S 1 Hypolithe, a quoy luy fust donné empeschement 
comme si licitement ne les eust achapté, et pour tel faict est la cou- 
tume de la ville estre puny pour ung schilling de Strasbourg da- 
mende, mais le susnommé a payé trente cinq schilling, quest chose 
à considérer. 

Item est advenu quil sest assemblé des guersons a lentour de la 
maison de feu Lazarus en laquelle estoit sa triste vefve avecq s ses 
petits orphelins, entreprenant nuictamment jecter des grosses pierres 
aux fenestres de sa demeurance, cependant il y eust ung desd. guer- 
sons qui fust blessé sur le nez, queust bien esté a apparoir et a pu- 
nyr ceux qui ainsy nuictamment troublent une pauvre femme vefve 
en luy faisant icelle peur, ce qui est faict du contraire, car les ser- 
vans dud. Lazarus ont estes punis a dix florins de XV balz '. Pendant 
ceste tumulte estoit en la maison de lad. vefve une sienne bonne 
voisine, laquelle voulant parier de ceste outrage faict, fust pour ce 
punie a ung florin damende et lui fust dict si elle vouloit soutenir 
les juifs, quest à considérer quels exemples on peult prendre. 

Item le prévost quest pntement appelle Geiger Hans a dict en pnce 
de la juifve Feil a ung bourgeois a pareille parole : Prends ceste ma- 
tinne et la jecte en leawe, je te donneray une mesure de vin, quest 
derechef a considérer comment nous sommes soutenus. 

Item le vieux clerc juré a le prothocole là où les juifs ont en escript 
leurs debles quils ont hors la seigneurie de nre souverain seigneur 
et a exhibé et monstre led. protocole a nre danger et préjudice 
comme la chose est apparue, ce qui tourner nous pourroit a dom- 

1 Le batz valait trois sous. 



IO'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mage et a interest, et laquelle chose sans faulte led. clerc juré na 
faict de luy raesme, ains par commandement et ordonnance. 

Item pour opposer a lissue parfaicte et exquise de nre tristesse ne 
nous est possible mener a fin telles practicques a nous domma- 
geables , ains serons contraiucts desveiller justice de dehors et 
estrauge, et dont pourra son excellence par manière riante (?) pen- 
ser sur nous et finalement par ce avecq s un tardif retour nous ronger 
etruyner, comme pitoyablement est avenu suyvant ce qui sensuyt. 
Le capitaine ces jours passés en pnce daulcuns, spécialement du pré- 
vost, tant hors de la srie que la srie de nre souverain seigneur, en 
pnce dud. prévost luy dit en semblables paroles : si toy prevost ne 
fust, fussions esté est long temps deffaict desd. juifs, quest à consi- 
dérer par ung homme bien entendant ce qui en aviendra, et touche, 
et quils ne peuvent chose pitoyable a Dieu amener un jour 1 . 

Item gratieux seigneur puis peu de jours ença a esté remonstré au 
son de la cloche à toute la commune quelle eust à faire paroir ce 
quils estoient redevables ausd. juifs et combien quils leurs ont eu 
preste, et ce quils leurs ont vendus, et comment ils ont besongnés 
avecq s eulx, sur laquelle ordce ont commencé assez tost ung différent 
sans autre ordce de nre souverain seigneur, pensant puis quils ont 
ung escrit a faire sur nous, de ce nous nous plaindons de l'officier. 

Vermeinen mir, so ein mangel wirr gewiessen not zu clagen, das 
irn zu kurz were geschehen, es sei was fur, und mit was contract es 
sei, mit leyhen oder verkauffen, ist gut recht zu Sant Pilt einer dem 
andern sein schaden zu wenden mit geburlicher entwurt, man durfft 
nit clocken zu kleppfen clag und hader an zu reymen, sweyspan zu 
machen, hiebei gut zu spurren. 

Item hat es sich zu getrœgen fur ir Durchluchdichkeit ein geburli- 
che schalzung angelegt an die gemeine stat Sant Pilt, ungeferlich auff 
hundert gulden, eppes mer oder minder, als mir arme iuden under- 
danen kein indrach noch mass wir irrer D. F. G. ingedragen, sonder 
allein so nit bevelet von fùrstlicher Durchluchdichkeit insonderheit 
auff uns arme iuden angelegt, hetten mir woi beswernùs das uns die 
stat abnemen soit funfzich gulden zu XV batzen auff ein worff auff 
mer als 2 hundert burger und heuser, so unser nit mer als fier haus- 
gesiess seint, vermeinen auch nit das irre F. D. solches wissen hab, 
on angesehenn in sonderheit mir iuden weder acker, noch matten, 
noch reben, liïgende gùter haben ; auch desfal brùchlich, so ein 
frembder ein huess da hat der sol sein deil auff sulches zu s#iatzung 
ein pfunt summa 2 gulden, so muss das huess da der iude Mosse 
inuen erleisten und geben acht gulden rappen, aber zu spurren ge- 
fàrlich gegen uns arme iuden gebruchen. 

Sulche wiederwerdicheit uns bescheen, vie gehoert in wermischung 
durch sammtlich auch sonderlich, mit raht auch unraht, gegens uns 
arme unwermitten wieder uns zu sperren, wermeinen uns arme da- 

1 Tout cet alinéa est barré en croix dans le texte. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI* SIÈCLE 105 

mit abzukommen. Dieweil mir arme werstosene sulchem uberladen 
wie wille wir den unser widerwerdicheit genungsara an dag bringen, 
und mit kuntschafft zu bereymen, aber unser trœstung zu got dem 
almechtigen der uns und aile creaturen geschaflen bat, aucb zum 
F. D. ir frum fûrstliche gemùt einsehens zu haben, wie aile sachen 
geschaflen seint, wol zu spurren und zu mircken schimberlich das 
mir uberlegen seint, Got erbarms. 

(Archives de Nancy, B 8912 (Trésor des Chartes, Saint-Hippolyte 

n°57, § 3 et 4). 



IV 

Première ordonnance du duc de Lorraine. 

Charles par la grâce de Dieu, duc de Calabre, Lorraine, Bar, 
Gueldres, Marchis, marquis du Pont à Mousson, comte de Provence. 
Vaudémont, Blâmont, Zutphen, etc., a nos très chers et feaulx Con- 
seillers les Bailly de Nancy et Président de nos comptes de Lorraine, 
salut. 

Comme de la part des manants de nostre ville de Sainct Hypolite 
nous soient étés faites plusieurs plainctes contre les Juifs résidant 
par notre permission au dit lieu et des dits Juifs de plusieurs mo- 
lestes, griefs et exactions qu'ils dient leur estre inférés par notre cap- 
pitaine d'icelluy mesme lieu. Pour a quoy donner estât et ordre de 
sorte qu'à l'advenir les parties puissent vivre en concorde et que ne 
soyons sy souvent importunés vous avons commis et commettons 
par ceste pour vacquent au jet et cotisation de l'aide mis et octroyé 
pour subvenir aux imposts impériaux, vous ayez, au cas que vous 
trouverez les plus commodes, à faire appeler et venir par devant 
vous les parties sus mentionnées, icelles ouyr amplement dans leurs 
plainctes, et si besoing faut, en informer plainement et valablement 
pour à vtre retour nous en ferez ample rapport afin qu'icelluy en- 
tendu soit par nous prouvu et ordonné sur le tout, comme trouve- 
rons estre raisonnable. Pour ce faire vous avons donné et donnons 
par ceste pouvoir commission et mandement spécial. Voulloir avons 
en ce faisant estre obey et diligemment entendu de tout ce qu'il ap- 
partiendra, car tel est notre voulloir. En tesmoino de quoy nous 
avons signé les présentes de n* r e main et sur icelles fait mettre et 
apposer en placart notre scel secret. Donné en n tre ville de Nancy le 
quatrième jour de février mil cinq cens soixante six. Ainsi signé 
Gbarles. Cacheté du cachet secret de ntre souverain seigneur. Et 
sur les remplois est ajouté : Pour monseigneur les ont signé : Les 
s eur Comte de Saim, mar a i de Lorraine et de Neuflotte et de Lamothe, 
maistre des req tef présents. Et pour (ici un mot illisible) M. Henry. 

Pour extraict et collationner à l'original des présentes par moi ta- 
bellion impérial au duché de Lorraine soubsigné et se concordent, 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tcsmoing mon seing manuel y mis le 4 emo lévrier mil cinq cents 
soixante six avant pasques 1 . Signé : L'Huilier *. 

(Archives de Nancy, B 8912, n° 1 (Trésor des Chartes, Saint-IIippolyte, 

dossier 57, n° 1). 



Deuxième ordonnance du duc prescrivant une enquête. 
A noire souverain seigneur Monseigneur le Duc. 

Exposent à Votre Grâce vos très humbles sujets les Prévôt, gens 
du conseil, manants et habitants de vre ville de S 1 Hippolyte que de 
jour en aultres des Juifs accourent vers vre gce et accedyent mon- 
sieur le Comte de Salm, donnent à entendre plusieurs et divers men- 
songes contre vos dits officiers et habitants dudt lieu, taichant par 
tous moyens les disgracier et mestre en indisgrace tant de vous que 
du sieur comte de Salm; et pour ce qu'ils donnent faulx à entendre 
et qu'il se trouvera qu'ils sont aultant révérés, crains, honorés et fa- 
vorisés que le plus grand de vre hostel et que de toute la Germanie, 
il n'y a Juifs qui usent de telle hauteur, audace et hardiesse comme 
ils font en ce d l lieu, tant les dits Juifs que vre gce a reçu que aultres 
estrangiers Juifs qui s'y trouvent journellement à la grande ruine de 
vos paoures gens, et que à ce mesme effect ils vous ont pntés re- 
questes et sur tous differans députés commissaires. Ils vous supplient 
pour l'honneur de Dieu et en faulvour de justice vouloir commander 
aux dits ad ce députés, ou bien à autres que bon vous semblera, se 
transporter sur le lieu, effectuer leur commission et rendre votre 
grâce certaine de leur besoigne pour par après y estre ordonné vre 
bon plaisir. Quoy faisant lesdits paoures exposants prieront Dieu 
pour votre noble estât. 

Désirant mettre fin aux plaintes que journellement recevons tant 
des suppliants que des Juifs résidant en notre ville de Saint Hippo- 
lite Nous mandons aux bailli de Nancy et Président de Lorraine qu'à 
leur première commodité et au plus bref qu'ils pourront ils infor- 
ment de ces plaincles et de tout ce qu'ils trouveront en dépendre 
tant pour que contre les dits Juifs selon et ensuivant la commission, 
que pour cy devant ils en ont eus de nous, pour les tous rédiger par 
escrit nous les rapporter afin d'y donner puis après la provision 
telle que trouvera par raison au cas appartenir. Expédié à Baccarat 
le quatrième jour de décembre mille cinq cents soixante sept. Comte 

1 1567 nouveau style. 

* Il y avait plusieurs maisons nobles de ce nom* 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIECLE 107 

de Salm, marchai de Lorraine, de Melay \ grand maitre chef des 
finances 3 , de Coustin 3 , bailly de Bar et de la Mothe, maitre des re- 
questes, présents. 

Signature illisible. 

Plus bas signé : Guérin k . 

(Archives de Nancy, B 905 (Trésor des Chartes, Saint-Hippolyte, dossier 56). 



VI 

DÉPOSITIONS DES TÉMOINS. 
N° 1. 

Informations sur les articles cy joints, pntez par les habitants de 
S 1 Hypolithe contre les Juifz dillecques, faictes par le Président des 
comptes de Lorraine soubscrit, assisté de Nicolas Philippe tabellion 
demeurant à S te Marie, en l'absence de monsieur le Bailly de Nancy, 
lequel n'a peu comparoir pour autres affaires, comme appert par ses 
les cy joinctes, requérant au capne de Spitzemberg assister en sa 
place, ce qu'il n'a pu faire pour cause des malaises dont pntement il 
est détenu, et ce en vertu de l'ordonnance et commission (cy joincte) 
qu'il a plu a n. souverain seigneur décerner ausdits sieurs Bailly et 
Président. 

Premièrement 

Thiebolt Kentzinger, homme juré de la justice dudit S 1 Hypo- 
lithe, aagé environ de cinquante ans, interrogé et examiné sur les 
arles susd., a dit et desposé par le serment qu'il doit à nre souverain 
seigneur, comme sensuyt : 

Et premier. 

Sur le premier arlk, que quant à Yolant vefve de feu Nathan 
juif demeurant aud. lieu, elle s'a eu remariée à ung aultre Juif, ne 
scait le nom, à laquelle a esté remonstré par le cap» e et officier de 

1 Henri d'Anglure, seigneur de Melay, nommé premier chambellan de Charles III 
le 10 février 1559 et maréchal de Barrois le 10 novembre 1560. 

2 Officier d'un ordre très élevé, le grand-maître était le président de la Chambre 
des Finances, juridiction supérieure à la Chambre des Comptes et composée du chef, 
du trésorier général, de plusieurs commis et d'un gretfier. 

3 Omis par H. Lepage sur sa liste des baillis de Bar [Les officiers des duchés de 
Lorraine et de Bray t dans Me'moires d'archéologie lorraine, 2 e série, 11° volume, 
p. 117). 

* Seigneur du Montet et de Hennamesnil, fut secrétaire d'Etat, puis auditeur des 
comptes le 16 février 1576, enfin président de la Chambre des Comptes le 7 décembre 
1595. Son prénom était Claude. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lad. ville, qu'elle eust à obtenir nouvelles permissions de nre souve- 
rain seigneur ou sortir de lad. ville. Autant il a esté dit a Abraham 
Juif, lequel est illecquesavecques sa femme, enfans et servans, disant 
tenir la place de feu Isaac son père; quant à Jonas Juif, a esté con- 
gneu par la Justice dud. lieu et ordonné qu'il eust à sortir devant 
ung mois hors lad. ville ou obtenir permission de demeurer aud. 
lieu, dautant que luy ny les précédens ne sont dénommés aux 1res 
de permission de nostre souverain seigneur. Ce neantmoins ils de- 
meurent en lad. ville, usans de leurs marchandises et usures au pré- 
judice de lad. ville. 

Quant au deuxième arle faisant mention que lesd. Juifs attirent 
les subiects de Dambach, Orschwiiler, Rosheim et autres villes voy- 
sines à la jurisdiction de Rotwill, dit led. déposant n'en scavoir bon- 
nement parler remectant à ce que le vieulx clerc juré dud. S 1 Hypo- 
lithe en fera apparoir cy après par ses regres, papiers et citaons qu'il 
a rière* luy, mais dit avoir esté remonstré par cy devant au son de 
la cloche par les députés de feu duc Anthoine après la lecture de 
l'appointement obtenu de l'empire, touchant les appellaons et citaons 
qui souloient aller dud. S 1 Hypolithe à Rotwill, que les habitants 
n'eussent à faire citer ny appeller par devant la justice dud. Rotwill 
aulcuns subiectz ou estrangers, ains debvront les actionner et faire 
convenir par devant le juge ordinaire qu'il appartient, qui causeroit 
si les citaons desd. Juifz audict lieu de perdre le mérite du previlege 
obtenu du feu duc Anthoine. 

Du contenu au troisième arle, que lesdits Juifs preignent da- 
vantage par usure qu'il ne leur est permis, dit qu'il se trouvera par 
regre de la justice estant entre les mains du susd. clerc juré. 

Touchant le quatrième arle, dit que par foys se trouvent aux 
jours de nopces et solempnités qu'ils ont entre eulx quatre vingts ou 
cent personnes juifs ensemble; demeurant ainsy huict jours en con- 
tinuans et exercans leurs cérémonies et façons de faire, qu'est contre 
la permission qu'ils ont de Monseigneur, préjudice et scandale de 
lad. ville. 

Sur le cinquième arle, faisant mention si monseigneur vouloit 
chasser lesd. Juifs hors lad. ville qu'ils se plaindroient de luy en la 
Chambre impériale de Speir, dit led. exposant n'en rien avoir oy 
parler. 

Quant au vi e arle, contenant que la coustume est par tous les 
pays d'Allemaigne que les Juifs n'ont aulcune entrée aux villes sans 
permission, et qu'ils attendent hors les portes pour icelle obtenir, 
portant enseignes jaulnes, affin qu'ils soient congneus hors des chré- 
tiens, dit que tant ceulx de lad. ville que les estrangers Juifs entrans 
en icelle n'ont aulcune enseigne pour estre congneu comme dit est, 
ains par leur bon équipage, tant d'habitz qu'aultrement, semblent 

1 Par devant. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI» SIÈCLE 109 

estre gens d'estats et d'apparence, auxquls un chen faict révérence, 
d'aultant qu'ils ne portent marques ou enseignes, pour estre con- 
gneus comme Juifs. 

Pour le vu arle touchant monsieur le comte de Salm, dit n'avoir 
esté pnt lorsque les propos ont esté tenus par les Juifs. 

Touchant le vm e arle faisant mention de ia bulle d'or et des 
maisons que les Juifs acquestent, dit estre vray que le frère du Juif 
Moyses appelé Marcus a eu achapté une maison and. lieu des héri- 
tiers du vieulx clerc juré Anthoni Orthleib pour la somme de quatre 
cens florins proche la porte en hault joignant les murailles de la ville, 
et proche à la porte en bas Isaac le Juif en a achapté une des héri- 
tiers de feu Hans Michiels pour trois cens florins où à pnt son fils 
Abraham réside, aussy les Juifs Abraham et Lazarus ont preste ar- 
gent a Hans Haserpour parachever l'édifice d'une maison qu'il avoit, 
par leurs subtils moyens ont besongné de sorte avecques eux que 
finalement la maison leur est demeurée. 

Sur le ix e arle touchant le mre queux de monseigneur appelle le 
Comte, dit n'en rien scavoir. 

Quant au x e arle contenant que lesd. Juifs hantent les maisons 
des ch'ens, d it le déposant estre véritable, mais qu'il n'est venu à sa 
congnoissance qu'ils aient offensé tant en leurs marchandises qu'aul- 
trement. 

Touchant le xi° arle, pour la plaincte desd. Juifs que par le 
capne ne sont soubstenus, dit le déposant scavoir à la vérité que led. 
capne a faict publier et remonstrer à ceulx du conseil et communaulté 
qu'ils n'ayent à entreprendre ny faire chose contre lesd. Juifs dau- 
tant que l'intention et vouloir de nre souverain seigneur est tel et 
que ceux qui contreviendront seront punis selon leurs démérites. 

Pour le xii° arle contenant que les Juifs requièrent a tous pro- 
pos de punir certains bourgeois par emprisonnement ou aultrement, 
dit led. déposant avoir esté en pnce que sur la requise et plaincte 
desd. Juifs faicte au cap n e, leur a respondu qu'ils déclarassent ceulx 
qui les avoient offensés, et estant congneus feroit debvoir de les pu- 
nir, ce quils nont peu faire, au moyen de quoy led. cap"e na sceu 
faire ce quils requeroient. 

Du contenu au xni° arle dit n'en avoir congnoissance. 

Quant au xiiii arle pour le faict de la boucherie, dit estre vray 
et que lesd. Juifs en usent selon lesd. articles. 

Touchant au xv e arle faisant mention du bestail que lesd. Juifs 
surachaptent, dit le déposant estre véritable et qu'il a esté deffendu 
ausd. Juifs de ne plus achapter bestail en lad. ville comme ils fai- 
soient auparavant en donnant davantage que le bouchier ne faisoit, 
par ce led. bouchier nommé Anthoine leur declaira qu'ils s'eussent à 
fournir d'un autre bouchier et que plus avant ne les pouvoit servir 
en leur permectant ce que dessus et au contenu dud. arle. 

Dit en oultre que lesd. Juifs ayans ainsy achapté bestail de toutes 



1 10 . REVUE DES ETUDES JUIVES 

sortes ne preignent seulement que le devant et vendent le surplus 
aux bourgeois et habitansde lad. ville, leurs laissans quelque temps 
a crédit, et venant le terme du payement s'ils ne payent veuillent 
avoir usure de la somme a eulx dheue pour lad. chaire comme cy 
devant est dit. 

Sur le xvi« arle, dit estre vray qu'ils mengent chair parmi le ca- 
resme et vendent le derrière secrètement ne scaist si est aux bour- 
geois ou à qui, qu'est donner mauvais exemple ausd. bourgeois, et 
si on scavait qu'ils en mengeassent, ils en seroient punis. 

Sur le xvn e arle, dit led. exposant n'avoir veu faire le contenu 
dicelluy et n'en scait rien. 

Quant au xviii arle, il s'en rapporte du tout au livre de justice 
que le clerc juré produira et en ce qu'il en pourra dire. 

Touchant le xix° arle, dit le déposant n'en scavoir autre chose 
sinon qu'au craresme dernier survint ung bon homme de village 
avecquesung cheval chargé de poix et de nentilles aud. S 1 Hypolithe 
et estans a lentour dicelluy ceulx de lad. ville, survint ung juif es- 
trange lequel print le cheval et la charge quil portoit et emmena le 
tout en la maison de son fils, ne scait pas a quel prix, ce voyans 
lesd. habilans en furent fort marry. 

Dit sur l'arle xx e icelluy estre véritable, et mesme que le clerc 
juré de lad. ville s'a eu plainct aux gens du conseil dud. S 1 Hypolithe 
declairant que plus avant ne les scauroit servira l'office dite de clerc 
juré, dautant que les Juifs en secret et particulièrement avoient gens 
qui escrivoient pour eulx obligaons, scedules et autres contracts sans 
qu'ils viennent à la congnoissance dud. clerc juré ou de lad. justice, 
comme plus amplement led. clerc juré pourra déposer, ce qui a esté 
deffendu par ceulx dud. conseil, ce néantmoins continuent secrète- 
ment a tels actes, qu'est préjudiciable a l'autorité de nre souverain 
seigneur, a lad. justice et dommageable aud. clerc juré. 

Pour le contenu au xxi e arle, dit led. exposant n'en rien scavoir 
au vray sinon par oy dire, mais bien scait que par le prevost de lad. 
ville ont esté admonestez ne fréquenter parmy la ville pendant la S te 
sepmaine, ce qu'ils n'ont voulu faire, ains tous jours persistent a fré- 
quenter parmy la ville pendant led. temps. 

Quant au xxn e arle faisant mention du fils d'un nommé Ortem- 
berger, dit n'en scavoir aulcune chose. 

Sur le xxm e arle que les Juifs ne doivent aller ny passer par les 
simetières et lieux sacres, dit que quelque commandement qui leur 
a esté faict, ils continuent a y fréquenter. 

Et pour le xxiiii* et dernier arle faisant mention du bouge plein 
de vin appartenant a ung nommé Wendlin Werner bourgeois dud. 
lieu, dit led. exposant ne rien scavoir du contenu en icelluy. Et plus 
n'en dit sur le tout. 

Johan Gentzlin, bourgeois et jad. clerc juré de la ville de S 1 Hy- 
polithe, aagé d'environ vingt huict ans, examiné et interrogé sur les 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIECLE 111 

dicts arles, a dit et desposé par le serment a luy enjoinct comme 
sensuyt. 

Er PREMIER, 

Sur le premier arle, que Nathan, Isaac, Lazarus, Moyses er 
Aaron ont obtenus de nre souverain seigneur previleges de habiter 
aud. S 1 Hypolithe ez conditions deciees ez 1res de permission et fran- 
chises de nred. seigneur, dont copie dicelles produictes par luy est 
cy joincte Cotte A 1 . Ce néantmoins depuis la mort et trespas de 
Nathan, Isaac et de Lazarus, la vefve dudit Nathan, Josnas fils 
d'Aaron et Abraham fils d'Isaac font leurs continuelles résidences 
aud. lieu et joyssent de la franchise, combien qu'ils ny soient dé- 
nommes, exercans leurs usures comme les autres. 

Quant au DEUx cm0 arle, a dit led. déposant comme le précèdent 
touchant la significaon qu'a esté faicte aux Juifs de ne personne at- 
tirer à Rotwill, ce néantmoins depuis lad. deffense faicte lesd. Juifs 
en faisant obligaon à plusieurs d'argent prestes s'ont reser/es en 
faulte de payer la poursuyte par devant la justice dud. Rotwill, 
comme appert par ung extraict dud 1 déposant clerc juré, tiré de son 
regre et attesté de luy Cotte B. Outre plus a fait apparoir ung acte 
venant de lad. justice de Rotwill Cotte C. 

Et pareillement sur le 111 e arle produict certains arles extraicts 
du livre des obligaons et scedules qui se font pardevant luy signé et 
attesté de luy, par lequel appert que les Juifs ont excédés la permis- 
sion que monseigneur leur a accordes sur ses subiects, touchant 
l'usure ez lieux de Liepvre et d'Anviller 2 Cotte D. Encores a produict 
autres arles extraicts dud. livre par lesquels se trouvera qu'ils ont 
prins sur plusieurs estrangers deux blancs et sur autres ung blanc 
sur le florin par chacune sepmaine Cotte E. 

Du contenu au 1111 e arle, led. déposant sen conferre au pré- 
cédent. 

Touchant le v e arle, led. déposant a faict ostention du livre de 
la justice de l'an 1566, et dit que le xvni e fébvrier année dite le juif 
Aaron estant avecques deux autres Juifs devant la justice dud. S* Hy- 
polithe avoir dit que si nre souverain seigneur les vouloit deschasser, 
qu'ils en scauroient bien faire, et le feroient convenir en la Chambre 
Impériale de Speir, comme il appert par ung extraict qu'il a faict 
dud. livre de justice certiifié de luy Cotte F. 

Sur le vi e arle dit led. déposant estre véritable, ainsy que le pré- 
cèdent tesmoing a desposé. 

Quant au vn e ARLE, dit n'en rien scavoir, dautant qu'il n'estoit 



1 Cette pièce ni aucune des suivantes ne se trouvent au dossier. 

* Danwiller, ou Tanviller, ou Thanvillé, village autrefois du Bas-Rhin, arrondisse- 
ment de Schlestadt, aujourd'hui de Basse-Alsace, dans le val de Ville, 391 habitants, 
appartenait aux ducs de Lorraine et dépendait du bailliage de Saint-Dié. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

en la ville, sinon par la relaon de la justice a eu escrit sur le livre de 
justice que le juif avoit esté condempné a lamende de trente cinq 
schilling comme appert par un extraict faict par luy Cotte H. 

Touchant au viu° arle, dit comme le précédent que lesd. Juifs 
ont trois maisons en propriété en lad. ville, et entre autres une qu'est 
joignante aux murailles de la ville, par laquelle pourroient faire en- 
trer et sortir gens nuictamment et a l'insceu des habitans de lad. 
ville. 

Pour les vingt cinq escus contenus au ix e arle, qui ont esté 
preste à la femme du m ro queux de monseigneur, dit que le prest a 
été faict à Nancy, et qu'il scait véritablement que ung nommé Jacob 
Gheon du conseil dud. S 1 Hypolithe, ayant charge de lad. femme pour 
rendre lad. somme et retirer les gages, a du pnter jusques a la troi- 
sième foys l'argent ausd. Juifs et par le cap Be dud. lieu ordonnés et 
commandés de ce faire, ce qu'ils ont différé jusq» à la troisième foys 
et desobéy. 

Du contenu au x e arle, dit led. déposant n'en rien scavoir. 

Dit comme le précédent au xi e arle, et davantage leurs a esté 
signifiez par le prevost de lad. ville que si aulcuns leur pretendoit 
demander aulcune chose, qu'ils eussent à les actionner par justice. 

Sur les xii, xiii, xijii, xv, xvi et xvii articles, dit led. dépo- 
sant les contenus d'iceulxestre véritables et sen référer au précèdent 
tesmoing. 

Quant au xvm e arle dit estre véritable, ainsy qu'il a faict appa- 
roir par son livre des scedules et obligaons, duquel en a extraict plu- 
sieurs qui sont esté contraincts sils ont voulu avoir argent prendre 
de plusieurs sortes de marchandises comme appert par led. extraict 
Cotte G. 

Pour le xix e arle despose comme le précédent, et dit oultre plus 
led. juif avoir esté punys et condempné a lamende de xxxv sch. 
monnoye de Strasbourg, comme il a faict apparoir par le livre de lad. 
justice. 

Dit le contenu du xx° arle estre véritable. 

Touchant au xxi et xxn e arle, dit n'en rien scavoir. 

Mais sur le xxiii arle, dit estre véritable et que journellement 
il se comect. 

Et sur le xxinr 9 et dernier arle despose n'en rien scavoir et 
plus n'en dit sur le tout. 

Mathis Hermant, homme juré en la justice de S* Hypolithe, aagé 
d'environ trente ans, examiné et interrogé comme les précédens, a 
dit et despose par le serment qu'il doit a nre souverain seigneur 
comme sensuyt. 

Et premièrement 

Sur le premier arle dit le contenu estre véritable et se conferre 
aux deux tesmoings précédens et davantage que si nre souverain sei- 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIECLE 113 

gneur ne les deschasse, le faudra absenter pour les grandes fâche- 
ries qu'ils font aux subiects, ce qu'il feroit à regret dautant que de- 
puis deux cens ans ença tous ses prédécesseurs ont habité en lad. 
ville. 

Pour le second arle, dit le tout estre véritable, comme les pre- 
cedens, touchant les citaons de Rothwill, et qu'un bonhomme d'Orsch- 
viller auquel lesd. juifs avoienl preste argeat a par iceulx esté con- 
trainct aud. Rothwill, de sorte que finalement led. pauvre homme a 
esté expulsé de son bien, dequoy led. déposant et autres de lad. ville 
sont grandement malcontens pour crainte de perdre l'exemption 
obtenue par feu d'heureuse mémoire le duc Anthoine de ne pouvoir 
estre adjournes à la jurisdiction dud. Rothwill, ce dont ils sont desja 
esté menasse par ceux des villes voysines. 

Quant au 111 e arle s'en referre sur les precedens, dit en oultre 
scavoir qu'ils pregnent sur aulcuns de lad. ville ung blanc sur le flo- 
rin par chune sepmaine, et d'autres estrangers deux blans, qui mon- 
teroit la cens d'un seul florin par an a vingt six gros, sans l'interest 
de lad. cens qui par chune sepmaine remonte et que l'une des cens 
porte l'autre, qui monte encore à plus grande somme. 

Du contenu au iin e arle, dit que souventes foys se trouvent en 
lad. ville grand nombre de juifs estrangers apportais plusieurs sortes 
de marchandises vendans icelles aux pauvres subiects et enprei- 
gnent usure ou la vendent si cher que leur usure est bien payée. 

Touchant le v° arle, dit avoir oy dire les parolles mesmes au 
juif Moyses. 

Sur le vi e arle dit comme les precedens. 

Et sur le vii e arle, dit avoir esté sur le poille de la ville en puce 
de toute la justice, lorsque le juif Aaron dit que la chose alloit mal 
quant on mect les escabaulx sur les bancs, et qu'il ne se soucioit de 
monsieur le comte de Salm ny de ses escrits, et quoy qu'il en avoit 
afaire, et autres tels parolles, dont fust puny comme le précédent a 
déclairé. 

Quant au viip arle, dit comme les precedens, et que facilement 
pouroient comectre quelque meschanceté par les maisons, en y ti- 
rant ou mectant dehors nuictamment ce que bon leur sembleroit, dit 
en oultre que lesd. juifs achaptent a vil prix d'aulcuns des lettres et 
obligaons qu'ils ont sur des héritages, et le terme échu se font 
conduire par justice dans lesd. héritages et ainsy les attirent 
à eulx. 

Dit du ix 8 arle n'en rien scavoir. 

Dit en oultre le contenu du x e être véritable. 

Quant aux xi et xn e arles, s'en confère aux precedens. 

Du contenu au xin e arle, n'en a rien entendu. 

Touchant les xnn e et xv e arles, dit estre véritable quant au 

faict du bouchier, et comme celuy qui s'en a eu plainct aux officiers 

et gens de justice de ne pouvoir recouvrir chair pour cause que lesd. 

juifs la surachaptent, mesme pour le derrière que lesd. juifs vendent 

T. XXXI, n° 61. 8 



114 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aux bourgeois par usure de sorte que pensant seulement vendre le 
derrière payent le totage. Davantage dit qu'à chun coup que le 
bouchier veult tuer des bœufs viennent lesd. juifs et la visitent luy 
donnant ung teston *, mectant les bras dedans le corps de la beste 
morte, et trouvant led. bœuf sain et nect en prennent de quelle par- 
tie qu'il leur plaist, mais trouvant quelque difficulté dans le corps de 
lad. beste l'ayant ainsy souillé de sang a faire leurd. espreuve, la 
laissent là et n'en pregnent point, et par ainsy convient aux pauvres 
subiects menger ce qu'ils ne veulent pas. 

Dit sur les xvi e et xvii arles estre vray les contenus dicelles et 
qu'aux jours de festes et dimenches estant le peuple à la messe font 
lesd. juifs buéer et autres ouvrages comme si expressément le fai- 
soient que pour scandaliser les bourgeois. 

Quant aux xvin e et xix e arles, dit comme les précédents et 
qu'une foys pendant qu'on célébroit le service divin survint ung 
courdonier ayant des souliers à vendre, lesquels ung juif nommé Mal- 
chus achaptast tous, nonobstant la deffense qu'est de ne rien vendre 
ny achapter pendant qu'on est à la messe, et puis revenda tous lesd. 
souliers aux pauvres gens par usure. 

Sur le xx e arle, dit estre vray et comme le premier en a déposé. 

Pour le xxi e arle, dit n'avoir veu les pierres mais bien le guerson 
blecé, et qu'il n'eust voulu prendre XX florins d'en avoir autant. 

Touchant le xxn e , n'en dit rien. 

Mais du contenu au xxin e , dit avoir esté la coustume au lieu de 
Berg du temps qu'il y avoit des juifs qu'ils n'osoient sortir de leurs 
maisons durans la ste sepmaine, mais ceux qui sont pntement à S 1 
Hypolithe font du contraire, viennent et vont parmy les simetieres et 
lieux sacres. 

Et sur le xxiiii et dernier arle, dit n'en scavoir rien. 

Hans Ordemberger homme juré en la justice de S 1 Hypolithe, aagé 
denviron quarante ans, examiné et interrogé a dit et desposé par le 
serment qu'il doit a nre souverain seigneur sur les arles cy devant 
comme sensuyt. 

Et premièrement 

Dit les i, 11 e , m et itn e arles les contenus dicelles estre véritables 
et comme les précédents en ont desposes. 

Sur le v e arle, dit qu'en sa pnee avoir oy dire à Abraham et 
Moyses, juifs que si nre souverain seigneur ne les vouloit soustenir 
suyvant ses 1res de previlèges qu'ils ont, se plaindroient de luy en 
la chambre impériale de Speir et qu'ils en auroient bien la raison. 

Quant aux vi e et vn e arles, dit led. déposant les contenus estre 
véritables et comme les precedens ses compagnons jurés en la jus- 

1 Monnaie d'argent qui valait environ 25 sous. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI* SIÈCLE 115 

tice. Oultreplus dit pour aultant que le juif Aaron a dit verbalement 
par devant le soubscrit comissaire avoir previlege de habiter en lad. 
ville a condition qu'il ne fera prest d'argent ny d'autres choses a 
usure, sinon que se mesler du faict de medicine, dit led. desposant 
(interrogé sur ce), que la fille dudit juif nommée Yoland, estant le 
frère dud. déposant après délie pour emprunter argent avoir dit quil 
failloit en aller quérir en la maison dud. Aaron son père, mais ne 
scait pas quelle somme. 

Touchant les arles vin etix, dit comme les précédenset davan- 
tage qu'un jour estant Aaron avecq 3 autres de lad. ville en nombre 
de plus de vingt personnes, lesquels parloient d'une maison qu'avoit 
esté vendue a ung juif nommé Malchus, dit led. Aaron qu'il avoit 
achapté lad. maison sur les murailles de la ville afin que nuic- 
tamment ils puissent mectre hors et dedans ce qui bon leur sem- 
bleroit. 
Dit pour le contenu du x e arle n'en scavoir rien. 
Sur le xi c arle, dit avoir esté publié au son de la cloche par le 
cap ne que nul n'eust à faire insolence ausd. juifs, ains les poursuivre 
par justice si aulcun leur demandoit aulcune chose. 
Des xii et xm e arle, n'en a nulle congnoissance. 
Quant aux xinr et xv e arles, dit le contenu estre véritable et da- 
vantage que peult avoir environ six sepmaines qu'en ung jour ils ont 
souillé et visité deux bœufs suyvant le contenu de l'article, lesquels 
ne leur estans aggréables, les ont laisses la, quest un cas à donner 
horreur et craincte aux bourgeois a menger de ceste chair. 

Touchant le xvi e arle, dit estre véritable, et davantage qu'un 
nommé Bartde Obermayer et autres ont eu achapté de la chair ven- 
due par lesd. juifs au temps de craresme. 

Pour le xvn e arle, dit comme le précédent et que quasy tous les 
dimenges ils sont veu laver et blanchir des drapeaux à la fontaine 
publicq e au milieu de la ville pendant le service divin. 

Quant au xviiparle, dit comme les précédens, et davantage que 
pour prester à quelquun deux ou trois flor. luy donneront la moitié 
en argent et le reste quelque autre marchandise ne vaillant la 
somme, ce qui se faict coustumièrement, mesmes ont à vendre de 
toutes sortes de marchandises qu'ils vendent et distribuent aux 
pauvres gens par usure. 

Du contenu au xix° arle, dit estre véritable et quainsy soit 
fust envoyé un sergent après le juif pour ramener le cheval et la 
marchandise. 

Touchant le faict du clerc juré contenu dans le xx e arle, 
dit comme le précédent. 

Sur l'arle xxi e , dit ne scavoir qui getta les pierres, mais bien que 
le gueison blecé fut mené par devant la justice et visité tout desai- 
gnant, la où il estoit pnt, et depuis mené au cirurgien. 

Quant au xxii 9 arle, touchant le fils du déposant remect le tout 
au cap^ et a ceux (j e i a j us tice, auquel cap B0 il avoit faict plaintif 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sur lequel luy fust deflendu de ne rien entreprendre sur lesd. juifs, 
ains procéder par droit contre eulx. 

Dit que le contenu du xxiii arle se commect journellement. 

Et sur le xxiiii 6 et dernier arle, dit n'en scavoir rien sinon 
par ouy dire et qu'il oyt bien la femme crier qu'on luy avoit faict tel 
outrage en son vin. 

N a que pour conclusion, dit ledit déposant que si lesdis juifs sont 
plus longuement entretenus en leurs perversités que luy et autres seront 
contraints absenter la dite mile. 

Anne vefve d'Anthoine Marthe demeurant aud. S 1 Hypolithe, 
aagée d'environ trente ans, dit et despose par le serment quelle a 
faict ne scavoir rien de tous les arles, excepté du xvnr 3 et dernier 
sur lesquels a despose ce que sensuy t 

Sur le xviii 6 arle, dit que son feu marit a plusieurs foys em- 
prunté argent aux juifs, à lun douze flor. qui du pnt en demande 
vingt, a ung aultre cinq flor. lequel pntement en demande seize. Le 
troisième luy avoit preste six flor., qui en veult avoir unze, les- 
quelles sommes ont ainsy montées pour cause d'aucunes sortes de 
marchandises, co e souliers et autres choses, mesmes d'un lavemain 
destain façon d'Allemaigne qui ne vault pas ung franc, pour lequel il 
a donné deux mesures de vin, et ainsy par cens, usure et subtil 
moyen est ainsy montée lad. somme de quoy lad. vefve ayant quatre 
enfans orphelins en faict plaincte. 

Quant au dernier arle dit qu'elle a veu la femme Vendelin Ver- 
ner qui crioit après un guerson juif, disant avoir faict ses affaires 
secrètes en une cuve pleine de vin, mais led. juif senfuyoit, et plus 
ne dit. 

[La fin au prochain numéro.) 



NOTES ET MÉLANGES 



SUR QUELQUES RACINES HÉBRAÏQUES MÉCONNUES 



Dans ses Notes exêgêtiques (Revue, XXVIII, 283), M. Lambert 
remarque avec justesse que le mot mab (Koh., m, 18), tel qu'il 
se trouve dans le texte massorétique, ne peut être dérivé que 
d'une racine nab. Si l'assyrien labârou ne contribue pas, à mon 
avis, à jeter quelque lumière sur la signification du mot, il prouve 
cependant que inb est une racine sémitique ; d'ailleurs, des racines 
dont la première lettre est un lâmed et la dernière un rêsch se 
rencontrent assez souvent dans les langues sémitiques. Je citerai 
le biblique nitbtt (Dan., i, 11), qui peut-être dérive d'une ra- 
cine istb * , l'assyrien lallârou , miel ■ , et le mandéen mrùh , 
pied 3 , qui dérive du syriaque ab:n. M. Lambert voudrait consi- 
dérer -nabi (Koh., ix, 1) comme l'infinitif de la même racine lab. 
Bien que, par cette explication, les difficultés grammaticales 
soient levées et qu'alors ce verset soit analogue au verset vin, 9, 
je crois, pour ma part, que Tiabi est ici une corruption et que la 
vraie leçon est celle des Septante. Ceux-ci traduisent comme 

Suit le verset IX, 1 : "On <7utA7rav touto eoo£oc sïç ty]V xapS''av (jlou xai 

xapSta pou <iu[j.7tav ïBev touto, et de même la Peschitto : mi bvn 
kdh ba m Km ^abn ^aba mm "piiba. Les-deux traducteurs ont donc 

1 Cf. Aboulwalîd, Kitâb al-ousoul, col. 355; Ibn Ezra, Cahot, éd. Lippmann, f°49«, 
et le dictionnaire de Gesenius, s. t>. "l^bfa. 

1 Cf. Delitzsch, Wo lag das Paradies, 103; sur d'autres sens de cette racine, cf. 
Zimmern, Babyloniscke Busspsalmtm, 94. 

• Cette forme se rencontre peut-être sur l'inscription de Panamou, ligne 16. 
Voir Wiener Zeitschr. fur d. Kunde d. Morgenl., 1893, p. 48. De VCiïb vient proba- 
blement (par le rejet du lamed) le néo-arabe "i^N et l'étbiopien ëgër ; cf. Dillmann, 
Lexicon lingu<e eethiop, col. 804. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lu : fit bd na h»*i ^bn -nb ba vina î-jï bd ns 13, et notre *mb pro- 
vient de [ïik]i "^bn, ce qui s'explique par la répétition du mot iaVl. 
De plus, il serait difficile de trouver pour *nb un môme sens qui 
convînt aux deux passages. Mais si traductions et commentaires 
dérivent ùnnb de lin ou Nin, bien que la syntaxe s'y oppose, 
cela s'explique par le fait que mb est un oltzxI Xeyo^svov et que la 
première lettre peut être servile 1 . 

Je citerai un mot analogue où l'on a également, et à tort, con- 
sidéré le lamed comme une servile et dont, par suite, on a mé- 
connu le vrai sens. Il s'agit du mot Dtëb (Job, vi, 14), qui est très 
difficile et qu'on n'a pas su encore expliquer convenablement. 
Or, je regarde le lamed comme faisant partie de la racine et je 
compare l'hébreu Dtob à l'arabe ottb, « chercher, demander ». Il faut 
ponctuer le mot ainsi : 012'b] dès lors nous obtenons le sens sui- 
vant : celui qui demande une grâce à son voisin abandonne la 
crainte de Dieu, c'est-à-dire il prouve par là qu'il n'a pas grande 
confiance en Dieu, puisqu'il fait appel au secours des hommes. 
Chose curieuse, le Talmud 2 place Dttb à côté d'un mot grec à con- 
sonnance analogue, il paraît donc considérer le lamed comme une 
lettre radicale. 

Un autre mot dont on a peut-être méconnu la dernière lettre 
radicale, c'est DISK (Ps., xlii, 5). Généralement on fait venir 
ûllK de MTt et, pour en connaître le sens, on a recours au mot 
mischnaïque ïiii ; ainsi fait déjà Saadia 3 . Dounasch ben Labrat, 
au contraire, dérive ce mot de dôm, se taire, et explique le verset 
de la façon suivante : « Je me tais, jusqu'à ce que j'entre dans la 
maison de Dieu avec une voix d'allégresse et de reconnais- 
sance 4 . » Or, comme le mem de ùiik offre, dans les explications 
courantes, beaucoup de difficultés, car il faut l'expliquer par ïttin 
dïitt* ou dîib ïmtf, il serait plus exact, au point de vue grammati- 
cal, de regarder ce mot comme un hithpaël de du. Pour savoir le 
sens de ce verbe, il ne faudrait pas le comparer, comme Dounasch, 

1 Inversement, on a pris souvent une servile pour une radicale, ainsi le lâmed de 
i^tbT (Koh., xii, 12), où il serait plus juste de considérer ce mot comme l'infinitif 
de ï"ttr», à l'exemple de mb (Is., xlv, 1); cf. Krochmal, 'J'ETÔ "O'DS 111153, Xr, 
et ie commentaire de Graetz. De même, dans Ù5U53 (Gen., vi, 3), on doit peut-être 
regarder le mom comme un suffixe; v. Dillmann, ad loc. 

» Sabbat, 63 b : o»b nbdb 'pmp "W "piBbn pï). Voir Byzan'Anischc Ztit- 
schrift, II, (1893), 542. 

1 Voir la critique de Saadia par Dounasch, n« 15. Cf. aussi Aboulwalid, Kitâb 
al-ousoui, col. 153, et Aruch, éd. Kohut, III, 23. 

4 Voir la critique de Menahem, p. 27. Il est difficile d'admettre que dans le Kitâb 
al-Moustalhih (éd. Derenbourg, p. 12o), il soit question de Dounasch, attendu 
qu'il ne joint pas dllN à des formes comme "DISK, 1HON 

* * * •■ T Y " T * * 



NOTES ET MELANGES 119 

à tfla^j (se taire), mais à l'assyrien dadmou, demeure. On aurait 
alors le sens suivant : je cherche une demeure, jusqu'à ce que 
j'entre dans la maison de Dieu, c'est-à-dire là seulement je trouve 
la résidence que je désire (cf. Ps., xv, 2 : ^biiao tw ^). Je donne 
cette interprétation sous toutes réserves. 

J'ajoute une autre racine qu'à mon avis on a mal comprise. Le 
terme de d^nfc *pnt (Prov., xxx, 31) a reçu beaucoup d'explica- 
tions. La plupart traduisent «ceint des reins», et entendent par 
là le chien de chasse ou le cheval de chasse ; ^TIT signifie alors 
« lacer fortement » et vient de Tff, serrer, presser. Il résulte 
évidemment du contexte qu'il s'agit d'un quadrupède. Mais l'ara- 
méen an^nT et l'arabe Tint désignent un oiseau, l'étourneau, et 
l'assyrien zirzirou une espèce de fourmi (cf. Delitzsch, Assyr. 
Studien, I, 11) ; ^nt ne peut donc pas signifier lacer, ceindre, mais 
ce mot doit avoir un sens qui s'applique à tous ces genres d'ani- 
maux. Ce sens serait : rapide, agile ; nnt viendrait de rw, et nous 
aurions la forme assez rare provenant de la répétition de la 
deuxième radicale. 

Samuel Poznanski. 



ENCORE UN MOT SUR 

HANOUGGA ET LE JUS PRIMEE NOCTIS 



Comme on l'a vu (t. XXX, p. 221), le fondement de l'hypothèse 
de M. Krauss, que nous avons combattue, est le passage du Tal- 
mud (Sabbat, 21) où R. Josué ben Lévi déclare que les femmes 
doivent observer les rites de Hanoucca parce qu'elles profitèrent, 
elles aussi, du miracle que cette fête commémore. Nous disions, 
en passant, que l'assertion du docteur palestinéen peut s'expliquer 
très simplement. Pour lui, les femmes doivent célébrer ces céré- 
monies parce que la victoire délivra tout le peuple, femmes comme 
hommes, des persécutions des Syriens. C'est ainsi, ajoutions-nous, 
que les femmes sont astreintes aux rites de la Pâque et de Pou- 
rim, parce qu'elles furent témoins de l'intervention divine, qui 
conjura un danger égal pour tous. 

Nous ne pensions pas si bien dire : à notre insu, nous avons 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

repris l'opinion d'anciens commentateurs. Mais ce qui vaut mieux 
encore, c'est que cette supposition est confirmée par les propres 
paroles de Josué b. Lévi. 

En effet, dans Megailla, 4 a, ce rabbin dit : « Les femmes sont 
tenues de lire le rouleau d'Esther, parce qu'elles aussi profitèrent 
du miracle ' ». La répétition du motif prouve d'une manière incon- 
testable que Josué ben Lévi n'a aucunement entendu faire allu- 
sion, à propos de Hanoucca plus qu'à propos de Pourim, à une 
persécution dirigée uniquement contre les femmes. 

Raschi, en commentant ce passage de Meguilla, explique fort 
bien que les femmes furent également sauvées, parce qu'elles 
avaient été comprises dans Tordre d'extermination générale. Les 
Tosafot opposent cette glose de Raschi — qui se lit déjà dans le 
commentaire de Hananel — à celle que lui a suggérée le texte de 
Sabbat, et concluent que Josué b. Lévi a simplement voulu dire 
que les femmes doivent célébrer les rites de Hanoucca et de Pou- 
rim, comme ceux de la Pâque, parce qu'elles furent sauvées d'un 
même danger que les hommes. 

Ainsi, non seulement l'échafaudage que notre savant collabo- 
rateur avait voulu construire sur cette donnée ne tient pas debout, 
mais reste suspendu en l'air. 

Si nous ne craignions pas d'être accusé de vanité, nous ajoute- 
rions que notre article nous a valu de nombreuses félicitations; 
on nous a complimenté d'avoir montré par un exemple topique 
la vanité d'une méthode historique qui a fait son temps. Si nous 
enregistrons ces marques d'approbation , c'est parce qu'elles 
attestent un heureux revirement dans les conceptions scienti- 
fiques des historiens du judaïsme. 

Israël Lévi. 



AZRIEL B. SALOMON DAYIENA 



Ce personnage, cité par M. Kaufmann dans le dernier numéro de 
la Revue, p. 304, n'est pas aussi inconnu que le pense notre savant 

1 Ce texte nous a été signalé par notre savant collaborateur, M. Bank. 

* Cf. Magatin, II, 16, où M. Berliner lit Diena ; cf. Massorah du même, p. iv. 



NOTES ET MÉLANGES 121 

collaborateur. C'est de lui que parle Ghirondi avec emphase en se 
référant à Azoulaï ; il raconte qu'il y avait parmi ses ancêtres 
beaucoup de rabbins savants qui ont laissé des explications re- 
marquables sur les livres saints et le Talmud. Ghirondi connut 
encore le dernier descendant de la famille et put assister à ses 
leçons sur le Talmud ; c'était David Hayyim Dayiena, fils d'Abra- 
ham Samuel, qui mourut rabbin de Rovigo dans le premier tiers 
de notre siècle, après avoir supporté avec patience les infirmités 
de la vieillesse '. Abraham Dayiena, son père, vécut vers le milieu 
du dix-huitième siècle et fut rabbin de Rovigo 2 . Un certain Jacob 
Dayiena, cité comme un savant correspondant de R. Méïr de Pa- 
doue 3 , est un fils d'Azriel 4 . Jacob b. Simon vécut au commence- 
ment du xvi e siècle 5 . Nepi fait aussi mention d'un David b. 
Azriel Dayiena 6 . 

Azriel b. Salomon Dayiena mourut en 1536. Il possédait des ma- 
nuscrits précieux ; l'édition vénitienne du Yad hahazaha de Maï- 
monide (1550) a été collationnée sur un manuscrit d'Azriel 7 . Le 
manuscrit n° 911 de la Bodléienne contient des notes d'Azriel sur 
fiD^ia rrobn d'après le rite de Rome. Un des propriétaires de ce 
manuscrit était, entre autres, Benjamin Dayiena. Le ms. 948 de la 
Bodl. contient une lettre signée : û"i rtawwh iittbtt 'Y'nrflasa bapw 
9 rti Iran d 1 ^ -nban • lattiSN • 

Je finis en publiant quelques « élégies » composées sur la mort 
d'Azriel Dayiena; elle sont tirées du manuscrit n° 142 de la biblio- 
thèque de M. Merzbacher à Munich. 

LÉOPOLD LCEWENSTEIN. 



» Ghirondi, bfcW *bvn rmbnn, p. 286. 

« Ibid., 38. 

3 Consultations, n° 38. 

4 Ghirondi, ibid., 146. 

5 Cf. Magaiin, ibid., note où se trouve cité aussi un David Dayiena. 

6 Cf. Steinschneider, Eebr. Bibliographie, XIX, 51. 

7 Cat. Bodl., p. 1871, n° 6. 

8 D'après M. Neubauer, Catalogue, tandis que M. Steinschneider, l. c, suppose 
le mercredi 9 août ; si Tan 1527 est juste, la date est fausse, car, en cette année, le 9 
août était un vendredi. 

9 Cf. Neubauer, Catalogue ; Steinschneider, Cat. Bodl., p. 2842, n° 7821 avec 
d'autres preuves; Kayserling, GrcscMchte, II, 269, note 4; d'après le Magatin., I. e. 
le rabbin Mortara à Mantoue possédait des manuscrits composés pur ce même 
Azriel. 



122 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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abar io ^a amana iiiaïaai 
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nnn Nin mn Nin nmn «m 

n^aa» "^73^ li-nia-' ?T"OT 
nat fa VaTn ita biaaa 
N^a»U3nn im^ba-i Na>ap 
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^aa "ra n^n aiasa bipus 

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NOTES ET MÉLANGES 



12! 



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d^ia^n noNb iina y^ia ©13N tin r;73b^ ">tn nia»» ïia^il 

ûn^n d^an iau: daniToi anatai mrefii lan rrt ba> nw^ 

d'Htt^i d^73^3nrj bx rtn^r na»a rtsi^n a^pb^ nsa^ ito^ bipS 
donnas d^wan l^ba» b^ wrp "nnsta nd m*n» p^n^: 023 ^nn 
d^rnoai ^nTauîa imai imab innsen bns" 1 in^n» i^ir nNi 

dn^no b« ^dtn rr[33l yiy bibû ^b« na»»^ 
•dm^iBSl ^733» ^mi 03a ^ia^ nbian 13^ 



1 Samuel Anaw est probablement le nom du poète. 



121 KKVUE DES ETUDES JUIVES 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 



I. Les Juifs de Najera. 

Najera, ville située entre Burgos et Logrono, au pied de ro- 
chers difficilement accessibles, était habitée de très bonne heure 
par des Juifs, qui demeuraient dans le voisinage de l'ancienne 
porte de la cité, au « château des Juifs » ou Castellum Judœo- 
rum. Par sa position, Najera offrait un excellent point d'appui 
contre les Maures, et les chrétiens s'efforçaient d'y attirer de nom- 
breux Juifs, qui contribuaient à la prospérité de la ville par leur 
industrieuse activité. Dans ce but, ils leur accordèrent des droits 
spéciaux. D'après le vieux « fuero de Najera », un des plus an- 
ciens statuts municipaux, qui servit de modèle à plusieurs autres 
législations et fut concédé aux Juifs d'autres villes espagnoles, le 
meurtre commis sur un Juif était puni de la même peine que le 
meurtre d'un noble ou d'un moine. Il en était de môme pour tout 
tort fait à un Juif 1 . 

Ces fueros étaient en vigueur bien longtemps avant que Sancho 
le Grand, roi de Navarre, les eût ratifiés en 1076. Du reste, on 
trouvait déjà des Juifs à Najera et aux environs longtemps avant 
l'avènement de ce roi; ils cultivaient la vigne, et plusieurs d'entre 
eux possédaient eux-mêmes des vignobles. Gela ressort clairement 
d'un acte de donation fait à Najera, en 1052, par Don Garcia et la 
reine Stéphanie, en faveur d'un hospice qu'ils avaient fondé près 
de l'église Sainte-Marie. Nous devons ce document à l'infatigable 
activité de M. Fidel Fita, qui l'a découvert dans les archives de 
Sainte-Marie et l'a publié récemment 2 . On y mentionne comme 
propriétaires de vignes : Peratiel 3 judeo, Vitalis 4 judeo, Galafiel 5 
judeo, Juces (Jucef) judeo, Zuleman (Suleiman) judeo et ses frères 
et sœurs (illius germanorum), Hapaz (nom qui correspond cer- 
tainement au nom hébreu Heféç), Sessat (ou Scheschet) judeo, 

1 Voir ma Geschichte der Juden in Navarra, Berlin, 1861, p. 8 et suiv. ; Helfferich , 
Entstehung und Geschichte des Westgothen-Rechts, Berlin, 1858, p. 326 et suiv. 

* Bohtin de la r. Academia de la Historia, XXVI, 244. 

* Peut-être pour Paltiel. 

4 Vitalis et Vita correspondent à Hayyim. 

5 En 1366, on trouve à Pampelune Galaf Maquarel et Galaf Matho; voir Jacobs, 
Sources of the history of the Jews in Spain, Londres, 1894, p, 150. 



NOTES ET MÉLANGES 125 

Ferrizuel 1 judeo, Garcia Sanger le pêcheur, « qui fut juif autre- 
fois 2 », et Lope Sanger. On mentionne aussi le vignoble du Rabi ; 
il y avait donc déjà un rabbin, à cette époque, dans la commu- 
nauté de Najera. Les Juifs avaient leur pressoir spécial (torcularia 
Judseorum), situé au nord de Ventosa. 

Les Juifs de Najera étaient assez nombreux. D'après la liste 
des impôts de 1291, la Juderia payait 24,106 maravédis 3 . Leur 
nombre diminua considérablement, car en 1474 les impôts qu'ils 
devaient payer n'étaient estimés qu'à 300 maravédis. 

II. Les Juifs de Haro. 

Outre Najera, une autre ville du diocèse de Galahorra, Haro, la 
plus belle cité de la contrée de Rioja, appelée autrefois Villabona, 
contenait aussi une importante communauté juive. D'après un do- 
cument publié récemment par Don Narciso Hergueta, de Madrid, 
dont le frère, l'avocat Domingo Hergueta, établi à Haro, a l'inten- 
tion d'écrire l'histoire de cette ville, on avait défendu aux Juifs et 
aux Maures de Haro de vendre ou d 1 aliéner des immeubles appar- 
tenant à des chrétiens de la ville. Quand, par suite de leur appau- 
vrissement et des lourdes taxes de guerre qui leur étaient impo- 
sées, beaucoup d'habitants chrétiens se virent contraints de 
vendre leurs biens, le conseil municipal résolut, par un arrêté 
du 8 septembre 1453, de défendre aux chrétiens de vendre ou de 
donner en gage aux Juifs ou aux Maures, qu'ils fussent indigènes 
ou étrangers, des biens-fonds, des maisons, des vignes ou des jar- 
dins. En cas de contravention, les actes des deux parties étaient 
nuls, et, de plus, l'acheteur comme le vendeur, celui qui avait 
donné le gage comme celui qui l'avait accepté, étaient condamnés 
à une amende de 2,000 maravédis 4 . 

Les Juifs de Haro, qui étaient agriculteurs, tanneurs ou com- 
merçants et qui habitaient le quartier de la Mota, payèrent en 
1474, avec la Juderia de Penacerrada et de Laja, une somme de 
2,500 maravédis pour leurs taxes. Au moment de leur expulsion 
en août 1492, ils possédaient 55 maisons 5 . 

1 Ferrizuel peut être bl^"lD ; l'auteur de l'ouvrage géographique mrHN ITUN 
Ëibiy se nommait Abraham bl^lD. 

* «... qui fuit hebreus ». D'après M. Fidel Fita, Sanger correspond à T.JP3D. 
Peut-être, au lieu de Sanger, faut-il lire Sangez = Sanchez. 

* Amador de los Rios, Historia de los Judics, II, 542, dit « Juderia de Navarra », 
et non pas t de Najera ». Cf. Boletin^ XXVI, p. 475. 

4 Boletin de la real Academia de la Historia, XXVI, 468 et suiv. 

5 Ibid., p. 467. 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 



III. Une pierre tumulaire a Tolède. 

Don Pedro Alcântara Berenguer a trouvé dans la rue Sainte- 
Ursule, à Tolède, le fragment d'une pierre tumulaire où l'on peut 
lire facilement les mots suivants : ma ù*od &oi25j"i irntt. 

Dans la deuxième ligne, on reconnaît encore le trait supérieur 
de la lettre b. 

En comparant cette pierre avec d'autres pierres analogues de 
Tolède, dont parle Luzzatto dans les yroi ma, M. Fidel Fita pro 
pose de compléter cette inscription de la façon suivante ' : 

Û^3N Û3H bN Û3> ma 

Comme il est très difficile de découvrir le nom du défunt à qui 
s'appliquait cette inscription — M. Fidel Fita suppose, sans raison 
aucune, qu'il s'appelait Samuel —, la pierre tumulaire pas plus 
que Tinscription ne présentent d'intérêt 2 . 

M. Kayserling. 



NOTES EXEGÉTIQUES 3 



Genèse, xv, 9. 

On traduit communément, dans ce verset, i25bi2)tt par âgé de trois 
ans. Cependant, l'expression hébraïque employée pour rendre cette 
idée est toujours tniD ubv *p 4 . En outre, Nahmanide (a. I.) a déjà 

1 Boletin, XXIV, p. 29 et suiv. 

s Au lieu de « Aldavès », Zunz [Zur Geschichte und Literatur, p. 419) lit 
« Aldoya ». 

3 Comme nous ne pouvons lire tout ce qui s'est écrit et imprimé, il peut arriver que 
telle idée émise par nous ait déjà été publiée par d'autres. Nous nous en excusons 
ici. 11 n'est pas mauvais, d'ailleurs, que certaines explications soient remises en lu- 
mière, surtout quand elles ont paru dans des livres ou des journaux moins répan- 
dus que la Revue. 

* Il serait peut-être plus exact de dire : m 3 125 ^"ÎN "p, car 12Jbl25 'JD ne désigne 
pas l'homme ou l'animal âgé de trois ans, mais celui qui est dans sa troisième an- 
née. Une fraction d'année, dans la Bible, est toujours comptée pour une année 
enlière. 



NOTES ET MÉLANGES 127 

relevé contre cette explication qu'une génisse âgée de trois ans 
n'est plus une génisse, suivant la parole des docteurs (Para, i, 1) : 
ttbuî na ms dvhd na ïiba* « Une génisse est la bête qui est dans sa 
deuxième année, une vache est celle qui est dans sa troisième ». 
D'après R. Eliézer (ibid.), une génisse ne doit pas avoir plus d'un 
an. nsïbM ïiba* ne peut donc pas signifier une génisse de trois 
ans. Voyons maintenant les autres explications du mot tobtûtt. 

Le Targoum Onkelos interprète "tibwft par triple, et traduit « trois 
génisses, trois chèvres, trois béliers ». Saadia, en traduisant littéra- 
lement whwn par nbn», a probablement eu en vue le même sens. 
Le rabbin Hirsch, dans sa traduction du Pentateuque, adopte, lui 
aussi, cette explication, qu'il est inutile de réfuter. 

Nahmanide croit possible que le mot iDbwft ait été employé 
pour dire que la génisse, la chèvre et le bélier devaient être ame- 
nés successivement. Il est clair que si la Bible avait eu cette in- 
tention, elle l'aurait indiquée autrement. 

On aurait pu penser que rabtiJtt signifie « divisé en trois », et que 
les bêtes devaient être coupées chacune en trois morceaux. La 
raison qui, sans aucun doute, a empêché les exégètes d'admettre 
cette signification, c'est qu'il est dit, au verset 10, qu'Abraham par- 
tagea les animaux sacrifiés par le milieu, ce qui semble indiquer 
qu'il les coupa en deux. Il est vrai que *pna "ira ne signifie pas 
nécessairement partager en deux, et que, d'autre part, ^"ina pour, 
rait être une faute pour Tim, infinitif de -ira. Le texte samaritain 
porte, en effet, Tina, et le Targoum de Jérusalem traduit : sûdi 
•ptoDb )Tvn\ tandis qu'Onkelos met "mm "pnm rpbsn, et le Pseudo- 
Jonathan Ns^SMaa liïim ^ddi. Mais on attendrait alors dans le texte 
ûiûbiai b*wi î3n nbaj ^b nnp. Cette supposition, sans être inadmis- 
sible, est donc peu vraisemblable. 

Dans la Mischna (Baba Mecia, v, 4), on rencontre le mot crbitf 
û^bttîtt, qui, d'après Raschi, désigne des veaux ayant atteint le 
tiers de leur croissance. La Mischna de la Palestine (édition Lœw) 
et l'Aroukh lisent &i©biz3. D'après Levy, cette leçon indiquerait le 
sens de « âgé de trois ans », mais l'auteur de l'Aroukh explique 
lui-même le passage comme Raschi, et il y aurait toujours la dif- 
ficulté qu'un veau de trois ans ou même de deux ans n'est plus un 
veau. Dans la Mischna de Para, i, 1, déjà citée, on trouve bien le 
mot n*ni5btt5 (non pas mabu), comme ponctuent Levy et Kohut), et ce 
mot signifie, d'après Ben Azzay, « âgé de trois ans », mais là il s'agit 
d'une vache, et non d'un veau ou d'une génisse. Le mot Œbttîtt bitf 
doit, d'autre part, être mis en rapport avec l'expression aba* 
NnbTi, qui se rencontre plusieurs fois dans la Guemara [Sab- 
bat ,11a, 136 a; Eroubin, 63 & ; Pesahim, 68 b\ Guittin, 5a; 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tanhèdririi 65&), mais dont l'interprétation est aussi contro- 
versée. En effet, dans Sabbat, lia, et Pesahim, Raschi dit 
que Nnbn sto désigne le troisième petit d'une vache, qui se- 
rait meilleur que ses deux aînés. Mais, dans Eroubin, Raschi 
lui-même réfute cette explication, en s'appuyant sur le passage de 
Sanhédrin où il est question de veaux créés miraculeusement et 
qui, par conséquent, ne peuvent pas être des puînés. Raschi ex- 
plique donc que 'n 'y est un veau ayant atteint le tiers de sa crois- 
sance. Ce serait l'époque où le veau est le plus tendre. Dans San- 
hédrin, Raschi donne la même interprétation, mais il admet 
comme possible que 'n 'y signifie : aussi beau qu'un veau né le 
troisième. Dans Sabbat, 136 a, et dans Guittin, Raschi ne dit rien, 
mais les Tosafot sur ce dernier passage observent que 'n '* ne 
peut pas être un veau qui a atteint le tiers de sa croissance, 
puisque dans Sabbat, 136 a, on parle d'un veau n'ayant que sept 
jours, ni un veau né le troisième, à cause de Sanhédrin. NnVn tnhw 
veut donc dire, d'après les Tosafot, un veau gras, et on pourrait 
y comparer a^btt) (Ex., xiv, 7) et notre nrabiDE rto. La première 
comparaison est peut-être forcée, mais la seconde est très admis- 
sible, et elle nous amènerait à croire, en définitive, que rto> 
nttbtfJto est une génisse grasse ou tendre. Comment "dbwn est-il 
arrivé à être employé ainsi ? Est-ce le sens de triple qui est de- 
venu par extension solide (cf. "©bizito ann, Eccl., iv, 12), gras; ou 
bien U5bu55û avait-il, à l'origine, une des significations énumérées 
plus haut, ou même une autre, telle que marqué d'un signe 
triple ou de triple valeur ? Nous l'ignorons, mais ce qui paraît 
certain, c'est que isbra dans le verset de la Genèse ne doit pas 
être traduit : âgé de trois ans. 

Mayer Lambert. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2« ET 3° TRIMESTRES 1895. 

(Les indications en français gui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
mais de l'auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



1. Ouvrages hébreux. 

VIDIDI V2T1 TH Biographie des rabbins et écrivains juifs contempo- 
rains, principalement de la Russie, par Eisenstadt. Varsovie, imp. Halter 
et Eisenstadt, 1895 ; in-8° de 54 p. 

flftbtiJftn "IDO Sefer Haschlamah zum Talmud. Tractât Berachot von R. 
Meschullam b. Mose, zum ersten Maie hrsgg. von M. Schochor. Mit eiuer 
Einleitung u. Anmerkgn. versehen von Heinrich Brody. Berlin, impr. 
Itzowski, 1893 ; in-8° de xvm -f- 44 p. 

•"IDOE^ '0 Sefer Ha-Mispar. Das Buch der Zahl, ein bebr.-arithmet. 
Werk des R. Abraham ibn Ezra. Zum ersten Maie hersgg , ins Deutsche 
ùbersetzt u. erlâutert von D r Moritz Silberberg. Francfort, J. Kauffmann, 
1895; in-8° de 118 + 80 p. 

?130D!"î 'D Recueil d'articles divers, par H. D. Rawin. l r ° partie. Vilna, 
impr. Romm, 1895; in-8° de 72 p. 

bN"^tfJ' , yia mb Litterarischer Palâstina-Almanach fur das Jahr 5656 
hrsgg. von A. M. Luncz. I. Jahrgang. Jérusalem, chez l'auteur, 1895 ; 
in-12 de 144 + 54 p. 

pllfc TSE Homélies sur le Pentateuque, par Zeeb Dov. Cracovie, impr. 
Fischer, 1894 ; in-4° de 42 + 129 p. 

bN-uiî^ !"np?3 '0 Commentaire et novelles sur les règles du mikvé, par 
H. H. Waladarski. En deux parties. Pieterkow, impr. Feibel, 1895, in-8° 
de 288 + 304 p. 

T. XXXI, n° 01. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

apm rtpTOI UDU573 'O Consultations sur le Schoulhan Aroukh, par Jacob 
Aben Sour, édit. par Raphaël Ahron b. Simon. Alexandrie, imp. Faradg 
llayyim Mizrahi, 1894 ; in-f° de 187 ff. 

pHiF \>y 'O Consultations sur Eben Ilaézer, par Isaac Elhanan Isar. 2 e par- 
tie. Vilna, impr. Romm, 1895; in-f° de 132 ff. 

DU) tPTirpn rVPSWipi ÉrbfinND nmp Histoire de la Podolie et l'anti- 
quité du séjour des Juifs dans cette province, par M.-N. Litinski. l re par- 
tie. Odessa, impr. Belinsohn, 1895; in-8° de 68 p. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Bàck(S.). R. Meïr b. Baruch aus Rothenburg. Sein Leben u. Wirken, seine 
Scbicksale u. Schriften. Francfort, Kauffmann, 1895; in-8° de 111 p. 
Excellente monographie. 

Bambus (Willy). Die jùd. Ackerbaukolonisation in Palâstina u. ihre Ge- 
schichte. Berlin, Schildberger, 1895; in-8° de 19 p. (Supple'ment au 
« Zion », n° 2). 

Beitrâge zur Assyriologie u. semit. Sprachwissenschaft, hrsgg. von Fr. 
Delitzsch u. Paul. Haupt. III. Band. I. Hft. Leipzig, Hinrichs, 1895 ; 
in-8° de 188 p. Contient Fraenkel (S.), Zuin sporadischen Lautwandel in 
den semit. Sprachen. — Billerbeck et Jeremias, Der Uebergang Nineveh's 
u. die Weissagungsschrift des Nahum von Elkosch. 

Beitrâge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, hrsgg. von C . 
Baumker u. G. F. v. Hertling. 2. Bd. 2. Hft. Munster, Aschendorff, 
1895; in-8° de 52 p. Contient : Die Philosophie des Joseph (ibn) Zaddik, 
nach ihren Quellen, insbesondere nach ihren Beziehungen zu den lauteren 
Brùdern u. zu Gabirol, untersucht von M. Doctor. 

Belleli (L.). Mélanges hébraïques : Un essai de commentaire critique et 
exégétique sur l'ode de Habacuc; quelques notes originales sur les Pha- 
risiens et les Sadducéens : une poésie hebréo-grecque du Rituel de Cor- 
fou. Paris, Durlacher, 1895; in-8° de 81 (En grec). 

Bennett. The book of Jeremiah, ch. xxi-xlii. Londres, Hodder, 1895; 
in-8° de 392 p. 

Bloch (P.). Geschichte der Entwickelung der Kabbala u. der jùd. Reli- 
gionsphilosophie. Trêves, Mayer, 1894; in-8° de 165 p. 

Bosgawen. The Bible and the monuments ; the primitive hebrew records 
in the light of modem research. New -York, Young, 1895 ; in-8° de 
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in-8° de 302 p. 

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gau, Herder, 1895; in-8° de 170 p. 

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in-8° de 460 p. 

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jùd. Passahfestes als irptàrri twv àÇojicov zu bezeichnen? Erwiderung gegen 
Dr. L. Grûnhut. Leipzig, 1895 ; in-8° de 53 p. (Tirage à part de la 
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Hanovre, Meyer, 1895 ; in-8° de xvi + p. 1-208. 

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loppement. Thèse. Genève, imp. Romet, 1895 ; in-8° de 119 p. 

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Maie mit Benutzung der Athoshandschriften u. des Codex Casanatensis. 
Leipzig, Hinrichs, 1895 ; in-8° de 151 p. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gkikie. Bildergrùsse aus dem heil. Lande. Erlaùter. zur Bibel auf Grund 
in Palftstina gesauimelter Erfahrungen. Mit circa 400 Origin.-Illustr. 
von A. II. Ilarper. Ucbers. von J. Walthe. Charlottenbourg, Brandner, 
189G; in-4° de 920 p. 

Graf (E.). De l'unité des chapitres xl-lxvi d'Isaïe. Paris, impr. Noblet, 
1895; in-8° de 69 p. 

Grunwald (M-). Die Eigennamen des Alten Testamentes in ihrer Bedeu- 
tung fur die Kenntniss des hebr. Volksglaubens. Breslau, Kœbner, 1895; 
in-8°de ^7 p. 

Jahresberioht der israelit.-theolog. Lehranstalt in Wien fur das Scbuljahr 
1894-95. Voran gcht : Die Priester u. der Cultus im letzten Jahrzehnt 
des Jérusalem. Tempels von prof. D r Adolf Bùchler. Vienne, Verlag der 
isr.-theol. Lehranstalt, 1895; in-8° de 235 p. 

Jahresbericht der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Scbuljahr 
1894-95. Voran geht : D r Israël Conegliano u. seine Verdienste um die 
Republik Venedig bis nach dem Frieden von Carlowitz, von Prof. D r Da- 
vid Kaufmann. Budapest, 1895 ; in-8° de 103 + cxxli + 30 p. 

Kltjeger (H.). Ueber Genesis u. Composition der Halacha-Sammlung 
Edujot. Breslau, Schatzky, 1895 ; in-8° de 120 p. 

Kônig (Ed.). Lehrgebâude der hebrâischen Sprache mit comparativer 
Berùcksichtigung des Semitischen ùberhaupt. 2. Hàlfte, I. Theil, 
Leipzig, 1895. 

Le premier volume de la grammaire hébraïque de M. Kônig date de 
1881. Le second vient seulement de paraître. M. K. a donc consacré à cette 
deuxième partie de son œuvre un labeur de quatorze ans. C'est dire avec 
quelle conscience le savant professeur a composé sa grammaire, qui comp- 
tera parmi les meilleurs travaux de la science allemande. Le livre de M. K. 
est un vrai thésaurus grammatical, indispensable à tous ceux qui s'occupent 
de philologie sémitique. La seconde partie comprend l'étude des noms et 
des particules. M. K. s'est efforcé de donner une liste des formes aussi 
complète que possible, de sorte que son livre, grâce à des index excellents, 
peut, dans bien des cas, remplacer avantageusement les Concordances bi- 
bliques. M. K. a ajouté à cette seconde partie une morphologie générale, 
dans laquelle il examine l'origine des formes grammaticales, l'influence ré- 
ciproque des sons, l'effet du ton sur la vocalisation, etc. Suivant sa mé- 
thode habituelle, M. K. cite pour chaque question les différentes opinions 
émises par les grammairiens avec les arguments qu'ont fait valoir les uns 
et les autres. Chacun peut ainsi se rendre compte des difficultés et des 
obscurités que présentent les divers problèmes qui sont étudiés. 11 est inu- 
tile d'insister sur l'érudition et la science dont M. K. donne de nouvelles 
preuves. En général, les conclusions auxquelles M. K. s'arrête sont justes. 
C'est ainsi que M. K., avec beaucoup de raison, se déclare pour la trilitéra- 
lité absolue des racines et n'admet pas de racines bilitères vocaliques. La 
tendance des formes féminines à la ségolisation a été très bien marquée par 
M. K. Il serait trop long, d'ailleurs, d'énumérer toutes les observations 
nouvelles et excellentes qui se trouvent dans ce second volume. Nous ne 
pouvons que conseiller de le lire et de l'étudier. 

Naturellement, nous ne sommes pas d'accord sur tous les points avec 
M. K. Tout d'abord, on peut trouver que le savant professeur fait interve- 
nir trop souvent les causes finales dans l'explication des phénomènes gram- 
maticaux. L'idée certainement influe parfois sur les sons, mais, autant que 
possible, il vaut mieux expliquer mécaniquement les modifications du lan- 



BIBLIOGRAPHIE 133 

gage. L'âme du langage est une métaphore dangereuse. On admettra bien, 
par exemple, qu'on ait conservé la de rn3>!3TÛ « semaines » pour différen- 

cier ce mot de m3>!3tl3 « serments », mais nous ne croyons pas que, de 

prime abord, on ait choisi Va dans les verbes pour l'activité et Vu pour la 
passivité. Ensuite, il arrive à M. K. d'adopter des explications contraires à 
la vraisemblance, afin de retrouver des formes grammaticalement régulières. 
C'est ainsi que M. K. suppose des verbes fl^p et !"V£J, dont on ne trouve 
trace nulle part, pour que ^p et "^n ne présentent pas d'anomalie. 

C'est en vertu de la même tendance que, dans le premier volume, M. K. 

avait vu un hofal dans ÛTD^n pour ù^^^n Or, en arabe, on rencontre 

t t y - — • 

le même changement de a en u pour ce même verbe devant le même suf- 
fixe. La lecture de nu l buduhum pour na'buduhum est attestée par des auto- 
rités sérieuses (voir Fleischer, Kl. Schriften, I, 98, cité par Nœldeke, 
W.Z.K.M., 1894, p. 258). Dans des cas semblables, il vaut mieux 
admettre des irrégularités que de recourir à des racines ou à des significa- 
tions inusitées. Peut-être, enfin, M. K. a-t-il, dans le chapitre des adverbes, 
dérivé un trop grand nombre de mots des particules démonstratives. Mais 
le terrain des étymologies est trop ardu pour que nous croyions devoir in- 
sister. Nous nous contenterons de soumettre à l'appréciation de M. K. 
quelques remarques sur divers points de grammaire et d'exégèse : 

P. 5. — bfc< n'est pas la forme allongée de b, mais la racine de b est, 

selon nous, rj*> f et celle de btt, ''bN (voir RÉJ., t. XXII, p. 131). 

Ibid. — La terminaison du locatif est a, parce qu'elle ne s'emploie que 
dans des mots déterminés. Ce n'est donc pas une abréviation de an ou de 
am, qui marque Y indétermination. La voyelle a n'a pas l'accent, parce qu'elle 
est la dernière du mot (voir ci-dessous). Au contraire, am = a + ma, est 
accentué. L'a du féminin était suivi de ta, ti, tu, c'est pourquoi il a éga- 
lement le ton. 

P. 10. — Uî du suffixe de la l re pers. dans les noms provient de iya 
et non pas d'un i de liaison joint au yod. L'ê de ënu est évidemment dû 
à l'analogie du pluriel; les mots qui ne peuvent pas avoir de pluriel 
ont uu a, comme "ljb^, "13)2?. — L'ê de ëk{i) est dû à l'influence de 1'* 

A T 

de ki. 

P. 13. — Dans vsbfa d'après M. K., Va serait la véritable voyelle radi- 
cale, et le scheva une résonnance vocalique. Selon nous, malkhay est pour 
mlekay, qui est pour mlakay (voir RÉJ., XXIV, 104). 

P. 19. — ^.DUJ, dans le sens de nourriture, pourrait être l'abréviation 
de "p23H 13125 (Gren., xlii, 19) « ce qui brise la faim » ; cf. . . .^"^DU3' , 
tDN72£ (Ps., civ, 11). 

P. 34. — Û^Etn n'est pas un vrai pluriel, mais égale l'arabe îÏTStTI. 

P. 36. — m^HD paraît signifier « dons généreux » (voir KËJ., ibid., 
p. 140). 

P. 42. — "H selon nous, vient de vn et égale l'arabe î"P1 rançon ; de 
même, "i\2; n'est pas pour fc^i25 (p. 54), mais vient de *125"1 (arabe *D1, cou- 
per), et se rattache à Ê\ J-pÉin, râ«rçjji. 

P. 61. — L'absolu *p73 ne se trouve que dans le Talmud. Les formes 
"lîl^tt (l^fab, Gen., i, 11, ne peut être qu'une faute) et Ûna*» font 
supposer une forme îlp^W, 

P. 71. — On ne peut comparer les mots d^btl, D^1!D, qui sont dans 
le Pentateuque, à D"W*T (Prov., xxvm, 6, 18) et Û^np (Daniel, vin, 3, 
5, 7), où, selon la remarque de Furst, il s'agit de marquer le nombre 
deux. Le duel est alors une sorte de multiplicatif. Il est absolument 
certain que les singuliers de Q^bn et D^^D sont ybtt et yD, 

comme B33 de Û^D3D. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

P. 77. — D^3D pourrait venir de *JB, comme D^tl de *J3. Le singulier 

se trouve daus la conjonction *|S f 

P. 78. — Ï1ÎO vient de gi*Ujf t comme -\?\y de Uwwir. La forme pi'al 

ne se trouve que pour les substantifs, tandis que ÎIÊO est un adjectif. 11 
pourrait en être de même de rt3>*l, abrégé de y"\. — D^fà est une faute. 

La tradition et l'orthographe talmudique Û"^73 indiquent Û^72 # 

P. 83. — 11 n'y a pas de raison pour séparer la forme ^pa de l'arabe 

naqiyy et y voir une forme çatil, au lieu de qatîl. 

P. 86. — Il paraît plus naturel de faire venir 3N de abw que de abaw, 

qui n'aurait pas donné à l'état construit ^2tt. Le duel arabe abawâni a pu 
être influencé par le pluriel abahât. 

P. 89. — ÛJ13 peut être pour pakam, comme ^flN = ahad. 

TV T V 

P. 90. — ^iO^ est plutôt du type de bïii. que de 335. C'est pour 
saw'ar, comme en arabe 'awwal est pour 'aw'al. La racine est "INIS, et on 
peut y comparer l'arabe T^ (avec un ya hamzé), colonne. 

Ibid. — bbl3> vient de b^2 : 'aivlal est pour 'awwal. Le lamed a été 
redoublé à la place du vav. De même 331U3 vient de sckawtoab (voir 
RÉJ., ibid., p. 109, note 2). 

P. 91. — Sur &id*BJ, voir RÉJ., ibid. 

P. 93. — Le rapprochement de Hïlli: et de Û^-tf-j^ avec l'arabe ^\T\U 
• dos » n'est pas si risqué que M. K. le pense. 1H2Ê paraît bien plutôt si- 
gnifier « toit à double pente » que « fenêtre ». Ou comprend mieux le duel, 
dans ce cas, pour désigner l'heure de midi, qu'avec l'idée de lumière, d'au- 
tant plus que le sens (^apparaître ne convient guère à la lumière de midi. 

P. 94. — *!TNb?2 est un adjectif tiré de !-î3£*bfà et vocalisé d'après 335 

! t : - t -* 

Il ne faut donc pas l'assimiler aux substantifs de la forme 1251p72, car ni le 

finD, ni le sens du mot ne s'expliqueraient. En même temps, ce mot 
prouve que le Vfàp de 335 vient d'un a bref, comme l'admet avec raison 
M. Kœnig. 

P. 101. — *J3 dérive, selon nous, de biny : le pluriel Ù133 est pour 

Û"^ et, de même, l'arabe banoûna est pour bnayoûna. niÔ vient également 

de schity. 

P. 106. — b33 blU ÏTIttJ, dans Raschi, veut dire : le prince (l'ange pro- 
tecteur) de Babylone et non pas la princesse Babylone. 

P. 107. DD170 ne peut venir que de DDT, la racine Z"l5N n'existant pas. 

P. 115. — Sur "Jï-Pip (Zach., xi, 5), voir RÉJ., ibid., p. 110. 

P. 124. — V173T1 (ls., i, 17) est, du moins d'après les accents, en pa- 
rallélisme avec Dlû^n et ÙDU373. Ce n'est alors ni un adjectif actif, ni un 
adjectif passif, mais un abstrait : la violence. Ce sens va mieux avec "HtîJN 
= "1*^U5' , : redressez les torts. 

P. 128 et 138. — Sur tTSIST, voir RÉJ,, ibid., p. 107, note 2. 

P. 131. — 123^^5^ nous parait venir de la racine itfâ'V comme tf*tû:|Fl, et 
appartiendrait au type b^S- De même, Û^b^bD pourrait avoir pour racine 

^bs et tnarjs, i». 

P. 136. — "1?DT (Ps., cm, 14) est probablement un aramaïsme. TO^, en 

araméen, signifie « se souvenant ». De même ^THM (Cant. ni, 8) et Û^TiniS 

(Ez., xli, 6). 

P. 147. — Pour Ïlb^"i3 (Gen., xlix, 10), la meilleure explication con- 
siste, d'après nous,à décomposer ce mot en ïlb ^ID (voir RÉJ., XXX, 115). 

P. 155. — Tin£3> vient, selon nous, de "ISS, comme rnni2)3> de HtD? 

etnrûx de n3ir. _ 

P. 162. — nil^l, d'après son sens, est plutôt un adjectif dawudat, 
comme Ï131U, qu'un abstrait dawdat. 



BIBLIOGRAPHIE 135 

P. 173 et suiv. — Les formes ilb^S, ï"ïbÎ3>D, ïlb^D, ttb'W n'avaient 

pas nécessairement, à l'origine, deux voyelles; cf. Ïl^n3 et l'arabe birkat. 

Il faut donc distinguer les substantifs qui n'avaient qu'une voyelle des 
adjectifs qui en avaient deux. 

P. 174. — L'orthographe constante de tlt^bo avec un yod^ comme 

T^T, indiquerait peut-être un ancien diminutif pelaytat t un petit reste >. 

P.* 177. — n5> nous paraît venir de *7n? (RÉJ., XXVIII, 284) ; l'araméen 

^y viendrait de la même racine et serait pour *pri3>. 

Ibid. — Pourquoi ne pas admettre bint comme forme primitive de ri3, 
au lieu de bant? L'a du pluriel ne prouve rien dans les ségolés. 
P. 178. — nînN est plutôt pour afaoat que pour ahawat, 

P. 189. — !"D3nn parait venir de 33H — arabe aiy. 3^n est un dé- 
nominatif. 
P. 209. — Il est inexact de dire que 3>2C et 3>U3n sont les construits de 

3>3tî3 et 3HZ)n. ^312) et yi^T) sont des formes abrégées qui s'emploient en 

connexion avec d'autres nombres : ÏITHjy 3>DU5, mNfa SHIîn. 

P. 232. — Epn en arabe est une abréviation de la^fcbb &tt tpfi (Siba- 
wayhi, p. 1). Il est donc inutile de chercher le sens de pointe (!), partie 
extrême, partie finale, petite partie accessoire. Il en est de même de mbtt 

pour d3>a^ mb». 

P. 236. — Les exemples de "^ = ne pas, sont bien douteux. Il n'est pas 
sûr non plus que la négation talmudique i£$ doive se lire ifc<. Nous croycns 
plutôt que ^N est l'abréviation de *pfct et doit se lire ^N. 

P. 239. — Il aurait fallu distinguer, pour la question du daguesch après 
le Ti interrogatif, les mots où la 2 e lettre est suivie d'une gutturale, 
D^fabl^bn, ^JHÏlbïl. Dans pn^ïl (Jér., xlviii, 27), les massorètes n'ont 
probablement pas pensé au hé interrogatif. 

P. 250. — Le double kaf Ï13HDI3 "'jITûID indique une égalité, qui n'est 
pas exprimée par le simple kaf. 

P. 253, note. — Il est probable qu'il faut prononcer *p, 'pfà dans le 

Talmud. 
P. 255. — Ù33 est, selon nous, une leçon mixte de ti$)3 et Û^-JS). — H 

T • T • ■ • 

n'est pas sûr du tout que fc^^ ait un rapport avec Û72T 1 , il faudrait 
N^EV- N?2'72 ,, est peut-être pour NTOT^. — La terminaison Q~ dans les 

T T I T T : T 

substantifs est des plus douteuses. D?D peut venir d'une racine ObO. 

P. 257. — D'api es ce que nous avons dit plus haut, b~ est l'accusatif in- 
déterminé. Ce n'est donc pas une « exception absolue », puisque cette ter- 
minaison s'accorde avec les règles de l'arabe. 

P. 233. — "1*7 rp n'est probablement pas le pluriel, mais la terminaison 
V est le suffixe singulier prononcé comme diphtongue. 

P. 266. — Rien n'empêche que bifaD vienne d'une racine bfan 

= ûttn. 

P. 270. — On ne voit pas commeut Va de la préposition D serait une 
preuve que cette particule ne vient pas de rT , !2. 

P. 275. — D'après M. Giesebrecht, cité par M. K., la préposition b mar- 
querait la direction vers une chose, et 5^ le mouvement vers une chose. 
La distinction est insaisissable. A notre avis, b marque l'adhésion à une 
chose, tandis que biS marque la direction ou le mouvement vers une chose. 

P. 289. — Notre conjecture pour ^)Zl2 n'avait d'autre raison d'être que 
l'impossibilité d'admettre le redoublement d'une préposition, car on ne voit 
rien de semblable dans les langues sémitiques. Ensuite, l'explication qui 
est donnée de ^1)212 et de *17272 est des plus forcées; enfin, pourquoi ne 

dit-on pas Û35273, Û37272? L'objection à faire à notre supposition, que î|3fà}2 

V • • t v • 9 _• 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

est pour ^33)3, c'est que l'emploi du 3 énergique se comprend moins avec 

des prépositions qu'avec les adverbes. En définitive, nous serions porté à 
voir dans le second ft la particule !T73, qui se trouve autrement vocalisée 

dans TDÎ73D. 
P. 297. — Il semble bien que l'arabe iyyâ répond à l'hébreu jnN. lyyà = 

iwyà, comme ayyûm = awyân. Quant à ayât, c'est une autre forme tirée 
de la même racine. 

P. 300. — Les différentes explications citées par M. K. pour 3^73 sont 
peu satisfaisantes. Selon nous, bl73 est pour ïlb}73, comme b3_>73 pour 

ttbzJïfl, )$)2 pour Î133_>73, et la racine serait ^bl. L'arabe ">h* i N73 répond 

exactement au sens de 5173- 

P. 302. — 'ptt'lpbft ne peut signifier que • dès l'origine », aussi bien 
dans Is., Il, 6, que Gen., iv, 16. 

P. 310. — L'argumentation de M. K. pour prouver que ^"13*, ""bNi ^3* 
ont été traités comme des pluriels n'est pas décisive. Si l'on dit "pb3> et 

non pas }ï"îb3>, c'est que "i^b^ vient de *alay-hu t contracté en *alaw, tandis 

que îlïlby vient de t alaya-hu t contracté en % alàhu, "alêhu. 

P. 330. — La voyelle } devant un scheva ou une labiale n'est pas longue; 
c'est, au contraire, une voyelle des plus brèves, car elle remplace un 
scheva. Dans la prosodie des poètes du moyeu âge, le "| devant une labiale 
compte comme une brève au même titre que le scheva nâ ou le hatef. 

P. 346. — M. K. n'a pas cité notre opinion que *ià = 33 [BÉJ., XXII, 

129). 

P. 352. — Il n'est pas nécessaire de cbercher à expliquer le silence de 
Saadia sur la ponctuation babylonienne, car Saadia en fait expressément 
mention (voir Monatsschrift, XXXVIII, 572). 

P. 353. — Sur le Qeré Ketib de Gen., vin, 17, nous avons donné une 
explication qui présente quelque analogie avec celle que M. K. donne de 
"1131 (p. 54, note 1). M. K. pense avec raison que les ponctuateurs ont eu 

en vue le mot y*y ; on aurait donc donné par erreur au qeré les consonnes 

du ketib. De même, le véritable qeré du ketib NlZin serait N2£\ et non 

pas Nii^ïl. Par erreur, le Ti du ketib a été ajouté au qeré (voir RÉJ. t 

XXIV,"l39). 

P. 367. — La forme ï)3tf , que toutes les grammaires citent, n'existe pas. 

Dans le seul passage (Jér., xlit, 6) où 138 se trouve, c'est un ketib, et 
les voyelles appartiennent au qeré. La prononciation traditionnelle du mot 
talmudique est ï|3tf avec un V73p. 

P. 375. et suiv. — M. K. combat la théorie d'après laquelle il y a anté- 
riorité du nom sur le verbe, le verbe ayant été lui-même à l'origine uu 
nom. M. K. croit, au contraire, que le verbe est né simultanément avec 
le nom (une forme telle que qatal n'ayant jamais eu d'existence indépen- 
dante du nom ou du verbe qui en sont tirés). Il nous semble que les deux 
opinions font inexactes, en ce sens qu'elles supposent, dès l'origine du 
langage, des notions de temps, d'activité ou d'état que les mots n'expri- 
maient certainement pas. Ces nuances d'idées se sont formées peu à peu 
et ont été rendues par la différenciation de l'accent, des voyelles, et plus 
tard par l'adjonction des affixes. Ainsi, qaial n'était primitivement ni un 
un nom, ni un verbe, ni un passé, ni un futur, ni une action, ni une 
qualité, mais le tout ensemble. Croire que qatal aurait toujours eu des 
suffixes, c'est admettre pour le langage primitif une perfection merveil- 
leuse. L'argument que M. K. tire de la différence entre qataltu et l'ara- 
méen qatilna est sans portée, car qataltu est de formation ancienne, et 
qatilna de formation récente : tu a dû être aussi à l'origine un pronom 
indépendant. Enfin, qatal est bien un participe actif dans Qp, ûb et, en 



BIBLIOGRAPHIE 137 

arabe, dans certains collectifs. Si qâtil l'a remplacé le plus souvent, c'est 
que gâtai était aussi un adjectif. 

P. 391. — L'existence d'une forme yaqatal est loin d'être prouvée. On 
la suppose uniquement pour expliquer yaqtul. Il est inûniment plus simple 
d'admettre ya-qtul comme forme primitive. 

P. 392. — Comment l'arabe (classique) pourrait-il mettre l'accent de 
uqtul sur la première syllabe, puisque Vu est presque toujours supprimé? 

P. 407. — On ne peut comparer ftfioas- = nabî'at et ^ÎN123 = arabe 
nubuwwat. 

P. 420. — L'idée que le suffixe de la 3* pers. fém. sing. al se soit 
primitivement terminé par a n'est prouvée ni par l'éthiopien, ni par les 
formes ^nbîDp, di~lbj2p qui ont suivi vraisemblablement l'analogie du 

I V T ' — T ' f 

masculin. Ce qui prouve que at n'était pas terminé par a, c'est que la 
forme pausale a l'accent sur l'avant-dernière syllabe, tandis que Ï123121 
de barakata a l'accent sur la dernière. 

P. 427. — Pourquoi N^î ne viendrait-il pas d'une racine N"b, puisque 
fcClT existe en arabe avec le même sens? 

P. 433. — On ne comprend pas pourquoi M. K., qui admet que la 
mimation est antérieure à la nunation (p. 431), veut que le locatif a 
vienne de an. Il est clair que l'arabe an =«= am t et que c'est m[a) qui s'est 
ajouté à la désinence a, et non pas a qui serait abrégé de am. 

P. 448. — La différence entre ;^3125 ,, et Ï13125 vient de ce que le pre- 

T •• : T " 

mier est pour wasinat et l'autre pour wsinat. 

P. 460. — M. K. compare dubitativement "rbîl et "fbl. En réalité, 
"rbl ne se trouve nulle part, et si ^bïl subit les mêmes irrégularités que 
certains verbes "|"d, c'est par suite de l'analogie de sens qui existe entre 
"rbn marcher et *W descendre, tt}£i sortir, y®^ s'asseoir. 

P. 464. — T1131D n'est-il pas l'arabe et l'assyrien YûlD, racine 
primitive *1125D = 23 125 D ? La lecture avec un 125 est due à l'influence 
de il3"D. 

P. 467. — Pourquoi prendre comme exemple de contraction un mot 
comme Ï1ÏJD qui n'a jamais existé ? 

P. 489. — La forme talmudique ^"pb (à lire Ylb) n'a rien à voir 

avec riïip^b, etc. Le yod est une mater lectionis^ et l'infinitif avec lamed 
est modelé sur le futur TP 

P. 497. — M. K. a tort d'appeler traditionnelles les lectures U^fafa 

13272112, Sllp^, ^13^3, qui représentent la mauvaise vocalisation d'un 

éditeur quelconque ou la combinaison maladroite des points voyelles avec 
les matres lectionis. 

P. 507. — Dins iDlp^ et bl^ nous croyons plus simple de voir des 
substantifs de la forme bl^D, en admettant pour Qipi une racine dpi, qui 
existe en arabe et est en partie synonyme de hpT et de dlp en hébreu. 

P. 509. — Nous persistons à croire que ^b" 1 = yàlidu. Pour le i^it du 

préfixe, nous admettons qu'il est dû à l'influence de Vi qui suit, comme 
dans la terminaison *p pour âki et ïïj", en araméen, pour âhi. Si ce "H2£ 

se maintient là même où il n'est pas protonique et ne se change pas en 
scheva, c'est sans doute qu'on a évité de trop changer la forme du futur(qui 
à la 3* pers. se serait confondu facilement avec le passé) : ÏT 13*1 fi, îl^'P 

t : t :> 

comme on a conservé le V72p de m3H21125 « semaines » pour que ce mot se 
distinguât de m 3*121125 « serments ». Lorsque l'accent recule pour une 
raison accidentelle, il peut ne pas exercer d'influence sur les voyelles anté- 
rieures. Il est à noter que ^Z"H125pT conserve sa voyelle sous le qof, malgré 
le déplacement du ton. La règle que la voyelle disparaît dans toute syl- 
labe éloignée de l'accent n'est donc pas absolue. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

P. 511. — L'a de banoûna, comme celui de Û^35» s'explique comme Va 
ordinaire du pluriel des ségolés. 

P. 514. — Sur quelle autorité M. K. s'appuie-t-il pour dire que l'accent 
est sur ça dans çataltahu et sur kâ dans kataba? Les grammairiens 
arabes ne nous disent rien sur l'accent, et la prononciation des Arabes 
actuels ne prouve rien pour la langue classique. D'ailleurs, la prononcia- 
tion kteb des Algériens prouverait que la première syllabe de kataba n'était 
pas accentuée. Pour l'éthiopien gâbra de gabira, c'est une erreur de croire 
qu'une voyelle primitivement accentuée ne puisse pas disparaître. Si la 
voyelle n'est pas assez forte pour retenir l'accent, le ton se déplace et la 
voyelle tombe. 

P. 523. — M. K M contrairement à ses habitudes, nous paraît avoir exé- 
cuté un peu sommairement notre théorie sur l'accent tonique en hébreu 
([t. XX, p. 73 et suiv., complétée par] t. XXV, p. 111 [et t. XXVI, p. 59]). 
M. K. trouve impossible que la voyelle accentuée de qatâlat se change en 
scheva, et que, par suite, le ton se déplace. M. K. a raison ; nous avons eu 
le tort de prendre la cause pour l'effet. Mais, t. XXV, p. 112, nous avons 
dit que la syllabe lat de qatalat a attiré le ton, et, un peu plus loin, qu'il 
y a une tendance générale, en dehors de la pause, à porter le ton sur la 
dernière syllabe. Ce n'est donc pas parce que la voyelle est tombée que le 
ton s'est déplacé, c'est, au contraire, le déplacement du ton qui a amené 
la chute de la voyelle de la seconde radicale, c'est pour la même raison que 
ânî est devenu *^î* (pause "ON), et anâki,^^ (où le V>jp est resté mal- 

• — : • i t - t » ' 

gré le déplacement du ton), âtta nPK (p. Ï1F1N). M. K. n'a pas sulûsam- 

|T— T |T 

ment prouvé que notre théorie soit insoutenable, et nous la croyons plus 
simple et plus exacte que les autres théories. Nous maintenons donc : 
1° que l'accent tonique, à l'époque où l'hébreu avait encore les désinences 
conservées en arabe, était sur l'avant-demière syllabe; 2° que la pause 
maintient l'accent à sa place primitive, tandis que, en dehors de la pause, 
l'accent est très souvent déplacé; 3° que, lorsque l'accent est ainsi déplacé, 
la syllabe ne devient pas protouique, mais perd sa voyelle, tandis que la 
voyelle protonique véritable se maintient. 

M. K. réfute ce que nous avons dit (t. XX, p. 76) du déplacement du 
ton produit par le vav conversif. Nous-m§me avons renonce à notre ex- 
plication (voir t. XXVI, p. 53, note 3). Nous profitons de l'occasion pour 
rectifier ce que nous avons dit, t. XX, p. 74, de l'accent tonique de mots 
comme ÛStl. etc. L'accent est très justement sur la dernière syllabe, parce 

T • 

que le mem vient de ma. Q3Ï1 est donc pour hinnâma. Par suite, ibid., 
p. 73, il faut effacer matarum après ^lû!E, car 1l373 vient certainement de 
matâra, et non pas de mataram ou matarum. 

Dans sa courte préface, M. Kœnig dit qu'il a la conscience de ne s'être 
laissé diriger que par l'intérêt objectif qu'il prend aux progrès de la science. 
Tout le monde sera d'accord, en effet, pour reconnaître que M. K. est 
exempt de ces préventions qu'on remarque parfois jusque dans les ouvrages 
de pure philologie. Que le 6avant professeur voie dans notre critique même 
une application des principes qui l'ont guidé. — Mayer Lambert. 

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ùbers. von A. Basedow. Heidelberg, Hôming, 1895 ; in-8° de 127 p. 

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Perles (Félix). Analekten zur Textkritik des Alten Testaments. Munich, 
Ackermann, 1895 ; in-8° de 95 p. 

Un de nos collaborateurs rend compte de ce mémoire du fils du re- 
gretté J. Perles dans le présent numéro. 

Poznanski (S.). Beitrâge zur Geschichte der hebr. Sprachwissenschaft. I. 
Eine hebr. Grammatik aus dem xm. Jh. Berlin, Calvary, 1891; in-8° de 
35 -f- 23 p. 

Poznanski (S.). Isak. b. Elasar Halevi's Einleitung zu seinem ta )^ >, D5125. 
Breslau, Schottlaender, 1895; in-8° de 14 p. (Tirage à part de la Mo- 
natsschrift, 1895). 

Poznanski (S.). Mose b. Samuel Hakkohen ibn Chiquitilla, nebst den 
Fragmenten seiner Schriften. Leipzig, Henrichs, ' 1895; in-8° de vin 
-f- 200 p. 

Notre collaborateur M. Bâcher rendra compte de cet excellent ouvrage. 

Ryle. Philo and Holy Scripture, or the quotations of Philo from the books 
of the Old Testament, wilh introduction and notes. Londres, Macmillan, 
1895 ; in-8° de xlviii + 312 p. 



UO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sacerdote (G.)- The ninth Mehabbereth of Emanuelc da Roma and tho 
Trésor of Peire de Corbiac. Londres, impr. Wertheimer, 1895 ; in-8° de 
20 p. (Tirage à part du Jew. Quarterly Heview, 1895.) 

Saineanu (M.) Limbele semitice, schita istorica-linguistica. Bucharest, 
impr. Codreanu et Savoiu, 1895 ; in-8° de 49 p. (Tirage à part de Anua- 
rul pentru Israeliti, XVIII.) 

Samter (N.) Judentaufen im neunzehnten Jahrhundert. Breslau, impr. 
Schatzky, 1895; in-8° de 43 p. 

Schian (M.). Die Ebed-Jahwe-Lieder in Jesaias 40-66. Halle, Krause, 1895; 
in-8° de 62 p. 

Schreiner (M.). Der Kalam in der jùdischen Literalur. Berlin, impr. 
Itzkswoki, 1895 ; in-4° de 67 p. 

Schwab (Moïse). Histoire des Israélites depuis l'édification du second 
Temple jusqu'à nos jours. Nouv. édition. Paris, Durlacher, 1895 ; in-18 
de 300 p. 

Steinthal (H.). Zu Bibel u. Religionsphilosophie. Neue Folge. Berlin, 
Reiraer, 1895; in-8° de 258 p. 

Templer (B.). Die Unsterblichkeitslehre bei den jùd. Philosophen des 
Mittelalters. Leipzig et Vienne, Breitenstein, 1895 ; in-8° de 79 p. 

Tiefenthal. Daniel explicatus. Paderborn, Schôningh, 1895 ; in-8° de 
380 p. 

Vogelstein (Hermann) et Rieger (Paul), Geschichte der Juden in Rom. 
II. Band. Berlin, Mayer et Mùller, 1895; in-8° de 456 p % . 

Vollmer (H.). Die alttestamentlïchen Citate bei Paulus, nebst einem 
Anhang ùber das Verhàltniss des Apostels zu Philo. Fribourg-en-Brisgau, 
Mohr, 1895; in-8° de 103 p. 

Wellhausen (J.). Israelitische u. jùd. Geschichte. 2 e e'd. Berlin, Reimer, 
1895; in-8° de 377 p. 

Winckler (H.). Vôlker u. Staaten des Alten Orients. 2. Geschichte Israels 
in Einzeldarstellungen. I. Th. Leipzig, Pfeiffer, 1895; in-8° de 226 p. 

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in-8° de 67 p. 

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Williams et Nutt, 1895 ; in-8° de 406 p. 

Zeitlin (William). ISO rTHp. Bibliotheca hebraica post-mendelssohniana. 
Bibliographisches Handbuch der neuhebràischen Literatur seit Beginn 
der Mendelssohn'schen Epoche bis zum Jahre 1892, nach alphabet. 
Reihenfolge der Autoren mit biographischen Daten und bibliogr. Noti- 
zen. II. Hâlfte, N.-Schluss. 2 e édit. Leipzig, Koehler's Antiquarium, 1895; 
in-8° de p. 249-548. 

Ce travail nous paraît très complet, nous n'y avons constaté aucune la- 
cune. On verra par là la richesse de la > roduction hébraïque depuis un 
siècle. 



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Ràtsel galizischer Juden. = = N° 3. Eduard Kulke : Judendeutsches 
Volklied (Màhren). = = N os 4-5. Eduard Kulke : Judendeutsche Sprich- 
wôrter aus Màhren, Bôhmen u. Ungarn (suite, n 09 6-7, contient peut-être 
trop de dictons empruntés au Talmud). = = N os 6-7. Ed. Kulke : Lied 
beim Ausgang des Sabbath (Màhren). [Bemoizoeh joim menucho ne veut 
pas dire : "Wenn er gefunden hat den Tag der Ruhe, mais « à l'issue du 
jour du repos). 

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1895. = — N° 1. Preuss : Der Arzt io Bibel u. Talmud {fin, n° 2). — 
A A. Kehimkar : Die Béni Israël in Bombay. = = N° 3. L. A. Rosen- 
thal : Etwas ùber das talmud. Strafrecht [suite et fin, n os 4 et 7). = = 
N° 4. Simon Dubnow : Die Blutbeschuldigung von Babowno i. J. 1829 
{suite et fin, n° 5). = = N° 5. Die Bibel u. die alkoholischen Getrânke. 
= = N° 6. Ein Proselvt im XVIII. Jahrhundert. = = N° 7. Frank u. die 
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phical aspects of the doctrine of divine incarnation. — Michael Adler : 
A spécimen of a commentary and collated text of the Targum to the Pro- 
phets Nahum. — B'ichanan Gray : The références to the « King » in the 
Psalter, in their bearing on questions of date and messianic belief. — 
W. Bâcher : Qirqisani, the Karaite, and his work on jewish sects. — 
Gustavo Sacerdote : The ninth Mehabbereth of Emanuele da Roma and 
the Tre'sor of Peire de Gorbiac. — S. Schechter : Corrections and notes 
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mars-avril. S. Karppe : Quelques notes d'astrologie talmudique. — = 
N° 3, mai-juin. A. Durand : Le pronom en égyptien et dans les langues 
sémitiques. =: = N° 4, juillet-août. Chavannes : Rapport annuel. 

lUonatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Judenthuma 

(Breslan). 39 e année, 1895. = = N° 7, avril. J. Thcodor : Der Midrasch 
Bereschit rabba {suite et fin, n os 8-11). — J. Bassfreund : Hebr. Hand- 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

schriften-Fragmente in der Stadt-Bibliotek zu Trier (suite et fin, n 0i 8, 9 
et 11). — Ch. Mendelssohn : Zum Targum des Achtzehngebetes. — 
David Kaufmann : Der iilleste jùdiscbe Friedbof Ungarns. — Adolf 
Frankl-Grùn : Die Privilegien der jùd. Gemeinde in Kremsier (mite et fin, 
n os 8-9). — P. G. von Mollendorir : Die Juden in Cbina. = = N° 8, mai. 
David Kaufmann : Nalbanael Trabot ùber die Behandlung der Gebete in 
der Composition. Ein Beitrag zur Gesohichte des synagogalen Gesanges. 
= = N° 9, juin. A. Epstein : Das talmud. Lexikon ETNan ""Dirn 
D^NIITSNI und Jebuda ben Kalonyinos aus Speier {{suite et fin, n 0s 10-11). 
H. Hirscbfeld : Kritische Bemerkungen zu Munk's Ausgabe des Dalalat 
Al Ilaririn (fin, n° 10). — Moritz Steinschneider : Miscellen. = = N° 10, 
juillet. Samuel Poznanski : Miscellen ùber Saadja. — David Kaufmann : 
Die Promotion des Posener Arztes D r Moses Lima in Padua am 19. Au- 
gust 1639. = = N° 11, août. Frankl-Grùn : Der Ursprung der Gemeinde 
Kremsier. = = N° 12, septembre. M. Grùnwald : Ein Wort ùber die re- 
ligiôsen Beziehungen der Semiten zu ihren Nachbaren. — Alexander 
Kobut : Ein Beitrag zur Lileratur des Ritus von Jemen. — David Kauf- 
mann : Chajjim b. Mose Katzenellenbogen u. die zweite Judenschlacht 
von Lublin. — Max Pollak : Daten zur Einwanderung ungariscber u. 
polniscber Juden nach Schlesien. 

Revue sémitique (trimestrielle, Paris). 2° anne'e, 1894. = — Avril. 
J. Ilale'vy : Recherches bibliques : Institution du pacte de la circoncision; 
promesse de descendants royaux et annonce de la naissance d'Isaac; 
visite des êtres célestes chez Abraham et à Sodome, destruction de So- 
dome et de Gomorrhe; délivrance de Lot et origine de Moab et d'Am- 
mon; Abraham en Philistie; enlèvement et restitution de Sara. — Notes 
pour l'interpre'tation des Psaumes (xxxvi-xxxix). = — Juillet. J. Ila- 
le'vy : Recherches bibliques: Naissance d'Isaac; renvoi d'Ismaël; al- 
liance avee Abime'lec, roi des Philistins. 

Zeitschrift fur die alttestamentliehe Wissenschaft (Giessen, semes- 
triel). 15 e anne'e, 1895. = = N° 2. Lôhr : Textkritische Vorarbeiten 
zu einer Erklârung des Bûches Daniel (suite). — Frankenberg : Die 
Schrift des Menander, ein Produkt der jùd. Spruchweisheit. — Rosen- 
thal : Die Josephsgeschichte mit den Bùchern Ester u. Daniel verglichen. 
— Béer : Klagelieder, v, 9. — Meinhold : Threni, n, 13. — Moritz Jas- 
trow : Threni, il, 6 a. — Nestlé : "Dn = eBvo;. — Zum Codex Alexandri- 
nus in Swete Septuaginta. — Bâcher : Rabbinisches Sprachgut bei Ben 
Ascher. — Der Name der Bûcher der Ghronik in der Septuaginta. — Mu- 
hammedanische Weissagungen im Alten Teslamente. — Broekelmann : 
Zu den Muhammedanischen Weissagungen. — Albrecht : Das Geschlecht 
der hebr. Hauptwôrter. . — Prsetorius : Threni, iv, 5, 16. — Biblio- 
graphie. 

Israël Lévi. 



BIBLIOGRAPHIE 143 



Bùchler (Adolf). llie Priester unil der Cultas im letzten Jahrzent 

des Jerusalemiscken Tempels (II. Jahresbericht der israelitisch-thcologi- 
schen Lehranstalt in Wien). 



La période de l'histoire du peuple juif qui va depuis les victoires 
des Macchabées jusqu'à la sauglante défaite de Bar-Kokaba, en raison 
de la haute importance qu'elle offre pour le judaïsme et particuliè- 
rement pour le christiaûisme, a été souvent étudiée par les savants 
de l'uue et l'autre coufession. Les sources non hébraïques ont été 
examinées par nombre de philologues, de théologiens et d'historiens. 
Les résultats de ces recherches sont consignés dans des ouvrages de 
premier ordre, tels que la Geschichte des judïschen Volkes, de Schùrer, 
et la israelitische und judische Gesckichte, de Welhhausen. C'est donc 
là un domaine qui a été exploité à fond. 

La littérature talmudique se distingue par ce trait, qu'elle ne 
fournit que très rarement des indications directes de date et de 
lieu, du moins à ceux qui ne l'examinent que superficiellement, 
car, en réalité, elle contient beaucoup de matériaux historiques. Il 
est donc bien naturel que ceux qui ne sout pas familiarisés avec 
cette littérature et ne s'en occupent qu'en passant soient arrivés 
à croire que les renseignements qu'on peut y puiser sont peu nom- 
breux et peu sûrs. Il est de fait que, dans la tradition juive, l'his- 
toire et la légende, la vérité et la fiction se côtoient sans qu'un signe 
extérieur les distingue l'une de l'autre. L'œil exercé du savant sait 
pourtant séparer l'ivraie du bon grain, comme le prouvent les tra- 
vaux de Graelz, Derenbourg et autres. Le tout est de savoir distin- 
guer les éléments historiques qui se cachent sous les relations du 
Talmud qui ne se donnent pas justement comme des relations his- 
toriques. C'est le mérite de M. Bùchler de s'en être tenu à ces rensei- 
gnements, d'autant plus sûrs qu'ils sont livrés sans prétention. C'est 
sur ces données qu'il a échafaudé son ouvrage, dont la hardiesse 
surprendra tout d'abord, mais qui est appelé à renouveler les 
études historiques. 

Son livre est divisé eu cinq chapitres. Le premier traite des 
sources talmudiques de l'histoire des prêtres, à savoir de la plus 
ancienne Mischna de l'école de Yohanan ben Zaccaï à Jabné, de l'a- 
cadémie de Lydda et des traditions sur le temple conservées à Sé- 
phoris. Dans le second chapitre intitulé : « Les prêtres à Jérusalem », 
l'auteur traite du nombre et des catégories de prêtres, du langage 
dont ils se servaient pendant le service du temple, et des rapports 
des principaux prêtres avec les prêtres ordinaires pendant le service 
des sacrifices. Ensuite, il parle des fonctionnaires du temple, notam- 
ment de ceux de chaque série de service, et du Segan. Le quatrième 
chapitre expose les rapports des prêtres et des lévites dans l'ordre 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

suivant : les sources, le chant des lévites, les services des lévites 
de garde et leurs fonctions dans le temple, les lévites employés 
dans le temple, le Targoum du Pseudo-Jonathan et le livre des Ju- 
bilés sur les lévites. Le dernier chapitre traite des résidences des 
prêtres en dehors de Jérusalem; il désigne comme telles : la Judée, 
Jéricho, le nord de la Judée et la Galilée. 

Les titres des divers chapitres ne donnent une idée suffisante ni 
do l'abondance des questions qui y sont examinées, ni des résultats 
généraux et particuliers qui y sont enregistrés. L'auteur a lui-même 
énuméré ces résultats. Nous reproduisons ici ses paroles : 

« Résumons rapidement les principaux résultats de nos recherches. 
Les sources où l'on peut trouver des données pour l'histoire du culte 
au temple dans les dix dernières années avant la destruction de 
Jérusalem sont presque exclusivement les ouvrages de la littérature 
talmudique, et, parmi ceux-ci, les seules relations reposaut sur des 
traditions anciennes et sûres qui se sont conservées principalement 
dans les académies de Lydda et de Séphoris, et dont la véracité ne 
peut être mise en doute sans raison décisive lorsqu'elles peuvent 
être attribuées à un narrateur contemporain des événements. Pour 
les sept dernières années de l'existence du temple, on ne peut invo- 
quer l'autorité de Josèphe, en ce qui concerne l'organisation inté- 
rieure, qu'autant que cette organisation est restée comme elle fut dans 
les premiers temps. Les changements qui ont eu lieu durant cette 
époque sont ignorés de cet écrivain, car depuis l'an 63 il séjourna 
presque constamment loin de Jérusalem, d'abord à Rome, ensuite 
en Galilée, et il ne s'intéressa qu'aux incidents politiques, sans se 
préoccuper des questions religieuses. Les événements de la vie 
intérieure et religieuse des Juifs n'attirèrent nullement son atten- 
tion . Il ignore, par conséquent, la profonde transformation qui 
se produisit dans le service du temple à la suite de la chute du 
grand-prêtre Anan ben Anan, qui, même en matière de culte, pro- 
fessait les idées sadducéennes : cette révolution rendit les Phari- 
siens seuls maitres du sanctuaire. La Mischna, au contraire, donne la 
description détaillée et exacte du culte institué par les Pharisiens. 
Elle montre clairement quelles pratiques furent nouvellement créées 
et celles qui furent abolies. Elle nous apprend que l'aristocratie sa- 
cerdotale, qui, depuis longtemps, ne s'occupait plus du service des 
sacrifices et ne venait au temple que pour commander et s'empa- 
rer des revenus des prêtres ordinaires, perdit toute autorité sur 
le cuite des sacrifices et fut remplacée par des prêtres pharisiens. 
Les autres fonctionnaires sadducéens du temple durent également 
céder la place à des Pharisiens. On créa l'emploi du Seçan, qui 
fut chargé de surveiller le grand-prêtre au moment où il offrait 
des sacrifices et où il avait l'occasion de faire prévaloir certaines 
idées sadducéennes. Le Segan était assisté des membres du tribu- 
nal, également choisis parmi les Pharisiens, comme R. Yohanan b. 
Zaccaï, et qui avaient aussi la mission d'empèc lier le grand-prêtre 



BIBLIOGRAPHIE 145 

de s'inspirer, dans le service du temple, des idées sadducéennes. 
Tout ce que les Sadducéens avaient combattu dans le cérémonial des 
sacrifices fut désormais appliqué avec beaucoup de pompe et de 
solennité, comme, par exemple, la manière de couper YOmer, les liba- 
tions à la fête des Tentes, la préparation des cendres de purification, 
etc. Avant la victoire des Pharisiens, toutes les opérations qui se rat- 
tachaient aux sacrifices étaient accomplies exclusivement par des 
prêtres, parce que, de parti pris, les laïques en étaient écartés. Désor- 
mais, on confia intentionnellement aux laïques toutes les opérations 
pouvant être exécutées par des non-prêtres. Pour bien marquer la 
victoire remportée par le peuple sur l'exclusivisme sacerdotal, on cé- 
lébra ces cérémonies avec accompagnement de grandes réjouissances. 
Au lieu de l'araméen, ce fut l'hébreu qui devint la langue en usage 
durant le service des sacrifices. Les prêtres en fonctions, qui 
avaient des tendances pharisiennes, furent rétablis par les rabbins 
dirigeants daus leurs anciens droits, dont les prêtres des hautes 
classes les avaient dépossédés. Outre les fonctionnaires inamovibles 
du temple, on choisit des Amar/wl et des Guizbar dans la section de 
service. Les lévites aussi, qui, dans leurs fonctions de chantres et de 
portiers du temple, avaient perdu toute importance, furent relevés 
d'un certain degré et obtinrent des emplois dans le sanctuaire. Ces 
réformes introduites dans tous les détails de l'organisation du temple 
furent naturellement combattues avec énergie par les représen- 
tants de l'aristocratie sacerdotale, comme le montrent le Targoum 
du Pseudo-Jonathan et le Livre des Jubilés, composés dans ce milieu. 
La situation du bas sacerdoce vis-à-vis de l'aristocratie des prêtres 
est éclairée d'un jour très vif par Y Assomption de Moïse. Enfin, l'E- 
vangile, par ses imprécations contre les Pharisiens, fournit aussi 
un chapitre intéressant sur l'histoire des prêtres de haut rang. Nous 
avons encore trouvé d'autres renseignements sur les prêtres établis 
dans les villes de province de la Judée ; nous avons déterminé 
leurs lieux de résidence et montré la situation particulièrement in- 
fluente des prêtres de la haute classe à Jéricho. D'autre part, nous 
avons essayé de déterminer la situation des prêtres ordinaires vis- 
à-vis de la population rurale au milieu de laquelle ils vivaient. » 

Après cet exposé, empruntée l'auteur même, examinons les points 
que M. Bùchler croit avoir établis. 

L'auteur prouve (p. 16-23) que l'école de R. Yohanan b. Zaccaï ne 
s'occupait presque pas des questions relatives au temple et que, 
pour cette raison, elle n'a pas laissé de renseignements sur le sanc- 
tuaire. Pour expliquer ce fait, M. B. déclare que les prêtres instruits 
se tinrent à l'écart de l'école de Yohanan, à cause de son hostilité vis- 
à-vis du sacerdoce et du caractère équivoque de son passé politique* 
Les deux raisons sont exactes. On a dû, en effet, reprocher sou- 
vent à R. Yohanan la conduite qu'il avait tenue pendant et après l'in- 
surrection. Cela résulte avec certitude de son Agada sur Deut., xxvn, 
T. XXXI, n° Gi. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

6, qui porte tout à fait le caractère d'une justification personnelle et 
que n'a pas citée M. Bûchler. A propos de l'autel, il déclare que celui 
qui établit la paix entre les hommes, les époux, les cités, les nations, 
les gouvernements et les familles, ne peut être frappé d'aucune 
peine 1 . Gomme la tradition le rapporte, Yohanau b. Zaccaï, d'accord 
avec les Romains, avait choisi Jabné pour lieu de résidence. Nous 
croyons que, dans ce choix, le désir des Romains fut déterminant, 
car Yohanau aurait sûrement choisi une ville qui fût un centre 
plus ancien et plus convenable pour la science juive. Gomme il de- 
vait son école au bon vouloir des oppresseurs, beaucoup de doc- 
teurs n'accueillirent certainement ses tentatives qu'avec défiance. 
D'ailleurs, son école n'avait pas de légitimité, puisqu'il n'était pas de 
la descendance des patriarches. Une opinion qui, selon nous, a beau- 
coup de vraisemblance, est que Yohanan b. Zaccaï n'osait pas ad- 
mettre dans son école certains vieux docteurs appartenant à la classe 
sacerdotale et qui étaient déjà célèbres à l'époque où le temple était 
encore debout, pour ne pas se compromettre vis-à-vis des autorités. 
Les Romains lui avaient concédé l'établissement d'un Sanhédrin, 
mais la maison du Patriarche, qui s'était compromise vis-à-vis d'eux 
lors de l'insurrection et qui était aussi plus dangereuse à cause de sa 
légitimité, en était exclue 3 . De même, les docteurs les plus célèbres 
ont dû être exclus de l'école de Yohanan b. Zaccaï, cet unique débris 
de l'indépendance nationale, sur le désir exprimé directement ou in- 
directement par les Romains 3 . On s'expliquerait ainsi pourquoi ces 

i Mekhilta sur xx, 25 : -|tt"ltf tf"l!H «nn 1»1N *WDT }a ^m" ^1 (Deut., xxvn,6) 

tss î-itti Y'p D^ai "nm mbro mb^BM ttaaN rsaan m»bia a^aas 
i-nb^awiû b* mi-irra ?<bï n5>»iia t^bi man ab ds'wj) naT7a ms 
Sna nrpb* rpn sb rr"ap!i ien D^snœ nrraab burm^ pa ûibrc 
î-iein "pa wb t* pa iriffixb œ^« pa -virab u)\n pa mbia 'y»attïi 
î-i73D*i rraa m» hv nnsMb ïtom pa nbM&b ïibœEtt pa rraïab 

riîJIIS "pbj^ Nan NbtU. D'abord il est clair qu'il parle de lui-même, autrement 
l'expression si modeste « aucun châtiment ne le frappera » et l'interprétation forcée 
de niToboi par Ûlblïî mb^ato'U ne seraient pas de mise. Les mots « entre les gou- 
vernements et les nations » sont une allusion claire aux Romains et aux Judéens. 
» Entre les familles » peut être uue allusion aux factions et aux familles qui avaient 
été rejetées pour cause d'impureté sacerdotale ou de toute autre impureté. Yohanan 
b. Zaccaï n'était pas d'avis qu'on examinât de trop près les arbres généalogiques, 
comme M. Bûchler le prouve. « Entre les cités et les hommes » est une allusion tout 
à fait transparente aux luttes intestines pendant la guerre. « Entre les époux » peut 
se rapporter à des cas où l'époux, notamment quand il s'agissait de prêtres, pour 
éviter les occasions d'impureté, ne voulait plus cohabiter avec sa femme (cf., pour 
un cas de ce genre, la Mischna de Ketoubot, n, 9). 

2 Cette assertion n'est pas contredite par ce qui est relaté dans Baba Batra, 
10 £, où Gamiiel est présenté comme le disciple de Yohanan, car ceci peut avoir été 
vrai antérieurement, à Jérusalem, ou à une époque bien postérieure à la fondation de 
l'école de Jabné. 

* Josué ben Hanania avait toujours eu des sentiments pacifiques et était persona 
grata auprès des Romains. M. Krauss, dans son article : Die rômischen Besatzangen in 
Palàstina, fait remarquer avec raison que R. Yohanan b. Zaccaï était étabii sur le ter- 
ritoire militaire (Magatin, XX (1893), p. 119). Cependant, je ne voudrais pas étendre 



BIBLIOGRAPHIE 147 

docteurs n'apparurent à Jabné qu'avec Gamliel. La maison du pa- 
triarcat, après la mort de Yohaoan b. Zaccaï, avait reconquis ses an- 
ciens droits. Les Romains leur avaient fait sans doute cette conces- 
sion en raison de la paix qui s'était maintenue depuis plusieurs 
années et de la détente qui s'était produite dans les esprits en Judée. 
Cette hypothèse est confirmée par le fait que Gamliel émigra de 
Lydda, où il avait une école dépourvue de tout caractère officiel, à 
Jamnia. En effet, il ne pouvait recevoir d'investiture pour Lydda. 
L'école de Jabné avait, au contraire, un caractère officiel, ce qui ex- 
plique la hardiesse avec laquelle Yohanan ben Zaccaï attribuait à 
son tribunal, sur tous les points, la même autorité qu'à celui de Jé- 
rusalem, et le fait qu'il n'est jamais contredit. 

La glorieuse école de Lydda, où siégeait Gamliel, ne paraît pas 
avoir accordé un intérêt spécial aux enseignements halachiques de 
Yohanan, et c'est pour cette raison que presque rien n'en a été con- 
servé. Nous croyons pouvoir expliquer par l'hostilité de l'école du 
Patriarche contre l'académie de Jamnia le remarquable passage de la 
Pesikta rabbati (éd. Friedmann, 29 b), où, dans une liste d'écoles, on 
nomme Jérusalem, Lydda, Séphoris et Tibériade, tandis que Jabné 
est passé sous silence '. 

Page 22. — L'auteur veut rapporter le passage de Tosefta Sota, xv, 
1 1 , aux prêtres, et il s'exprime ainsi : « Qui donc se préoccupait de la 
destruction du temple plus que les prêtres, qui avaient les meil- 
leures raisons d'en porter le deuil? » Or, la nation tout entière avait 
pour cela les meilleures raisons, puisqu'elle avait perdu tout ce qui 
lui restait de liberté, comme le montre la mischna précédente, où 
Simon ben Gamliel dit qu'après la destruction du sanctuaire, il aurait 
dû être interdit de manger de la viande et de boire du vin'. D'ail- 
leurs, il est inexact que le mot *non fût usité de préférence pour les 
prêtres. Dans les passages, au nombre de plus de 40, où il est ques- 

cette constatation à toute la période comprise entre Yohanan b. Zaccaï et R. Méir, 
c'est-à-dire de 70 à 150, comme le l'ait M. Krauss, qui dit (ib., 120) : « Les plus cé- 
lèbres docteurs de cette époque étaient surveillés étroitement par les Romains » . 
Cette remarque se rapporte aussi à Gamliel II et à Josué b. Hanania. Or, si le fait 
eût été vrai, les Romains auraient empêché l'élévation de Gamliel au patriarcat. Se- 
lon nous, les Romains ne se sont préoccupés que de la première académie reconnue 
par eux, ce qui obligea Gamliel à résider d'abord à Jabné. 

1 Ce passage instructif est ainsi conçu : [Soph., I, 10] d^ïl ^tlîfà np3>:£ bip 

nmmo mb *it rirç^n \n nbb'n d\n bu: dp-na raina arm» id* *t 
ïb^bin tm^aaa n:m:u; niss it m^aarro brw -laiDi d^bun-pb ïtobm 
•pin nN wi»* n"aprï nttN marcha rrpittrnz: miatJ it tfînaTors ■otzî'p 
ma îasnN nyo r-im^a tafia? tana iu^td rm ibbïi m»ip» yanaa 

misa D^bïJTP. La désignation d'Acco est étrange, mais cette leçon est confirmée 
par la citation que Raschi et Kimhi ont faite de ce passage. Nous croyons qu'ici 
Jabné eût été mieux à sa place qu'Acco, car il est certain que l'académie avait 
émigré de Jamnia. 

s D'après la version de b. Baba Batra, il ne peut pas non plus être question exclu- 
sivement de prêtres, car on y parie de "iiaiÉH ai"). — Au lieu de Simon b. Gamliel, 
Baba Batra nomme lsmaël ben Elischa, qui était prêtre. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion de i^on et de D^DM, il est impossible de découvrir une trace de 
ce sens *. 

Il est encore une autre remarque de l'auteur que nous trouvons 
inexacte : il soutient, à tort, que l'usage de désigner quelqu'un par le 
nom du père précédé de p était suivi de préférence pour les prêtres 
(p. 170, note). Il cite comme exemples Schehalim, v, 1 ; Tosefta, ibid., 
il, 14, etc., où on nomme les fonctionnaires du temple îttik p, 
■naa p, etc. Or, l'auteur rappelle aussi le nom de ■'èot p, dont il fait, 
d'accord avec Hoffmann, une dénomination de jeunesse. M. Bùchler 
détruit par là son hypothèse. A mon avis, M. Bùchler a mal inter- 
prété cet usage. Qu'on songe à ntd p, «brpn p, rriyb p, "W* p, 
N*j"iT p, et on renoncera sans peine à sa supposition. Cette dénomi- 
nation, à mon avis, était la plus usuelle, et on n'en changeait que 
pour un motif quelconque, comme, par exemple, à cause du titre 
dont on voulait faire précéder le nom. Si nous trouvons les noms des 
docteurs précédés de leurs prénoms, c'est parce qu'on voulait leur 
donner leur titre de "OT. Là où l'on n'indique pas ce titre, on désigne 
même des tannaïtes et des amoraïm simplement par p suivi du nom 
de leur père, par exemple, N33 p (Tos. Sota, xv, 9); ^rm p, Meila, 
M a\ Ben-Zoma et Ben-Azai, déjà mentionnés, qui ne reçurent pas 
l'ordination ; ns^n p, j. Rosch Hasch., ir, 6 (58 à) ; j. Sanh., i, 2 (18 c) ; 
en araméen, NHD3 -D, Ketoub., 25£; Sanh., 96 #; iD">pb p, Gen. rabba, 
ch. vu. Dans floullin, 134 a, on cite un b-jn p. Quelquefois on nomme 
aussi emphatiquement Moïse : nifty p [Gen. r., ch. liv; Exode r., 
ch. ix ; Echa r., n° 24 et ailleurs). Si donc Yohanan ben Zaccaï est 
appelé, dans la mischna de Sanh., v, 2, "^dt p, cela ne peut être son 
nom de jeunesse : le contraire ressort du fait relaté p p*m nwiz 
Û^Kn ^pirn *!KDT, car, dans sa jeunesse, avant d'avoir été admis à 
l'ordination, il n'aurait pu figurer comme personnage principal dans 
une procédure pénale. Mais cette dénomination s'explique par le fait 
que cette relation est empruntée littéralement à une source où celui 
qui parle de Yohanan b. Zaccaï pouvait parler de lui sans lui donner 
son titre *. Il est possible aussi qu'on mettait le prénom quand il 
pouvait y avoir confusion entre plusieurs frères. 

Nous arrivons maintenant à un des points les plus importants de 
cet ouvrage, la répartition des prêtres dans les villes de la Pales- 
tine. Disons immédiatement que les démonstrations sagaces de l'au- 
teur nous paraissent généralement heureuses ; nous croyons cepen- 
dant qu'il a utilisé des faits qui n'ont qu'un rapport lointain avec 

1 Abot, v : 'TDn iblZJ ^bltt"! *rblD "Ôlû. -Pour faire l'éloge d'un mort on disait : 
TDÎ1 ^ïl "132 ^ÏT Cf., par exemple, Taanit y 8 a; Temoura, 15 b, en bas : T^Dtt 
= Juda ben Baba ou ben Haï; Berakhot, 30 a; Nidda, 38 a : d^UDinU Û^TOtl i 
Taanit, 23 b b^3 i^on, etc. 

* Cf. Taanit, 3 a : p273T nTrO p WlFP '15 «fin ptiaT "D jnm 31 1EN 

«!-n ïTDttobn i»p» «m éoni m 73 îD a mb "npi paan mnwa mb "Hp 1 ! 

yTOttob"» "inN73. L'amora a donc fort bien reconnu que le prénom est employé à 
cause du titre. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

sa thèse et qu'il en a négligé d'autres qui convenaient mieux à son 
argumentation. 

La dispersion des prêtres dans toute la Terre Sainte est attestée 
par les documents bibliques et le Talmud. Les passages de Josué, 
xxr, 4 et s., et Néhémie, vin, 73, mettent hors de doute la ré- 
sidence des prêtres en dehors de Jérusalem. Plus on attribue à 
ces relations une date moderne, plus elles sont probantes. Parmi 
les documents de la tradition, je constate chez l'auteur l'omis- 
sion de la Mischna de Taanit, iv, 4, où il est dit expressément 
que le pays tout entier renfermait 24 mischmarot, dont chacun se 
rendait a Jérusalem à l'époque qui lui était fixée, tandis que « les 
Israélites de ce mischmar se réunissaient dans leurs villes. » Il ré- 
sulte de ces paroles que chaque partie de la Palestine était habitée 
par des prêtres. 11 devait en être ainsi dans la réalité, s'il est permis 
de tirer des conclusions d'assertions involontaires de la tradition. 
La Mischna de Guittin* ne laisse pas présumer que des prêtres aient 
manqué quelque part au service divin, ce fait doit donc s'être pré- 
senté rarement, comme le prouve aussi Berakhot, v, 4'. Seul un 
Babylonien crut devoir parler du cas de l'absence complète de 
prêtres 3 . Sur la question de savoir s'il y eut des villages de 
prêtres, question résolue affirmativement par M. Bùchler 4 , mais non 
par des textes ad hoc, la tradition nous fournit une réponse directe et 
claire. En trois passages indépendants l'un de l'autre, on parle de 
villes dont les habitants étaient des prêtres 3 . Bien que ces assertions 
aient pour auteurs les amoraïm Hanina et Simlaï, elles ont la même 
date que l'assertion d'Origène 6 , déclarant que Beth-Phage est un 
village de prêtres, et, pour cette raison, cette dernière ne peut être 
mise en doute. Ensuite, en raison de la stabilité de toutes choses en 

1 bibie wn ^de bïrnû'' Tnnai *nb Yntwi ymuri &mp "jrtD. 

1 b6n pD dus "pa djo itta piaroM ina fia^ ^b ïwnn ,^sb naun 

3 Guittin, 59 * : nb^nn ."mena ffD dia pa dn ^a» na». 

* P. 160 et suiv. 

5 J. Guittin, vi, 9, au commencement (47 b) : llblDIÛ *"P2 ïia^afl '"1 "Ifàl 

n\r \xb?ro '-i ûioa ...mbia "O-H ^asfc ïiioan >-mp ^antlJi &aro 

fcSrPSD PN J'WDia "jb"D S^anD «nblDUD. Le second texte se trouve sous la 
même forme dans j. Bcr., v, 5 [%d)\ par contre, dans b. Sofa, 38 £, il y a la variante 
B^-HD nb">3tD n03Dn Ï"P3, et sous une forme plus moderne encore dans Nombres 

r., cb. xi : i-p^niDfco Nim "prib ■pbi* ûbiD D^arD rù*\DV noasr, rna 

)1ZH C" , ;i^U) b^Tw" 1 ""C^. Ici on se sert de l'expression plus moderne Û^blJ* 
•pilb, et on ajoute la remarque qu'il l'aut « qu'il reste dix israélites ». Le change- 
ment de -p^ en P03Drt rPD dans le Talmud babylonien doit reposer sur le fait 
qu'en Babvlonie il n'y avait pas de villes de prêtres, mais des synagogues de prêtres. 
Simlaï avait beaucoup voyagé. A l'endroit cité, b. Sota, 38 b, la même Halacha se 
trouve comme Baraïta : no^- ma Nlin^l Nm^tt WTD m ^3rm 
yn» Y^y Jnatpttl 'pb'l* InaSp» D^HD nbl3tt3. Entin, dans b. Baba Batra, 
16')^, on dit comme une chose très ordinaire : N31C2 ""ISp "lim Tlfl ^jITSDI N"inN 
in ,,v £3 " |, »li"137ûT, « c'était une localité habitée par des prêtres. . . » 

6 Comment, sur Matth., 16, ch. 17; Schurer, II, 191, note 57; Bùchler, 160. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Orient, il est certain que ces localités habitées par des prêtres n'é- 
taient pas des colonies nouvelles l'ondées à l'époque de Hanina vers 
le milieu du m e siècle. Les prêtres préféraient saus doute habiter 
ensemble un même endroit, pour observer plus facilement les lois 
de famille et de pureté. Outre les raisons historiques, ce motif a dû 
contribuer à la fondation des villages et des synagogues de prêtres. 
Peut-être est-ce aussi l'orgueil de race des fils d'Aron ! qui les dé- 
termina à se grouper en synagogues particulières là où ils se trou- 
vaient en nombre suffisant. Ils ont dû sûrement compter des repré- 
sentants dans chaque grande ville, comme semble le prouver une 
expression pittoresque*. D'après tout cela, je suis de l'avis de l'au- 
teur (p. 40), qui soutient qu'il y avait à Séphoris une communauté 
particulière de prêtres. Je tiens également comme exacte l'identi- 
fication de celle-ci avec rrcmp m* et d^btûrmu) mzmp nbrtp 3 . Je 
voudrais seulement ajouter certaines considérations. D'abord, il est 
inutile de corriger O'^btDVï'atB en û^b^ini?:©, car, comme le montre un 
autre passage 4 , le lieu d'origine est aussi indiqué avec un 3. Gomme 
ces immigrés étaient appelés trbtfîTV ^U53N 5 , je voudrais identifier 
avec eux « l'académie de Lévi à Jérusalem ». Dans Kiddouschin, 76 b, 
il est dit, en effet : "nb ia*i iTDYTpa N-Pï 13 "p^ttttî m "Wi pn 
D^bttîVT^a. Or, comme à Jérusalem aucun Juif ne pouvait habiter, il 
s'agit forcément ici d'une académie sise ailleurs. La partie de la ville 
habitée par les Jérusalémites, ou leur synagogue, parait avoir été 
appelée d^bttJT-P tout court. Cette circonstance explique aussi, à mon 
avis, la dénomination (Yeb.,$$b) t^biûi-p tt^N prrr p "OT N3N. 
Abba José, qui rapportait les traditions de R. Méïr, ne pouvait ha- 
biter Jérusalem, où, depuis Adrien aucun Juif ne pouvait s'établir. 
Au sujet de l'expression ï"îtiî"np W, je rappellerai l'expression Û3> 
*]tt)Yip de la prière quotidienne. Je crois aussi reconnaître une sy- 
nagogue de prêtres dans la déclaration d'Eléazar ben Schamoua 6 : 
i-Dna abri ">D3 ^n&w» Nbi ump a# M) an br vwdd abi . S'il en était 
autrement, l'expression ump D3> serait singulière. 
Il règne une certaine obscurité au sujet des classes de la popula- 

* Houllin, 49 a : i:jn5 3^073 N3!ia bStotB"' ^3^0"). 

* Ibid., 56 b, R. Méir dit : T^a3 137273 "P3rû 137373 !Ta Nbldl ND1D. 
3 Kohélét rabba sur ix, 9; Bèça, Mb; voir Buchler, p. 40. 

* Dans Tos. Sota, xin, 8, et j. Yoma, vi (43 c), il est dit : "jritt l^an ttl25253 
Vian pbm Ipbn bï33U3 •pTlD'^a. Il est question de la distribution des pains de 
proposition dans le temple de Jérusalem. Ce fait, comme M. Buchler (p. 20, note 2) 
le remarque fort bien, ne peut donc pas avoir eu lieu à Séphoris. C'est à tort que 
l'auteur veut corriger ici *p*TlD2Za en *J"H' , |D}S70. 

s Cf. Buchler, p. 37, note 4. 

« Sota, 39 «; Megnilla, 27 b. Raschi croit qu'il est question de l'académie et que le 
fait de « passer par-dessus les têtes » n'était qu'un symbole. Nous croyons qu'il est 
question de la synagogue nommée immédiatement avant et que le passage t au-dessus 
des têtes » doit être pris à la lettre. On en trouve encore d'autres exemples, et, 
même de nos jours, c'est un fait qui n'est pas rare en Orient. Cf. Horayot, 13 b. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

tion et des documents qui s'y rapportent 1 . Pour nous, il est certain 
que le peuple tout entier, non seulement les prêtres, mais aussi les 
lévites et les israélites, était partagé en 24 mischmarot. La division 
des prêtres et des lévites en 24 classes est attribuée à David et Sa- 
muel, celle des israélites aux anciens prophètes (ûmttî&n d'wna), ou, 
pour parler notre langage, la division des israélites en mittiDE est 
d'une origine plus récente que celle des prêtres et des lévites. Ces 
faits sont clairement affirmés dans Mischna Taanit, iv, \ ; Tosefta, iv, 
2;j. Pesahim, îv (30c); b. Taanit, lia, dans l'explication de la 
Mischna. Qu'on veuille bien jeter un coup d'oeil sur ces passages 2 . 
L'offraude quotidienne étant apportée pour le peuple entier, il fallait 
la présence de représentants du peuple entier, c'est-à-dire des trois 
catégories des 24 subdivisions. Le maamad ne se composait donc 
pas uniquement de prêtres, de lévites et d'israélites du mischmar 
qui était de service, mais de toutes les 24 subdivisions. Il y avait 
donc continuellement à Jérusalem un corps de service de tous 
les mischmarot, ou, en d'autres termes, toutes les subdivisions 
étaient représentées dans la capitale par un certain nombre de leurs 
membres comme habitants permanents. Quand le tour d'uu misch- 
mar venait, les prêtres et les lévites de la plaine se rendaient dans 
la capitale pour prendre le service avec leurs collègues de Jérusa- 
lem. Il ne semble pas qu'ils aient été accompagnés d'israélites, ou, 
du moins, ceux qui les accompagnaient n'étaient pas nombreux, 
car la Mischna dit : « Les prêtres et les lévites se rendaient à Jé- 
rusalem, tandis que les israélites se rassemblaient dans leurs 
villes. » La Tosefta, il est vrai, parle aussi d'israélites montant à Jé- 
rusalem. Mais, d'après la Mischna, les israélites étaient seulement 
représentés par ceux des leurs qui se trouvaient à Jérusalem d'une 
façon permanente comme membres du maamad. 

Il s'agit maintenant de savoir de quelle manière ces 24 divisions 
étaient réparties dans le pays. Les indications manquent; néan- 
moins, je crois pouvoir établir, d'après une baraïta qui jusqu'ici n'a 
pas été comprise, qu'un mischmar avait sa résidence à Jérusalem 
et un demi-mischmar à Jéricho. En effet, il est dit dans j. Taanit, iv, 
2, (67 d) : Titt* wn û^navpft iiny r\b& ïwiki û-nia* ^n 
Tina pbnb b"»a»a abs nb^ n»? apatirib nb-im simn "im-p E)k im-pE 
*T\122 'm ÏWXTO ïimtt trbiai-nb. La baraïta est tout à fait incom- 
préhensible. Que signifient ces mots : 24,000 amoud de Jérusalem 
et un demi-amoud de Jéricho? Nous croyons qu'il y a une lacune 
après t]btf. A partir de *n»y, la relation est claire, elle dit : Un amoud 

1 Cf. Herzfeld, Geschichte, III, 192; M. Buchler, p. 161 etsuiv., n'essaie pas de 
résoudre ces difficultés. 

1 Les mots Û^3r*ZJfcnn Û^32!n WpnïTO ne peuvent se rapporter qu'à la ré- 
partition des israélites ea groupes, car celle des prêtres et des lévites est rapportée 
dans la Tos. à David et à Samuel ; d'ailleurs, on s'appuie sur Nombres, xxvin, 2 
b&nïP "M na 1£. Au lieu de tPb'.DTT'atZ) 0^33 11732, dans la Tosefta, on 
lit [DÏT^aU) '3 'y. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

élait de Jérusalem et un demi-amoud de Jéricho. Un amoud signifie 
sûrement les prêtres de service avec le reste de la eorporalion de ser- 
vice. Jéricho, grâce à sa forte population de prêtres et de gens du 
peuple, aurait pu fournir un arnoud entier, mais à cause de la di- 
vision de tout le pays en 24 subdivisions, cet honneur ne lui a pas 
été accordé, afin de laisser la priorité à Ja capitale. 

Gomme Jérusalem avait à elle seule un amoud, il faut recher- 
cher les amoud du pays tout entier dans la phrase qui précède et 
qui est défectueuse. On peut effectivement trouver ce renseigne- 
ment dans les quatre premiers mets, si on admet que devant t|ba*, 
par suite d'un homoioteleuton, les mots aman ù'n'&a» Titta» ont été 
omis. La baraïta entière serait donc ainsi : Maman D"nt5a' "On 
'■dt trbtti-ptt 1M22 t]ba< Maman û-mca» iifty . Il résulterait de 
cette Baraïta que le chiffre total des prêtres était de 24000, ou il 
était moindre si dans les 24000 on comprend les israélites et les 
lévites faisant partie du groupe en fonctions. Ces deux dernières 
classes ont dû sûrement être bien moins nombreuses que les 
prêtres. Cependant, cette relation ne permet pas de conclusion sûre 
au sujet du nombre des prêtres, car il est hors de doute que tous les 
cohanites faisant partie d'une subdivision sacerdotale n'ont pu 
prendre part en même temps au service. Les relations traditionnelles 
qui s'y rapportent expriment la situation telle qu'on la souhaitait, 
plutôt qu'elles n'indiquent un fait historique. 

En corrigeant ainsi celte baraïta, je crois aussi pouvoir expliquer 
en même temps un autre passage qui semble incompréhensible. 
Il est conçu en ces termes (Taanit, 27 a) : Maman û"ntl)3> "i"n 
mba>b *V2vnn yni a^arr im-pn mœa* a-niai hvnw y-ian m-iM» 
im-ptt nbia» î-nn '-imem ^m trbtfji-pb ^"$n Mbia» nttiBEM ^n 
tpbttîvrntû ûrpriNb yiïtti tr?a ip'Wnû ^d. Cette baraïta n'a aucun 
sens. Raschi, in loco, et Herzfeld, III, 4 93, essaient vainement de lui 
en trouver un. Je crois que c'est la Baraïta du Yerouschalmi sous une 
forme altérée par une tentative d'interprétation. Dans les premiers 
mots jusqu'à irPTO, j'en reconnais la première phrase,- où le mot 
*7toa>, qu'on ne comprenait plus, a été remplacé par rvnattïîa, et pour 
"irp-pai ">s:n on a mis M-ittîa> trntt). Ces derniers mots ont été interpo- 
lés, parce que l'on rapportait ">£m de la Baraïta mutilée à D"n\Da> 
Maman. Des mots wrtt tyq* ■«m trbrcTT» tie* t\b$ n"3 '^n, 
dont on ne pouvait rien tirer, on fit, en les amalgamant avec la 
mischna, la relation déjà citée, et on inventa le û^a îp^O^E) "^D 
■pTtn 1 . Il est remarquable que les mots Mbia> M">M "TETOM ^m 
WPtt soient restés; ils reproduisent très clairement les mots ^m 

1 Qu'on se rappelle le passade de Meguilla, 2 a, où l'on donne le même motif : 

ipDD^ia iia S-td^m avb fcaijmp» nvnb ûinssn ba> ib^pM a^sn 

Cmsattî ÛMTI&tb "pT?31 ÙV2. Il faut, dans tous les cas, qu'il y ait dans ce motif 
un grain de vérité historique. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Les subdivisions de prêtres, qui étaient au nombre de 24, parais- 
sent avoir formé, selon leur origine, quatre groupes : Yedaya, Harim, 
Paschhour, Immèr. Cela ressort clairemeut de la Baraïta de Taanit, 
27 a 1 . Cette donnée confirme la relation de Josèphe (Contre Apion, II; 
Bùchler, 49) : « Licet eniin sint tribus quatuor sacerdotum et harum 
tribuum singulse habeant plus quam quinque millia. » On ne peut 
pas faire 24 de 4. 

Une démonstration peu heureuse de l'auteur, à ce qu'il nous 
semble, est celle où il essaie d'établir (p. 81 et suiv.) que, quand les 
Evangiles parlent des Pharisiens, elles ont en vue les prêtres. De 
même, l'explication de la mischna de Pesahim, iv, 8, n'est pas 
exacte. Dans les deux endroits, il est évident que l'interprétation est 
forcée. Pour ne pas étendre outre mesure cette notice, déjà longue, 
et réserver encore un peu de place à quelques autres petites re- 
marques, nous renonçons à entrer dans les détails à ce sujet. 

Pour la p. 42, je renverrai à Orient, XII (1851, p. 142), où, sûrement 
à tort, la liste d'aïeux de j. Taanit, 68 #, est mise en relation avec 
d'autres données généalogiques. 

P. 97, note 3. — La belle Agada relatant que les jeunes prêtres, lors 
de la destruction de Jérusalem, remirent à Dieu les clefs du sanc- 
tuaire, est examinée dans le but d'établir si ces jeunes gens possé- 
daient ces clefs en vertu de leurs fonctions. Il n'est pas permis de 
serrer d'aussi près des images poétiques. M. Bùchler dit, entre 
autres : « Du reste, la mention des !i3"i!iD Tris demeure difficile à 
expliquer, ceux-ci n'ayant rien à faire avec les clefs. » — Les asser- 
tions de l'auteur concernant Séphoris, à la page 198, ne nous parais- 
sent pas tout à fait concorder avec les données de la page 35 et suiv. 
— Au sujet de ses démonstrations sur la bénédiction TD3 ÛU5 ^"na 
n:n ab"i3>b "inabtt (p. 175 et suiv.], je me permets de renvoyer à mes 
remarques dans Magyar Zsido Szemle, IX, 205. Je crois avoir dé- 
montré que maa DM) renferme une allusion à ttiîT et imabtt à 
"îavibN. Toute l'eulogie provient du temple et n'est qu'une vaiiante 
de la phrase du début : 'N 'n 'N 'n bfintZ)^ 27ûtt5, ce que je compte 
démontrer prochainement avec plus de rigueur dans cette Revue. 

Ces remarques plus ou moins longues qui, en majeure partie, sont 
plutôt des additions que des corrections, ne sont, dans notre pensée, 
que la preuve du puissant intérêt avec lequel nous avons lu l'ouvrage 
de M. B., qui renferme beaucoup de vues nouvelles et fécondes. Grâce 
à sa sagacité et à son esprit inventif, l'auteur a réussi à tirer de no- 
tices éparses, inutilisées jusqu'ici, beaucoup de données historiques 
plus ou moins importantes, qu'il a su présenter au lecteur d'une ma- 
nière nette et claire. Les recherches méthodiques du premier cha- 
pitre, que nous considérons comme le plus riche en résultats, for- 

trcnai mbba janan onw \>y ûiTwm aipbm orwaiz) owaa in»* 
'nai tara vnan pbm ipbn baai ïtot aa ^obpa. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment une belle contribution à l'étude critique de la Miechna et du 
Talmud, et l'auteur mérite la reconnaissance des savants pour 
l'œuvre dont il a enrichi notre littérature historique et talmudique. 

Budapest, septembre 1895. 

Ludwig Blau. 



Perles (Félix), Annick ton zur Textkritik des Alton Testaments. 

Munich, Theodor Ackermann, 1895. 



Depuis que la Bible, en ce qui concerne sa forme extérieure, est 
étudiée tout comme les autres productions littéraires de l'antiquité, 
on lui a appliqué avec raison toutes les méthodes d'investigation de la 
philologie générale. En principe, on ne peut donc qu'approuver ceux 
qui ont recours aux conjectures pour corriger un texte irrémédia- 
blement corrompu, accident très naturel quaud il s'agit d'une œuvre 
ayant deux mille ans de date. Les grammairiens juifs hispano- 
arabes ont déjà senti la nécessité de cette méthode, sans en avoir eu 
toutefois une conception très nette. Ainsi, Aboulwalid corrige souvent 
le texte sacré : tout en attribuant le texte, tel qu'il nous a été con- 
servé, à l'auteur biblique, il émet cette hypothèse originale que 
l'écrivain a mis un autre mot à la place du mot nécessaire qu'il 
voulait dire. Les rabbins -exégètes du moyen âge, par exemple 
Raschi, donnent souvent des explications qui, en dernière analyse, 
exigeraient une modification du texte, bien qu'ils n'eussent pas 
prévu cette conséquence. Cependant, c'est surtout en notre siècle 
que cette façon de résoudre les difficultés a atteint sa floraison. 
Ceux des exégètes juifs qui eurent le plus souvent recours à ces 
moyens furent surtout Geiger, Schorr et Graetz ; Luzzatto en usa plus 
discrètement '. Celui qui est allé le plus loin dans cette voie est 
Graetz, dont l'œuvre posthume contient de très nombreuses cor- 
rections. 

Tels furent les précurseurs de notre auleur, fils de feu Joseph 
Perles, dont l'ouvrage de début nous offre plus de trois cents hypo- 
thèses se rapportant à presque tous les livres de l'Ecriture Sainte. Il 
reconnaît que « dans nul autre domaine, la même liberté n'est ac- 
cordée à la subjectivité ». Aussi croyons-nous que, à l'exemple de 
M. A. Klostermann, il s'estimerait satisfait de voir adopter la dixième 
partie de ses corrections. Il est, du reste, à souhaiter que, dans beau- 
coup de cas, le jeune auteur obtienne des adhésions, car il n'a pas 

1 Reggio justifie la critique du texte dans 'Y'ttJ'S nTlSlN, 29 et suiv., où il cite 
quelques exemples intéressants. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

toujours uniquement recours aux ressources de son imagination 
fertile, mais il suit, pour ses corrections, une espèce de système, 
rattachant une conjecture à une autre et l'appuyant souvent sur des 
hypothèses généralement admises. 

Les corrections proposées sont rangées sous les rubriques sui- 
vantes : 1° Abréviations dans le texte anté-masorétique: 2° sépara- 
tion des mots; 3° l'ancienne écriture hébraïque et l'écriture carrée; 
4° erreurs de vocalisation: 5° confusion de lettres; 6° questions 
grammaticales et lexicologiques. A la suite viennent diverses re- 
marques ainsi que des appendices et des corrections. Un index des 
passages bibliques termine le livre. 

La principale partie de l'ouvrage est consacrée à la première de ces 
diverses rubriques. L'auteur, en guise d'introduction, la fait précé- 
der d'une discussion sur l'usage des abréviations en général et chez 
les Juifs en particulier. Nous regrettons que l'auteur n'ait pas placé 
ici la liste des abréviations d'usage courant dans le temple et ail- 
leurs 1 . Une importance toute spéciale à cet égard appartient à la 
Mischna de Schabàat, 104 a, "jip^TJis nriN PIN ans. Ce passage n'a 
pas échappé à l'attention de notre auteur, mais il ne l'a pas utilisé 
pour sa dissertation. Il en ressort avec certitude que l'usage des 
abréviations était général. Quant au mot énigmatique "miab^a 
(Schaàbat, 103 #), notre auteur veut (p. 7) le corriger en "mabao et 
l'identifier avec Siglatura. Or, dans ce cas, le texte talmudique de- 
vrait porter, non pas "mabaa ÏTO I W1 1"pa>, mais ^ÏTWT, ou bien il 
faudrait lire "mtabaoa. — P. 8, l'auteur fait cette remarque que 
man itfî&n est une expression plus moderne que nvmN "'tfîfin, 
tombée tout à fait en désuétude. Nous trouvons pourtant l'expres- 
sion, mari ^tïî&n dans le Tanhouma (éd. Stettin, 1865) sur Deut., 
xxxn, 4 : D^piOD btt) man ^îa&n np. Et l'on ne peut pas dire que cette 
expression émane d'un éditeur postérieur, qui l'a corrigée, car elle 
se trouve aussi dans le Minhat Scha'i de Norzi, sur Deut., xxxn, 6, 
qui la cite d'après l'édition princeps du Yelamdènou {— Tanhouma). 
Gomme M. Perles n'indique aussi qu'un seul passage où se rencontre 
l'expression rrpniN "nu an, on ne peut pas affirmer d'une manière 
certaine si elle est plus ou moins ancienne que man "»tt)fin. 

L'abréviation du létragramme en !"î n'est pas expliquée exactement, 
à notre avis, par les auteurs cités à la page 16. M. Perles se rap- 
proche un peu plus de la vérité, sans l'atteindre. Nous rappellerons à 

1 Cf., par exemple, Pesahim, 102 b; Haguiya, 17 « ; Joma, 18 a; Schabbat, 104 a, 
et passim. Des mots bibliques scmt également abrégés et remplacés par des lettres 
initiales : Bosch Raschana, 31a : ^î"b V'^TH, un moyeu mnémotechnique pour se 

rappeler la division de Deut., xxxn, rapporté au nom de Hab ; Soucca, 3o«, ■' , 'ap7;]^!^î• 
On sait que sur les vases, l'abréviation p signifiait 717311 n ; 12 "lO^TD ; p signi- 
fiait 'janp. Ceci prouve que, pour l'écriture, on employait aussi des abréviations, 
et, par suite, leur emploi dans les manuscrits bibliques est vraisemblable. La méthode 
d'interprétation par le Notarikon a sûrement eu du succès par suite de l'emploi fré- 
quent des aoréviations dans l'écriture. 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce sujet le passage de Quittm, 36 a, où l'on rapporte que Hisda signait 
par un et Hoschaya par un y; celait là leur ftt^o l . Ainsi, tous 
deux employaient comme signature une des lettres de leur nom, et 
nullement la première. Les fragments bibliques publiés par M. Neu- 
bauer et qui proviennent de l'Egypte et datent des xn°-xiv° siècles, 
ne reproduisent pas non plus les mots isolés par les lettres initiales 
[J. Q. R., VII, 363 ; Perles, p. 9). Ce genre de manuscrits bibliques se 
trouve déjà mentionné dans le Talmud (Guiltin, 60 a). On peut donc 
affirmer que cette méthode est bien ancienne. Il est aussi permis de 
conclure des faits qui précèdent qu'on ne se servait pas toujours des 
lettres initiales et qu'on choisissait le plus souvent la lettre la plus 
importante. Dans le tétragramme, le îi est bien la lettre caractéris- 
tique, d'abord parce qu'il s'y trouve deux fois, et ensuite parce que, 
comme M. Perles le remarque, le ïi fait partie du radical. De plus 
amples détails sur les abréviations dépasseraient le cadre de cette 
analyse. 

Au sujet des points d'abréviation (p. 26), qu'on veuille bien com- 
parer encore, outre les passages cités, le Dikdoukè Hateamim, p. 84, 
86 ; p. 45, note #, et Masoretische UntersuchvMgen, p. 43, où l'on montre 
à quelles erreurs le point d'abréviation a donné lieu. 

Pourtant l'auteur va trop loin quand il veut, à l'occasion de l'étude 
du texte anté-masorétique, déterminer d'une manière nouvelle le sens 
du MaKkef et du Pesik. Ainsi, p. 26 et 42, il appelle le Makkef « un 
trait d'abréviation méconnu ». De même, il veut utiliser le Pesik 
selon ses vues. « Peut-être, dit-il, le Pesik, après U58 (II Sam., xiv, 
49), est-il un trait d'abréviation mal compris » (p. 30). Ni le Makkef 
ni le Pesik n'existaient encore à l'époque antérieure au Talmud, et 
il n'en est pas question dans le Talmud. S'ils étaient aussi anciens 
que l'auteur le croit, ils devraient se trouver dans les rouleaux de la 
Loi, comme les points surmontant les lettres et les signes qui pré- 
cèdent et suivent le verset de Nombres, x, 35, 36. Car, à l'époque 
antérieure aux massorètes, le texte biblique, sur lequel roule tout le 
travail de notre auteur, n'était pas intangible comme a l'époque tal- 
mudique et plus tard. S'il fallait encore une preuve pour établir que 
le Makkef et le Pesik ne remontent pas si haut, on pourrait invoquer 
leur dénomination araméenne, et, spécialement pour le Makkef, ce 
fait que la Massora compte les mots reliés par un Makkef comme des 
mots indépendants, ce qui ne se présenterait pas si ce signe datait 
de l'époque anté-massorétique. — Une remarque tout à fait originale 
de l'auteur est celle qui porte sur I Sam., ni, 13 : Dïtb D^bbptt "O 
"Pj3 (p. 19), où il dit que ûnb est mis pour 'nb (le nom de Dieu). « La 
construction, dit-il, de bbp avec b, que Geiger discute si vivement 
(Urschrift, 271), est due peut-être à des raisons d'euphémisme, parce 
qu'on ne voulait pas mettre 'Ti à côté de bbp sans l'en séparer au 
moins par une lettre ». — I Samuel, xvji, 34 : ain!"î MçOT serait trop 

1 "p* trwin am ^ao anon an nmnn n 1 "* wan am «ma n^at an. 



BIBLIOGRAPHIE 157 

poétique, comme M. Perles l'a fort bien senti (p. 27). — II Sam., 14, 5, 
au lieu de bas, il propose de lire nb3« (p. 28). Dans ce cas, il lau- 

T — *! T ** — • 

drait qu'il y eût mttbfrn tfbsN TON, et non rïattbN[i[mZ)N inba». L'hy- 
pothèse émise (p. 47) au sujet du passage de I Sam., xui, 8, où 
M. Perles propose de lire b&nM dû? *nON Wfcb, paraît plausible; 
elle a été également proposée par S. Schill, qui renvoie à ce sujet à 
Exode, ix, 5 (Magyar Zsiio Szemle, X [1893], 547). 

Nous croyons pouvoir nous en tenir aux observations que nous 
venons de faire, et nous laissons au lecteur le soin de choisir dans 
cet excellent ouvrage, où l'auteur a fait preuve de solides connais- 
sances linguistiques et d'une sérieuse érudition, les conjectures qui 
répondent le mieux à son goût. On en trouvera beaucoup, et même 
celles qu'on se refusera à accepter feront apprécier la grande ingé- 
niosité de l'auteur. Par exemple : tria a û!ib iNtim, au lieu de bwm 
Û^tea yuan de II Chron., ii, 32 (p. 47) ; ûbu» 3^531073, au lieu de 
DbiJ> fty ^»©73, dans Isaïe, xliv, 7 (p. 40) ; Witti au lieu de imTvn 
Juges, ii, 37, « et je veux me lamenter ». Une démonstration origi- 
nale et bieu faite est celle qui concerne Ezra, v, 17, et vi, 1, où, au 
lieu de N">Taa ma et 8"naa "»n, il lit w&i rv»a. Ainsi le mot de ta} si 
fréquent dans la littérature rabbinique, serait un mot biblique. 

Nous nous bornerons à ces citations, persuadé que les idées justes 
que contient cet ouvrage se frayeront leur voie elles-mêmes. Il ne 
nous reste qu'à appeler l'attention des lecteurs sur ses intéressantes 
remarques sur la fausse vocalisation, la grammaire hébraïque et le 
lexique. Voici quelques mots que l'auteur a restitués : îibirb? 
(p. 38; sur ce point, il se rencontre avec Reifmann et Graetz) ; "pstia 
(p. 45) ; iba (comme en araméen, ià.) ; nny (p. 27) ; iirpp, comme dans 
le néo-hébreu (de nrD I Sam , m, 13 ; p. 52-53) ; bw* comme dans le 
néo-hébreu (p. 85). 

Budapest, septembre 1895. 

Ludwio Blau. 



Assab'iniyya, a philosophical poem in Arabie by Musa b. Tubi together with the 
hebrew version and commentary styled Batte Hannefes by Salomon b. Immanuel 
Dapiera edited and translated by H. H. Hirsghfkld. Londres, Luzac, 1895; in-8° 
de 61 p. (Extrait du Report of the Montefiore Collège). 



M. Hirschfeld, professeur au Montefiore Collège à Ramsgate, vient 
de nous donner une nouvelle preuve de l'intérêt qu'il porte à la 
littérature judéo-arabe de l'Espagne. Après sa Ghrestomathie ', qui 

1 Arabie Ckrestomathy in Hebrew Character with à Grlossary ; Londres, 1892. 



Il» BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en renferme un grand nombre de spécimens, il publie aujourd'hui 
deux poésies, l'une eu arabe et l'aulre en hébreu, qui appartiennent 
au xiv c siècle. La pièce arabe a pour auteur Abou Amratn Moussa b. 
Toubi, de Séville 1 , et porte le titre d' « Assabiniyya » ft^^aoba > 
« composition de 70 (vers) o : telle est la quantité des petites stro- 
phes qui la composent. Nous disons strophes, parce que chaque vers 
contient quatre parties, dont les trois premières ont une rime à part, 
tandis que la quatrième rime avec toutes les strophes suivantes*. 
La pièce hébraïque a été écrite par Salomon b. Immanuel de Piedra 
Laphta 3 (NûDfctb RTOT) et se donne elle-même pour une traduction 
libre de l'œuvre de Moussa b. Toubi. Salomon reconnaît, du reste, 
que l'exemplaire arabe qu'il a pu se procurer était rempli de fautes, 
o parce que les copistes en général ne savent ni la langue ni l'ortho- 
graphe ». La composition des strophes est la même que celle de l'o- 
riginal, et le mètre est un Modhari' où l'on a supprimé la syllabe 
brève et la syllabe longue du second pied, de manière qu'il ne reste 
qu'une brève et cinq longues 4 . Le traducteur a nommé sa version 
TDD3n VQ, nom qui désigne un des objets de toilette des femmes juives 
mentionnés dans Isaïe, m, 20, mais qui doit avant tout faire allu- 
sion à Exode, i, 5, où il est dit que les descendants de Jacob étaient 
au nombre de soixante-dix néfesch. Le sens du titre est donc : « Vers au 
nombre des nefesch », c'est-à-dire soixante-dix. Salomon a, eu outre, 
accompagné chaque vers de sa version d'un court commentaire qui 
jette indirectement quelque lumière sur les vers souvent obscurs 
de l'arabe, que M. Hirschfeld a traduits en anglais. 

Le sujet que traitent les deux pièces de vers est la philosophie cou- 
rante de la scolastique juive du xiv e siècle, dont l'étude est fortement 

1 On ne connaît qu'un seul manuscrit de cette pièce de vers; c'est le n° 2095, 
f° 309-310, de la Bodléïenne. Notre auteur y est surnommé ^b" , N""lO ,, N btf, tandis 
que dans le ms. de Paris n° 769, il est cité sous le nom de ^b^DUJNbN T\X12 '"I 
« Rabbi Moïse de Séville •. On peut se demander, surtout eu égard à la détes- 
table écriture du ms. de Paris, s r il n'y a pas là une confusion entre ib-NIDNbN et 

1 Des exemples de ces compositions se rencontrent en arabe, où elles portent le nom 
tu 

de ÎYvI3172 ; voyez, entre autres, les Séances de Hariri. 

3 On possède deux mss. de celte version, Pun appartenant au Montefiore Collège 
et l'autre à la Bibliothèque de Munich, n° 57, f° 293. Voir M. Steinschneider, Hebrki- 
sche HanJschriften der K. Hof- und Staaisbibliothek in Muenchcn, Munich, 1875. Ce 
savant bibliographe avait déjà signalé ce ms. dans la Hebr. Bill.. XIV, p. 99 ; il y 
donne les différentes leçons du mot 'ac&lb et NùJNDb et le considère comme destiné 
à déterminer le nom de lieu Piedro, qui est assez fréquent en Espagne. Nous sommes 
de son avis et nous ne saurions admettre l'opinion de M. Hirschfeld (p. 9), qui veut 
y voir un qualificatif de Salomon b. Immanuel, qui aurait été a Hollow lacked, Iroad 
chested mari. 

* C'est le même mètre que celui dont se servent Dounasch, les disciples de Menahem 
et ceux de Dounasch. Sur la transformation du Modhari dans la poésie hébraïque, 
voir M. Neubauer, T£)H r"DNb73, p. 12, et ma note dans le Journal asiatique, 

1865, I, 27S, où, par erreur, on a imprimé rnOSfab&t à la place de JHtflÉElb&t. Du 
reste, il y a un grand nombre de fautes de prosodie dans la pièce hébraïque, et en- 
core davantage dans la pièce arabe. 



BIBLIOGRAPHIE 159 

recommandée. Avec l'étude de la Tora et l'observation de la Loi écrite 
et de la Loi orale, cette philosophie conduit au salut éternel. Ni l'un 
ni l'autre des deux auteurs ne paraît avoir joui d'une grande renom- 
mée. On ne connaît que la citation d'un vers de Moussa dans un 
fragment anonyme d'un ms. de la Bibliothèque Nationale, fonds 
hébreu 779. Ce fragment n'ayant jamais été publié, nous le don- 
nons ici. 

*p"o anwa "naabK ^ Tpnjn ab^b rwwbttbb f&rp'^bN 203 ntdik 
mn 'ri? rn3T> 'nb *pan prnDa •>» "O biKDba ^aab« b«p tihn Mb? 

rpryaobK nnK2 ->b">:nD«bN nto 'n 'pn a^bN 
aba-» t^îb^b 'a D.lpm c<n3£ ,'a ï-ra* nnboN .'a "jy ^bNj>n \n 
înboK sbwn p»an ynan u vj 'a ib* aoa in ne bai n^ipba ib 

,bâsi îi\x "nônbat "j* 

« On a appliqué le vol aux anges 1 pour qu'on ne croie pas à une 
chose pareille chez le Créateur. C'est ainsi que dit l'excellent pro- 
phète : Car qui au ciel peut être comparé à Dieu, qui lui ressem- 
blerait parmi les anges » (Ps., lxxxix, 7)? Rabbi Moïse de Séville dit : 

« Qui est élevé au-dossus de trois, exempt de trois, sanctifié par 
trois, pour qu'on ne soit pas induit en erreur dans son jugement? 

« Tout corps a trois (dimensions), longueur, largeur et profondeur, 
et le Créateur — qu'il soit glorifié et exalté — en est exempt. » 

Nous avons copié ce passage, d'abord parce qu'on peut s'étonner à 
juste titre que l'auteur du petit fragment, qui, pour la vérité qu'il ex- 
prime, pouvait trouver dans la liturgie tant d'autres vers, ait choisi un 
vers de Moussa b. Toubi, qui ne jouit d'aucune autorité. Ensuite, ce 
vers sert à corriger non seulement celui du texte arabe, mais aussi 
celui de la version hébraïque, où il faut remplacer Uîb'nzJ"' par bbitt)"*. 
En outre, l'explication qu'ajoute notre petit fragment diffère de l'in- 
terprétation des trois fournie par Salomon da Piedra. Nous profitons 
également de cette occasion pour faire observer à M. Hirschfeld que 
nous ne voyons aucune dittographie entre le troisième membre du 
vers 55 et le troisième du vers 56 (p. 12). Au vers 55, il s'agit de la 
perfection du nombre 3, qui est le premier composé d'un impair (1) et 
d'un pair (2), taudis que, dans le v. 56, il est question de la sanctifi- 
cation de Celui qui est trois fois saint. 

Nous nous bornerons dans ce qui suit à corriger un certain nombre 
de fautes du texte hébreu, qui, d'après ce que nous communique 
M. Hirschfeld, se trouvent déjà dans le ms. : p. 35, 1. 5, il faut lire 
mirai pour mirai; — ïbii., 1. 15, rina-Dn ny, pour nnainn a* ; — 
p. 38, 1. 3, je pense qu'il faut lire nyi:*\ tenie [Tan ^} Tra&o 
(Is., xli, 26); ce verset est cité pour prouver que les prophètes 
peuvent être appelés û^Ta»; — 39, 12, au lieu de ai" 1 btf ^ariN, lisez 
a*)jb inrttf; voyez Isaïe, 56, 10, où il s'agit des chiens auxquels ou 

1 II se peut que ce fragment se rapporte à Isaïe, vi, 26. 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

compare les eflïontés. — 40, 44, lisez rvnyiaKbN rû*i ïibTnyEn ns; 
ce sont les deux sectes musulmanes dont Maïmonide parle si sou- 
vent dans son Guide; — p. 45, 8, il faut effacer MtEKH bfin avaut 
£Nn rurorO; — 48, 4 3, lisez vby pour "Pb»; — ib., 1. U, il faut lire 
û""i?n D^aan = les éléments corrupteurs. On sait que d'après l'an- 
cienne médeciue, la sauté dépendait de l'équilibre de quatre éléments, 
du chaud, du froid, du sec et de l'humide. 

J. Derenbourg. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome XXII, p. 202-206. — Dans le t. XLIX (p. 73-84) du Journal asia- 
tique allemand, M. Kaufmann a publié des remarques intéressantes sur la 
consultation de Hay Gaon au sujet de la prescience divine, reproduite par 
Ben Bileam dans ses gloses sur Isaïe. M. K. y a trouvé l'occasion de rec- 
tifier quelques inexactitudes qui se sont glissées dans la traduction de 
notre regretté maître, M. J. Derenbourg. Nous observerons seulement que, 
au lieu de corriger "Hjna (p. 202) en îrn^lifa « conditionnel », il est plus 
simple de lire "vjsna « avec condition », ce qui revient au même. Quant à 
Û1?Np (p. 204), c'est une faute d'impression pour ÛTpbx. — M. L. 

T. XXVII, p. 34. — La Paraphrasis Averrois Cordubensis de partibus et 
generatione animalium, de Jacob Mantino, « hebreum bispanum », Rome, 
1521, se trouve aussi à la Columbina i à Séville, avec cette note marginale : 
« Esto libro costo 50 becos en Padua a 5. abril 1531; el ducado de oro 
uale 280 becos. » — M. Kayserling. 

T. XXX, p. 301. — M. Brann a résolu la dernière difficulté qu'offrait 
encore l'inscription tumulaire I. Comme je l'ai supposé avec raison, îifnâ 
indique la date de 5017. Si, au lieu de D"^" 1 V"\ on lit T"\ confusion qui 
est assez fréquente, la date indiquée est conforme au calendrier, car en 
5017 le 17 ab était re'ellement un dimanche. Donc, Abraham ben Isaac, 
de Wiener- Neustadt, est mort le dimanche 29 juillet 1257. Les mots JS^I 
21Î3 "02 ont alors un sens très clair, ils signifient que cet Abraham est 
mort en l'année 17 (5017), et le 17° jour du mois. 

Ibid., p. 61, 1. 6 du bas. — ■ M. Ilalberstam propose de lire ÏWHirt, au 
lieu de rWTH. — P. 62, 1. 14, il faut lire ÏTnnïTl, d'après Néhémie, xn, 
38, au lieu de ÏTnnïTl. — David Kaufmann. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET C<e, 59, RUE DUPLESSIS. 



L'EMPEREUR CLAUDE 



ET LES ANTISEMITES ALEXANDRINS 



D'APRÈS UN NOUVEAU PAPYRUS 



M. Wilcken a étudié récemment dans Y Hernies l un curieux 
fragment de papyrus appartenant au Musée de Berlin, dont le 
contenu offre quelque analogie avec celui du célèbre papyrus 
2376 dis (ex-n° 68) de Paris, commenté à cette place même il n'y a 
pas longtemps 2 . Ici comme là il s'agit d'un procès criminel et 
politique entre Juifs et Alexandrins, par devant un empereur 
romain. Seulement, cette fois, le nom de l'empereur est écrit en 
toutes lettres : c'est celui du César Claude. L'affaire est donc d'en- 
viron un siècle plus ancienne que celle du papyrus de Paris. 

Le fragment de Berlin se compose de deux débris de colonnes 
adjacentes écrites sur un môme morceau de papyrus; la pre- 
mière est très incomplète à gauche, la seconde à droite ; la lar- 
geur exacte des lignes n'a pu être déterminée. On comprend dès 
lors que, malgré sa sagacité, M. Wilcken n'ait pas pu résoudre 
tous les problèmes que soulève un document aussi mutilé. Une 
heureuse trouvaille me met en mesure aujourd'hui de compléter et 
de rectifier son premier essai de restitution. Il s'agit d'un second 
fragment, beaucoup mieux conservé, du même document, dont 
l'extrême obligeance de 1' « inventeur » me permet d'offrir la pri- 
meur à nos lecteurs. Ce nouveau fragment fait partie de la collec- 
tion, encore si mal connue, des papyrus du Musée de Gizeli (cote 
xxxi, 132), où il a été découvert par M. Pierre Jouguet, membre de 

1 Hermès, XXX (1895), p. 485 et suiv. Le môme texte est publié sans commen- 
taire dans les Griechische Urkunden du Musée de Berlin, tome II, n° 511. 

* Revue, XXVII (1893), p. 70 et suiv. Cf. Textes relatifs au Judaïsme, p» 218 
et suiv. 

T. XXXI, N°62. 11 



U\> HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Ecole française d'Athènes. Le jeune savant, qui n'avait pas 
encore pu lire le document similaire de Berlin, mais qui en con- 
naissait l'existence, signala brièvement le fragment de Gizeli 
dans son mémoire annuel adressé à l'Académie des Inscriptions. 
Averti par M. Henri Weil, je m'empressai d'écrire à M. Jouguet 
pour l'informer de la publication de M. Wilcken ; je le priais, 
en môme temps, avec l'autorisation de M. Homolle, directeur de 
l'Ecole d'Athènes, de bien vouloir réserver à notre Revue l'étude 
qu'il ne manquerait pas d'entreprendre sur sa découverte. Ma 
lettre atteignit M. Jouguet sur les confins du Soudan, où il cher- 
chait vainement alors à pénétrer; il me fit parvenir, dès son 
retour à Karnak, une copie du document de Gizeh et une pho- 
tographie prise, sur sa demande, par M. Emile Brugsch ; il y 
joignait un bref commentaire qui prouvait que, sans le secours 
du texte de Berlin, il avait parfaitement apprécié l'importance et 
déterminé le sens général du papyrus. Cependant, malgré mes 
instances réitérées et pressantes, M. Jouguet, dont le désinté- 
ressement scientifique égale la complaisance, a décliné l'hon- 
neur d'entreprendre l'étude où je le conviais et pour laquelle 
le loisir et les livres lui faisaient momentanément défaut ; il a bien 
voulu me prier de m'en charger à sa place. Dans l'intérêt du 
public savant, qui réclame la publication aussi prompte que pos- 
sible de documents de ce genre, j'ai cru devoir céder à son 
aimable insistance. Mais je tiens à le dire bien haut: c'est à 
M. Jouguet que doivent aller les remercîments de nos lecteurs ; 
je n'ai été que l'entremetteur qui a « marié » sa découverte avec 
le document de M. Wilcken 1 . 



Donnons d'abord le texte des deux fragments : 

B Fragment de Berlin, d'après la copie de Wilcken, 
G Fragment de Gizeh, d'après la copie de Jouguet et la 
photographie de Brugsch. 

1 Je dois à M. le docteur Krebs, conservateur-adjoint au Musée de Berlin, un 
calque partiel du fragment B qui ne laisse aucun doute sur le fait que les deux frag- 
ments font partie d'un même ensemble : le caractère de l'écriture est absolument 
identique. Je vois donc un simple lapsus cal ami dans cette phrase de la lettre de 
M. Jouguet : « Le papyrus est quatre ou cinq fois plus petit que la photographie » 
(celle-ci a la même hauteur à peu près que le calque de M. Krebs). Il faut lire sans 
doute : « d'un quart ou d'un cinquième. » 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES ANTISÉMITES ALEXANDRINS 163 

J'ai séparé les mots, marqué quelques signes de ponctuation et 
inséré entre crochets les suppléments les plus vraisemblables : un 
bon nombre sont dûs à MM. Wilcken et Jouguet ; j'ai signalé d'un 
astérisque ceux qui m'appartiennent, d'un double astérisque ceux 
qui m'ont été proposés par M. Henri Weil, qui a bien voulu relire 
tout le papyrus avec moi. Je désigne par des lettres majuscules 
entre parenthèses (A), (B), etc., les changements présumés d'inter- 
locuteurs. 

Fragment B. 
Col. I. Col. IL 

]wpov. (A) Tocpxuvioç Hjxspa [o£]uT[e]pa IIayoj[v Ç. 

auvxÀT|T'.xo;* . . . Koac]api* avacxa;' Axou£'. KXauocoç Katca[p IatScopou 

si*ay£Tai* £7ii tgv * Gav]axov oX-^v tyjV yu^vaciapyou tcoXecoç A[X£çavop£iaç 

AX£;av8p£'.av ? ou(7ap£<7T](>v * TCOiTjffetç — xara Aypi7r7rou (3a<riX£to[ç £V toiç AouxouX- 

«rot?. . Y^cavicaTO* yao * uj^ep Traxpiooç. 5. Xtavotç x^tich;, cuvxafÔYjjjLEVcov ** ocutco * 

(B) KXauô^o; Koacap** si ][xev u7T£p <yuvxXY|Tix[<o]v £ixo[<y]i tt[evt£ xat 

■jraTpiBoç**. . . . 7jy<«>]viÇeT0* Stxaiov Tjv, utuoctixcov Sexoc e£, Trafpouc^ç S£éao , T'/]ç*(j.£Ta 

tiç §£ cacpcoç o».]8e *; (G) AoutoXaoç cuvxXyj- tojv [xarpcovcov. E'.c[aY£Tat *? êiêXtStov * 

tixoç' O'.oa otto'.oç £(ît]iv * o avGptoTioç xoa Iacocopou. (A) Ictocop[o]ç* ev[ 

]tc£toc. Ato £pojxoj 10. xupt£ [/.ou Katcap, tcov [ 

]xw touto xo cnra; axouaa». u,ou Ta7rovouv[Ta?(B)Etit£v*?Yj[i.(i)v?* 

]TOU TYjXlXOUTOU O OCUTOXpOCTtOp' {XSptǜ ffo[c* TaUTYjV* TYjV* 

7c]oXu 7cpo<7YjXOuo"Y(<; Y|iJL£pav. Suv£7r£V£u[cav * . . . 01* CUV- 

]ç si [xyj ouxot rcape- xa6Yj[X£vot 7ravT£ç <r[ 

e]v cu{i.6ouX£tto 15. £iôot£ç ottoio[ç £cr]xiv o[avGpto7COÇ ? 

EJxaGiasv. ExXYjGY,crav (G) KXauoioç Kai[cap Icriotopco*' Xoyouç 11 ttoiei* 
o: AX£çavop£cov 7cp £<r]ê eiç xoa [X£T£xa;aTO xaxa tou ejjiou [cptXou* xoa 7)8t| a7T£XT£ivaç* 

o auTOxpaxcop* sic aujpiov axoucai auxcov. (jlou ouo <piX[ouç <ï>Xaxxov ? £7rapy^ov ? xai? 

Etouç â* KXauoiou Kaiffajpoç He^ocstou. ©£cova £^yy|[tyjV tcoXewç ? AX£çav8p£taç ? 

Ila/ojv I. 20. 

I, 1. Peut-être Iaiôjiopov, fin d'une phrase. 

II, 2- Peut-être Aa^Ttcovoç xat IuiSwpou. 

II, 8. pt6Xt8iov, terme technique pour le libellas ou requête du plaignant, 
fréquent dans les papyrus de Berlin. On peut aussi penser à 
u7ro[i.v7i|xa ou à un terme plus vague, tel que Sixtt), ypacprj, etc. 

II, 12 suiv. Wilcken prend autoxpaxtop pour un vocatif (interprétation auto- 
risée par le papyrus de Paris-Berlin, II, 14) et attribue, en consé- 
quence, à Isidore les lignes 12-15. 

II, 14. Peut-être c[uvxXt)tixoi oux] eiSoxeç, etc. 

II, 15. Wilcken supple'e o [AypiiMcaç]. 



16Ï REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Fragment G. 

(A) ... s 7tpsc6£a y, irarpiç. 

(B) Aa]a7ro)v ko Ia[tO(op(.r syo) * {xev* e]©ei8ov 
[tjByj]* tov Oavar[ov. . . (G) KXau]8ioç Kaiffap' 

TTgXJXouÇ [AGU CptXoUÇ a7T£XT[£'.]vaç, IdOCOpE. 

5. (D) Icrijoiopoç" êaciXstoç Yjxouaa toi» tgt£ 

7:po(7]Ta^avTGç' xai <rot, X£y£ tivoç OsXeiç, 
xaJxYjYGû^cco. (E) KXauSioç Katcap' accpaXcoç 
av£u*] [jiGuatxYjç et, Iatotopc. (F) IctBwpoç' 

6YJC») [A£V OUX £l[JU SouXoç GUO£ {AOUfflXYjÇ 

10. x£v]oç*, aXXa 8ia<7Y)U.ou 7toX£ojç [A]X£^av- 
3o]£t[aç] yu^vactapyoç* eu Se z\. 8o)f/.a. . 
. . io<j.i>8a 6XyjTOç* 810 xat octto 

. . £iaç et. . . ttj . . . toç. (G) Ecp[7)]* Aa[[X7c](oy(?) 
t]co IartSojpco* Totyap aXXo £^ou,£v si 7rapa- 
15. ^p]ovouvTi* êa(7'.X£t T07rov SeSevoci ; 

(H) K]Xau8ioç Katarap" oiç 7rpo£X£X£u<7a 

t]ov Gavaxov tou I<7i8copou xoa Aaji.7rcov[oç 

L. 6. aot pour au ? 

L. 7. xa]TY)yop7i7aî. L'w, oublié, a été rajouté au-dessus de la ligne. 

L. 10. xev]o; ou tout autre mot e'quivalent, tel que epi)(i.oc, arcopo; ou même 
airetpoç. 

L. 11-12. Peut-être <n> 8* eÇ[w] 8co[a<x[toî Kaiaa]poç eu8a[tjxovoç ? .... aicojêXTjToç. 

L. 12. Le mot xat, oublié, a e'té écrit au-dessus de aico. 

L. 13. Après etp traces incertaines d'une letlre à haste oblique se prolon- 
geant au-dessous de la ligne. On voudrait pourtant lire e«p[rj] (peut- 
être : (d; ecpYi). Ensuite, Aajxn:o>v est très douteux. La première lettre 
est plutôt un 8, la dernière ressemble à un <;• 

L. 14. ei pour ■?). Peut être aussi xo'.yap pour t£ yap? 

L. 15. SsSevai pour SiSovai. Au-dessus du second e on croit apercevoir des 
traces d'une surcharge. 

L. 17. Il ne manque rien au-dessous de cette ligne ; la suite formait une 
nouvelle colonne. 

Traduction. 

Fragment B. 
Col. I. ... (Isidore). Tarquimus, sénateur, à César, s'étant levé : (Si 
cet homme est conduit à la) mort, tu indisposeras toute la 
(ville d'Alexandrie) , (car il a bataillé pour sa patrie.) — 
Claude César : (S'il a vraiment combattu) pour sa patrie, il 
était dans son droit, (mais qui peut savoir cela exacte- 
ment?). — Aviola, sénateur : (Je sais quel) est cet homme 
et c'est pourquoi je vous prie (de l'entendre ?) Il 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES ANTISÉMITES ALEXANDRINS 165 

s'assit. Les députés des Alexandrins furent appelés et (l'em- 
pereur) remit au lendemain pour les entendre. — (L'an 1 er 
de Claude) César Auguste ; le 5 Pachon. 

Col. II. Deuxième jour; le (6) Pachon. Audience donnée par Claude 
César (.. à Isidore), gymnasiarque de la ville d'Alexandrie, 
portant plainte contre le roi Agrippa, dans les jardins (Lu- 
cul)liens, siégeant ensemble (avec lui) vingt-cinq séna- 
teurs et seize consulaires, présente (l'impératrice avec) les 
matrones. On introduit (la requête) d'Isidore. — Isidore : 
. . .mon seigneur César, daignez écouter ce qui m'afflige (?). 
— (Notre) empereur (dit) : Je t'accorde (cette) journée. — 
Tous les assistants firent un signe d'assentiment (ignorant 
quel était cet homme). — Claude César : (Tu portes plainte) 
contre mon (ami, toi qui as déjà fait mourir) deux de 
mes amis (le préfet Flaccus? et) Théon l'exégète (de la 
ville d'Alexandrie). . . 

Fragment G. 

. . . ambassadeur ... la patrie. — Lampon à Isidore : (Pour 
moi), j'ai déjà vu de près la mort. . . — Claude César : Tu as 
fait mourir beaucoup de mes amis, Isidore. — Isidore : 
J'obéissais au prince qui commandait alors ; toi aussi, dis 
qui tu veux, je l'accuserai. — Claude César : Sûrement, tu 
es (sans) éducation, Isidore. — Isidore : Moi, je ne suis pas 
un esclave, ni dépourvu d'éducation, mais gymnasiarque 
de l'illustre cité d'Alexandrie; tandis que toi {...suivent des 
impertinences à l'adresse de l'empereur). — Lampon (?) dit à 
Isidore : Que pouvons-nous faire en présence d'un prince 
dénué de raison, sinon lui céder la place ? — Claude César : 
Ceux à qui j'ai ordonné d'avance de faire mourir Isidore et 
Lampon 

Le procès se déroule devant l'empereur Claude, KXauB'.o; Kaccap 
(B, II, 2 et 16; G, 7 et 16). Les interlocuteurs sont : 1° l'empe- 
reur; 2° Isidore, gymnasiarque d'Alexandrie (I<n8a>poç, B, II, 9; 
G, 5 et 8) ; 3° un certain Lampon (AapiTrcov, G, 2) ; 4° divers mem- 
bres du conseil de l'empereur (B, I, 1 et 8). Le lieu de la scène, au 
moins dansB, col. II, est une villa de Rome où M. Wilcken a re- 
connu, avec raison, les fameux jardins deLucullus, [ev toi; AouxouX] 
Xtavo'.ç xtj7to'.ç : on ne voit pas d'autre supplément possible. L'em- 
pereur est, suivant son usage 1 , entouré de son conseil ((yu^êouXeiov, 

1 Dion Cassius atteste que ce fut Claude qui remit en honneur l'usage du consi- 
lium, tombé en désuétude depuis le séjour de Tibère à Caprée (Dion, LX, 4). 
Voyez, sur les vicissitudes de cette institution, Mommsen, Droit public romain (trad. 
française), V, 279 et suiv. C'est à partir de Domitien seulement qu'on y voit Ggurer 
des chevaliers. 



ICC. REVUE DES ETUDES JUIVES 

B, I, 15). Ce conseil, dont la composition n'avait encore rien de 
iixe, est formé ici (B, II, 6 suiv.) de 25 sénateurs et de 1G consu- 
laires ; les «matrones», c'est-à-dire les dames d'honneur de 
l'impératrice, assistent à la séance (ib. 8), d'où l'on peut conclure, 
avec M. Wilcken, que la mention de l'impératrice elle-même doit 
être rétablie à la fin de la 1. 7 *. Le nombre et la composition bril- 
lante du conseil, la présence de l'impératrice et de sa cour, tout 
dénote une audience singulièrement solennelle et importante; et, 
en effet, il s'agit de juger un accusé royal : la plainte du gymna- 
siarque alexandrin est portée contre le roi Agrippa, xaxa Aypi^- 
ttou 6a<riXeu>[ç] (B, IL 4). Rien cependant n'indique formellement 
que le royal accusé soit présent : nulle part il ne prend la parole. 
C'est donc peut-être un procès par contumace, mais, heureuse- 
ment pour l'accusé, devant un juge prévenu en sa faveur. 

Isidore et Lampon ne sont pas des personnages inconnus. Le 
premier doit être identifié sans aucun doute, comme l'a déjà vu 
M. Jouguet 2 , avec un antisémite alexandrin de ce nom, plusieurs 
fois mentionné par Philon dans le Contre Flaccus et V Ambassade 
auprès de Ca'ius. D'après le témoignage de l'auteur juif, Isidore 
était le type du démagogue intrigant et factieux 3 . En sa qualité 
de chef d'un grand nombre iïhétéries (clubs) d'Alexandrie, il 
jouissait d'une véritable autorité sur la populace de cette ville 
turbulente. D'abord ménagé par Flaccus, il ne tarda pas à se voir 
négligé par lui, et, pour se venger, organisa au gymnase, à l'aide 
de « camelots » et de « claqueurs » payés, une scandaleuse mani- 
festation contre le préfet. A la suite de cet esclandre, il n'échappa 
à la mort, que réclamait « l'assemblée du peuple » alexandrin, que 
par un exil volontaire. Dans les derniers temps du gouvernement 
de Flaccus, lorsque le préfet, affolé par la défaveur et les crimes 
de Caligula, chercha un point d'appui dans la populace alexan- 
drine, Isidore reparaît en scène, ressaisit son influence et devient 
l'un des instigateurs de la persécution déchaînée contre les Juifs 4 . 
Toutefois, pour des raisons que nous ignorons, la réconciliation 
ne fut pas sincère, et nous trouvons bientôt après Isidore se fai- 
sant à Rome même, auprès de Caligula, qu'il gagne par ses flatte- 

1 J'ai écrit leêaffTY)? malgré le texte de Dion Cassius (LX, 12), qui atteste que 
Claude refusa ce titre pour lui-même et pour Messaline. De pareilles prohibitions 
ne liaient pas les rédacteurs grecs, comme le prouve notre papyrus lui-même 
(B, I, 19), où Claude est qualifié de Seêaaxoç. 

* On peut s'étonner que M. Wilcken n'ait pas remarqué cette identité. La faute en 
est peut-être au Manuel de Schùrer, d'ordinaire si complet, où le nom d'Isidore n'est 
pas prononcé. 

3 In Ftaccum, c. 4 et 17. 'Im'Swpoi aTaaidcp^ai, çt^OTCpàya-oveç, xaxwv eûpexai, 
Tapa|i7t6)>i8cç . . ,àv8p iùtzoç ôx).ixoç, 87)0.0x671:0?. 

* In Flaccum, c. 4. 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES ANTISÉMITES ALEXANDRINS 167 

ries, l'accusateur de Flaccus ! : on sait le succès de cette accusation 
et la triste fin du malheureux gouverneur, catastrophe où Philon 
reconnaît le doigt de la Providence. Quelque temps après, Isidore 
semble avoir été associé à l'ambassade envoyée par les Alexan- 
drins auprès de l'empereur pour justifier les mesures prises contre 
les Juifs et dénoncer ceux-ci comme sujets traîtres et rebelles 2 . 
Lors de l'audience à bâtons rompus donnée aux deux partis par 
Caligula dans les jardins de Mécène et de Lamia, F « âpre calom- 
niateur » accuse les Juifs de s'être, seuls de tous les habitants de 
l'empire, abstenus d'offrir des sacrifices pour le salut de l'em- 
pereur 3 . C'est la dernière occasion où son nom soit prononcé par 
Philon. L'auteur juif ne nous fait pas connaître la position offi- 
cielle d'Isidore ; notre papyrus comble cette lacune en nous appre- 
nant qu'il exerçait — au moins au moment du procès jugé par 
Claude — les fonctions de gymnasiarque d'Alexandrie. Ces 
fonctions étaient probablement annuelles, comme dans beaucoup 
de villes grecques ; aussi coûteuses qu'honorifiques, elles suppo- 
saient chez le titulaire, pour être convenablement remplies, une 
assez grosse fortune personnelle. 

Le collègue d'Isidore, Lampon, n'est pas davantage un nouveau 
venu pour les lecteurs de Philon. Son nom est constamment associé 
à celui d'Isidore, et il est traité encore plus durement que celui-ci 
par l'historien juif 4 . Il exerçait la profession de greffier du tri- 
bunal du préfet 5 ; en cette qualité, il se livrait à toute espèce de 
falsifications, d'omissions et d'altérations sur les registres, qui lui 
avaient valu, avec le surnom odieux de « calamosphacte » (plume- 
bourreau), une fortune assez rondelette. Toutefois Philon ajoute 
que, lorsqu'on força Lampon d'accepter les fonctions de gymna- 
siarque, il protesta que ses biens n'étaient pas suffisants, et 
l'événement prouva qu'il avait dit vrai. La carrière politique de 
Lampon faillit être brisée sous Tibère; il fut alors l'objet d'une 
accusation de lèse-majesté, accusation sans fondement, paraît-il, 
mais qui traîna deux ans par la malveillance du juge G . Nous le 

1 In Flaccum, c. 15. 

8 II n'est pas dit ibrmellement qu'Isidore fit partie de l'ambassade, mais on ne 
voit pas à quel autre titre il serait iutervenu dans le débat contradictoire devant Ca- 
ligula. On sait par Josèphe (XVIII, 8, 1) que l'ambassade comptait trois membres et 
avait pour chef Apion ; ses deux collègues étaient sans doute Isidore et Lampon. 

3 Legatio ad C'aium, c. 45. 

4 In Flaccum, c. 4 ; c. 15-17. 

3 C'est-à-dire de V7:o|.f.vr)u.aToypà?o;. Voir Lucien, Apol. pro mercede coud., 12 
(Marquardt, Orijan. de V empire romain, II, 424). Graetz a faussement attribué à Isidore 
les renseignements donnés par Philon sur Lampon. 

6 Je ne sais où Delaunay a pris [Philon d'' Alexandrie , p. 247) que ce juge n'était 
autre que Flaccus. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trouvons ensuite, à côté d'Isidore et d'un certain Denys, parmi les 
flagorneurs de Flaccus et les instigateurs des massacres de juifs ; 
en 39 il se joint à Isidore pour accuser le préfet à Rome. Ensuite le 
silence se fait sur ce personnage. Le nouveau papyrus nous le 
montre encore dans la capitale sous le règne de Claude ; apparem- 
ment il faisait partie de l'ambassade alexandrine présidée par 
Apion, dont le séjour s'était prolongé jusqu'au changement d'em- 
pereur. 



II 



Maintenant que nous connaissons les principaux acteurs, 
tachons de reconstituer les circonstances de leur rencontre et la 
marche générale de l'affaire. 

La colonne II du fragment de Berlin nous parle d'une accusation 
portée par le gymnasiarque Isidore contre le roi Agrippa : Axousc 
KXauoto; Ka»<ya[p. . . Iacowpou] yu^Lvaciap^ou no'kzitiç A[Xe!jav8oeiaç. . .1 
xoctoc Ayp'-'TC'TCOi» [Ja<7iXs(o[ç sv toiç AouxouXJAcavoiç xtvtcoiç. 

Quel est ce roi Agrippa ? La première idée qui se présente à 
l'esprit, c'est qu'il s'agit d'Hérode Agrippa I er , nommé par 
Caligula, dès son avènement (37), tétrarque d'une partie de la 
Palestine avec le titre de roi, et que Claude récompensa de son 
dévouement en lui conférant la totalité du royaume d'Hérode (41). 
Les démêlés fréquents d'Agrippa avec les chefs des antisémites 
alexandrins s'accordent fort bien avec le conflit aigu que suppose 
notre papyrus. Déjà lors de son passage à Alexandrie, en 38, 
pour prendre possession de sa tétrarchie, la pompe déployée par 
Agrippa avait fourni le prétexte des premières manifestations 
judéophobes *. Plus tard, Agrippa prend, avec autant de fermeté 
que de souplesse, la défense des intérêts de ses coreligionnaires 
alexandrins : c'est lui qui fait parvenir à Caligula l'adresse de fidé- 
lité interceptée une première fois par Flaccus 2 ; lui qui, après les 
désordres qui marquèrent à Alexandrie le changement de règne, 
obtient de l'empereur Claude un édit renouvelant formellement 
tous les privilèges des Juifs d'Alexandrie 3 . On comprend que 
cette intervention réitérée, sans compter le service signalé rendu 
par Agrippa au judaïsme tout entier dans l'affaire autrement 

1 Philon, In Flaccum, c. 5. 

' In Flaccum, c. 12 ; Legatio ad C'aium, c. 28. 

3 Josèphe, Ant.jud,, XIX, § 279 Niese. 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES ANTISEMITES ALEXANDRINS 169 

grave du temple de Jérusalem, ait exaspéré contre lui les leaders 
de l'antisémitisme alexandrin. Condamnés à mort (nous le verrons 
tout à l'heure) par Claude, ils croient reconnaître dans cette sen- 
tence la main d'Agrippa, et cherchent à se sauver ou à se venger 
en l'accusant, à leur tour, devant l'empereur; apparemment ils 
ignoraient le rôle décisif qu'Agrippa, selon Josèphe, avait joué 
dans l'élévation de Claude. 

D'après cela, notre procès aurait eu lieu entre le 25 janvier 41, 
date de l'avènement de Claude, et le mois d'avril 44, date de la 
mort d'Agrippa. On peut môme préciser davantage. Si l'affaire 
se passe en présence d'Agrippa, il faut la placer dans les trois 
premiers mois de l'an 41, car il y a des raisons de croire que 
le roi se trouvait à Jérusalem pour la fête des Tabernacles de 
cette même année *. Même en supposant qu'il s'agisse d'un procès 
par contumace, je ne crois pas qu'on puisse le faire descendre plus 
bas que Tan 41; le langage de Claude, comme on le verra, suppose 
la mort de Caîigula toute récente, et la menace de mort suspendue 
sur la tête d'Isidore et de Lampon se rattache sans doute à toute 
une série d'exécutions nécessaires qui signalèrent les premiers 
mois du nouveau régime. Comme notre procès-verbal est daté des 
5 et 6 du mois Pachon (col. I, 20 ; II, 1), qui, dans le calen- 
drier alexandrin, commençait le 26 avril, on peut, avec une 
grande probabilité, fixer la date de notre débat au 30 avril et au 
1 er mai 41 ap. J.-CA 

Ces déductions si naturelles n'ont cependant pas été acceptées 
par M. Wilcken. Suivant ce savant, ce n'est pas Agrippa I er qui 
est en cause, mais son fils Agrippa II, qui fut nommé par Claude, 
vers Tan 50, roi de Chalcis dans le Liban, et échangea cette prin- 
cipauté, en 53, contre les anciennes tétrarchies de Philippe et 
de Lysanias, avec le protectorat du temple de Jérusalem. La 
scène se passerait donc entre l'an 50 et le 13 octobre 53, date de 
la mort de Claude. Il me semble que le seul argument sérieux in- 
voqué par M. Wilcken, pour faire descendre si bas la date de notre 
affaire, est la mention, très heureusement restituée par lui, des 

1 Schûrer, I, p. 465, si toutefois le texte Sofa, VII, 8, se rapporte à lui (comme 
je le pense) et non à son fils. La lecture du Deutéronome dont il est question dans 
ce texte n'avait lieu qu'à la fin des années sabbatiques, et Tannée 40/41 est la seule 
année de ce genre qui tombe sous le règne d'Agrippa I er . 

' En Egypte, dans les premiers temps de l'empire, on voit fonctionner parallèle- 
ment deux calendriers : l'ancienne année vague égyptienne et l'année solaire fixe 
instituée par Auguste. (Cf. Unger, Zeitrechnung der Griechen vnd Rômer^ 2 e éd., 
p. 777). J'ai lait mon calcul dans l'hypothèse où il s'agit du calendrier fixe. Dans le 
cas contraire, comme le jour de l'an égyptien (1 er Toth) de Tan 40 tombe le 13 août, 
le 1 er Pachon (9 e mois) tombe 240 jours plus tard, soit le 11 avril, et les 5-G Pachon 
correspondent aux 15 et 16 avril 41. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jardins de Lurullus (II, 4-5.). Nous savons, en effet, que ces jar- 
dins ne passèrent dans le domaine impérial qu'en l'an 47, époque 
où Messaline fit accuser et mettre à mort leur dernier proprié- 
taire, le consulaire Valerius Asiaticus, qui les avait magnifique- 
ment embellis 1 . Comme Agrippa I° r est mort dès 44, M. Wilcken 
en conclut qu'il ne peut être question de lui. 

La faiblesse de cet argument saute aux yeux. Rien n'indique, 
en effet, que l'empereur ne pût tenir ses assises politico-crimi- 
nelles que sur un terrain lui appartenant en propre ; le contraire 
est même attesté : c'est ainsi que nous savons que Marc-Aurèle 
passa une fois cinq jours dans une propriété appartenant à son 
frère Verus, et il y employa tout son temps à rendre des juge- 
ments, pendant que le propriétaire menait joyeuse vie 2 . Claude 
ne devait pas user moins librement des villas de la haute no- 
blesse sénatoriale, et, si le snobisme était inventé dès cette 
époque, les nobles propriétaires devaient même rechercher avi- 
dement une distinction aussi flatteuse. Il y a plus : la passion 
de Messaline pour les jardins d'Asiaticus, passion qui fut la vé- 
ritable cause de la ruine de ce personnage, suppose nécessaire- 
ment qu'elle avait pu en apprécier le charme par des séjours ré- 
pétés, et notre papyrus devient ainsi une curieuse illustration du 
texte de Tacite. Je n'insiste pas sur les nombreux arguments de 
détail qu'on pourrait objecter encore à la thèse de M. Wilcken : 
l'insignifiance politique d'Agrippa II, l'absence de tout texte at- 
testant des démêlés de ce prince avec les Alexandrins, l'invrai- 
semblance qu'Isidore et consorts aient pu continuer à exercer 
pendant dix ans le métier de calomniateurs qu'ils avaient inau- 
guré sous Caligula, etc. Je suis persuadé que M. Wilcken lui- 
même n'aurait pas hésité à abandonner son opinion s'il avait 
connu le fragment de Gizeh. 

Nous pouvons donc tenir pour assuré : 1° que l'accusé est Hé- 
rode Agrippa I er ; 2° que, par conséquent, l'Augusta qui assiste à 
l'audience est Messaline, troisième femme, mais première impé- 
ratrice de Claude. M. Wilcken a rappelé fort à propos un texte 
de Dion Cassius 3 qui nous montre Agrippine assistant officielle- 
ment, sur une estrade séparée, aux audiences de Claude, notam- 
ment aux réceptions d'ambassadeurs. On voit que sa devancière 
avait joui d'un privilège analogue ; et cela ne nous étonne pas de 
la part du plus conjugal des Césars romains. 

1 Tacite, Annales, XI, 1. — Plutarque, Luc, 39, les mentionne parmi les posses- 
sions impériales. 

» Vita Veri, c. 8, 8-9. 
" Dion, LX, 33, 7. 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES ANTISÉMITES ALEXANDRINS 171 



III 



Arrivons maintenant au détail du texte. Il me paraît probable 
que le fragment de Gizeh venait, dans l'ensemble du papyrus, 
après le fragment de Berlin, peut-être même immédiatement 
après. En effet, dans B, II, Isidore est introduit formellement avec 
ses noms et qualités; dans G, il prend la parole sans autre dési- 
gnation : c'est donc la suite de la conversation commencée sur le 
fragment B. On peut encore admettre comme très vraisemblable 
que la largeur des colonnes du document B était égale à celle du 
document G ; dans ce dernier, le nombre de lettres à la ligne, d'a- 
près les parties d'une restitution certaine, varie entre 28 et 33 ; 
on devra donc se tenir entre ces limites dans l'essai de restitution 
du document B ; M. Wilcken avait admis des lignes beaucoup 
trop longues, de 45 lettres environ. 

La première colonne du document B est la fin du procès-verbal 
d'une première audience, tenue le 5 du mois Pachon (1. 20). Aux 
lignes 16 et suiv., M. Wilcken a restitué avec beaucoup de vrai- 
semblance les mots sxVr)07]<7ocv [oi tcov AXeçavopstov 7rps;]êstç xoa [/.ststoc- 

;axo [ziç aujptov axoixrai aurcov. « On appela les ambassadeurs 

des Alexandrins, et (l'empereur) remit au lendemain de les en- 
tendre ». Les ambassadeurs alexandrins, dont l'audience est re- 
mise au lendemain, ne figurent donc pas encore comme interlocu- 
teurs dans le commencement de cette colonne I : c'est tout ce qu'on 
peut en affirmer de certain, car la proportion des lettres conservées 
ne permet aucune conjecture bien sérieuse sur le contenu de ce 
fragment. Essayons cependant. Les deux seuls noms propres qu'on 
y rencontre, Tapxuvcoç (]. 1.) et AomoXao; <tuvxXï)[tixoç] (1. 8), sont fort 
énigmatiques. M. Wilcken, admettant que c'est l'empereur Claude 
qui tient la parole, et se souvenant des bizarreries du discours de 
Lyon, a supposé trop ingénieusement qu'il est question du roi 
Tarquin et d'un fils de Romulus, nommé Avillius ! ; mais on ne voit 
pas quel rapport, même lointain, il pourrait y avoir entre ces per- 
sonnages d'un passé reculé et l'affaire en cause. D'ailleurs, Aouto- 
Xaoç serait une très mauvaise transcription du nom Avillius, qu'il 
s'agisse soit du fils de Romulus, soit du préfet d'Egypte Avillius 
Flaccus : cette dernière hypothèse, séduisante au premier abord, 
est écartée par l'épithète à peu près sûre de <7uvxXy|[tixoç] ; on 

1 Plutarque, Romulus, 14. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sait que le préfet d'Egypte était toujours un simple chevalier *. Je 
crois, malgré la terminaison en oç, qui s'explique par l'analogie 
des noms grecs en Xaoç, que AouioXaoç est pour Aviola, nom d'une 
branche de la gens Acilia. Le sénateur Aviola en question est pro- 
bablement M' Acilius Aviola, qui fut consul ordinaire en 54, gou- 
verneur d'Asie en 05 et 66, curator aquarum de 74 à *79 2 . Aviola 
pouvait fort bien avoir été questeur ou môme préteur dès l'an 40 et 
appelé, sous Claude, à faire partie du Sénat et du Conseil. Tapxu- 
vtoç doit être également un sénateur. C'est à tort que M. Wilcken dit 
que ce nom fut proscrit à Rome depuis l'expulsion des rois. Cette 
assertion est touj au plus vraie de la gens patricienne des Tarqui- 
nii, exilée en vertu d'une loi après l'abdication de Tarquin Colla- 
tin 3 , mais, plus tard, nous retrouvons des Tarquinii plébéiens à 
Rome : tels le tribun de la plèbe P. Tarquinius, collègue de Dru- 
sus, en 91 av. J.-C. 4 , et le complice de Catilina, L. Tarquinius 5 . 
Le Tarquinius de notre papyrus fait sans doute partie du consi- 
Hum de Claude, et prend la parole en cette qualité. 

Nous devons donc nous figurer la colonne I comme une sorte 
de délibération à laquelle prennent part divers membres du con- 
ciliant et probablement l'empereur lui-même. Le sujet de cette 
délibération reste obscur, mais il est naturel de le rattacher à 
celui de l'entretien suivant ; or, comme à la fin du fragment de 
Gizeh, nous verrons qu'Isidore et Lampon ont été déjà condam- 
nés à mort, c'est sans doute dans la colonne I et dans ce qui la 
précédait que cette condamnation se trouvait motivée et discutée. 
Si les lettres wpov (l. 1) sont la fin de Iaiojwpov, cette conjecture se 
trouverait définitivement établie. Dans les 1. 1-4, la parole est à 
Tarquinius et j^ai cru deviner qu'il signalait à l'empereur le danger 
politique qu'il y aurait à indisposer les Alexandrins par l'exécu- 
tion d'un démagogue aussi populaire, qui avait bataillé «pour sa 
patrie »; dès cette époque, on le voit, les antisémites affectaient de 
confondre leur cause avec celle du patriotisme. Les deux lignes sui- 
vantes doivent appartenir à l'empereur Claude ; le sens paraît en 

» Tacite, Eist., I, 11 ; Arrien, III, 5, 10; Dion, LUI, 13. Cf. Marquardt, Orga- 
nisation de l'empire romain (trad. fr.), II, 405. 

* Voir, sur ce personnage, Tacite, Ann. } XII, 64 ; Suétone, Claud., 45 ; Sénèque, 
Apocoloc, 1 ; Frontin, De Aç., 102 ; C. 1. L , I, 353 (= Wilmanns, n° 56). D'autres 
Acilii Aviolae du 1 er siècle sont le consulaire brûlé vivant (Val. Maxime, I, 8, 12; 
Pline, VII, 173) et le légat de la Lugdunaise en 21 ap. J.-C. (Tacite, Ann., III, 41). 
Le cof/nomen Aviola se rencontre aussi une fois dans la gens Calpurnia (C. Calpurnius 
Aviola, consul suifect eD 24 ap. J.-C). 

a Tite Live, II, 2, 11, etc. 

4 Obsequens, c. 114. 

5 Salluste, Catilina, 48. D'autres Tarquinii sont mentionnés dans les inscriptions 
du temps de l'empire ; voir les index du C. I. L. et de Wilmanns. 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES ANTISEMITES ALEXANDRINS 173 

être : « Si vraiment il a combattu pour sa patrie, on ne peut pas 
lui en faire un crime, mais est-ce bien sûr? » Puis (1. 8), nous 
trouvons un discours du sénateur Aviola, où les mots o avôpoj7roç 
se réfèrent encore clairement à Isidore. Aviola fait une prière 
(c'est le sens de êpcoirû dans la grécité postérieure), et l'objet de 
cette prière, comme le prouve l'événement, ne peut être que 
celui-ci : accorder à Isidore et à Lampon un répit de vingt-quatre 
heures, pour leur permettre de formuler devant le Conseil leurs 
griefs ou leurs observations ; cette audience, suivant Aviola, mon- 
trera à quelle espèce d'hommes on a affaire. Gela dit, l'orateur se 
rassied (exaôicrev). On fait venir les ambassadeurs alexandrins -— 
c'est-à-dire évidemment Isidore et Lampon — , et l'empereur leur 
annonce qu'il a remis au lendemain de les entendre. 

Avec la colonne II du fr. de Berlin, commence la deuxième 
journée du procès, le 6 Pachon. Les lignes 1-9, déjà commentées, 
nous exposent l'objet de la séance et énumèrent les person- 
nages qui y figurent. Isidore, qui jouait, semble-t-il, le rôle d'ac- 
cusé dans la colonne précédente, apparaît ici comme accusateur 
d'Agrippa 1 . Nous avons donc, en quelque sorte, une accusation 
« reconventionnelle ». Après Tintroduction d'une plainte, pro- 
bablement écrite (1. 8-9), l'accusateur prend la parole à la 1. 9. Il 
s'adresse à l'empereur et lui demande d'écouter ses griefs. L'em- 
pereur, si j'ai bien restitué les lignes 11 et suivantes 2 , lui répond 
qu'il lui accorde un jour de grâce pour s'expliquer ([/.epiÇa> est un 
latinisme qui traduit littéralement imperlior), et tous les assis- 
tants « approuvent du bonnet » (<7uve7t£V£uo-av). Le sens de la ligne 
15 est obscur. Si c'est, comme je Tai cru, une réflexion du rédac- 
teur du procès-verbal, on voit que ce rédacteur était animé de 
fort mauvais sentiments envers Isidore. 

L'empereur reprend (l. 16-19). Je crois entrevoir qu'il ferme la 
bouche au méprisable calomniateur, qui entreprend de noircir 
«son ami » (1. 17, xaxa tou sjjlou cptXou . . . suivant la conjecture 
de Wilcken) après avoir déjà perdu deux autres de « ses amis » 
((jlou ouo <ptX[ouç], . .). L'un de ces amis pourrait bien être nommé 
dans la dernière ligne ; c'est « l'exégète Théon. » L'exégète était 
un haut fonctionnaire alexandrin, mentionné par Strabon, qui 

1 Comme accusateur unique ou principal '1 Ou aimerait à insérer le nom de Lam- 
pon dans la 1. 2, puisque la fin de la colonne I parlait des ambassadeurs alexan* 
drins au pluriel et que Lampon interviendra dans le fr. de Gizeh. D'autre part, la 
place parait bien étroite pour introduire les mots Aau/rcwvoç xai, qui donneraient à la 
1. 2 trente-neuf lettres, soit 6 de plus qu'à la plus longue de la col. II. Dans tout 
cela, d'ailleurs, Lampon n'est guère qu'un comparse. 

* Pour ma restitution r,u.wv] o auxoxpaxwp, cp. papyrus Brunet de Presles, n° 68, 
col. I, 1. 8-9 : ourto; Y]u.tov x*t o avTOxpaxwp e<7X£vota<7£v éi7ru>v, etc. 



17i HEVUE DES ETUDES JUIVES 

avait spécialement la charge des approvisionnements en blé de 
la capitale l . Claude, nous le savons, usait assez libéralement 
du terme d' « ami » 2 ; cependant ce mot, appliqué à Agrippa, 
prend, dans la bouche de l'empereur, une énergie particulière. 
On sait, en effet, qu'à l'occasion de la reconstitution du royaume 
d'Hérode au profit d'Agrippa, un traité d'alliance solennel fut 
conclu sur le forum avec le nouveau roi des Juifs 3 ; sur l'une 
des premières monnaies frappées par celui-ci, il s'intitule <MAO- 
KAI23AP, et le revers de la pièce montre, autour de deux mains 
jointes, une longue légende ainsi restituée par Mommsen : çtX]t* 
Bà<r[tXeu>ç] AypiTrTra [tt^gç tyjv <7uv]xX'f|TOv [xai tov o]t|[x(ov) P(o[xaioj(v) 
x(ai) aup.(jjia)/i(a) aufxwv] 4 . Dans le décret rendu en faveur des 
Juifs de tout l'empire, Agrippa et son frère Hérode de Chalcis 
sont également qualifiés de « rois très chers » 5 . 

Au début du fragment G, il me semble que Claude (?) men- 
tionne l'ambassade d'Isidore à Rome : ...s (fin d'un aoriste) 
TCpsffêea (manquent environ 10 lettres) r, 7raxpiç. On peut restituer : 
« est-ce pour cela (oia touto) que ta patrie t'a envoyé (sTre^s) comme 
ambassadeur à Rome? » Vient ensuite une sorte d'à parte adressé 
à Isidore par son collègue d'ambassade, d'infamie et d'infortune, 
Lampon : ...scpeioov (alexandrinisme pour £7rsi8ov 6 ) [tfivil tov ôavatov. 
Traduisez : «J'ai vu (= je vois) déjà venir la mort. » Lampon 
fait-il allusion à leur condamnation à mort récente (dont il sera 
question plus loin) ou au péril de mort qu'il a couru sous Tibère 
lorsqu'il fut accusé de lèse-majesté? Le premier sens est le plus 
naturel, malgré l'aoriste ecpetSov. 

Claude reprend la parole : il reproche de nouveau à Isidore 
d'avoir fait mourir (sans doute par des délations mensongères) 
beaucoup de ses amis : la restitution no]Xkouç me paraît préférable, 
vu l'espace disponible, à ouo a]XXouç que pourrait suggérer la fin 
du fragment B. 

1 Strabon, XVII, 1, 12 (p. 797) : twv o' eittxwptwv àpxovtwv xaxà nôlw (xèv ô tê 
è!i'r)YT i T!r); ecm, Tropcpupav àfjnrex6u.evoç xai ëywv Tcarpiov; riu.à; xai è7up.ÉXeiav twv ty} 
ïCÔXet xp7iai(jia>v. Cf". Pap. Berl., 388 ; C. 1. Gr.\ n° 4688, et les observations de Bœckh- 
Franz, p. 291 # et 321 b. Voir aussi Marquardt, op. cit., II, 424. Mais d'autres 
ei^y/iTou locaux apparaissent dans les papyrus égyptiens, par exemple à Hermou- 
polis. Cf. Mitteis, Hermès, XXX, p. 588. 

8 Tables de Lyon, II, 24 : Persicum nobilissimum virum^ amicum mew/n ; Udit sur 
les Anauni [C. 1. L. t V, 5050) : Plantant Iulium, amicum meum. Cf. les observations 
de Mommsen, Hermès, IV, 99 suiv. 

3 Josèphe, XIX, 5, 1. 

4 Mommsen, Num. Zeitsch'ift de Vienne, 1872, p. 449. Madden, Coins of the 
Jetos, p. 137. 

& lixaùÂiûv . . .(pi^xdcTcov plot. Josèphe, XIX, 5, 3. 
6 Septante, Psaumes, 53, 9; 111, 8. 



L'EMPEREUK CLAUDE ET LES ANTISEMITES ALEXANDRINS 175 

La réponse d'Isidore est d'un cynisme presque grandiose dans sa 
naïveté : « J'obéissais au prince qui commandait alors; toi aussi, 
nomme qui tu veux, j'accuserai. » Les mots xca coi (1. 6) font diffi- 
culté. Tels qu'ils sont, la meilleure manière de les construire gram- 
maticalement consisterait à les rattacher à [tï^o<j]t<xIolvtoç : « le 
prince qui commandait même à toi. » Mais cette remarque serait 
aussi insolente que déplacée. En rattachant aoi à xaTayopYj^w, il 
faut mettre les trois mots intermédiaires entre parenthèses, ce 
qui fait une construction gauche et embarrassée. Je me demande 
donc si (roi ne serait pas une faute d'orthographe pour au (la 
confusion de oi et de u se rencontre dans les papyrus dès le 
n e siècle avant J.-G. *). Il faut alors traduire : « toi aussi, nomme 
qui tu veux, j'accuserai. » 

Le cynisme de la réponse d'Isidore provoque l'observation inju- 
rieuse de Claude : a<7<paX(oç [avsu] (/.ouo-ixyiç st, Iffiocope 2 , ce qu'on 
peut traduire par : « Sûrement, Isidore, tu es un homme sans 
instruction. » Isidore, blessé au vif par cette injure, riposte (1. 
9-11) : « Je ne suis, moi, ni un esclave, ni un homme dépourvu 
d'instruction (probablement (jlouctixy,? xsv]oç ou a7i£ip]oç) t mais bien 
le gymnasiarque de l'illustre ville d'Alexandrie; quant à toi. . . » 
suivent trois lignes trouées au milieu, que je n'ai pas réussi à 
restituer, mais qui, d'après la teneur générale, doivent cacher 
quelque nouvelle insolence. Au commencement de la ligne 14, 
quelqu'un — probablement Lampon — s'adresse à Isidore et lui 
dit : « qu^vons-nous donc à faire en présence d'un souverain 
insensé, sinon de lui céder la place ? » La phrase est-elle une 
réflexion générale, une justification rétrospective, visant, dans 
la pensée de l'orateur, le défunt empereur Caligula, dont 1' « in- 
sanité » n'était pas douteuse 3 ? ou l'Alexandrin, enhardi par la 
certitude de la mort, aurait-il poussé l'insolence jusqu'à parler en 
ces termes de Claude lui-même, en sa présence? Il est bien fâ- 
cheux, au point de vue psychologique et historique, que le déla- 
brement, peut-être irrémédiable, des lignes précédentes ne per- 
mette pas de trancher définitivement la question. Cependant, à 
quoi ne pas s'attendre de la part d'un misérable qui a brûlé ses 
vaisseaux et à qui la perspective de la mort prochaine délie la 



1 Papyrus du Louvre n° 50 (150 av. J.-C), 1. 7 : àvyyete; n° 51, 1. 8 : àvuya>. 
Cf. Blass, Ausspracke des Grriechischen, 3 8 éd., p. 70. 

1 'A<Kpa).wç au sens de êsêaîwç me parait être un latinisme. Au contraire, u.ou<tixy) 
pour TtaiStia est un archaïsme; voir le Thésaurus, s. v. 

3 Cf. le rescrit de Claude (Josèphe, XIX, 5, 2) : Tatou Kaiaapoç. . . tcoXX^v àuô- 
voiav xai 7rapaypo<juvY]v. Contre cette interprétation on peut faire valoir : 1« le présent 
c^ou-îv ; 2° le fait que Lampon (?) s'adresse à Isidore et non à Claude. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

langue? On sait, d'ailleurs, par Suétone 1 à quel excès d'im- 
pertinence les plaideurs se laissaient entraîner par la longani- 
mité et la familiarité de Claude : un jour, un plaideur grec se 
permit de s'écrier, dans la chaleur du débat : xai au yipw eï xal 
[Atopdç. « Et toi aussi, tu es vieux et bête. » 

La répartie de Claude semble confirmer cette dernière inter- 
prétation en montrant l'empereur poussé à bout par l'insolence 
de ces coquins : « Ceux à qui j'ai prescrit précédemment de faire 
mourir Isidore et Lampon... » La fin de la phrase est perdue 
avec le reste du papyrus, mais on ne peut guère douter que la 
conclusion ne fût l'ordre de procéder à l'exécution immédiate 
des deux misérables. Ils partagèrent ainsi le sort de leur com- 
plice Hélicon, l'âme secrète de toutes les machinations dirigées 
contre les Juifs sous Caligula, et qui, nous apprend Philon, fut 
misa mort par Claude 2 . Ce détail complète le tableau de la 
réaction favorable aux Juifs qui s'opéra au début du nouveau 
règne, et dont les deux rescrits conservés par Josèphe nous 
avaient déjà fourni la preuve documentaire. 



IV 



Si incertaines que soient une grande partie des restitutions et 
des conjectures qu'on vient de lire, je pense qu'aucun doute ne 
peut subsister sur le sens général de notre document. L'intérêt 
historique en est réel. Sans doute il ne nous apprend guère, en 
fait de renseignements positifs, que la gymnasiarchie d'Isidore et 
sa condamnation à mort ; mais il vient à point nommé illustrer, 
confirmer et accentuer le jugement sévère porté sur ce person- 
nage et sur son acolyte Lampon par Philon ; du môme coup il 
apporte en faveur de la véracité historique de Philon, en général, 
une sorte de témoignage officiel infiniment précieux. Ce procès- 
verbal, dans sa concision sténographique, est le digne pendant de 
la page inoubliable où Philon a retracé, d'une plume si alerte et si 
pittoresque, l'entrevue des ambassadeurs juifs avec Caligula ; 
l'empereur constitutionnel, honnête, bon enfant, mais fantasque, 
colère et à moitié toqué que fut Claude, n'apparaît pas moins 

1 Suétone, Divus Claudius, 15. Je remercie M. Gaston Boissier d'avoir attiré mon 
attention sur ce texte. Tout le chapitre est à lire et forme un excellent commentaire 
de notre papyrus. 

2 Legatio ad Caium, c. 30, fin. 



L'EMPEREUR CLAUDE ET LES AxNTlSÉMITES ALEXANDRINS 177 

vivant dans ce court dialogue que son fou furieux de neveu, 
grand amateur de bâtisses, juge incohérent, faux dieu grisé par sa 
propre divinité, dans le fameux colloque des jardins de Mécène ; 
les antisémites alexandrins n'y apparaissent pas moins scélérats 
et infiniment plus cyniques. La trouvaille de Berlin et de Gizeh 
nous console ainsi dans une certaine mesure de la mutilation du 
grand ouvrage où Philon justifiait les voies de la Providence et 
montrait le châtiment divin s'appesantissant tôt ou tard sur la tête 
des persécuteurs d'Israël. Je ne sais même s'il n'y a pas, pour nos 
palais modernes, plus de ragoût dans ces documents de première 
main, exhumés de la poussière des archives égyptiennes, que 
dans un récit composé, si habile fût-il, dont la rhétorique et 
la religion de l'auteur rendraient toujours un peu suspecte la 
sincérité 1 . 

Théodore Reinach. 



NOTE ADDITIONNELLE. 



Dans l'article cité de Y Hermès, M. Wilcken a commenté avec 
beaucoup de sagacité un autre fragment de papyrus berlinois 
(publié par Krebs, Berliner Urkunden, n° 511 et p. 397) qui se 
rapporte à la même affaire que le papyrus 68 de Paris : il semble 
qu'on soit en présence d'un extrait indépendant du procès-verbal 
original, extrait qui tantôt concorde littéralement avec le nôtre, 
tantôt s'en écarte. Les parties conservées correspondent aux lignes 
suivantes du papyrus de Paris : B, 1-5 — P n, 8-12 ; B, 6-16 = 
P ii, 14 — ni, 13. Sur plusieurs points, le nouveau texte permet 
de compléter ou de corriger les lectures précédentes du papy- 

1 Je n'ajoute qu'un mot sur l'âge du papyrus. M. Wilcken est d'avis que le 
fragment de Berlin est écrit sur le verso du feuillet; le recto — c'est-à-dire, d'après 
la théorie de M. W. 'Hermès, XXII, 487), la face où les libres sont perpendiculaires 
aux joints des bandes du papyrus — est occupé par des comptes et une note datée 
des empereurs Marc-Aurèie et Verus. S'il en est ainsi, comme, en règle générale, le 
verso n'était employé qu'après le recto, notre procès-verbal serait la copie ou l'extrait 
sommaire d'un original antérieur de plus d'un siècle. Cet original — la mention du 
mois égyptien Pachun en fait foi — a dû être dressé par un scribe alexandrin. Quant 
à l'extrait, il aurait fait partie d'un recueil d'actes officiels compilé, à une époque 
tardive, par un personnage qui portait un intérêt direct aux anciens démêlés entre 
juifs et alexandrins. On comprend ce que de pareilles inductions ont d'hypothétique; 
e les reproduis sans commentaires en attendant mieux. 

T. XXXI, n° G2. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rus de Paris. Nous apprenons notamment que, à la suite de 
la plainte des Juifs, GO Alexandrins avaient été" bannis de la 
ville et leurs esclaves décapités. 11 devient aussi très probable que, 
dans la colonne n, les 1. 3 ( .) sont prononcées par les Juifs ; dès lors 
le xuptoç qui s'y trouve mentionné peut bien être le gouverneur 
d'Egypte, et non l'empereur. J'attends l'occasion de réimprimer 
les Ter les relatifs au judaïsme pour donner une nouvelle édition 
complète de ce papyrus, dont la date reste encore un mystère. 
Peut-être d'ici là en aura-t-on retrouvé encore quelque nouveau 
fragment. 

T. R. 



ORIGINE 



ET 



HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 



ET DES FORMULES DE BÉNÉDICTION QUI L'ACCOMPAGNENT 



La prière est aussi vieille que l'humanité, toujours les cœurs 
oppressés ont demandé à Dieu secours et consolation. Aussi l'Écri- 
ture Sainte renferme-t-elle beaucoup de prières qui ont jailli du 
cœur humain en diverses circonstances, tristes ou joyeuses 1 . Il est 
certain que, dès l'époque biblique, des prières ont été dites 2 par 
ceux qui apportaient les sacrifices, au moment où les prêtres 
offraient les victimes dans l'avant-cour du Temple. Le fait est ex- 
pressément affirmé pour l'époque post-biblique 3 . A mesure que la 
raison s'élevait, le besoin de se rapprocher de Dieu par la prière 
devenait plus pressant. Dans les Psaumes, lv, 18, et dans Daniel, 
vi, 11, il est déjà question de prières récitées trois fois par jour. 
Cependant, à l'époque biblique, on ne voit pas d'organisation de 
prières publiques. Le culte se réduisait principalement aux sacri- 
fices, et le chant des Psaumes, qui les accompagnait, n'avait, quoi 
qu'en disent I Chron., xxm, 30 et Néh., xi, 17, qu'une importance 
secondaire. Des formules fixes de prières ne se sont établies 
qu'assez tard, peut-être seulement dans les deux derniers siècles de 
l'existence du second temple: Celles qui se trouvent dans Deut., 
xxvi, 10, 13, et Lév., xvi, 21, ne sont que des prières de circons- 
tance. Il s'écoula un temps très long avant que s'organisât, à côté 
du culte des sacrifices, un service divin, oral et indépendant, pou- 
vant être célébré hors du sanctuaire, sans prêtres ni lévites. 

1 I Rois, vin, 22 et suiv. ; I Samuel, i, 10 et suiv. ; Jérémie, xiv, et passim. 
' Isaïe, i, 15. 
» Luc, i, 10. 



lsii REVUE DKS ETUDES JUIVES 

Le germe qui donna naissance à ce nouveau culte, que les doc- 
teurs du Talraud et les théologiens proclamaient supérieur à l'an- 
cien, fut, à notre avis, l'institution do la lecture publique de la Loi. 
Cette institution prévue par leDeutéronome, xxxi, 10-13, avait été 
établie d'une façon effective par Ezra, d'après Néh., vin, 8 et 18. 
La tradition, qui, sur la foi de ces passages, attribue l'institution 
de la lecture de la Loi, en partie, à Moïse et, en partie, à Ezra, 
s'est souvenue de ce fait que cette lecture formait la plus ancienne 
partie du culte synagogal, Elle s'est aussi rappelée que la lecture 
qui a lieu les jours de semaine est d'institution plus récente que 
celle des fêtes et sabbats, puisqu'elle fait remonter celle-ci à Moïse 
et celle-là à Ezra 1 . Cependant, par suite du manque de données 
historiques, on ne peut pas dire, avec une entière certitude, l'époque 
de la création des synagogues et leur destination, ni quand les lec- 
tures publiques de la Tora ont été organisées systématiquement* . 
Les textes de Deut, xxxi, 10-13, et Néh., vin, 18, permettent de 
croire que cette institution fut établie en premier lieu pour les 
trois fêtes de pèlerinage, principalement pour la fête des Tentes, 
où une grande multitude de pèlerins se rassemblaient à Jéru- 
salem; on profitait alors de cette circonstance pour rappeler les 
commandements divins au souvenir du peuple et les graver dans 
son esprit. Un vague souvenir de ce fait historique se retrouve 
encore dans l'opinion qui attribue à Moïse l'institution de l'usage 
d'expliquer, pendant chacune des trois fêtes, les lois qui la con- 
cernent 3 . 

On ne peut pas déterminer avec certitude l'époque à laquelle les 
lectures systématiques delà Loi ont été instituées, mais on sait les 
phases successives du développement de cette institution. On com- 
mença par lire la Loi aux jours de fête ; ensuite cet usage fut 
adopté pour les néoménies, puis pour les sabbats et deux jours de la 
semaine. Une fois cette institution passée dans les mœurs, le besoin 
se fit probablement sentir de lire la Loi chaque jour. Comme on ne 
pouvait célébrer tous les jours des offices publics et qu'une convo- 
cation quotidienne aurait imposé au peuple une tâche trop lourde, 
on s'arrangea de manière que chacun en son particulier lût tous 
les jours un passage de la Tora. Les connaissances religieuses 
étant peu répandues, le même passage devint la lecture quoti- 
dienne. C'est ainsi que s'explique théoriquement l'usage de réciter 
chaque jour le Schéma. 

Cependant aucune tradition ne nous a conservé le nom des auto- 

1 J. Meguilla, IV, 1 (75 à] ; b. Baba Kamma, 82 a. 
1 Voir L. Lôw, Monatsschrift, 1884, p. 97 et suiv. 
J Sifrè, I, 66, et passim. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 181 

rites qui ont institué la récitation quotidienne du Décalogue ou du 
Schéma. Dans les deux premiers chapitres du traité de la Mischna 
de BeraUhot et en maints passages de là littérature traditionnelle, 
on trouve des dispositions détaillées concernant la lecture du 
Schéma, mais nulle part on ne rencontre d'indication sur l'origine 
de cet usage. Il est simplement donné comme une prescription bi- 
blique résultant de Deut., vi, 1. Mais ce qui est hors de doute, c'est 
que le commandement : « Tu les inculqueras à tes enfants et tu leur 
en parleras soit en demeurant dans ta maison, soit en chemin, en 
te couchant et en te levant », n'est pas la cause de l'institution de 
la lecture du Schéma : c'est la justification tardive d'une coutume 
existant depuis longtemps. Ce verset n'aurait donné à personne 
l'idée qu'il faut lire chaque jour le môme passage de la Tora. 
Cependant, le fait que cet usage est fondé sur un passage biblique 
permet de conclure que l'institution de la lecture du Schéma était 
déjà très ancienne dans la première moitié du premier siècle, 
lorsque les Schammaïtes et les Hillèlites discutaient au sujet de la 
manière de le réciter l . Josèphe paraît attribuer cette institution à 
Moïse 2 . 

Ces circonstances montrent que la lecture du Schéma était 
devenue insensiblement un rite. Elle tire son origine du culte 
des sacrifices dans le temple. Dans la Mischna de Tamid, IV, où 
les préparatifs pour le sacrifice quotidien du matin sont décrits 
minutieusement, on lit à la fin : « Et ils allaient dans la salle des 
pierres taillées pour lire le Schéma » 3 . Au chap. VI, on donne 
les détails suivants : « Alors le président ÇmiîQtt) leur disait (aux 
prêtres) : prononcez une eulogie, et ils la prononçaient; ils lisaient 
le Décalogue, le Schéma, Deut., xi, 13-21, et Nombres, xv, 37-41; 
ensuite, ils prononçaient trois eulogies, etc. 4 ». 

Nous ne pouvons pas déterminer exactement l'époque où cette 

1 A cette occasion, je voudrais appeler l'attention sur la valeur chronologique des 
assertions de la Halakha sur l'origine biblique ou rabbinique de certaines prescrip- 
tions et défenses. Ce qui est reconnu d'origine biblique est toujours plus ancien que 
ce qui est déclaré d'institution rabbinique : tf3"p est TH"inrî *j?3 ; par contre, î-fbDn 
n'est que *J 22^*173 (Maïmonide, seul, considère n^DD également comme JTTinïl "173, 
dans Mlschné Tora, Hilkhot Tefilla, ij. 11 en résuite que U)"p est plus ancien. On ne 
devrait jamais négliger cette donnée chronologique. Les expressions îf^in et rntiîH 
ainsi que le manque ou l'existence de controverses ont une signification chronolo- 
gique qui permet souvent de suppléer à l'absence des indications de dates. 

* Ant. % IV, 8, 13; cf. Schûrer, Geschichte des jûdischcn Volkes, 2 e édit., II, 383. 

3 ymoîi pn «npb mwn rûwbb nnb iéwi Trrn. 

4 D"nain rnw narip taia pi nn« nsia ".ma mwtttt ûnb ien 
a^arn n72N mmn tDbuj dwïi na "onn nttem 2112-0 un mm yiy® 
narre! lEMb nrtK rona "psioiE roam tparo ro-m rnnaai. Au ueu 

de rnnaSHi comme il y a dans l'édition princeps, il faut lire rîTD3>, ainsi qu'il ré- 
sulte aussi de Maïmonide sur ce passage. 



182 HKVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

Mischna a été composée. Mais, comme elle mentionne a^n»» 1 
et qu'elle désigne la bénédiction usitée sous le nom de tma*, on 
peut en conclure avec certitude que, dans sa forme actuelle, elle 
n'est pas très ancienne. Elle indique déjà les débuts de l'organisa- 
tion du culte synagogal, car la partie orale du service divin et 
le peuple s'y trouvent au premier plan. On commença par lire, 
dans l'ancien culte des sacrifices, un passage de la Tora et on 
n'ajouta que plus tard la prière rabbinique composée pour l'accom- 
pagner. Le traité de Tamid offre pourtant une difficulté, c'est qu'à 
la fin du ch. IV il n'est question que du Schéma, et au commence- 
ment du chap. V il est aussi question du Décalogue. Cette circons- 
tance nous amène à croire que, dans cette dernière Mischna, 
divers éléments ont été fondus ensemble, ce qui semble indiquer 
une date de composition relativement récente. Notre Mischna peut 
donc tout au plus remonter à l'époque de la destruction du Temple 
et refléter un état de choses existant aux derniers jours du Sanc- 
tuaire, où les scribes avaient acquis la prépondérance et avaient 
modifié le culte selon leurs vues. Cette hypothèse n'est pas témé- 
raire, car plusieurs savants sont arrivés à cette conclusion que les 
traités de Yoma, Tamid, Middot et la liste des fonctionnaires du 
Temple dans Scliehalim ont été seulement rédigés après la des- 
truction du Temple 2 . 

Donc, à notre avis, les divers éléments amalgamés dans notre 
Mischna représentent des institutions de différentes époques qui ne 
se sont maintenues ensemble, dans la pratique, que peu de temps. 
Les préparatifs du sacrifice du matin nous font deviner le but que 
peut avoir eu, à l'origine, la récitation du Schéma et du Déca- 
logue. Le culte des sacrifices commençait à l'aube. Le surveillant 
disait : « Allez et voyez s'il est temps d'immoler le tamid. » Dans le 
cas affirmatif, l'observateur disait: l'aube brille! D'après JMathia ben 
Samuel, le surveillant demandait : « Tout l'est est-il éclairé jusqu'à 
Hébron? » L'autre répondait : « Oui 3 . » — On voit que le soleil 

1 Ci'. Zunz, Gottesdienstliche Vortrâge, 370, note a. 

* A. Buchler, Die Priester und der Cultus im letzien Jahrzehnt des jerusalemiscàcn 
Tempels (II. Jahresbericht der israelitisch-theologischen Lehranstalt ia Wien i'ûr das 
Schuljahr 1894/95), p. 12; Lerner, Magazin, XIII, 8. O. Hoffmann, dans Die 
ersîe Mischna (Jahresbericht des Rabbinerseminars), Berlin, 1882, p. 11, est d'un 
avis différent ; mais les arguments contraires de MM. Lerner et Buchler sont fort 
probants. 

8 Mischna, Tamid, III, 2 ; Yoma, III, 1,2; cf. Tosefta, ibidem, I, 14; cf. Yoma, 
28 b. Sur le sens de "vpTn (^Np-D), voir J. Derenbourg, dans Revue, VI, 50, 
note 3. La première relation rapporte sûrement la coutume la plus ancienne, comme 
le prouve l'expression caractéristique et archaïque de "ip , ")")3; Mathia ne 'parle cer- 
tainement que de la coutume de son époque, par conséquent des derniers jours du 
Temple. Notre traduction rend le sens simple de la Mischna, sans tenir compte du 
Talmud de Babylone ; le Yerouschalmi dit simplement : np'HS "'pTn "1Ï172- 



o 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 18, c 

avait son rôle dans le culte du Temple. Comme on sait, la journée 
commençait dans le Temple le matin, et non pas la veille au soir, 
car, pour le sanctuaire, on tenait compte du lever du soleil, et non 
pas de l'apparition de la lune. C'est pourquoi le sacrifice du soir 
devait être offert encore en plein jour. L'influence du parsisme sur 
le culte du Temple est attestée, non seulement par Ezéchiel, vin, 
16, mais encore par la fête des libations d'eau, célébrée jusqu'à la 
destruction du Sanctuaire et qui avait pour but de combattre cette 
influence, encore que les candélabres d'or y jouassent un rôle 
prépondérant 1 . Comme à l'époque de la domination persane, la 
religion de Zarathustra exerçait une certaine influence en Judée et 
y comptait peut-être même des adhérents, et que pour le culte des 
sacrifices on tenait compte du lever du soleil, il était à craindre 
qu'il ne se produisît une confusion chez le peuple et qu'il ne crût 
qu'on adorait le soleil. Pour parer à ce danger, on proclamait de- 
vant la foule 2 , avant l'offrande du sacrifice : Ecoute, Israël, 
l'Eternel est notre Dieu, l'Eternel est Un. On affirmait ainsi devant 
le peuple que l'Eternel est Dieu, et non pas Ormuzd ou Ahriman, 
qu'il est Un, qu'il n'y a pas deux puissances, et que c'est à lui que 
les sacrifices sont offerts. 

Dans cette hypothèse, les mots : « Ecoute, Israël » ont un sens 
clair et sont de circonstance, ce qui n'est pas le cas s'il s'agit d'une 
simple récitation où chacun s'adresse à soi-même. Du reste, les 
docteurs de la tradition ont senti la difficulté et ont essayé de la 
résoudre d'une façon originale en rapportant « Israël » à Jacob 3 , â 
qui ses fils auraient fait cette profession de foi : l'Eternel est notre 
Dieu, l'Eternel est Un. R. Lévi rapporte Israël à Jacob déjà mort, 
que l'on continuerait ainsi à apostropher dans la tombe 4 . 

Comme le Schéma était récité au moment du sacrifice, il en est 



1 Mischna, Soucca, V, 1-5 : « Lorsqu'on arrivait à la porte de l'Est, on se tour- 
nait vers l'Ouest et on disait : Nos ancêtres étaient à cette place, le dos tourné au 
temple du côté de l'Orient, la face vers l'Est, et ils s'inclinaient devant le soleil 
(Ezéchiel. vin. lGj, mais nous, nous appartenons à Dieu et nos regards se tournent 
vers lui. • Cf. Wiener, B ihl. licalv-artcrbuch, s. v. Sonne. Un Amora, dans j. Soucca, 
V, 5 (55</), essaie d'atténuer les reproches d'Ezéchiel. 11 y a aussi un passage inté- 
ressant dans j. Eroubin, V, 1 (22 c) : pni^ m *U bfcOM dlïn NfiN ^11 "173*1 

n»s»a«3 ~xr,r> txnnv Tnrain nsna nwsb d^ircanrs n^na w n?:D 

.n?:n ndipro nnNni rasa nfiipna inaa na 

* Mischna, Toma, I, fin : 17*112 TKPÏVB 1? PSttE *D3Ï1 nnp !"în n rï N3 

3 Sifrè i II, 31 ; Genèse rabba sur xlix, 2 (ch. 78), Deut. r. sur vi, 4 (ch. 2) déve- 
loppent davantage celte interprétation et lisent Gen., xlix, 2 b : biOt)' 1 b&t "1^72**231. 
De cette Agada résulte ensuite cette déclaration que "Y'V'ft'S dlïJ "p"! 3 provient de 
Jacob ou de Moïse. Pour plus de détails, voir Magyar Zsido S^emle, IX, 115. 

* Deut. rabba, l. c. 



184 REVUE DES KTUDKS JUIVES 

résulté que plus tard les docteurs ont fixé cette heure pour la réci- 
tation de cette prière, même en dehors du Temple. Car, d'après 
tous, à l'exception de R. Josua ben Hanania, i! faut lire le Schéma 
avant le lever du soleil 1 . A l'époque du Temple, les rayons éma- 
nant de la lampe d'or de la reine Hélène indiquaient le moment où 
il fallait lire le Schéma 2 . Plus tard, on maintint la même heure. 
Ainsi, à l'époque talmudique, le Schéma et la Tefilla ne coïnci- 
daient-ils pas, comme de notre temps 3 . Sans entrer dans de plus 
amples détails, nous constatons, parles passages cités, que les gens 
du Mischmar lisaient le Schéma les premiers, ceux du Maamad les 
derniers, et le peuple dans l'intervalle qui les séparait. R. Yoha- 
nan rapporte que les "j^pTil terminaient le Schéma immédiatement 
avant ï-fàrfîi yjïi pour continuer aussitôt par la Tefilla 4 . Ce passage 
signifie que les Watikin commençaient et terminaient les premiers 
le Schéma, comme il résulte clairement de j. Berahhot, 3a, où 
Mar Ouqba énonce la même proposition sous une forme un peu 
différente, car au lieu de Tmoia, il dit ymp") 'j'Wdm 5 . Les Watikin 
auraient donc commencé le Schéma a peu près au même moment 
que les gens de garde du Temple. Nous sommes ainsi amenés à voir 
dans les Watikin des prêtres formant une communauté, puis- 
qu'ils célébraient un service commun. Cette hypothèse est corro- 
borée par les paroles de José ben Eliakim qui suivent immédiate- 
ment l'assertion de R. Yohanan. Il dit, en effet, au nom de « la 
sainte communauté de Jérusalem », que celui qui rapproche la 
Gueoulta de la Tefilla est préservé en ce jour-là de tout danger, ce 
qui, au fond, est identique au dire de R. Yohanan 6 . Les Watikin 

1 Mischna, Berakhot, V, 1 ; Yerouschalmi, i. I. (3 a). Josua b. Hanania était un 
véritable disciple de Yohanan ben Zaccaï ; comme son maître, il voulait rendre les 
institutions indépendantes du Temple. Cependant, a l'époque du Talmud, son opi- 
nion ne prévalut pas. Cf. b. Berakhot, 25 b, et passim (voir aussi Tosatbt Yoma, 
37 b : i^N nTSN;- De la pointe de l'aube au lever du soieil, on distinguait trois 
moments: 1° nnUîn nb^N ; 2° mT»" "PÉP ; 3° HEin 'pn, ainsi qu'il ré- 
sulte de j. Yoma, 4U b. Ou comprend ainsi la baraïla de Yoma, 37 b : nN NTlpH 
TûS)» "»©3K1D VD73 N^ Nb 1733^73 "ÎZJSNI IWK W2S D2 miTTC yi2V 
'J'HnNtD 110212 v û3tfl l P'73' , 3t373. Cette baraïla est-ehu originaire, comme le 
prouve sa iorme, de l'époque du Temple? La chose est douteuse. 

* Yoma, l. c. 

3 On parle souvent de 3>73ttJ r\V\2 , par exemple dans j. Moëd Katan, III, 5 (83 a) ; 
Kohéiét rabha sur iv, 17, mbll' E|b&t73 SW31*3 ^"p ÏW3n, et ailleurs. Les ex- 
pressions rTOnrt y:™ et nmir ~7Dn^ n*133 [Yoma, 37 b) ne sont pas iden- 
tiques comme le croit Tosatbt, l. cit. Ceite dernière expression répond à -p&O 
n*"lT?;. cité dans la note précédente. 

« Berakhot, 9b, 2'5b, 26a. D* Mm» T")ttV Vil ^p^m "pm '•31 112X1 

S-rbsnb ribiNS 'jraoïiB ^3 ,M wi va: «vn ï-ranri y^n. 

5 nb idboto V3 nmN fmpi •jva'oio» vn ^mn aspi* 112 112$ 

TWtUn y^n 12 "jnbsn. Qu'on remarque l'article de Vp^mïl. 

6 nb-iaw "pion bs trbiywsn wa'Hp bnp ûiot DvvbN *p ^'n tvîi 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 185 

sont donc de la même famille que « la sainte communauté de 
Jérusalem », qui, comme M. Bùchler Ta prouvé, était une com- 
munauté de prêtres émigrés de Jérusalem à Sepphoris *. 

Je crois pouvoir encore prouver d'autre part que les "pp^m étaient 
des prêtres. Levy, dans son Neuhebr. Wôrterb., I, 5U6, et Kohut, 
dans son Aruch, III, 259, ont réuni tous les passages parlant des 
■ppYn. Or, sur sept, trois de ces passages désignent sûrement des 
prêtres. On dit, à propos de Doeg, dans j. Sanh., 29a, qu'il fut en- 
touré de ûvm tWtobn; comme il est question de prêtres, les dis- 
ciples doivent aussi avoir été des prêtres 2 . De même, R. Yohanan 
dit (ibid., 22a) : « Juda I avait un ^n*i TObn qui savait indiquer 
cent motifs pour déclarer un reptile pur ou impur ». Gomme les lois 
de pureté intéressaient surtout les prêtres, il est sûrement question 
en cet endroit d'un docteur de la classe sacerdotale 3 . Dans Scnab- 
bat, 105 a, on dit d'Abraham mm«a ^pnrftpTm, ce qui n'a de sens 
dans le contexte que si l'on identifie également ce mot avec prêtre : 
Abraham, comme Israël, prêtre des nations. Il est donc possible 
que dans le passage bien connu : « Ce qu'un disciple p^m enseigne 
devant son maître a déjà été révélé à Moïse au Sinaï » 4 , on ait 
pensé surtout à une décision de caractère sacerdotal. On sait, du 
reste, que le traité de Horayot (décisions) traite principalement 
des sacrifices qui devaient être offerts en certaines circonstances. 
Mais à supposer que p^m ait le sens général de « pieux, fidèle », 
et que ce terme s'applique aussi à des laïques, nous croyons quand 
même que cette dénomination était donnée de préférence aux 
membres de la communauté de prêtres émigrés de Jérusalem à 
Sepphoris, et que, par suite, là où ■ppvmtt désigne une classe 
déterminée, il s'agit de cette communauté 5 . 

iblS ÛTÏ1 bd p1T3 "Ij^N !"îb&nb. R. Eliakim était un contemporain de R. 
Yohanan. 

1 P. 40. M. Bûchler ne menlionne pas notre passade, qui est pourtant aussi 
probant que les autres. Car Yohanan eut également des relations avec des geus 
de Sepphoris, et José ben Eliakim habitait sûrement dans ces parages, à Tibé- 
riade. Rappoport (Bikkoiae HaitUrn, X, 118) prétend que les 'pp'^m étaient des 
Esséniens. 

2 nttN rranm isi iïïn in -nb p ymr^ wi ww 'n ? pmna wa 

Û^lïab Y»m ib "ttVnTa D^p^nn d'H'TObn. Hamua était de Sepphoris ; c'est 
peut-être lui « l'autre » qui eut devant lui ces D^pTIT û^-PTobn de la communauté 
des prêtres de Sepphoris. 

3 Au lieu de *»31 172N, il faut lire ("pm^""!^ et non pas corriger le second 
*0"| en "I^NTD '7, comme on l'a tenté d'après b. Sanh., 13 #. Du reste, Méir atist-i 
était à Sepphoris (j. Moed Katati, 82 d) ; notre démonstration n'y perd donc rien, 
même si nous admettons la relation du Babli. 

4 J. Pèa, 17 a ; j. Haguiga, 76 d ; Lêvitique rabba, ch. 22. 

5 p^m se trouve encore dans j. Eroubin, 22 c ; j. Berakhot, 5 c, et passages paral- 
lèles; h. Rosch Haschana, 32 b. Dans tous ces passages, il peut être question de 
prêtres. 



186 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

Dès lors que nous admettons que la récitation de Schéma était, 
à l'origine, une manifestation solennelle contre le parsisme, il est 
évident qu'elle fut instituée sous la domination persane. D'abord, 
on se borna sans doute à réciter le premier verset, et le peuple y 
répondait par la doxologie : w ûWb îrvobîa ms dtt ^ro. Si, dès 
le principe, on avait récité également le tiarwi, le peuple n'aurait 
pas interrompu les paroles bibliques par une eulogie. Ainsi, dans 
les Psaumes on ne trouve de formules de bénédictions qu'à la fin 
d'un psaume ou d'un livre. Voici encore une autre preuve. Juda I, 
dans ses conférences, se bornait à la récitation de l'unique verset 
de Schéma 1 . Il croyait donc avoir accompli son devoir en ne 
lisant que ce seul verset. 

A une époque postérieure, on ajouta au ^5310 le rûiwi. Ces ver- 
sets furent également adressés directement au peuple : « Aime 
l'Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout 
ton pouvoir, etc. » Plus tard encore, on ajouta le chapitre îTfri 
2fctt) ûs, qui fut également adressé directement par les prêtres au 
peuple, pour lui rappeler qu'il serait récompensé s'il obéissait aux 
lois de Dieu et puni s'il s'en écartait. Ce qui me fait supposer qu'on 
n'a commencé à réciter ce chapitre que plus tard, c'est que, dans 
les anciens temps, on se contentait d'adresser au peuple des haran- 
gues très brèves, et, en second lieu, parce que, d'après le Talmud, 
il suffit de lire avec ferveur le premier chapitre ; le recueillement 
est inutile pour la récitation du second-. De plus, il est dit ail- 
leurs que, le soir, il suffit de réciter la première Parascha 3 . Or, 
ceci ne s'explique également que si l'on suppose que la récitation 
du second chapitre est de date plus récente et, pour cette raison, 
n'était pas obligatoire le soir, d'autant moins que la récitation du 
Schéma n'accompagnait pas le sacrifice du soir et qu'on n'a com- 
mencé à le lire le soir qu'à une époque postérieure 4 . 

1 Bcralh'A, 13 b : ïm'rp i^ biB pQ'Q pVp?® 1T '^ b^Ot^ JMÇ n"n 
fc^TZÎSÏT Ce qui est discuté ensuite ne repose que sur une hypothèse, et non sur un 

lait, rma* Tîib )ftrù nn b"M .«^ rwnâa mmi 'im b&nsr ifté n?2N 

■p^SE fcÔ ''Su) *p3>£ Kttp NpiOD3. Voir encore S)urca, 42 a et 53 è ; j. Schabbat, 
3 a, où on parle du premier verset et des trois premiers versets. 

2 Tos. Berakhut, II, 2 (j. Ber., II, 1) : p-?p û« ïrnrT W) tn«» NÏ1N W 

n^ "pnrkNn p-^sn mb n« "j-pa sàv s"?n "piïîao pnsn iab. Cf. b. Berakhot, 

l3a-&, où on rapporte encore une controverse plus ancienne. 

3 J. Berakhot, l. c. 

4 On trouve une distinction analogue pour la Tehlla. Si d'après R. Josua, la Te- 
filla du soir est simplement facultative, rilu3"l, et non pas obligatoire, !"mn [Bera- 
khot, 21b), cela s'explique aussi parce que cette, prière est d'institution relativement 
récente. Josua ben lianania représente, en matière de prière, la tendance plus libé- 
rale et, par suite, plus ancienne. Selon lui, ou ne doit réciter que ÏIjTûuJ \^y"l2 

rncj' [aid. t iv, 3). 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 187 

Le chapitre de ittin fut ajouté le dernier au Schéma. Il n'y 
avait, en effet, aucune raison de le réciter dans le Temple, car, 
par son contenu, il n'a aucun rapport ni avec le culte des sacri- 
fices, ni avec le Temple. Si on ne veut pas admettre que ta&on et 
aiSfc'n nSON, dans Tamid, Y, 1, ont été ajoutés plus tard à cette 
Mischna et n'ont été récités que lorsque le culte synagogal eut été 
organisé, on ne peut expliquer l'usage de les réciter que de la 
façon suivante. Dans les années de crise qui précédèrent la des- 
truction du Temple, on voulait sans doute faire précéder le sacri- 
fice quotidien, non seulement d'une profession de foi et d'une 
exhortation à l'accomplissement des commandements divins, mais 
on voulait aussi rappeler la délivrance d'Egypte, afin d'inspirer 
au peuple courage et consolation, et l'exciter à la persévérance : 
« Souvenez-vous de tous les commandements de l'Eternel, car je 
suis l'Eternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir d'Egypte, pour 
être votre Dieu. » L'Egypte existe toujours ; elle s'appelle main- 
tenant Rome. Comme jadis, Dieu délivrera son peuple de la ser- 
vitude, si celui-ci s'attache à lui et à sa Loi. Le ■ntttm n'était donc 
autre chose que la hbiaw. Ce qui semble encore prouver qu'on n'a 
commencé à réciter cette troisième Parascha que plus tard, c'est 
qu'elle est placée à la fin, quoique dans la Tora elle précède 
(Nombres, xv, 37-41) les deux autres. La manière dont la Mischna 
de Berakhot, II, 1, motive l'ordre dans lequel se suivent les trois 
Paraschot nous confirme dans notre hypothèse. En effet, il y est 
dit que ift&m est placé après îrtn parce qu'on ne le récite pas le 
soir, les cicit n'étant pas obligatoires pour la nuit. Ce ne sont 
pas ces sortes de considérations qui décident des institutions. 
L'omission de ino^ii dans la prière du soir s'explique par le fait 
que ce chapitre n'a été ajouté que plus tard au Schéma. A l'époque 
des Amoraïm, il commence à pénétrer dans la prière du soir, au 
moins en partie (Berdhtiot, 14b ; cf. la Mischna I, fin), et finale- 
ment il conquiert entièrement sa place. Les institutions, elles 
aussi, ont à soutenir la lutte pour l'existence, et souvent elles ne 
remportent la victoire qu'après un temps très long. 

Nous croyons avoir démontré qu'à l'origine, la récitation du 
Schéma ne comprenait pas toutes les parties. A l'époque de la 
domination persane, on ne disait que le premier verset pour an- 
noncer au peuple, avant d'offrir le sacrifice, que l'Eternel est le 
Dieu-Un. En même temps, ou un peu plus tard, au biînw yftV s'a- 
jouta la formule, encore usitée aujourd'hui, par laquelle le peuple 
donnait son assentiment à cette proclamation du monothéisme. 
On y ajouta ensuite le mnoo, puis rrm, qui parle de récom- 
pense et de châtiment, et, finalement, nfeflPi, qui, par le sou- 



188 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

venir de la délivrance d'Egypte, parlait d'espérance au peuple. 
Pour préciser davantage l'époque où fut instituée la récitation 
du Schéma, nous pouvons nous appuyer sur l'eulogie que le peuple 
prononçait en réponse au yizv. Cette eulogie se trouve à la fin du 
second livre des Psaumes 1 . Si nous comparons cette dernière 
doxologie avec celle du troisième livre, nous constatons que ûuj 
TDS!-; est une paraphrase du tétragramme. Dans Néhémie, ix, 5, 
le tétragramme est également désigné par *\ibà wô. A cette 
époque, TDdîiûiB signifiait la même chose que, plus tard, le terme 
umDttit ùo. Comme on ne voulait pas prononcer le nom de la 
Divinité, on le paraphrasait. Des deux passages cités, Ps., lxxii, 
18-19, et Néh., ix, 5, nous pouvons conclure qu'on n'a pas cessé 
de prononcer le tétragramme en même temps chez les prêtres 
(lévites) et chez le peuple. Car, dansPs., lxxii, 18, et Néh., ix, 5, 
l'exhortation à louer Dieu porte encore mm, tandis que le répons 
du peuple a Tndï-ï dU5. Ce qui prouve avec évidence que le verset 19 
de ce psaume est un répons du peuple, ce sont les derniers ver- 
sets des autres livres des Psaumes (xli, 14; lxxxix, 53 ; cvi, 48), 
où on n'emploie partout qu'une seule doxologie à laquelle le 
peuple répondait : Amen. Cela est indiqué clairement dans Ps. 
cvi, 48. Les phrases finales des livres des Psaumes renferment 
des invitations adressées au peuple de s'associer à la glorification 
de Dieu. Le dernier psaume lui-même n'est, en quelque sorte, 
que la finale du livre entier 2 , il s'adresse à tous les chantres et 
musiciens ainsi qu'à tout Israël par ces mots : « Que toute âme 
loue le Seigneur », paroles identiques au passage de Ps. cvi, 48 : 

1 Les passages sur lesquels repose notre démonstralion sont les suivants : 

1. Ps., xli, 14 : pNi ps db"ia>r-î iyi ûbnyrro bana" 1 *ïib« 'n Tna 

2. Ps., lxxii, 18-19 : -nab mabsa to* ban®* "*nb« trnba 'n *p-D 

■jttNi "pDN pifitti b=> n** vnaa «bari ob-i^b maa dra "j-nm ; 

3. Ps., lxxxix, 53 : 'jEfin }ttN ûb"!3>b 'n ""pia ; 

4. Ps., gvi, 4s : nyn bd 112&1 ûbi*n ian obun xn b«WJ ^rh» 'n ^na 
mbbtt "paît 

Il ressort du 4 e passage que le second "J'EN signifie : « que le peuple dise *J}3N », car 
pourquoi aurait-on répété *j73N ? Dans ie second passage, le second verset est une 
paraphrase du premier ; peut-être ^T-m signifie-l-il ^TTld Û3TJ bd TENT, de 
même que I^NI = *p2N dï"ï"î bd *"l?2iO. Ces phrases finales contiennent donc 
aussi les répons du peuple, comme rmbbr» ou fîbd. Dans Néhémie, ix, 5, on lit : 

ûbi*ri iy D'bi^rj yn Dd*WN 'n ng "idna "im yiw û^bn nnTaîoi 
nbnm rtDna bd by DET-iTaï ^mad ûtzj wwi. Tosetta, Bemkhot, vu, 22, 

déduit de ce passage : UnpTaa 'paN *p3T3> "pN, « on ne répondait pas amen dans le 
temple », ce qui, en présence du témoignage des Psaumes, ne peut s'appliquer qu'à 
une époque très tardive, à moins qu'il ne s'agisse d'eulogies où le nom propre de Dieu 
était prononcé solennellement, comme le rapporte la Mischna de Yoma, IV, 2. 

* Si mes souvenirs ne me trompent, j'ai lu cette hypothèse quelque part chez 
A. Geiger. Ct. aussi Ps., cxxx.v, 19-21. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 189 

Que le peuple entier dise Amen ! » Le répons est dans le 
dernier mot : « Halleluia ! » Nous pouvons donc déduire des 
Psaumes que, dans le Temple, le peuple répondait soit « Amen », 
soit « Halleluia », ou bien ùbi^b ttiio dia ^inn. Dans ce dernier 
répons, mas ûia = mrp ». 

Etant admis que, dans notre bénédiction, les mots Tins diD rem- 
placent îth\ il est indiqué de voir dans -imdbft une allusion à 
ittribM. Effectivement, dans les Psaumes, d"nbtf est remplacé par 
^bttr» : ainsi, xx, 10, ^bttïi du second hémistiche est en parallèle 
avec STFP du premier hémistiche, comme npjn ^nba avec mm. 
De môme, xcviii, 6, /ta i ^b^n ^sb est analogue à d-'nba 'T. Si on 
songe ensuite que, plus tard, dans toutes les formules de béné- 
dictions, dbwi "fbïï est une amplification de "ûfïba, on recon- 
naîtra que, dans la doxolosrie qui nous occupe, "îrvobïï TQD du: 
est une paraphrase de imba *h du verset du Schéma. Le "un 
est une extension de dbi^b, comme on le voit fréquemment 
dans les Psaumes 2 . L'usage de réciter cette bénédiction doit 
donc remonter à une époque où les prêtres prononçaient en- 
core généralement le tétragramme, tandis que le peuple em- 
ployait pour celui-ci, comme pour d^iba, une paraphrase. Cette 
question ne peut pas être résolue avec une entière certitude, mal- 
gré la monographie que M. G. Dalman a consacrée au nom de 
Dieu 3 , mais il est, du moins, vraisemblable que notre bénédic- 
tion ne remonte pas au-delà du troisième siècle avant l'ère chré- 

1 Ps., gxiii, 2, dbl^ iy\ ïin^fa ^"HdTa 'n dU5 TP est identique à notïe béné- 
diction, car 'n dU3 = TTlDd dU3 et *pa73 = ^T*|3 ; ci'. Ps., cxv, 18. Dans la 
tradition, cette eulogie a comme analogie ^"13)3 fcO"l ÏT72UJ Nn" 1 {Targoum Jér. 
sur Genèse, xlix, 2, et Deut., vr, 4, comparé avec Sif'ré sur ce dernier passage) 
qui serait en hébreu "p-QE blI^TT V2"Q ?ÎT (KoheUt rabba sur ix, 15 ; Baer, 

b&rmr rn-n?, p. 82), 

* J'ai déjà donné cette interprétation de Feulogie qui nous occupe dans le Magyar 
Zsido Stemle, IX, 204, et j'y ai exposé les principaux arguments de cette présente 
étude. Cf. sur cette eulogie, Derenbourg, Revue, VI, 51, note 7, et Buchler, Pnester 
und Cultus, p. 175, dont je ne puis admettre les conclusions. Je considère cette béné- 
diction de date bien antérieure à l'époque d'Hérode ; le mot *iy~\ à côté de dbl^b 
ne doit nullement être torturé, car il esi aussi employé de la même manière dans les 
Psaumes. — Nous reparlerons des "irP*!" 1 ^IÏSjN- Je voudrais soulever ici la question 
de savoir si dans les Psaumes aussi, 'n n'est pas remplacé par ^573. cxt.v, 1 ; v, 3; 
lxxxiv, 4, pourrait peut-être en fournir une preuve, car "Obfà dans TlbNI "Ob73 
est considéré comme une variante de ijÏN dans le sens originel, et ^7371 "'Ï'PN est 
pris pour 'n d^ïlbiX ou d^îlbtX '% Le terme YnSfi "ïb?3, dans Ps. xxiv, est aussi 
digne de remarque. 

Der Grottesname Adonaj uni seine Geschickte, Berlin, 1889. Voir en particulier 
p. 74 et suiv. Les passages talmudiques ont été réunis par Geiger dans Urschrift, 
261 et suiv., où, à mon avis, il cherche à concilier les contradictions d'une façon un 
peu artificielle. M. Dalman a réuni une foule de matériaux, mais, sur ce point, l'au- 
teur n'arrive à aucun résultat certain. 



190 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

tienne. En admettant môme que la version des Septante, qui rend 
le tétragramme par auptoç, était déjà presque achevée en ce siècle, 
ft que, par conséquent, le nom de Dieu n'était alors plus pro- 
noncé par le peuple, en acceptant également les autres argu- 
ments de M. Dalman, en adoptant même la déduction tirée de 
Néhémie, ix, 5, pour l'époque de la composition de ce livre, nous 
ne pouvons faire remonter l'origine de notre eulogie plus haut 
que le troisième siècle. En effet, dans la Bible, elle ne se retrouve 
nulle part sous sa forme complète. 

A notre avis, cette eulogie, ainsi que le naïtai, qui est de la 
même époque ou d'une époque rapprochée, étaient dirigés contre 
le parsisme, comme le btiCW 3W. Le chapitre de rpïn, qui appelle 
avec insistance l'attention sur les récompenses et les châtiments, 
a dû être ajouté à une époque où l'Hellénisme avait déjà fait de 
dangereux progrès, peut-être un demi-siècle avant Antiochus 
Epiphane. Quant au h i5MP'i, il a été ajouté probablement à l'époque 
de la domination romaine, comme je l'ai déjà indiqué plus haut. 
Nous pensons donc que la prière du Schéma, sous la forme qu'il 
avait à l'époque de la Mischna et qu'il a encore actuellement, se- 
rait le produit de trois époques différentes, chacun de ses cha- 
pitres reflétant les préoccupations du temps. 

L'idée qui nous guide dans cette étude, c'est que le service divin 
synagogal tire son origine du service du Temple, mais a reçu des 
additions ultérieures. En outre, il nous semble incontestable que 
dans le Temple, qui était spécialement le lieu des sacrifices, toute 
pratique devait avoir un rapport quelconque avec ce culte spécial. 
Il devait donc exister quelque rapport entre la lecture du Déoa- 
logue et le culte des sacrifices. Nous croyons qu'avant d'offrir les 
sacrifices, on tenait à déclarer solennellement que les offrandes 
qu'on allait apporter étaient destinées à Adonaï et que c'est lui 
seul qui devait être reconnu comme Dieu. On atteignait ce but en 
proclamant devant le peuple les deux premiers commandements. 
Nous supposons même qu'à l'origine, les prêtres se bornaient à 
lire ces deux premiers commandements, qui proclament la divi- 
nité d'Adonaï et interdisent le culte des idoles, et que c'est plus 
tard que les autres commandements ont été lus à la suite. 

Mais, si vraiment la récitation du Décalogue était une profes- 
sion de foi monothéiste et une protestation contre le culte des 
idoles, on peut se demander pourquoi on employa à cet effet deux 
passages de la Bible. Il est hors de doute que la récitation du 
Schéma est de date plus ancienne, puisque c'est une proclamation 
formelle et que, d'ailleurs, le Schéma est resté comme profession 
de foi quotidienne, tandis que la récitation du Décalogue, précisé- 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 191 

ment à cause de son origine plus récente, a cessé. Les tentatives 
faites plus tard pour la rétablir échouèrent *. Or, du moment que 
le Schéma était récité, pourquoi lisait-on le Décalogue? On s'ex- 
plique, à mon avis, ce fait par la situation religieuse à Fépoque 
hellénique. Du temps des Persans, il s'agissait seulement de lutter 
contre le dualisme, le dieu de la lumière et celui des ténèbres, mais 
durant l'époque syro-grecque, il fallait combattre le polythéisme. 
Il ne suffisait donc plus de proclamer l'unité de Dieu, il était né- 
cessaire de préserver le peuple de la séduction du culte des idoles, 
et, par conséquent, il fallait insister sur le deuxième comman- 
dement : « Tu n'auras pas d'autres dieux que moi ; tu ne feras pas 
d'images taillées, ni de figure de ce qui est en haut dans le ciel ou 
en bas sous la terre ». A l'époque syro-grecque, ce commandement 
perdit quelque peu son sens primitif, pour être dirigé contre les 
dieux grecs. 

* 

Passons maintenant aux bénédictions du Schéma. Dans la 
Mischna de Berakliot, I, 6, il est dit : « Le matin, on récite deux 
bénédictions avant le Schéma et une après 2 . » Les bénédictions 
étaient-elles déjà usitées dans le Temple ? Dans la Mischna de 
Tamid, V, 1, on parle de nna hsia et de a^i pek. Quelle est cette 
bénédiction? Samuel croit qu'il s'agit de l'unique bénédiction récitée 
sur la Tora 3 . Quelqu'un demande alors pourquoi le texte ne porte 
pas nm&ttïi hS.V, et un autre Amora fait observer que c'est parce 
qu'à cette heure les corps célestes ne sont pas encore visibles. 
Selon moi, la bénédiction sur la lumière avait aussi sa place dans 
le culte du Temple. Comme on guettait, pour ainsi dire, le premier 
rayon de lumière pour commencer le service des sacrifices , il 
semble naturel qu'en apercevant ce rayon on exprimait sa grati- 
tude par une eulogie, en modifiant légèrement le verset d'Isaïe, 
xlv, 7 : toi* -f^nn irràn m» ^"p ('bw ^b» 'nbx) 'n tins ^"i^s 
bnrr na Niin tiftfe. 

1 J. Berakhot, 3 c. 

* Nous pouvons négliger ici la quatrième bénédiction du Schéma du soir, car elle 
ne tire pas son origine du culte du Temple, pas plus que la récitation du Schéma du 
soir. En eil'et, on sait que le culte des sacrilices se terminait par le 'pa blD T^fàn 
Û^n"!^". A. remarquer que Philon (II, 475) dit des Thérapeutes qu'ils priaient deux 
t'ois par jour, ce qui semble avoir un rapport étroit avec le service divin du Temple. 
On sait que le Talmud attribue rétablissement des trois prières quotidiennes aux 
trois patriarches (Berakhot, 26/;), ou ^ es ' a 't correspondre aux trois sacrifices quotU 
diens en considérant l'opération de brûler la graisse comme une sacrifice à part 
(ibid.). 

3 J. Bcrahhot, 3 c. 



192 HblVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette eulogie, où l'opposition au parsisme est évidente, était une 
excellente introduction au Schéma, qui avait la même tendance. 
Comme nous l'avons déjà exposé, les 'ppTVi (prêtres), qui s'en te- 
naient aux usages du Temple, récitaient le 2ïïuj à l'apparition des 
premières heures de l'aube; d'après la Mischna aussi, c'est le mo- 
ment où il faut réciter le Schéma l . Si donc, au premier siècle, on 
récitait le Schéma et la bénédiction qui le précède après l'appari- 
tion du premier rayon de lumière, il ne peut être douteux que 
cette bénédiction a son origine dans le culte du Temple. C'est aussi 
à cette bénédiction que Josèphe semble faire allusion en parlant 
des prières des Esséniens, très anciennes et adressées au soleil 2 . 
Après la destruction du Temple, l'institution d'une bénédiction de 
ce genre n'eût pas été possible, car, au fond, elle a pour objet le 
soleil, et R. Juda déclare que la bénédiction prononcée sur le so- 
leil est une hérésie 3 . 

Nous savons par la Mischna si souvent citée de Tamid, V, 1, 
qu'outre le Schéma, on récitait le Décalogue. Cette lecture avait 
très probablement lieu après la récitation du Schéma, car la 
Mischna IV, à la fin, ne mentionne que celui-ci, qui, par suite, de- 
vait former la lecture principale. Cependant, avant la lecture du 
Décalogue, d'après la Mischna V, 1, on prononçait aussi une béné- 
diction; c'était très probablement la rmnn rwa, dont nous allons 
parler incessamment. Le service oral précédant le culte des sacri- 
fices se composait donc de deux parties : 1° du Schéma précédé 
d'une bénédiction; 2° du Décalogue précédé d'une bénédiction. 
Il est donc vraisemblable que notre Mischna, qui place en premier 
la lecture du Décalogue avec une bénédiction, n'est pas tout à fait 
conforme à la vérité historique. Comme l'indiquent les trois béné- 
dictions finales qu'elle mentionne, elle peut avoir été influencée 
par le culte synagogal tel qu'il existait plus tard, ou bien elle 
met en première place le Décalogue, parce que, dans le Penta- 
teuque, il se trouve avant les chapitres du Schéma. On s'explique 
alors que la Mischna parle seulement de nna fDia, car elle passe 
sous silence l'autre tta*ia, qui a déjà été récitée antérieurement. 

Quel était le contenu de la mv\n rùia? Cette formule était cer- 
tainement brève, car dans les anciens temps on ne songeait guère 

1 Berakhot, 19 b, et j. ibid., 3 b. 

3 Bellum J/id., II, 8, 5; voir Schûrer, Geschichte des jûdischen Volkes, II, 480. 

3 Tosefta, Berakfiot, 1, 10 : rHTIN ^Tll* Cette expression montre que le nom 
d'Elischa ben Abouya (inN) ne signifie autre chose que « hérétique >. Nous revien- 
drons sur la forme actuelle de cette bénédiction dans Tosefta, Berakhot, Vil, 20, et 
j. Ber., 12 d. rnnN "p*! signifie peut-être le christianisme : TP3 ...nrUDH "On 
niriN ^-n "IT 'HH 112b f|bfrO ùmm Nï"ï. Cette Baraïta nécessite encore une 
étude plus approfondie. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 193 

à imposer au peuple de longues prières. La forme la plus ancienne 
paraît nous avoir été conservée dans le Psaume cxix, 12 : ïipn ^m 
Y'pn ^YTKb '% Ici l'eulogie n'est pas encore un remerciement pour 
le passé, mais une prière pour obtenir les lumières divines, comme 
tout le psaume xxv. De là sortit une formule plus développée, où 
on louait Dieu d'avoir donné la Tora à son peuple et qui exprimait 
en même temps l'obligation de pratiquer la Loi. Je trouve une in- 
dication concernant l'eulogie de la Tora sous sa forme ancienne — 
je laisse de côté la formule plus récente existant encore aujourd'hui 
— dans l'information historique de la Mischna de la fin de Middot, 
où nous voyons que le Sanhédrin, après que son enquête relative 
aux prêtres qui devaient être admis au service des sacrifices avait 
donné un résultat favorable, prononçait ces mots : « Loué soit Dieu 
qu'il ne se soit pas trouvé de tare chez les descendants d'Aaron : 
loué soit le Seigneur qui a choisi Aaron et ses fils pour faire le 
service devant le Seigneur dans le Très-Saint » *. De même que 
les prêtres louaient Dieu de les avoir choisis pour son service, 
de même le peuple le louait de l'avoir choisi pour lui donner sa 
Loi. La bénédiction de la Tora était donc probablement conçue 
ainsi : barrai tojs iman 'ri fins yra. L'expression i»3>a 'irmn 
htidw* est identique à smrtl fma, comme beaucoup de prières le 
prouvent. En effet, l'élection se manifeste précisément par la 
révélation de la doctrine de Dieu. Il est donc hors de doute que 
notre mna ou ûVi? nnrwi 2 n'est qu'une rmnîi rmn plus déve- 
loppée ; son contenu le prouve bien clairement. L'amour dont 
il y est parlé n'est que l'expression du fait que Dieu a donné la 
Tora à Israël ; dans la langue de la Tradition, « l'élection d'Is- 
raël » est identique à « l'amour de Dieu » 3 . Nous comprenons 
maintenant pourquoi le Schéma est précédé de deux bénédic- 
tions : l'une se rapportait originellement au jm, l'autre au Dé- 
calogue. Bien que ce dernier ne soit plus récité, sa bénédiction a 
subsisté néanmoins, parce que le Schéma est aussi un passage de 
la Tora. 

1 bi» "iJ-na biDD NiS)33 abiz: kiïi yni ûïpfcïi ^na û^bin t»ît "pi 
iznp maa 'n "osb n-nab 1732b wam •pt-iao /matu son -p-im "pria 

* Gomme le prouve leur contenu, ce sont simplement deux versions différentes de 
la même bénédiction. 11 est très vraisemblable que c'est seulement à une époque pos- 
térieure, peut-être même seulement après l'époque talmudique, qu'on a adopté l'une 
de ces versions pour le Schéma du matin et l'autre pour le Schéma du soir. Il en 
est de même pour i^pl riftiS et Ïi3"l53fcn n?3N ; d'après j. Ber., I, 1, on récitait 
aussi le soir le a^ït"^ n?0J<, comme on peut le déduire du passage suivant : "•DnlTïl 

mima bui a^am n^Na nb -ino ? a^am n?2K nn« ûnai ûnwi» "p». 

* Sifrè, II, 36 ; I, 119, et passim. Voir à ce sujet des détails complets dans mon 
écrit : Izruel Kivalasztasa (L'élection d'Israël), p. 29 et s., 40 et s. 

T. XXXI, n° 62. 13 



194 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La première bénédiction aussi avait à l'origine une forme plus 
concise, comme Zunz Ta déjà remarqué '. Mais, à mon avis, cette 
formule était bien plus brève que ne le croit Zunz 2 . Elle ne se com- 
posait probablement que des huit premiers mots 3 : 'ba 'l rtn« ^m 
m«[n] W* '*ïi ^btt. Peut-être aussi la bénédiction primitive allait- 
elle jusqu'à Von na ^121 — ainsi que la phrase se termine avec 
une variante du dernier mot —, afin de lui donner une tendance 
agressive. Pour nvrramttv, ce morceau date certainement, selon 
moi, de l'époque du Temple, mais n'a pas son origine dans le culte 
même du Temple. Car, dans le Temple, la lune, à laquelle l'expres- 
sion de « luminaires » fait allusion, ne jouait aucun rôle. Cette 
eulogie vient d'une époque où le Schéma se récitait déjà le soir, 
vu qu'elle fait allusion au soir d'une manière plus claire que 
les premiers mots tin nim jusqu'à bsn. Les prières correspondantes 
du soirleursont identiques pour le fond et ne s'en distinguent que 
parce qu'elles accentuent davantage les allusions faites au soir. 
Nous ferons remarquer que, dans ùbi3> naïiN, les mots !53D\Da 
îaioipan sont destinés à rappeler les paroles bibliques d'où les plus 
anciens Tannaïtes ont fait dériver le caractère obligatoire du 
Schéma du soir, précisément parce que la récitation de ce Schéma 
était plus récente et n'était pas si bien entrée dans les mœurs que 
celle du Schéma du matin. 

Comme les prophètes à la fin de leurs discours, les prêtres, à 
la fin du court service oral par lequel s'ouvrait le culte des sa- 
crifices, prononçaient une formule de consolation. Ce qu'on dési- 
rait le plus, c'était l'indépendance, la délivrance de la servitude. 
Dans les Psaumes il était déjà question de la ttbiM, ainsi que sur 
les monnaies de Tépoque des luttes pour l'indépendance (dans tous 
les cas au moins sur celles de l'an 70), où se trouvent les mots 
fibiaw et rmn. Il est donc vraisemblable qu'il fut déjà question de 
ïiVi&tt dans le Sanctuaire, et cette hypothèse est confirmée par la 
mention de n^m noa. Pourtant, je ne crois pas qu'il ait déjà été 
question de « délivrance » dans le culte du Temple. Sous le règne 
de princes indépendants, une pareille prière n'eût pas été tolérée. 
Comme elle suppose une époque de domination étrangère, il faut en 
placer l'établissement au premier siècle de la domination romaine, 
entre Pompée et Vespasien. Peut-être n'a-t-elle même été intro- 

1 Gottesdienstliche Vortrâge, 369 et s. 

* Mon opinion est partagée par M. A. Frisch, qui, dans deux articles [Magyar 
Szido SzemU, IX, 264 et 333), a essayé de fixer les prières les plus anciennes et leur 
l'orme primitive la plus concise. 

3 Peut-être seulement cinq mots, car à l'époque persane les mots *]bfà IS^InbjS 
ûbl3>îl ne suivaient pas encore habituellement 'T. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 195 

duite que dans les dernières années du Temple. Nous avons déjà 
dit que ^eèpi était aussi simplement une allusion à la iibi&tt, et il 
est probable que, dans les premiers temps, on s'était contenté de 
cette î-jVi&u un peu vague. Gomme Yocêr Or et Ahaba, cette der- 
nière bénédiction, sous sa forme originelle, ne se composait sans 
doute que des quelques mots qui nous ont été conservés dans les 
cinq mots de la fin : bam^ bitt 'n nna *pia, qui s'adaptent bien au 
i73N"n, la délivrance dans le passé étant une garantie de la déli- 
vrance dans l'avenir. Le ïtttn tfait ne fait pas partie, selon mon 
avis, de la îiVi&u, mais se rattachait à la lecture du Décalogue et 
était comme une adhésion solennelle à la Tora. 

Le service divin, au moins dans la synagogue, commençait par 
l'appel 'n hâ "ûia, qui provient probablement de l'appel analogue 
qui se faisait dans le Temple (Tamid, V, 1 : nna î-o*U ima) è 
Au sujet de cette formule introductive, il y a dans la Mischna 
(Berahhot, VII, 4) une divergence entre Ismaël et Akiba. D'après 
le premier, il fallait ajouter le mot •p'ûtttt, comme cela se fait 
encore aujourd'hui. Gomme on récitait d'abord des Psaumes, 
Ismaël pensait sans doute qu'il était logique de dire "piattH, 
« celui qui venait d'être loué ». 

Le service du matin se divise en trois parties : 1° irran y\tt; 
2° yftv avec les bénédictions qui le précèdent et le suivent ; 
3° nbsn. La partie la plus ancienne est le ra». La plus récente est 
la récitation des Psaumes. Le Schéma avec ses eulogies provient 
du culte du Temple, la Tefllla est un produit de la synagogue. Le 
Schéma formait un tout complet. Ceci ressort de ces mots que 
« le Schéma est une prescription biblique et la Tefllla une pres- 
cription rabbinique ». On suppose donc qu'à une certaine époque, 
le Schéma seul, et non pas la Tefllla, faisait partie du culte public. 
Au premier siècle encore, on discute si on peut enfermer la prière 
dans des formules fixes (Berakhot, III, 4; Abat, II, 13). Dans 
Berakhot, la Mischna traite séparément du Schéma et de la Te- 
fllla. Les « anciens hommes pieux » faisaient avant la Tefllla une 
pause, afin de pouvoir la réciter avec le recueillement nécessaire 
(ibid., V, 1); ils ne la rattachaient donc pas au Schéma. Il résulte 
aussi avec évidence de la promesse d'une récompense spéciale 
pour ceux qui « rapprochent la Tefllla de la Gueoulla », que ce 
n'était pas là une coutume générale, sans quoi il eût été inutile 
de faire cette promesse (Berakhot, 9 b). Nous pourrions encore 
citer d'autres preuves, mais celles-ci doivent suffire. 

Gomme le Schéma formait une prière bien distincte, il est très 
facile de comprendre pourquoi il était terminé par la Gueoulla. Il 
fallait, en congédiant le peuple, lui faire entendre des paroles de 



IDG REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

consolation. Nous comprenons aussi comment on a pu ajouter 
"îinTDun au Schéma du soir. Cette prière se rapporte au coucher 
et n'est à sa place que si celui-ci suit immédiatement. Cette prière 
date sûrement de l'époque où la Tefilla du soir n'était pas encore 
déclarée obligatoire. La Kedouscha aussi a été insérée dans les 
bénédictions du Schéma à une époque où la Tefilla ne faisait pas 
encore partie du cuite public. La Kedouscha, tant par son con- 
tenu et sa forme que par son nom, est plus ancienne que la Te- 
filla. Quand cette dernière eut été introduite, la Kedouscha 
devint inutile, au moins à l'office du matin, mais fut quand môme 
maintenue. 

Pour nous résumer, la récitation du Schéma avec ses bénédic- 
tions provient du Temple. Le Schéma est une apostrophe adressée 
au peuple, qui y répondait par une eulogie; on commença à le lire, 
ainsi que nattai, à l'époque persane. Au contraire, ïrttï est de 
l'époque hellénique et ntt&n de l'époque romaine. Le Schéma était 
précédé de la bénédiction ms ittT et suivi de la ttVi&tt. Le Déca- 
logue fut introduit dans le culte du Temple à l'époque hellénique, 
il était précédé de ttatttf et suivi de nism n»K. A l'exception du 
Décalogue, ces éléments existent encore dans notre Rituel, mais 
les parties bibliques ont été amplifiées par des additions 1 . Les 
simples eulogies sont devenues des prières. Les modèles de ces 
eulogies se trouvent dans les Psaumes ; elles avaient des rapports 
avec le culte des sacrifices. Au premier siècle, et encore long- 
temps après, le Schéma formait un tout complet, sans attache 
avec les Dix-huit bénédictions 2 . 



* 

* * 



Nous allons maintenant traiter, aussi brièvement que possible, 
de quelques détails de la récitation du Schéma. Aux offices pu- 
blics, une seule personne récitait le Schéma. Ce mode de récita- 
tion était désigné, selon moi, par l'expression controversée dtid 
sratûb*. M. Israël Lévy, dans sa belle conférence populaire sur la 

1 Zunz, dans Crottesdienstliche Vortrâge, 369 et s., ne restitue pas la forme origi- 
nelle, mais simplement une forme plus ancienne des prières. 

8 Samuel b. Nahman dit au nom de Jehua ben Zabda qu'on devrait lire tous les 
jours D^baT pba n\15*lD, mais que cela serait trop pénible pour le peuple (j. Ber. y 
3 c). Je crois que par p5a il faut entendre l'empereur romain et par Û3>ba Jésus. 
Cette Parascba aurait donc une tendance anti-cbrétienne. Dans le passage précédent, 
il est question du Décalogue, dont la lecture quotidienne fut abandonnée "OD53 
Y^Ett nEVin. Cf. Magyar Zsido Szemle, IX, 321, mon article sur Balak et 
Balaam. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 197 

prière *, s'exprime dans les termes suivants : « Ce chapitre (le 
Schéma) était récité autrefois, comme cela paraît résulter d'une 
source ancienne, alternativement par l'officiant et la commu- 
nauté, et cette manière de réciter a donné lieu à l'expression 
ynw by ans, rompre le Schéma. » La source que l'auteur ne 
mentionne pas et sur laquelle il fonde son hypothèse est, sans 
contredit, Tosefta, Sota, VI, 2 et 3. Cependant, si on compare à 
cette source les passages parallèles 2 , on hésite à adopter cette 
explication. En tout cas, ce passage suffit à prouver que le Schéma 
a aussi été récité de cette manière. Quant à l'expression by otid 
3TO 3 , elle semble signifier, d'après deux autres passages, la réci- 
tation des bénédictions du Schéma. En effet, il est dit dans To- 
sefta, Meguilla, IV, 27 : « Le « Porèss » et celui qui prononce une 
eulogie sur des fruits ou pour l'accomplissement de prescriptions 
religieuses, ne doivent pas se répondre Amen à eux-mêmes 4 . » Il 
est donc question de la récitation d'une bénédiction. En outre, 
dans Mischna, Megnilla, IV, 6, on défend à un aveugle by D^sb 
212V, parce qu'il n'a jamais vu les luminaires : il n'est donc ques- 
tion que de la première eulogie, à laquelle le mot même de rrmato 
fait également allusion 5 . Sur la foi des passages déjà cités, on 
peut soutenir que dans la prière en commun, même à cette époque, 
le Schéma était aussi récité de la manière suivante : Le « Porèss » 
prononçait le 3>»id, et la communauté y répondait par 's ùia yra 
w 'V?3; ensuite le Porèss entonnait le premier verset de nnn&n, 
et la communauté continuait jusqu'à la fin. Dans la synagogue, le 
peuple répondait donc à l'apostrophe Pué par la même bénédic- 
tion que dans le Temple. 

Contre l'opinion qui admet la récitation alternée du Schéma, on 
pourrait peut-être invoquer la Mischna de Pesahim, IV, 8. On y 
rapporte que les gens de Jéricho « enveloppaient le Schéma ». 
Sur le sens de yWD, il y a, dans Pesahim, 56 a, une controverse 
entre R. Juda et R. Méïr. Si on avait récité le Schéma par répons, 
le Porèss et la communauté disant alternativement un verset, 
l'explication la plus naturelle eût été de dire que les gens de 
Jéricho, au lieu de réciter par répons, lisaient sans interruption, 

» Monatsschrift, XXXV (1886), p. 120. 

* Principalement Mekhtlta sur xv, 1 (éd. Friedmann, 35 a), et Sota, 30 1. 

1 Mischna, Meguilla, IV, 4-7; Sota, V, 4, et ailleurs, 

4 las* nn« rw tô nm»n bsn m-psn bs ■patthi j>to bs o-risn 
.*Et8 by cms "ipn nw» mnsa non vh-û bs -iein v 'n V^ 

5 D*1D est la traduction araméenne de *p2 (Levy, l'argumisches Worterbnch, 
s. v.). Donc yw by 01D = ïttttJ bv ^pntt. Dans son Neuhebr. Worterb,, s. v. 
D"1D et yi2'Oi Levy rétracte sa première opinion et hésite aussi sur le sens. 

• *ttran na "ps-na m wn ton. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

c'est-à-dire « pliaient ensemble » le Schéma. Mais personne ne 
donne cette interprétation. Au contraire, le sens du mot "pDTtt 
est clair pour tous, Tannaïtes et Amoraïm : il signifie « lier en- 
semble * ». Mais la question est de savoir ce que signifie « lire le 
Schéma sans interruption». R. Juda croit qu'on omettait tw ^vn 
Y'Vej'd et que ynvi était rattaché à m^Ni ; R. Méïr dit, au con- 
traire : vïi sût ina . ..banur» :w û^ntti» jtom na Y&rta ïti 

Par suite de cette malheureuse expression, une nouvelle discus- 
sion s'est élevée entre les commentateurs sur l'opinion de R. Méïr 
toutes les explications, au fond, se ramènent à celle du Talmud de 
Palestine (316), qui soutient que cela signifie qu'on ne séparait pas 
les mots les uns des autres. Nous n'insistons pas. Le texte de la 
baraïta dans Tosefta, Pesahim, II, 19, et b. Pes, y 56a — dans le 
Talmud de Jérusalem la baraïta est amplifiée et modifiée par des 
paroles explicatives — signifie, à mon avis, qu'après les deux mots 
bfinw Jtoiï), il fallait faire une pause, ce que les gens de Jéricho 
négligeaient de faire 2 . Si on se rappelle, comme nous l'avons dit 
plus haut, qu'« Écoute Israël » était une apostrophe adressée au 
peuple, on trouvera cette pause toute naturelle. Sans doute, les 
habitants de Jéricho ne voulaient pas faire de pause en cet en- 
droit, parce que, chez eux, ces mots n'étaient pas une apostrophe, 
comme dans le Temple. 

Quoique je considère l'explication de R. Juda comme la plus 
exacte, je crois pouvoir affirmer que, sur le fait d'une pause entre 
b&mz^ et ^Mtf, il n'y eut pas de controverse, car R. Juda conteste 
l'explication de R. Méïr, mais non pas les faits sur lesquels elle s'ap- 
puie. Ces faits m'aideront à expliquer l'origine des deux grandes 
lettres de notre verset (Deut., vi, 4) 3 . Ces majuscules indiquaient 
la nécessité de faire une pause en les récitant. Gomme l'on copiait 
spécialement le chapitre du Schéma pour le service divin , dans 
ces copies on modifiait quelque peu la forme des deux lettres pour 
appeler l'attention sur la pause. Il en résulta que, dans la suite, 
on considéra les majuscules comme faisant partie du texte, et elles 
pénétrèrent ainsi dans le texte de la Tora. Nous croyons donc 
qu'à l'origine, c'était le b deb&mir, et non le 9 de :w, qui formait la 

1 Pour notre passage, il est intéressant de voir Sifrè, II, 40 : ITT^ bpfal "155 
tTEtDÎI 1» ÛWÔi j. Pesahim, 37 c, *in« "pSIl mD"D 3>mN .jmmab lïTtti 
que l'on compare ensuite à la récitation continue ; b. Berakhot, 59 a, "^m "IT-D. 
Beaucoup d'exemples de "ï*"0 sont cités par Kohut, Aruch, IV, 320 et s. 

* Je constate avec plaisir que la même explication est donnée par Lipmann Heller 

3 Dans 2M etj-ma. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 19U 

première majuscule. Le remplacement du b par y peut reposer sur 
une fausse interprétation d'une note masorétique, comme, par 
exemple, val bant}" 1 *M, car dans les temps anciens (à peu près au 
début de notre ère), on n'avait pas conservé de tradition spéciale 
des remarques masorétiques, et il se produisit ainsi des malenten- 
dus, qui se retrouvent encore dans la Masora et qui semblent inat- 
taquables. Dans les notes masorétiques de l'époque post-talmu- 
dique il y eut également des modifications, mais qui sont difficiles 
à constater, puisqu'il n'existe pas d'autres sources non-masoré- 
tiques pouvant servir de contrôle 1 . Le n de ina parait aussi avoir 
été écrit en majuscule pour la même raison, et non pas, comme on 
admet généralement, sur la foi d'une remarque agadique, parce 
qu'on voulait empêcher de lire "TO. 

Pourquoi les habitants de Jéricho ne récitaient-ils pas l'eulogie 
w 'b '12 'd ûta ym 7 ! Le motif doit en être cherché dans la situation 
exceptionnelle de Jéricho vis-à-vis du Temple. Toute une série 
d'assertions, en partie légendaires, indiquent les rapports de cette 
ville avec le Temple 2 . Il semble donc vraisemblable, surtout 
d'après les relations de Taanit, 27 a-b 3 , qu'à Jéricho les prêtres 
ont introduit au moins la partie orale du culte des sacrifices sur le 
modèle du Temple. Peut-être furent-ils les premiers qui, en dehors 
du Temple, récitèrent en commun le Schéma avec les bénédictions. 
Toutefois, comme le tétragramme ne pouvait être prononcé hors 
du Temple, ils négligèrent aussi de réciter la bénédiction en ques- 
tion. Cette manière de lire le Schéma devint chez eux une habitude, 
alors que le Temple était encore debout. Cette habitude, ils la gar- 
dèrent même lorsque les docteurs eurent introduit partout la lec- 
ture du Schéma d'après la coutume du Temple. Cette hypothèse 
sert aussi à faire comprendre pourquoi les docteurs ont toléré cette 
coutume. En effet, ils respectaient la tradition même lorsqu'elle 
était en contradiction avec leurs nouvelles mesures. La relation de 
Taanit, 16 b, d'après laquelle les docteurs réglèrent la nouvelle 
institution de R. Halafta à Sepphoris et de R. Hanina ben Teradyon 
à Sichni, consistant à faire suivre dans la synagogue, à l'exemple 
de ce qui se passait dans le Temple, chaque bénédiction des mots 
tn b"tt"D" , i5"n, prouve aussi que cette bénédiction existait déjà 
alors dans le Schéma depuis longtemps, puisqu'elle n'a été l'objet 
d'aucune attaque. En outre, ce fait prouve qu'en matière de bé- 



1 Voir des exemples dans mes Masoretische Untermchungen et dans la dernière 
partie de Zur Einleitung in die Heilige Schrift. 

* Mischna, Tamid, III, 8; j. Soucca, 55 b ; j. Taanit, 67 d, et passim. 

3 Sur ces passages talmudiques, voir mon compte rendu de l'ouvrage Die Priester 
und der Cultus, Bévue, XXXI, 152. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nédictions, les nouvelles mesures, et non les anciennes, rencon- 
traient de l'opposition. 



* 



Déjà à l'époque la plus reculée, lebiCiti^sw était une profession 
de foi solennelle. Celui qui lit le Schéma matin et soir, disait-on, 
a rempli l'obligation d'étudier la Tora 1 ; c'est une des quatre 
choses qui nous assurent la vie future 2 . Il préserve des mauvais 
esprits 3 , des désirs coupables 4 ; quiconque a peur doit lire le 
Schéma 5 ; en sa faveur, on peut interrompre mainte chose G . Israël 
est un vignoble, la lecture du Schéma est la vigne 7 . Au contraire 
de la Tefilla, chacun le savait par cœur s ; dans la synagogue, on le 
récitait assis 9 , « à l'unisson des bouches, des voix et des chants 10 », 
La première Parascha seule semble avoir été contenue dans les phy- 
lactères lf .A cause de son importance, et par suite de la dispersion, 
on permit de le lire en toute langue 12 , tandis que les Tefilhn et 
la Mezouza devaient être écrits seulement en hébreu 13 . Et de fait, 
nous voyons dans j. Sota, 21&, que le Schéma était récité en 
grec 14 . Comme ce fait eut lieu en Palestine, il était sans doute plus 
fréquent à l'étranger. Vu la diversité des langues que les Juifs 
parlaient dans l'antiquité, il n'y a pas de témérité à admettre que 
cette solennelle profession de foi d'Israël proclamant un Dieu 
unique et Un était récitée en beaucoup d'idiomes; la Bible elle» 
même était, du reste, écrite et lue en plusieurs langues. 

Comme les Juifs, à quelque secte ou langue qu'ils appartinssent, 
étaient unanimes au sujet du Schéma, on s'explique que le mysti- 
cisme s'en empara. On a déjà vu qu'on employait le 27DU3 pour lutter 

1 Menahot, 99 b. Il n'est pas permis, il est vrai, de dire cela au 'p'-iNïl Û3>. 

2 J. Schekalim, 47 c. 

* Nombres rabba, ch. 20 ; Berahhot, 5 a ; Beut, rabba, ch. 4. 

* Berahhot, l. c. 

» Sanhédrin, 94 a : ^"p "Hpib rP3>3'W. 

6 Mischna, Schabbat, 49 a • j. Sanh., 20 a, et passim. 

7 Schir rabba. sur vu, 13. 

8 Taanit, 26 a et 28 a. 

9 Genèse rabba, ch. 48 ; Schir rabba, ch. 2. 

io Schir rabba sur vm, 14 : ntlN ÏWJ33 *lT\X blpa ^HN Î1D3. Dans la ver- 
sion plus récente, au lieu de Infà" 1 ^, qui dans le Talmud est souvent employé pour 
parler de la cantilène du lecteur de la Bible, il y a ûyt3. 

" J. Schabbat, 11 b. 

11 Mischna, Sota, VII, 1,2, et passim. 

» Meguilla, I, 8, et passim : bfintt^ 3>*ÏÏtf Hm® 'pb^Bnmû îliûp î"ltt)")B. 

14 Peut-être les 253U5 "Hp73 cités dans JEroubin, 36 b, étaient-ils ceux qui Usaient 
le Schéma aux illettrés ou qui enseignaient à lire selon le mode prescrit. Raschi le 
traduit par mpIDTl ^ttbtt. 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA LECTURE DU SCHEMA 201 

contre les mauvais génies. On en usait encore dans d'autres cas. 
En plusieurs endroits, nous trouvons qu'il est défendu de « lire à 
rebours » le Schéma, la Meguilla, la Tefilla et le Hallel *. D'après 
les deux Talmuds, y®3ab signifie qu'on intervertissait l'ordre des 
versets, de sorte que le dernier était lu le premier et le premier 
le dernier. Naturellement, les commentateurs n'en donnent pas 
d'autre explication. Cette défense suppose que la lecture à rebours 
était usitée, puisqu'on la mentionne plusieurs fois. A mon avis, le 
mysticisme seul peut servir à expliquer cette manière de réciter. 
Une autre habitude mystique dont parle une baraïta consistait 
à répéter tout le Schéma 2 . L'amora Zêra blâme la répétition 
des mots isolés 3 ; donc, ce fait se produisait comme pour t^YW 
ûmtt, dont la Mischna fait mention 4 . Il n'y a non plus aucune rai- 
son de contester le fait dont parle le Talmud qu'on répétait le 
Schéma, verset par verset, quoique ce fait ne soit mentionné que 
pour mettre Zêra d'accord avec la baraïta. Je ne saurais détermi- 
ner l'origine de ces usages mystiques, malgré le ù">Titt trntt dont 
parle la Mischna presque en même temps, parce que les données 
manquent 5 . En tout cas, il serait intéressant d'avoir des éclaircis- 
sements sur cette question. 

Budapest, octobre 1895. 

Ludwig Blau. 



» Mischna, Berakhot, II, 4 : N£i &6 aHBttb fcmpït; Meguilla, 11, 1, fcmpîl 
N£"t $b 3>-|D?3b ïlb'Ottln HN ; Tosefta, Berakhot, II, 3 ; Meg., II, 1, et passim. 

» Meguilla, 25 a : riD^E Ï1T "Ht! ïlbD"Dl 3>ttlZ3 TN Nmpïl. Le Talmud croit 
que cette baraïta veut parler de la répétition de chaque mot, mais cette explication 
ne semble avoir été donnée que pour sauver le principe émis par R. Zéra, car, 
d'après le sens ordinaire, la baraïta veut parler d'une seconde lecture de tout le 
Schéma. 

s llid. et passages parallèles : "i^l^D 3>tttiJ $12® "l^lNin ÉTPÎ "W *ï!QK 
0^172 Û^'llfa- Voilà ce que veut dire R. Zéra, et non pas la répétition des divers 
versets, comme le Talmud l'explique pour les motifs mentionnés dans la note précé- 
dente. 

4 Meguilla, 25 a, et Berakhot, 33 b. 

s Récemment cette Mischna a été étudiée par M. J. Lehmann [Revue, XXX, 182 
et suiv.), mais ce qu'il a dit sur le point qui nous intéresse (p. 202 et s.) n'est pas 
bien satisfaisant. 



L'ORIGINE DAVIDIQUE DE HILLEL 



Il est convenu que Hillel, le chef de la famille des Patriarches, 
était un rejeton de David; c'est ce qu'affirment tous les histo- 
riens l . Krochmal lui-même, qui n'était pas tendre pour la dynastie 
du Nassi, ne met pas en doute la valeur de cette opinion ». Seul, 
M. Schùrer semble avoir été retenu par un scrupule scientifique, 
en faisant entrer cette assertion dans l'ensemble des légendes qui 
entourent la vie du grand docteur babylonien 3 . 

Une telle unanimité ne peut s'expliquer que par la force des 
témoignages qui attribuent à Hillel cette illustre origine. Ces 
textes doivent être singulièrement probants pour nous faire écarter 
les nombreuses objections que soulève cette assertion. 

En effet, rien, dans la vie de Hillel ni de ses descendants, pen- 
dant plus d'un siècle, ne laisse soupçonner qu'ils se soient vantés 
d'une telle descendance. 

Le début de Hillel sur la scène de l'histoire, à supposer, que le 
récit soit authentique — et il ne l'est certainement pas dans toutes 
ses parties 4 — , nous le présente comme un personnage obscur et 
sans crédit. Une réunion, présidée par les anciens de Batèra, est 
appelée à résoudre une question du service du temple : Hillel n'y 
assiste pas. On le fait chercher pour connaître par lui l'opinion 
de Schemaya et d'Abtalion. Pour répondre, il a recours à un rai- 
sonnement. Là-dessus l'assemblée s'écrie : « Vous voyez bien qu'il 
n'y a rien à tirer de ce Babylonien ! » 

Si modeste qu'on suppose Hillel, il est vraisemblable que, s'il 
avait connu son origine davidique, il ne se serait pas fait faute 

1 Herzfeld, III, 257 ; Graetz, III, 222 ; Geiger, Bas Judenthum u. seine Qeschichte, 
I, 99 ; Goiteiu, Magazin, 1884, 5; Weiss, Dor Dor Wedorschatv, I, 155. 
* Haloutz, II, 69. 

3 G-eschichte desjûd. Volkes, II, 296. 

4 Voir la discussion, très serrée, de cette page dans Chwolson, Bas letxte Passah- 
mahl Christi. 



L'ORIGINE DAVIDIQUE DE H1LLEL 203 

d'en parler, ne fût-ce que pour détruire la défaveur qui s'attachait 
à son titre de Babylonien. Cette origine l'aurait sûrement mis 
hors de pair. 

Dira-t-on que Hillel craignait ainsi d'éveiller la jalousie d'Hé- 
rode? Pour cela il faudrait tout d'abord prouver qu'il a vécu 
sous ce roi. Le texte sur lequel on s'appuie pour l'affirmer est 
dépourvu de tout caractère historique. D'ailleurs, de pareils secrets 
ne peuvent se garder. Par suite des relations fréquentes des Juifs 
de Palestine avec ceux de Babylonie, il se serait sûrement trouvé 
quelque indiscret pour trahir Yincognito de Hillel et révéler aux 
Palestiniens le personnage illustre qui brillait parmi eux. En ces 
temps où les Israélites attendaient impatiemment un « fils de 
David », Hillel serait devenu, même malgré lui, le centre des 
espérances nationales et la cause d'un mouvement de rébellion. 

Si Hillel garde un silence absolu sur son origine, son fils pousse 
la réserve plus loin encore : il ne prononce, toute sa vie durant, 
aucune parole qui ait passé à la postérité, et son existence ne 
nous est attestée que par un texte obscur 1 . 

Son petit- fils, qui est peut-être son fils 2 , Gamliel sort de 
l'ombre et paraît en pleine lumière. Non seulement les sources 
talmudiques, mais les Actes des Apôtres (v, 34-39; xxn, 3) nous 
montrent en lui un personnage renommé, honoré de tout le 
peuple, mais ne font aucune allusion à son origine davidique. 

On dira peut-être que les Actes auraient craint d'amoindrir, en 
relatant ce trait, la gloire de Jésus, que les généalogistes ratta- 
chaient aussi au roi d'Israël? Le contraire pourrait tout aussi bien 
se soutenir : l'auteur qui fait parler Gamliel avec tant de bienveil- 
lance en faveur d'un disciple de Jésus, et qui décerne à un Phari- 
sien des éloges si insolites, n'aurait pas manqué de donner par là 
un relief plus grand à son intervention courageuse. 

Le fils de Gamliel joue un rôle de premier plan lors du siège de 
Jérusalem. Il prend parti contre les zélateurs, et Josèphe cite son 
intervention avec complaisance 3 . Dans son autobiographie, l'his- 
torien dit de lui qu'il était d'une naissance très illustre. D'une 
origine davidique, pas un mot. Les textes talmudiques ne sont 
pas plus prodigues de renseignements sur son compte. 

Allons-nous être plus heureux avec son fils, Gamliel II, qui, le 
premier des Hillèlides, fut appelé à la présidence du Conseil des 
Juifs ? 

1 Sabbat, 15 a. 

* Lebrecht a déjà mis en doute l'existence de Simon, dans Jûd. Zeitschrift, de 
Geiger, XI, 278, contrairement à l'opinion de Herzfeld, Monatsschrift, 1854, 222. 

* Btll. jud., IV, 3, 9 ; Vita, 38, 39, 44, 60. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les détails de sa vie sont plus abondants. On connaît son caractère 
autoritaire, dont il donna une preuve si éclatante en infligeant une 
humiliation à R. Josué. Gamliel, abandonné par tous, est réduit à 
résigner ses fonctions et à voir un autre rabbin appelé à la prési- 
dence de l'Académie *. Dans cette lutte, on s'attendrait à entendre 
prononcer le nom de « descendant de David », qui aurait relevé le 
prestige de Gamliel et désarmé les assistants. Ni Gamliel ni les 
rabbins qui le révoquent ne paraissent informés de cette origine 
illustre. 

Un passage de Baba Mecia (596), si l'on en croyait Raschi, mon- 
trerait cependant que la famille de Gamliel de Jabné se glorifiait 
déjà de descendre de David. On y raconte que Imma Schalom, 
sœur de Gamliel, dit une fois : « J'ai reçu par tradition de la mai- 
son du père de mon père que toutes les portes (du ciel) peuvent 
rester fermées, sauf celles de la dureté. » (C'est-à-dire : Dieu écoute 
toujours les plaintes des malheureux qui sont traités avec dureté.) 
D'après Raschi, Imma Schalom s'en référerait à David, qu'elle 
appellerait ainsi l'ancêtre de sa famille et qui, dans les Psaumes, 
exprime cette pensée. 

On conviendra que la preuve est bien faible. Elle l'est à ce point 
que les Tosafot repoussent l'idée de Raschi et disent que Imma 
Schalom a invoqué simplement une sentence traditionnelle dans 
sa famille. Et ils en donnent cette raison péremptoire que Gamliel 
se sert, lui aussi, des mêmes termes pour une tradition qui ne se 
rattache en rien à David ni aux Psaumes. 

Le flls de Gamliel II ne laisse pas plus que son père transpirer 
le prétendu secret. En bien des circonstances aussi, on s'attendrait 
à le voir se parer de cette noblesse incomparable : jamais il n'en dit 
un mot. Pourtant il était très entiché, lui aussi, de son titre de 
Patriarche et se montrait jaloux de ses prérogatives. Un document 
raconte à son sujet l'anecdote qui suit : 

« Lorsque R. Simon b. Gamliel était là-bas (à l'Académie), tout 
le monde se levait devant lui ; à l'entrée de R. Méir et de R. Na- 
than, on agissait de même. « On ne veut donc pas qu'il y ait une 
» différence entre eux et moi ! » dit Simon b. Gamliel. Et c'est 
alors qu'il établit cette règle 2 . Ce jour-là, R. Méir et R. Nathan 
étaient absents. Le lendemain, voyant que l'on ne se levait pas 
devant eux comme d'ordinaire, ils en demandèrent le motif. On 
leur apprit la mesure décrétée par Simon b. Gamliel. R. Méir dit 
alors à R. Nathan : « Je suis hahham et toi ab bet din, rendons- 
» lui la pareille (ou préparons-lui des questions) ; interrogeons-le 

1 Berachot) 27 b ; j. Berachot, 7 c. 
' Qui changeait l'usage. 



L'ORIGINE DAVIDIQUE DE HILLEL 205 

» sur Oukçin, et comme il ne saura pas répondre, nous le ferons 
» destituer, je serai, alors, ab bet din, et toi, tu seras nassi. » 
R. Jacob b. Karsi, les ayant entendus et voulant éviter un scandale, 
alla instruire Simon b. Gamliel sur les questions qui lui seraient 
posées. Le lendemain, le Nassi, invité par Méir et Nathan à faire 
la leçon sur Oukçin, sut s'en tirer. « Si je ne m'étais pas préparé, 
» vous m'auriez exposé à la confusion », leur dit-il. Et il ordonna 
de les exclure de l'école. Ils se mirent alors à rédiger des questions 
difficiles qu'ils envoyèrent par écrit à l'Académie; quelques-unes 
furent résolues, mais d'autres point. Ils firent alors passer à 
l'école la réponse à ces questions. R. Yosé dit : « Eh quoi, la Tora 
» est dehors et nous sommes dedans I » R. Simon b. Gamliel décida 
que Méir et Nathan seraient autorisés à revenir, mais que, pour 
punition de leur audace, leurs opinions ne seraient pas dites en 
leur nom, que, au lieu de Méir, on dirait : les ahèrim et, au lieu 
de Nathan, d'après certains. 

» Les deux rabbins entendirent en songe qu'il leur fallait se 
réconcilier avec le Nassi. Nathan fit la démarche, Méir n'y con- 
sentit pas, disant que les songes ne signifient rien. En le recevant, 
Simon b. Gamliel dit à Nathan : « Le titre de ton père (Resch 
Galouta en Babylonie) a pu te faire nommer ab bet din. Te don- 
nerait-il aussi des droits aux fonctions de Nassi?. . . * » 

Admettons, si l'on veut, l'authenticité de cette relation. En ce 
cas, si Simon b. Gamliel avait connu sa glorieuse généalogie, il 
ne se serait pas fait faute de l'opposer à celle du Resch Galouta. 

C'est en se fondant sur ce récit que M. Bùchler, on s'en sou- 
vient, a écrit, dans cette Revue, un article d'une ingéniosité peu 
commune sur la Conspiration de R. Méir et de R. Nathan contre 
le Patriarche 2 . Notre savant collaborateur a voulu trouver dans 
la Agada des vestiges des propos tenus par les conspirateurs 
contre Simon b. Gamliel. Le fil conducteur qui le guide est cette 
idée que, le Patriarche descendant de David et, par conséquent, 
de Juda, toutes les sorties de Méir contre l'un ou l'autre de ces 
héros bibliques sont à l'adresse du Patriarche. 

M. Buchler a négligé, tout d'abord, de réduire toutes les objec- 
tions que soulève le récit du Talmud babylonien. Ce récit est, 
premièrement, de date assez récente, puisqu'il est écrit en ara- 
méen babylonien. Ce n'est donc qu'une tradition orale, et il ne 
faut pas trop en presser les termes. En outre, cette tradition a un 
caractère tendancieux, elle a pour but d'expliquer historiquement 
cette règle d'après laquelle l'expression û^na désigne R. Méir et 

1 Horayot , 13 6. 
T. XX VIII, p. 60 etsuiv. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

û'nttis ttP R. Nathan. Enfin, ce qui est plus grave, c'est que le Tal- 
mud palestinien ignore tous les détails de cet épisode rapportés 
par le Talmud babylonien. Il dit seulement que le peuple, qui avait 
coutume de se lever devant Méir, ayant appris la nouvelle règle, 
voulut l'appliquer à R. Méir, et que celui-ci sortit en colère, indi- 
gné qu'on l'eût fait déchoir d'un honneur auquel il était habitué 1 . 

M. Bùchler surtout oublie d'établir, avant tout, le bien fondé 
des prémisses de son raisonnement. « Pour ce qui concerne l'ori- 
gine du Patriarche, dit-il (p. 64), nous savons, par un rouleau 
trouvé à Jérusalem, que son aïeul Hillel, le fondateur de la dy- 
nastie, descendait du roi David. » 

Nous verrons plus loin que ce rouleau n'a pu être écrit qu'au 
temps de Rabbi, fils de notre Siméon. D'ailleurs, M. Bùchler, dans 
son dernier ouvrage, plein d'idées et d'érudition, est revenu sur 
sa première opinion et convient que le nom de Hillel qui figure sur 
ce rouleau, en opposition avec celui de R. Hiyya, contemporain et 
rival de Rabbi, désigne seulement Rabbi -. 

« D'après le livre de Ruth, iv, 20, ajoute M. Bùchler, le premier 
ancêtre royal de David, et aussi de la maison des Patriarches, 
était Nahschon b. Amminadab, lequel peut être considéré comme 
l'ancêtre de cette maison, ainsi que le prouve un passage obscur 
de Sanhédrin, 12 a : « Les descendants de Nahschon voulurent 
» fixer la néoménie, mais les Romains le leur interdirent. » Nous 
voyons donc que les Patriarches ont souvent rappelé qu'ils étaient 
issus de Juda, autrement le sens de cet avis aurait été incompré- 
hensible. » 

Le fait raconté dans ce passage de Sanhédrin eut lieu plus d'un 
siècle après Simon b. Gamliel, longtemps, par conséquent, après 
que s'était produite l'idée de cette origine davidique des Hilièlides, 
que nous verrons signaler sous l'administration de Rabbi. « Les 
Patriarches » sont donc ici les Patriarches à partir de Rabbi. 

« Il est nécessaire, dit enfin M. Bùchler, de rappeler surtout que 
Hillel descendait de la tribu de Juda, chose d'ailleurs incontestée, 
parce que, dans le Talmud, un second passage rapporte cette 
tradition. » 

Ce second passage est la relation de paroles qu'aurait pronon- 
cées Rabbi; il n'a donc aucune valeur pour les temps antérieurs. . 
— « La chose est incontestée » à partir de Rabbi, mais non aupa- 
ravant. 

Il n'entre pas dans notre plan de discuter les hypothèses de 
notre savant confrère et de voir s'il n'a pas été dupe de son imagi- 

1 Bikkourim, 65 c. 

* Bùchler, Die Priester u. der Cultus t p. 41 . 



L'ORIGINE DAVIDIQUE DE HILLEL 207 

nation et de l'amour des combinaisons en découvrant sous les 
paroles de Méir des traits dirigés contre le Patriarche. Ces con- 
jectures sont beaucoup trop hasardées pour être converties en 
prémisses d'un raisonnement à rebours qui se formulerait ainsi : 
« Méir ayant sûrement voulu atteindre le Patriarche en pariant de 
Juda, fils de Jacob, donc le Patriarche était, au su de tout le 
monde, un descendant de Juda par David. » 

Ainsi, de Hillel à Simon b. Gamliel II, pas une allusion à l'ori- 
gine davidique de la famille ni dans leur bouche, ni dans celle de 
leurs contemporains. Un tel silence serait inexplicable si le fait 
avait été avéré ou si la tradition en portait témoignage. Dira-t-on 
que les Patriarches et leurs contemporains ont organisé la cons- 
piration du silence pour ne pas éveiller les soupçons du gouverne- 
ment romain? Car, on n'y a pas assez réfléchi, comment le pouvoir 
aurait-il jamais reconnu officiellement un fonctionnaire exerçant 
une autorité aussi grande que celle de Patriarche, s'il avait pu 
craindre qu'en sa qualité de descendant des anciens rois, il devînt 
jamais le centre des espérances nationales? Que le Resch Galouta 
s'attribuât une semblable noblesse, le gouvernement perse n'en 
avait cure ; ce n'est pas en Babylonie qu'était à craindre un mou- 
vement insurrectionnel, une agitation messianique *. La Palestine, 
au contraire, était toujours dans l'attente du Libérateur, l'insur- 
rection de Bar-Kokhba le montre suffisamment. Rome allait-elle 
désigner elle-même aux patriotes juifs le drapeau autour duquel 
se rallier et entretenir leurs illusions en rehaussant encore le 
prestige d'un fils de David ? 

Si vraiment les rabbins, par une entente tacite, avaient évité 
en public tout propos compromettant qui pût être rapporté aux 
Romains, dans leurs conversations, conservées par le Talmud, ou 
dans leur conduite à l'égard des Patriarches, ils n'auraient pas 
gardé une telle discrétion, et, en tous cas, les prédicateurs popu- 
laires ne se seraient pas interdit de faire allusion à l'existence 
d'un Messie possible. 

L'autorité romaine put permettre aux Patriarches cette vaine 
satisfaction après l'écrasement définitif du parti national et après 
que Simon b. Gamliel II eut donné des gages de sa soumission à 
la politique de l'Empire. C'est, en effet, sous le patriarcat de Juda- 

1 Au m e siècle encore, alors que les Juifs des rives de l'Euphrate s'étaient mul- 
tipliés et grossis de Pafflux des exilés de Judée, qu'ouvertement les rabbins parlaient 
des espérances messianiques, le roi Sapor montrait par une plaisanterie comme il se 
riait de leur illusion et s'inquiétait peu de leur attente vaine, t Vous prétendez, di- 
sait-il à Samuel, que le Messie viendra monté sur un âne ; je lui enverrai le cheval 
brillant que je possède ! » Sanhédrin, 98 a. 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le-Saint, fils de Simon b. Gamliel II, ou Rabbi, que se fait jour 
pour la première fois cette idée que la dynastie Hillèlide se rat- 
tache à David. Mais cette nouvelle idée ne se manifeste que timi- 
dement, la formule n'est pas encore définitive, elle est encore en 
voie de formation, et celui qu'elle intéresse n'ose pas encore lui 
donner des contours précis. 

Elle apparaît dans les récits que nous allons maintenant citer * 

Rabbi, dit-on, voulait marier son fils à une fille de R. Hiyya. 
Au moment de la rédaction du contrat de mariage, la jeune fille 
mourut. « Cette alliance ne serait-elle pas convenable, s'écria 
Rabbi 1 » On fit une enquête sur les familles et on trouva que Rabbi 
descendait de Schefatia ben Abital 2 et R. Hiyya de Schiméi, frère 
de David 3 . » 

Nous ne discuterons pas encore ce texte ; nous voulons préala- 
blement continuer rénumération des passages qui accusent la 
même tendance. 

Le Talmud de Jérusalem (Kilayim, 32 6) raconte : « Rabbi était 
très modeste, il disait : « Je ferai tout ce qu'on voudra, excepté ce 
qu'ont fait les anciens de Batèra pour mon aïeul : ils ont aban- 
donné leur dignité de Nassi pour la lui conférer. Si Rab Houna, 
Resch Galouta, venait ici, je le placerais au-dessus de moi, car 
lui descend de Juda, et moi de Benjamin, lui par les hommes, 
moi par les femmes. » 

« Une fois, R. Hiyya lui dit : « Le Resch Galouta est dehors. » 
Rabbi en fut tout bouleversé. — « C'est son cercueil qui est venu. » 
— « Va voir, répliqua Rabbi, qui te demande dehors, » et il l'exclut 
de l'école. » Ce récit est reproduit dans Bereschit Rabba, 33. 

Ce propos de Rabbi est, il est vrai, obscur, on ne voit pas pour- 
quoi justement il prétend descendre de Benjamin, ce qui exclurait 
son origine davidique. En outre, il parle seulement de Juda, et 
non de David. Mais nous passons condamnation sur ces points et 
nous reconnaissons sans difficulté dans ces paroles l'affirmation 

1 Une baraïta (Sanhédrin^ b* a) dit bien que les mots de Genèse, xlix, 10 : « Le 
sceptre ne s'écartera pas de Juda » s'appliquent aux Resch Galouta de Babel, qui 
dominent avec la verge sur Israël, et la suite, « ni le législateur de ses descendants » 
aux descendants de Hillel, qui enseignent la Loi en public. Mais rien ne date cette 
baraïta, il est donc interdit d'en rien déduire. Si l'on voulait à toute force trouver 
l'époque approximative de la rédaction de ce dire, on devrait la faire contemporaine 
du dialogue de Rabbi Juda avec R. Hiyya, car, d'après le Talmud et d'après l'usage 
en vigueur précisément au temps de R. Hiyya, cette baraïta met les Patriarches au- 
dessous des Exilarques. C'est ce qu'a senti R. Tam, qui rapproche justement ce pas- 
sage de celui du Taimud de Jérusalem, Kilayim. Cependant, à en croire Rab Safra, 
Horayot, lié, R. Hiyya s'appuierait déjà sur cette baraïta ; mais cette assertion n'est 
pas donnée par le Talmud comme certaine. 

* Fils de David et d'Abital, II Samuel, in, 4. 

* Ketouiot, 62 b. 



L'ORIGINE DAVIDIQUE DE H1LLEL 209 

d'une idée qui va être exprimée en toutes lettres dans le texte 
suivant *. 

R. Lévi dit 2 : « On a trouvé à Jérusalem un rouleau généalo- 
gique contenant ces mots 3 : 

» Hillel descend de David ; 

» Rabbi Hiyya le Grand de Schefatia ben Abital ; 

» La famille de Calba de Caleb ; 

» Celle de Ben Ciçit, le tapissier, d'Abner ; 

» Ben Coubsin d'Achab 4 ; 

» La famille de Yaça de Asaf ; 

» La famille de Jéhu de Sepphoris 5 ; 

» La famille de Yannaï d'Eli ; 

» R. Yosé b. Halafta de Yodanab le Réchabite ; 

» R. Néhémie de Néhémie Hatirschata. » 

C'est ce document qu'on invoque sans cesse pour affirmer l'ori- 
gine davidique de Hillel, et on lui accorde d'autant plus de créance 
qu'il est mentionné en deux endroits. Seulement, de ces deux 
mentions, Tune est simplement la copie de l'autre. Dans le cha- 
pitre xcviii de Bereschit Rabba , chapitre qui, comme l'a dé- 
montré Zunz, est bien plus récent que le reste du livre, on s'est 
borné à reproduire le passage du Talmud de Jérusalem, en 
respectant môme la phrase incompréhensible que nous avons 
signalée. 

Le rouleau s'accorde peu avec l'anecdote qu'on a lue plus haut 
et qui fait justement descendre Rabbi de Schefatya b. Abital. Il 
cadre encore moins avec une autre relation où l'on prétend qu'au 
temps de Rabbi, on voulut décréter que les familles babyloniennes 
seraient soumises à une enquête sur leur origine, et qu'alors 
Rabbi s'écria : « Vous me mettez des épines dans les yeux G . » Si 
sa descendance davidique avait été attestée par un document de 

1 J. Taanit, 68 a ; Bereschit Rabba, 98. 

1 Dans la version du Talmud de Jérusalem, l'ordre des noms n'est pas le même ; 
en outre, au lieu de Yaçea, il y a Yasaf, leçon plus vraisemblable; au lieu de rP2 
1*TO315j ^D^Slp 'p; au lieu de « La maison de Jéhu », ben Juda », M. Bûchler, 
Die Prie*ter u. der Cuit us im letzten Jahrzehnt des Jerusalemischen Tempels^ p. 42 
et suiv., a essayé d'extraire de celte notice les renseignements vraiment historiques 
qu'elle peut renfermer. Il croit que ce document a reçu des interpolations, entre 
autres, la mention de Hillel, qui, dit-il avec raison, est nommé là pour Juda le 
Patriarche. 

3 Ces mots sont précédés, dans Bereschit Rabba, de la phrase suivante : « Ou se 
compta et on demanda : De qui descend Hillel ? » Inutile de dire que cette addition 
est une erreur historique. 

4 Serait-ce ^SDp \2 3H12J"P dont il est question dans Pesahim, 33 a? 

5 Ce paragraphe est incompréhensible ; les autres personnages, on les rattache à un 
héros de la Bible; pour celui-ci, on se borne à indiquer son lieu d'origine. 

6 Kiddouschin, 71 a. 

T. XXXI, N» 62. U 



210 revue; dks étupes juives 

cette valeur et si elle avait été admise aussi unanimement qu'on 
le croit, Rabin n'aurait pas, d'après ce récit, tant craint ces in- 
vestigations. 

Mais ce rouleau découvert à Jérusalem, d'après Lévi, soulève 
bien d'autres difficultés. On y trouve pêle-mêle des noms de per- 
sonnages et de rabbins du i er , du 11 e et du 111 e siècles, et même de 
contemporains de Lévi ! 

M. Jiticliler suppose qu'au fond primitif, qui contenait seulement 
les noms des héros de l'insurrection, comme Çicit, sont venus 
s'ajouter successivement les noms des autres personnes 1 . Mais 
lui-môme reconnaît qu'en tout cas, le nom de Hillel n'avait rien 
à faire dans le premier noyau de cette chronique. 

En tout état de cause, cette chronique, même dans sa teneur 
primitive (hypothétique), n'était qu'un document populaire, fa- 
briqué à la manière agadique. Galba descend de Caleb, à cause 
de l'analogie des deux noms ; pareillement Yaçaf de Açaf. Dans 
la partie soi-disant récente, on suit les mêmes procédés généalo- 
giques : Néhémie descend du contemporain d'Ezra, parce qu'il 
porte le même nom. Ce n'est pas un document historique, c'est 
simplement une composition agadique, une fantaisie populaire. 
Et ainsi s'explique que Lévi soit le héraut de cette découverte : 
c'est à un agadiste de sa trempe que devait surtout plaire ce par- 
chemin héraldique. 

On peut donc conclure de toutes ces données que c'est sûrement 
sous le Patriarcat de Rabbi qu'a pris naissance l'idée de l'origine 
davidique de Hillel. 

Il est même possible de deviner les circonstances qui ont favo- 
risé, sinon créé, cet anoblissement du Patriarche. 

On a dû être frappé de la présence du nom de R. Hiyya dans 
tous les épisodes où apparaît cette conception*. R. Hiyya venait 
de Babylonie et était parent du Resch Galouta, réputé descen- 
dant de David. C'était, en même temps, un savant distingué 
qui, plus d'une fois, mit Rabbi dans l'embarras. Sa renommée 
devait porter ombrage au Patriarche ; sa qualité de descen- 
dant de David était faite pour l'offusquer encore plus. Cet état 

1 Die Priester u. der Quitus, p. 41. 

* Il est très remarquable que c'est le même Rabbi Juda qui demande au même 
R. Hiyya : < Si moi, Nassi, j'avais vécu au temps de l'existence du Temple, au- 
rais-je dû offrir le sacrifice imposé au Nassi (c'est-à-dire au roi) ? » Et R. Hiyya lui 
répond : « Non, car ton rival (pLus élevé que toi) est à Babylone. » Par conséquent, 
tu ne peux t'assimiler au roi. Et Rabbi Juda entre si bien dans ce sentiment, qu'il 
lui réplique : « Cependant les rois d'Israël comme ceux de David offraient ce sacri- 
fice, indépendamment les uns des autres. » (Horayot, 11 b.) Ici encore Rabbi Juda 
accepte son inlériorité vis-à-vis de l'Exilarque, 



L'ORIGINE DAVID1QUE DE HILLEL 211 

d'infériorité inspira à quelque généalogiste de bonne volonté le 
dessein de remédier au mal *. De la meilleure foi du monde, peut- 
être, ce D'Hozier avant la lettre ajouta sur la liste du fameux 
rouleau le nom de l'ancêtre des Patriarches, Hillel. « Hillel des- 
cend de David », il est de la famille royale ; tandis que R. Hiyya 
ne se relie à David que par Schefatia, qui n'a joué aucun rôle 
dans l'histoire et dont les descendants n'ont jamais fourni de rois 
à Israël : petite noblesse ! 

Rabbi n'avait pas de raison de s'opposer à cette investiture glo- 
rieuse. Néanmoins, il semble en avoir été gêné, comme s'il ne fût 
pas encore entré entièrement dans son rôle. Hiyya, qui avait de 
bonnes raisons, sans doute, de ne point partager les sentiments 
des amis du Patriarche, se plaisait à le taquiner en lui parlant de 
son rival, le Resch Galouta, descendant authentique de David. 
Devant lui, Rabbi était obligé de mettre une sourdine à ses pré- 
tentions et consentait à n'être issu du roi d'Israël que par les 
femmes. 

Est-ce pour rehausser encore sa noblesse que Rabbi conçut le 
projet de marier son fils à la fille de R. Hiyya? Nous l'ignorons, 
et nous ne voudrions pas faire de roman. Tout au moins, la re- 
lation qui nous parle de ce mariage a gardé le souvenir de la riva- 
lité sourde qui régnait entre les deux docteurs et de l'ombrage 
que prenait Rabbi de la réputation de R. Hiyya. C'est là l'expli- 
cation de la prétendue enquête qui aurait révélé que la noblesse 
de Hiyya ne pouvait se comparer à celle du Patriarche. L'auteur 
de cette relation, s'aidant seulement de souvenirs, ne sait pas que 
le fameux rouleau de Lévi attribue justement à R. Hiyya l'ancêtre 
qu'il assigne à Rabbi. Le nom de Schefatia surnageait seul dans sa 
mémoire, il l'a placé comme il l'a pu. 

Nous ne nous dissimulons pas ce qu'a de conjectural la recons- 
titution que nous venons de tenter de la genèse et de l'histoire de 
cette tradition. Mais nous croyons avoir démontré, et c'est là le 
seul but de cette étude, qu'elle est née seulement au temps de 
Rabbi Juda le Patriarche, c'est-à-dire près de deux siècles après 
Hillel, et ne s'appuyait sur aucun document authentique. 

Israël Lévi. 

1 Qui sait s'il n'a pas trouvé dans le nom de bbïl même une allusion à son origine 
davidique. bbïl « il chante des Psaumes », éveille le souvenir de l'auteur des 
Psaumes ? Ces étymologies populaires, dont on rit volontiers, ont créé bien d'autres 
traditions. 



CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS EN EGYPTE 



Les décisions juridiques (fetwâ) des docteurs mahométans sont 
d'un grand intérêt pour la connaissance de la situation des Juifs 
dans les pays de l'Islam. Si les docteurs, il est vrai, n'osaient pas 
modifier les antiques dispositions qui réglaient l'état des Juifs et 
des Chrétiens en pays mahométan, et qu'on attribuait au kalife 
Omar, cependant l'interprétation de ces mesures laissait un cer- 
tain champ libre à la subtilité des Foukahâ. Tout dépendait de 
l'attitude du souverain et des docteurs à l'égard des non-mahomé- 
tans, pour rendre, dans la pratique, ces mesures plus douces ou 
plus sévères. Parfois , les princes musulmans répudiaient les 
velléités persécutrices de certains docteurs et suivaient ceux qui 
donnaient des lois une interprétation plus tolérante. D'autres fois, 
par contre, princes ou peuples réclamaient une application plus 
rigoureuse de la loi, et alors les mauvais traitements de pleuvoir 
sur « les possesseurs du Livre. » 

Ce cas est justement celui que nous fait connaître le recueil de 
fetwâ d'Ahmed ben Abd al-Hakk, qui se trouve dans le ms. Land- 
berg, n° 928, de la Bibliothèque royale de Berlin, Sous la domination 
clémente des Eyoûbides, on n'appliqua pas sérieusement les dis- 
positions de l'édit d'Omar. Ce fut au commencement du xiv e siècle 
qu'on s'occupa de nouveau en Egypte de déterminer la situation 
des Juifs en Egypte, surtout au Caire. C'est à cette occasion que 
l'auteur mentionné plus haut composa son recueil. L'auteur rap- 
porte ce qui suit au sujet de l'origine de ces décisions : 

« Dans la capitale du Caire il s'est passé un fait fâcheux, qui, 
dit-on, s'est produit aussi dans d'autres pays. Les Juifs auraient 
pratiqué leur culte dans un grand bâtiment, comme on fait à la 
synagogue; ils auraient prié à haute voix et se seraient servis de 
cette maison comme d'une synagogue. Or, extérieurement, l'édifice 
avait l'aspect d'une maison ordinaire. Comme on défendit aux 
Juifs de poursuivre, l'affaire fut portée devant le vizir Souleymân- 



CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS EN EGYPTE 213 

Pâschâ, et les Juifs invoquèrent en leur faveur certaines décisions 
juridiques. Le vizir, voulant mettre ordre à cet état de choses, 
demanda aux plus éminents docteurs des quatre écoles de droit 
de rendre un arrêt sur la question. » 

Selon l'auteur du recueil, les docteurs auraient estimé qu'on 
devait interdire aux Juifs toute réunion privée ayant en vue le 
culte. On alléguait que ces réunions équivalaient à des restau- 
rations de synagogues. Or, une telle entreprise ne doit pas être 
permise en pays musulman, car des établissements de ce genre 
sont plus dangereux que les cabarets ou autres lieux de péché, 
attendu que l'impiété contredit toutes les lois qui fondent la 
croyance à l'unité de Dieu et son culte. 

A la vérité, on permet aux Juifs de pratiquer leurs rites dans 
les synagogues qu'ils possèdent depuis longtemps, à condition 
qu'ils ne fassent pas trop de bruit et n'attirent pas l'attention ; on 
peut espérer ainsi leur conversion à l'islamisme. Si nous ne les 
tolérions pas dans nos provinces, jamais ils ne se représenteraient 
les beautés de notre religion, et, par conséquent, jamais ne s'y con- 
vertiraient. Si, d'autre part, nous les laissions sans capitation et 
sans humiliation, ils auraient tôt fait de devenir puissants et fiers. 
Aussi souffrons-nous leur séjour parmi nous et leur culte dans 
leurs synagogues, quand ils paient la capitation. Mais au fond, ce 
n'est pas l'impôt que nous avons en vue, c'est la conversion des 
Juifs. 

Au reste, on ne saurait dire dans une décision que l'exercice de 
leur culte leur est permis, car comment, selon la loi religieuse, 
permettre l'impiété? — Il faut dire que nous ne l'empêchons pas. 
« Pati posse », telle était donc l'opinion des Foukahâ au sujet du 
culte dans les vieilles synagogues. 

On peut voir, par ce qui précède, que l'intolérance théologique et 
la haine des races ont toujours tenu le même langage. On croyait 
politique de contraindre la minorité par une douce oppression : les 
époques ne diffèrent que par le dosage de l'oppression. 

Notre auteur mentionne aussi les raisons que quelques juristes 
musulmans, dont il tait volontairement les noms, firent valoir 
pour permettre aux Juifs de pratiquer le culte dans leurs maisons. 
Ces docteurs estimaient que le culte des Juifs dans les maisons 
particulières n'avait rien d'officiel, que ces maisons n'étaient pas 
en soi destinées au culte, que, donc, on ne pouvait les considérer 
comme des synagogues, ni, par conséquent, proscrire un pareil 
culte. 

Un autre docteur subordonnait l'autorisation à la condition 
qu'il n'y eût point dans la maison de Milorâb, c'est-à-dire, proba- 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blement, de tabernacle. — Ibn Abd al-Hakk fait de son mieux 
pour réfuter ces docteurs. 

Dans ce recueil se trouve aussi le fetwâ du fanatique Takî 
al-din lbn Teymyia, dont M. Goldzieher a parlé ici-même 1 . Ibn 
Abd al-Hakk * raconte, en effet, qu'on avait déjà une fois fermé 
les synagogues et les églises au Caire ; Juifs et Chrétiens préten- 
dirent que cet acte était illégal. A cette occasion, plusieurs doc- 
teurs avaient aussi rendu leur arrêt, et, parmi eux, l'Imâm Ibn 
al-Rajaâ, qui se déclara pour la destruction des synagogues et des 
églises. 

La plus intéressante décision fut celle de Takî al-din Ibn Teymyia, 
à qui la question fut ainsi posée: « Quel est votre avis (Dieu vous 
ait en sa grâce) au sujet des synagogues du Caire et des autres 
lieux, fermés sur l'ordre des autorités, étant donné que les Juifs et 
les Chrétiens crient à l'injustice et veulent mériter la réouverture 
de ces édifices et, pour ce, ont sollicité l'intervention du prince 
(Dieu le garde, le préserve et le sauve ! )? Faut-il faire droit à leur 
requête ou non, car, selon eux, ces synagogues et églises sont 
très anciennes et datent du temps du chef des croyants Omar 
b. Hattâb et autres. Ils demandent qu'on les laisse dans l'état où ils 
étaient du temps d'Omar et des autres kalifes, et ils soutiennent 
que la fermeture des synagogues va à rencontre des dispositions 
des « Houlafâ al-râschidoûn », des kalifes directeurs. » 

De la réponse d'Ibn Teymyia, Ibn Abd al-Hakk relève les points 
suivants : « Pour ce qui est de leur assertion que les Musulmans 
ont commis une injustice en fermant les kanâï, c'est un mensonge 
qui est, en effet, en contradiction avec le consentement universel 
des Musulmans; en effet, tous les Musulmans des quatre écoles 
de droit, Hanafites, Malikites, Shâffites, Hanbalites, et les anciens 
Imams, tels que Soufyân al Thaurî, Al-Auzâi, Al-Heyith ibn Sâd 
et d'autres, ainsi que les « Compagnons du Prophète » et leurs 
successeurs (Dieu les ait en sa béatitude!), sont unanimes à 
proclamer que, si l'Imâm voulait détruire toutes les synagogues 
et églises dans le pays des croyants, par exemple, en Egypte, au 
Soudan, dans les provinces de l'Euphrate, en Syrie et en de sem- 
blables pays, s'il voulait les détruire en se conformant à l'avis de 
ceux qui professent cette manière de voir, ce ne serait pas une 
injustice de sa part et même il faudrait lui obéir. Quiconque s'op- 
poserait à ses efforts violerait l'alliance de Dieu et commettrait le 
péché le plus grave. S'ils prétendent, en outre, que ces syna- 

1 Revue, XXX, 11. 

* Dans la question traitée en premier lieu il s'agissait expressément des Juifs. Ibn 
Teymyia ne parle pas seulement des synagogues, mais aussi des églises. 



CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS EN EGYPTE 215 

gogues et ces églises existent depuis Omar Ibn al-Hattâb et que 
« les kalifes directeurs » leur en ont laissé la possession, c'est un 
second mensonge : la tradition établit que le Caire n'a été fondé 
que trois cents ans après Omar Ibn al-Hattâb, après Bagdad, 
Basra, Koufa et Wâsit. Les Musulmans, d'ailleurs, sont d'accord 
pour détendre aux Juifs et aux Chrétiens de construire des sy- 
nagogues et des églises dans les villes fondées par les Maho- 
métans. 

Même quand la conquête des Musulmans a eu lieu par voie de 
capitulation et de traité et qu'on a laissé aux Juifs et aux Chré- 
tiens leurs édifices religieux, même alors Omar a posé la condi- 
tion qu'ils n'en construiraient pas de nouvelles dans le pays capi- 
tulé, à plus forte raison dans des villes d'origine musulmane. Et 
quand ce sont des pays conquis par la force (sans capitulation, 
les provinces de l'Ëuphrate et l'Egypte sont dans ce cas) et que 
les Musulmans y élèvent des villes, ceux-ci ont même le droit de 
leur enlever les synagogues et églises déjà existantes, de manière 
qu'il ne demeure plus ni synagogues ni églises, à moins qu'un con- 
trat n'ait accordé cette autorisation ! . 

Dans le recueil des traditions de Abou Dawoûd, une tradition 
authentique attribuée à Ibn Abbàs rapporte cette parole du Pro- 
phète : « Il ne peut y avoir dans un même pays deux orientations 
pour la prière, et il ne doit être prélevé aucune capitation sur un 
Musulman. » De là, il résulte que dans une ville où habitent des 
Musulmans et dans une localité où il y a des mosquées, l'on ne 
doit voir aucune marque, aucun monument de l'impiété, ni sy- 
nagogue, ni église, ni rien de semblable, à moins que les infidèles 
aient obtenu un contrat. Donc, si au Caire et dans d'autres en- 
droits il existait, avant la fondation de ces villes, des synagogues et 
des églises, les Musulmans auraient pu les supprimer, car ce pays 
a été conquis par la force; à plus forte raison le pouvaient-ils pour 
les synagogues bâties postérieurement. 

Maintenant se pose la question de savoir comment, malgré ces 
dispositions de la loi musulmane, des synagogues et des églises 
ont pu s'élever au Caire. Ibn Teymyia explique ce fait par des cir- 
constances historiques : 

Le Caire a été pendant près de deux cents ans entre les mains 
de gens qui n'observaient pas les lois musulmanes. Ils se don- 
naient pour des Râfidites ; en réalité, c'étaient des Ismâîlyia, des 
Karmathes, desBatinites et des Nouseyrites, ainsi que les appelle 
Al-Gazâli dans son écrit polémique : <v Extérieurement, ils se 

» V. Goldzieher, Revue, XXX, 7. 



216 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

disent Râfidites, mais intérieurement ils professent l'impiété 
pure. » Il parle au long d'eux et de leur attitude à l'égard des 
Juifs et des Chrétiens, jusqu'à ce que Dieu envoya son secours 
aux Musulmans dans la personne de Noûr-al-Din et de Salàh- 
al-Dîn Ioumoûs b. Eyioûb. A leur époque, les chrétiens con- 
quirent le littoral de la Syrie jusqu'à ce qu'il fût repris par Noûr- 
al-Dîn et Salah-al-Dîn. 

A cette époque également, les Francs vinrent à Tiawôus et l'on 
implora le secours de Noûr-al-Din. Celui-ci leur envoya Asad-al- 
Dîn et son neveu Salah-al-Dîn. Mais quand l'armée de la religion 
vint en Egypte, les Râfidites firent cause commune avec les chré- 
tiens contre l'armée de la religion. Il se passa beaucoup d'événe- 
ments, d'ailleurs connus, jusqu'à ce que Salah-al-Dîn tua le chef 
des ennemis ; à partir de ce moment, l'Islam exerça son influence 
et son empire sur ce pays. C'est à ces circonstances qu'Al-Gazâli 
attribue l'existence de cette foule de synagogues et d'églises au 
Caire et dans d'autres endroits. 

Les souverains, continue Ibn Teymyia, savent, à présent, que 
ceux qui sont obligés à la capitation sont aveuglés par l'erreur; 
les souverains ont le devoir « de les humilier et de les op- 
primer, en les contraignant à l'accomplissement des stipulations 
d'Omar ; ils ont le devoir de leur enlever les belles positions 
qu'ils occupent et de leur interdire, d'une façon générale, 
l'accès aux affaires musulmanes. Quels préjudices l'interven- 
tion des mécréants n'a-t-elle pas causés? Allah ne dit-il point : 
« Dieu n'accordera aucune voie aux mécréants sur les Mu- 
sulmans ! » ? 

De plus, ils ont le devoir de les soumettre à la capitation, selon 
l'avis de la plupart des docteurs et selon les dispositions d'Omar, 
dispositions qu'aucun des Compagnons du Prophète n'a désap- 
prouvées. Or, la capitation s'élève pour un riche Dhimmî à 48 
drachmes d'argent, pour le moyen à 24, et pour le pauvre à 12, 
selon Abou Hanîfa et Ahmed b. Hanbal. D'après Malik b. Anas, à 
4 dinars d'or pour les riches et à 40 drachmes d'argent pour les 
pauvres. L'Imam Al-Schâfii se contentait de la moitié d'un dinar; 
cependant il pensait que llmâm doit débattre le prix avec le 
Dhimmî, prendre un dinar du pauvre qui vit du travail de ses 
mains, 2 du moyen et 4 du riche. Cela semble être le maximum 
d'après Al-Schâfii. 

Ibn Teymyia estime qu'il faudrait prélever le maximum : « C'est 
de l'argent excellent et permis, qui n'est entaché d'aucune injus- 

1 Soura, IV, 140. 



CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS EN EGYPTE 217 

tice ni animosité. » C'est ainsi qu'il calme la conscience des Mu- 
sulmans : les Imams offrent l'exemple. Ce qui plus est, cet argent 
grossit le trésor des Musulmans ; or, cela n'est pas sans utilité 
en ce temps de guerres religieuses, où l'on est entraîné à tant de 
dépenses. 

Autre point à considérer : les Juifs forment une communion qui 
est « profondément plongée dans l'impiété », laquelle s'est attiré 
la colère, ainsi que l'établit la Tradition *. D'après elle, le Pro- 
phète a dit, dans son interprétation de la Soura, I, 7, que, par 
ceux « contre qui sévit la colère », il faut entendre les Juifs, et, 
par les « égarés », les Chrétiens. 

La Consultation se termine par des invectives contre les Juifs, 
appuyées de citations du Koran et de la Tradition, et par l'exhor- 
tation aux fidèles de ne lier aucun commerce avec les Juifs et 
les Chrétiens, car on ne doit pas prendre pour amis les ennemis 
d'Allah. A cela l'auteur ajoute les fameuses dispositions d'Omar. 

Sans conteste, Ibn Teymyia est un des plus illustres échantillons 
du fanatisme musulman. Anthropomorphiste, ennemi du mysti- 
cisme, du rationalisme, du culte des saints et de tout usage venu 
du dehors, sa haine se tourne aussi contre les Juifs et les Chré- 
tiens. Sa Consultation, écrite avec la logique du fanatisme de tous 
les temps, nous apprend néanmoins certains faits curieux. 

J'ai essayé d'expliquer ailleurs 2 pourquoi les Musulmans attri- 
buaient une haute antiquité à certaines synagogues du Caire : ils 
avaient intérêt à faire remonter leur existence avant Omar. La 
Consultation d'Ibn Teymyia confirme mon hypothèse. 

Al-Gazâli nous apprend aussi que les hérétiques schiites contri- 
buèrent à alléger le sort des Ahl al-Kitâb, les Juifs et les Chré- 
tiens. Cette fois encore, les hérétiques eurent des sentiments plus 
humains que les orthodoxes. 

Martin Schreiner. 



* Al-Timidhî, II, 158. 

* Zeitschr. d. deutschen morgl. Gesell., XLV, 298. Le Youhasin (éd. Varsovie), 
167 a, parle aussi de Al-Hakim comme ayant réduit en cendres le quartier juif, al- 
Gaudaryia . 



218 IIKVI1C DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE. 



Ms. Landbcrg, 4*8, fol. 77 a. 

dlJi £ -««yî £-*▼-* *-Â_* Î^hXÀ/Oj jjjiï £ /0-^.A.Xft (JO-A^U ^A^X.^.] ty\M4>* 

(jbL.Jùt^î -*X-£ £ A^.! dl**£ ç-y l^xi iteliyr b^Ia^. 1#aXc La3 c^v^iôî^ 
-aXjÎ a~£Î j-j)^»M UiJj.-* t^^lj jU** U.6 a#Î dL*jf ^J <\Ju.iil ^ /o^x^ 
kj_* -_jL5Sî c-A-Lbj jJJi <£ $À yLwj *^*xU aa^X)) ^s c3l&£x*»5M 

O^Xr^Jî —a-î-s*. (jJf ^5 a&jI^£ ^ dUi> £ JAâJI ^jL^^S a] JJ^Xj 
yj «X^-l &"j AMÎ <jî yf.ïxl) «XaxJÎ Aa'jO dlîi £ iôLxîi AÂ* CjJJbj ^^jsJLî 
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l*.^ j^tkJti ç-i^^^i ^ iu<xiî ji>î ^A* i^a» a5^ i^Âfi j£*m *JL*Jtî 

pL-^,_*Ji (jjLÀJ'U /yA^AAA^Î y*KO.*\ & \&j&2 ^M^O C^Î*Xah.î /».>0 ijyX\£ pQj) 
y)) (ii-JS /v.^0 Î^_X-Â-.X> l^)^ iCw.AA.5Ji CbîtXa^i ^V.X/9 ^ >^*Xiî ç.t^N=a-i]î ^j^ 

cy^L«..=l cl'I^Xawî fj* ]âXé\ ybj jÀ53î Jlx*i e^î^Xa^î ^^^î ^*XÛ cbî^Xs^î 

^\ *Ijo>U 3^j?«? ^ j^xîî ^U^i »*x^ JiÛÎ Jlju!i dUj (jU j^iil ^L«^ 

Jy^.tj <Jl£ <RJtJÏA^ xjîwCi.îl frrZ'5 *-^^ (J^ Ç-t^\^^^ (iJ-vAji^ -.ÀxJî Xa6Î^* 



CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS EN EGYPTE 219 

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4^CÀj ^3 dUi> Jxà a^J S^-^ 1 Jjjij ^ &^3«XJJ iC*X^ a$) aLjùii a^^jLo 

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220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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î I j*^o JU y t Jî 3LftU-4 3 ioL^J^ p^Ui)) ^b i^Jî »<Xjû i 



CA-A, 



CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS EN EGYPTE 221 

AJûxUd yjcj a_4l-*Îj £> aWÎ A^U^i Î^U aï *-^i J^Uj t? [83 a] 
*X» G ^ tt *^**Jî Ioj^JLj /c4*ÎJî ^/» {?£**) /c^J^il *a* If y^ljui 

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A-jLj (jaJliL ^«XÎÎ JUUlî jUjJJU àîjUj iûàiJI JiM Jis. l$ ; :> u**^ 
-L*iMj iL^Jlii iUaJLJî ^ yjjÇ» y! U -fyoX iiytî^ jyïJî ;tu*xJî 
yl 1*1 *^L_ ) ^-aJLj &_j| Ia^jÎ JU *XJL» ^Uj2> pi j^U JU ^jO (j\j ^iLwJI 

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LES 24 MARTYRS D'ANCONE 



On a prétendu que ces vingt-quatre martyrs n'ont jamais 
existé ; c'est là une assertion qui tombe d'elle-même, pour peu 
qu'on consulte la littérature juive de cette époque. Des poètes tels 
que Jacob Fano, Salomon Hazan d'Ancône, Mardochée b. Juda di 
Blanes ont pleuré ces victimes dans de touchantes élégies. Ce ne 
sont pas les seuls poèmes que ce triste événement a inspirés : je 
publie plus loin deux documents inédits que j'ai trouvés dans un 
manuscrit de feu Marco Mortara. 

L'auteur de la première de ces deux pièces nous donne les noms 
des martyrs et nous représente les âmes de ces victimes dépei- 
gnant leur béatitude immortelle. Assemblées autour du trône cé- 
leste, elles voient briller leur nom d'une splendeur éclatante. Les 
anges saluent les nouveaux arrivés. Les âmes de tous les justes 
célèbrent leur héroïsme en des chœurs sublimes. Les vingt-quatre 
martyrs entrent au Paradis, grand ouvert devant eux, et aper- 
çoivent les âmes des défunts rangées en un ordre hiérarchique. 

Au loin dans une brume épaisse, oppressés de ténèbres, sont les 
enfers : là habitent les épouvantes et les bêtes féroces, là il pleut 
du soufre et du feu, et là retentissent des clameurs et des hur- 
lements. Et plus d'un grand de la terre est là, qui expie durement 
et éternellement ses iniquités. 

Si seulement nos frères d'ici-bas pouvaient soupçonner les dé- 
lices du Paradis, ils ne continueraient point de pleurer les mar- 
tyrs et s'apprêteraient eux-mêmes à tout affronter pour gagner la 
félicité d'outre-tombe ! 

La deuxième pièce est écrite en prose rimée, comme la pre- 
mière, elle cite également les noms des martyrs ; il semble, d'ail- 
leurs, que les deux poèmes soient du même auteur. Dans l'un 
comme dans l'autre les mots hébreux consacrés à chacun des 
martyrs font allusion à leurs noms. 

Il ne faut pas plaindre le sort de ceux qui ont dû quitter ce 
monde éphémère pour l'éternité : la flamme les a épurés et portés 
jusqu'à Dieu. Gloire à leur nom dans les champs de lumière, parce 



LES 24 MARTYRS D'ANCONE 223 

que ces martyrs ont préféré la mort par le feu à la perte par 
Veau et repoussé le baptême qui leur eût laissé la vie sauve ! A 
présent et pour toujours, ils se réjouissent et se nourrissent de la 
grâce divine. Ils adjurent leurs frères qui sont restés en ce monde 
de marcher droit dans le chemin de la Tora jusqu'au jour de la dé- 
livrance, où tous les peuples s'uniront à Israël pour adorer Dieu. 

L'auteur de ce poème fut le témoin oculaire du tragique événe- 
ment. Il nous apprend, ce qu'on ignorait jusqu'ici, que, parmi les 
martyrs d'Ancône, il y avait huit vieillards. Ce sont Simon IbnMe- 
nahem (que le premier morceau désigne déjà comme un vieillard), 
Joseph Oheb, Joseph Pappo, Abraham Cohen, Samuel Guascon, 
Abraham Caravalla *, Abraham Falcon et Abraham di Spagna. La 
plus jeune des victimes s'appelait David Ruben, lequel est dé- 
signé comme la couronne des jeunes gens. 

Pour ce qui concerne la transcription des noms il me semble 
qu'il faut lire Jacob Mosso et Moïse Passo 2 . Nous trouvons une 
attestation du martyre de Mosso dans le ms. d'Oxford, n° 2000, 
p. 148, où, d'après le catalogue de Neubauer, son nom est accom- 
pagné de la remarque suivante : 

Pour terminer, je citerai quelques variantes du poème de Jacob 
Fano 3 récité à Ancône le 9 ab. J'en dois la communication à 
M. Abr. Berliner. 

Strophe 



1 


: vratz) ra&n ^b^a ab un 


4 : 


lam» trjtt •pan ■o 




ttan tpa "îb sppm ba in 


5 


VW baia ïmb Niai w 


6 : 


tr-rran « ^saa twn 


10 : 


N5ip3N no 


17 


yba» vn mim ab 


19 : 


■nN"npo w 


23 


: ium dab nrj 


24 : 


arrrca 


25 


pVrti ,wtp 


28 


: orna 




David Kaufmann. 



1 A Ferrare, il y avait une famille Caravalla, qui seule avait conservé le droit 
d'enterrer ses morts dans le cimetière des Espagnols et des Portugais. V. Abr. 
Pesaro, Appendice aile memorie storiche délia comunità israelitica Ferrarese (Ferrare, 
1880), p. 11. 

1 Cf. Kerem Hemed, V, 156. 

* Bévue, XI, 154. 



l lïk REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE. 



'anpaaa "îs^uja -iidn ta-wrpintt ana 

tsp 

fc-rican» w ïvba» ^aa^a «np '->pba 'î-j mmaa Sb*n ■>» 
^npi nasnn tûn vmabaa-i înw na^pbN -nn 'in ^naa rrnn« 
îaitta ^a Tnan prnaa ^ • inbiD» San imabTai vibrra imNs'n 
i-naa "iïtoi©» r-p^ip nbhn 'nva îa^a» isn taa^pbi* m&n» ...^ 
-1:722 ^a ^m ien ï-jî *jo • "i7a*ip7aa rmm na» »m»n «npjan fma 
^72 "ib -omab s-ray* ïa^a» anaa a^a»» naarra anpa ^bnnTa Sa 
■pas nwasr: naann '- ba^fi 'î-i ba^n a»T i« rwn i» i-rb&O a»Era 
ÏVtn S&nizji ^pba naa rwin a^ao Mansn s-in-iei cnonm "-pdo 
tori» *naa t**oa tinn nana anai nana« Si7an t^mm lonn 
rr&na )va "pa» ib mTa a^p na» r-nnca» aoa ïtfp Tba> "piaanTa 
^bïan nafioan -P72b*n ,,."pmaaM vm-ptai mnam "naa ï-iaia 
ifcnpa "arao a^no ^i">pM Sa> npnTa taroiOM *r\^ p« Sa mn 
i?aï3 »mp7ari av^-np nnan •nzna' na i-paa s-nttiN '•ba» tamttim 
i-i7an navnEia S^ •wwrattïb ^^aNn -oa fcarcsia niTab "nari •— iujn 
■nd-id^ nn Sab misu in oan nrms mabia rrpmK a^annaa 
'r; ^asb itdt t-np*' taam abab un» taana^: rrart Nnpn bipb 
-iTa&r ump iptrs "j -j y 73 ^ aab nan a^aa ^pa naiiBan s^ar ïit *T73n 
'■^pbN ana7a arottm . finsn t^b y* y "psatri a*!an œiis t^b ^a ib 
^ffisan aiaarn '^aiayna narra ama r)D"i"» i&np" 1 ^ntaa toi» s-iï 
ab "ina nb nw 1721a ariT tmisra 3ta -prn:a pbinn t*ô man^a 
tapbN Tinai "i-riaa7û t\Tn Su5 iDNa u:sa cpta tdnd qo^ u:inpn 
Si<b pa «iïti u:npn ' — ita *^aa ba» ïnbi3>rî aia du: aina ^aiTa^n 
inaja ynTai nai* ï-inn nwSD \ny> inna iïts drtna» T'onn *ji^by 
■jnp^NTia bNi7a^ n7ao ûtt) "'bnNa "jna\a^ ns">b 'pb^ ns-> •t^DT» 
taab*ia> naîb ''na S^an nua&a naab "paur» naia-» au:a iTa^a ^mpa 
ca^nn -n^iaza mnx t)">ib-inNaz taannaN ûuj ib t^-np p^ar rr?p 
^bin naap^ 'n ^d n©N iTaun ina» nan • nb^^n ta^prnaTa Tioa • a^v 
nnTaîT iTar ppm7a npbna *jidd t^">-»aao k 7 amas* pias b^isn û^n 
p^a: nar ©m s 7a anaa aaina n^na 'iaab •nbwbi rt-jTSnn naiTab tr 

1 Ban., xi, 31. 

1 Ez., xxvm, 13 et nu, 10. 

3 Dan., xi, 39. 



LES 2-i MARTYRS D'ANCONE 225 

•Siam ba ba> ^a '^pbNïi ^aab taabi? jw "ppbND fcaïinaN iiaïab 
•jycoa a^a aania ï^^rT> ttttbiû ab-an au: 'npinjati ba* [i](a)izj"PE 
"»2£^?2 apa^ anan eîibïi viv aauaa "o Tara M,, :m ta^nn "^a^a 
nia» ^pat miia au: 'ai fc ittv[»]b) du: maa 'nn iian pa^i stj a^tt 
mwi tdïVi ■waiob •rMnwïi wtt rmroa i^is" 1 'în iaa> iiîns 
,l wi rnsi nis lias irmaa ofcrîana pnar" 1 tanças ba> fana^ u:aa 
S« a* 11 \^^i tjov ©iip 'ipba ttj^«b f-païi ^aa bj> nb tau: 
nnsa canin Tnns anaa •wa» ïia*ïïnn T>B->a Y 572 aa^anp tas^n 
ta« u^ipnb nan iiansa ^ntasa Diianaa* nabia p-nin ^pa eau: 
©na u:na ni 'n t**T uj\n au) ba> naa tin • iba^iia npab r»pba 
rjab aiab ib "jna abia> eau: 'uwi a^T> p ba> TpbK n*na *pi ^ba* 
•rasb mbusi ma iiaia nan laabfcb na» ^na iab?a C|dt^ '■'pbatti 
i»sa "pbbaHa "nsi i^iaa ne batfi iaas ï-nabiu Sbin?ai uau: bua 
ïjor unipn p^iaai ^pa ûuj "fbTair! na>aaa cannai anaa •'pbn aiaa 
im ana^ nr 'n nN?a îiana r**s^ iiuan ba* Sa na'ouabi "pb^ia 
a>au:^ ïtnt iiaaa S^ara i3NabNaai7a apy» naa^ apj>^ aiaai 'nb 
iaib a m aï* ^pai îanp ai:a "pu^a au: aia •nbsr ma 'n ycm 
l^na .ira» ïtïi vpbai 'n ma*a iaa-> iu:np banc* nia bbïw ia 
uanp "jna apa>i Dis isia lah tabia>fi tpsa p^na?a fcarprnzïa r^in 
■pian ni ta© nin ibi ib n^m ib •iiaan b3> "ppbs "ira nb n?a^ 
taauîa Nipa , iyia^ ^pbxa b^p Tba^^ 'na laaa ^an rib^n a^ltti^rs V 2 
tnmaaa a^i irr-is^n pii: bî^ tt^^p^is ni anE ^oi ...bw\ b^n 
riNipai m^nn ^a nabnn^ 4 naa ^nn in rnoa 'nam sapusn 'c 
•sni" 1 na^a^ *^nan h^-Na a^a7a nu;iab 11m liïi nnN^Ta aiaa 
'ta^nsan ta^nb aman Sa niMisa ibia S^ ©•»« ©^« inTauj^i 
Snpa la^Taii^ nba^na '—ipaa n?a^iaa i-nna '^pbNrt ^aab tabia? aiaa 
"pa-> n^i finr "»7a *'ïia b^n lauîsa naibb-^ a^p* 1 -!^ auji^an a^ron 
la^pbwX TimoTa lansipb 'w "ONb?: ^aa nannwiaa nrit) 11 "îa^n^iTaa 
mrû mna ittîa»a aba f mab»a naittSNi d^bw i^i^an miaca dj 
*pa-n na^aab aip tais f mnnwi iip^i "ia^bN in^ ihn usni Dïibi 
Snt^-' riTaiB^ ""jai" 1 pn^i b^^ a-na^ 'la^ana"" na 4 iamN ^na 
iTO-nai i-ii"t pn« ïi©m t<b rsuîTa "îaniNDn "ji^aa lai-i"» vaai apa?^ 
vnïi taa\san a^aina 'wna ban ta?aa? imb»i Sisi73u: ï-iraaizîa 
n^a bN mb^b mba^ttri T«ffl n v û nanrs pa na^n into aba naïaab 
nno nn3>ttiDttb d"W buïi?a l^sn ^n n^i© ta">i7aiu:n laiNatîa *'n 
•••"la^naaTai ia^an7a iiar "iab V 3r! n '^ N pb7an b« i:^a iaNi:7a mns 
vi"« f<b aaia^ uîiaN yT t^b ^n ba ^a^*7a ta^;aba>a naia:n^ Tro^n 
,T3^ia» arja y^aïîTaïi nrba» aipTab nbaïa-an nbisa naia -îa^a^ r<bi 

1 I Rois, vi, 3o. 

> = QibUîni- Au lieu du mot ÛlbUJ, on trouve dans ce manuscrit toujours l'a- 
bréviation : 'UJ. 
1 Prov., xxn, 1. 
* Prov., xi, 16. 

15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

miMtti ^na la^tt sa^vn -iwtaa Sw i5my; *T»a3a mman 

wa^ta a^rann N^i: ba da» irairn +mti na^aba *inB3 nn^^n 
û^in a^ra i:\x-i ra-^aa tte dwa drrwira amm-rj? ïabNWtti 
*-nbytt"i û^;'tj ^n» "iTOn -n«n rrvnsaE y-uN na-in y-ian 

ïttt ppn d^n^bwi ta^au) d^nnn tpusyipn d'wari ?n iO)»nn 
torn isaa* rto ara-* *\du>i "^ta a? • ann "bajb îacna n\»m ijbwb 
ï-rban dbia»a dbaa '^pbaa touj ■o nmab a^-ar; dspa û^sm tjbs 
'*pb« mu "owi riatt&a 'ibu>a h](d)bap wiêwh )m- npttai 
vmima npna . .. ït-tt lar* ba* vnaa n^B 6^p)rt ï"!EH fcaaaba 
»B3 ^a? "-nrnonb snana ib fin *nbab wi wttsa San ■nbam 
ta^na i-nw anb nana» m» "na»ifi Hh na^an ■npBW f'pbapïi 
*-inï ma '^pbwN 173b "jn: *iwn apbn inp* dfl ''*n •wb &nb "pans 
'n Ttt *-in wi ^72 »w ûïr*b* 'n lai»" 1 i— td 13» ^y tonma» 
tabla» ia»T« 'ibo an ba> naaa»nn teTïi 1W3 ï-nbin^m draina 
» ûmn n7aina [^sïinïia U] (^an'ana) aarj [ûVa](B n JP) Mb \m iïtvi 
plptt fn»»» DEiiab fca^btta ..«'an y»aa»a tvjîn la&o ^aan iarj 
naannb nasab isropni *p*iat ns* [-pra^] arnn nasn amaba anurn 
wni wa»b *paa naiT* Wi npvnai imi r-iTana Y»b* NflOannVi 
U5-I3N aara s^bv-ma» 'ibia w» îrmptt insrt 'S^B y&o P"^" 1 
ta^iribn -naa>a narra •iaaaw Nb fibna» }ai n\ap *ja larma^ t*^b "irba> 
r^ai li^ba» nnaa aia[3](-»h pn ^"inn pTnr? nm*» ai^i to:m q^-i 
p/3^ rr^bsNTa V"iwN pim» ûip^rr n^ i-id lana» to^Nnn ,pibpa ^w 
t]ij>7ar! riT:^ asMn ûip^a tamo t*»bi mwbit maa» p73^ D^nasr; 
aaT na^iuî nbai n^nsa aïî aiïin ^s ba> ^^m «rrnaa boiN npi^t: 
t-im&t 'OD3 ^T^ ta^aba tzi^n ^a«ba tnnbtîja luîa» m-)7am ïJwNt 
7l p73nbrp msbha](n)n b^waa 6 1pa»T iia^Ti "pba a^ppiuj ù^am a^aNT^ 
to^nnsa d">rpiï)tt in^ nnn ts^i^Tapi a^b-nna a^-iN t-na»is ^n-i 
tc 3>73U33 bipm ïimwb ins^npM tznb ^nn a^nns a^nna an« "»aa 
a^ari nTai^ "j^ni n^iTa ipa?ai^ Sbn nprcn hbb^i f mai am-)7an ^aa 
nn«5 «b • ïTEains ba>i in^DN ba> ipip^ T*ni*tt vnarn iïa 'n nan ^a 
k-vnDfib fcarvnrm p ba> 'ï-t iaip dn bbnbi a^man to^anrra taab 
^31^ la^ôtn [ïT](n)«"i '172b "jn:^ abia* nain a'bpn t]a ^ina ybpnnb 
vï9 ^ mon ^n ï-?antt)în d^aw^fn] ban ^aan vrt taisnam a^3N 
iban3 ï— td abna> iw p^an imaTa '!n îaiip imis-ip^ ï-i3i73N m 
♦iaba maa'in a»aus iana \w2t3 iinTai 8 ïi7au:N nanti iien niïi "i^TaiTa 
insn nnpbn» ujni ma dtr'ba» rr«»^ û^ara ra»itt nmx na ^a> 

1 Lament., iv, 2. 

J Job, xxi, 16 et xxxvin, 14. 

* Allusion à Koh., v, 13. 

* Hab., i, 4. 

5 Isaïe, vin, 22. 

6 Gen., xxxvi, 27. 
y Ps., lxxiv, 7. 

1 II Chron., xxxiii, 23. 



LES 24 MARTYRS D'ANCONE 227 

sraan nnn73 ûïTEniei Sy»?3 car-ms ytw^ '(njnBin [n](i)nB?n 
-in-oa it:n -nnD"« tartan ao ^a ï-isb^i Tim nw tj-p taanab 
i^hd: ï-p n«rv ab nain anomaa a^aia tara û^bbnwi fcpbbnnn 
toianam daim bbdb nas-iN tnaus ynnta inat»H biaia ^b b« *nTaa 
irm an i-ib^b 'paia ban' ^n "inna s tau; biB^ '- anam EatDBaE 
tanara anrr nrttw fca^nazan a^n yna s-nsan ynso latoa-" Bnp-" 
S^ nbpaa laaan nbaa ta^pm ana ma w>Bn nbibm abbin^ 
f»m ibmxn inbannfi nnn» Nba 'î"i fnTan aia wi nntz^ "p 
rnnn r<b drtfbin Snann a^ans ©«m DT3n t-i7an B'Oiaui û^sm 
r^an ma "pi i -niD , »73i 'oi }fiob s^ad •»» "hicn • m an «b eaïaai 
ta'ana* maN y a a v a-npn ie*» y ai a^brra -ib nnb fîTn man ba 
I3tt"ibiï3 ^td3« "îrna m nt ib^aisn i:>t> ib , tr^imm a^a\x a^aa^a 
nipTi ûn« aa tan^i na'Mesa mis ba> î-ïbiiri aavnnBia rwan 
t|"jan tpan'n îBBari «mii imca ima îa^iab nnb nrnttn aa^an 
tan ûim Taa- b">ba nbny cpto"' ya-in ^btd ba> ^D^a nsi^Tan 
Sn •twi 'n ^asb mrr'ï nnb BanaiEa^ tamïiïann "pur aa^nan 
mànn bN mpbn victta mn'nîaïi mamn rpan nmpa aanN nn^ 
■ns^pi nbai rp-na aana n-natn nsn ba bm bipn t^np aanbiab 
'n na Tiaaô a^ibn -naa*a iana ïibai Nb -137:73 îa^a ïiban a^a-pb? 
■man bai nsan ba lanaN [i](N)b"i iaiaa> ann nia« iarm "rpBa ira 
nnsb *Tp*tt p^j^ 4 mbnp73b ïrinn» arrr 3 naoa nmhn'n \n ^a nab 
tanin "mï5n»53 a^n yp tanb ^ntû ta^n yann tj^n ^w\ rnpn 
v>pbfi« dïî ^Tp" 1 n?ain t2i:3>n ï-n^ iMa iu:Da na ^b^nb tanu:n^ 
ta^'^nip tznp7am ^b7û ^a&b mnn-« rrny" i n n-«a ma^ 'îbia s^a^ 
ta^man '^pb« asm a\n^ao ms ïnm^ ^a S:pt n7au:i Tib^^i uj^o^ 

: an r n l^aua ^sbN 

pa>a laïa&nn ^mitayi a^au5^ aa^n^ nana 
ban tnnpn; in^a aiïaa ti^auîa '-«pb** p 



&^a3 nan Sni^i !-mrr n-«a ^^ax tn^a na7:b« ma nap 
n^72-i Snaa nmn ïib^bn bai am ba rmabai ï-ibia^ î-ibb^i» 
S^ ^Tiaa?a iam nmb nba^ tan^ mansin yN?a ta-»7a nbr ^^b^b^t 
mn bsiai ton n?a «Ca^tt 1.] ^11» riaa»ba û^nw ta^n»» ^nau: 
m-iNsn ma* rtbsa ^a ï-rban imn ^mia n» a^n aa naisan aa;a>a 

1 Jér., xlviii, 43. 
» Prov., xxii, 14. 
* Allusion à I Sam., iv, 16. 

4 Nombres, xxxiii, 25. 

5 Comp. Bévue, XI, 155 : p^TStïl *^aTl73 dans le poème qui n'a rien à faire avec 
les martyrs d'Ancône, car il ne parle que de la combustion du Talmud. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^an« b* b^iov» d^von *-naiB»b baira^ ma>b d^anaa d^aïaa ta^aa 
ta^aan a^arrp d^ca» rtnan ^na* '^-nnsa fca'niaa • t-iwb»n td 
fcavraa d"»-nas "inTia* larb psia \xia aa^pTn d^pinx . 'n b« 
^-hsn D^an d*aana a^aan dnbïtn ^d Kba^'da îaron ba d'n'HN 
&"Wi laraiN ana ts'ai&w &aian aa^pT • aaia Sa aana ya 
• yiwS wran ta*nsj ta*wn • aa-np^ ta^na • -prp ta"WTi 
'i-i naa *yiann *jn t-noa i-ra 'nana rniasï Sanca fca 
ia*siB i2n2 nawi ïTCDna wi ^na 'i-i SwN naiwi laip * I7a-ip7a7a 
Sa nanb naïibi 'n œn bsm 'bem [«](n)ittb la^ae navn na^im 
ia«b* riwNT i-i»-nn maa 'd^ns bai ils y:> ï-isnab nan2 faan yy 
jan rpai 1,1^ aia nna ba lanaa nnpb -n naba>a "O ir^bbja anib 
t*nn aas nba?»b a^n nma "2a i:ncN an irm^M nainta f<b 
S""ian ni 31 na*j b« mpb i«atn inaa i22>":;ai fyoa iaaa i^an 
n« naaa nnpb ««n b^ian dOOnsïi nain man da>n maa>a trmafi 
tannas tas yiwNi ya i^an ^at* 15 12a iïj na-aian "ww lana 
■o îanam mai 13 na^ms Sa» ib^bMi iiao nba S;> aaiN "aaa 
dira nnoabi nanab yiaa a^airn mas û^aia nbmm isa nnaa 
■ttp* 1112 aa^ns d^iai ^-natai rmbianm \ain r-naiann 11a 
■'ba nrn vnb laraaiîaïT '^pbx inii bTi 1333» a^ann ûmb» Nb 
nabb laann npa ï— iTrr aipan y: tanas tpn pw ^bai "n^ar 
121^1 !-rhna 120^1 aon 'ipbab asiaan aaipa Tiscan aiaia b« na> 
na lyijp ima^ înTaïï 'ypb? ^2a-j?2 ta^anp "jb» ^Nb?a mbnpïaa 
iri72^Ti ta^p^n^ ini^ rniwNa^ -r-i ^bîa ^212^72 aaam "nsTa iba^i 
iiN72 nbia ■'pbN 'n •aiwSToi ^na ^nn Sn ^m72 n^ia ibca^ d^œn 
•tjoarî B|Tnsa anaiir aan^oa aan^i ^a 1^2132: '■pa n2a n2na 
^2^ia^ aa2? pa«nnbi painb dïîsa ï-inba a^ nsaaa an^a la-'aarr 
172 aanb baxb anpm nnan ^iidn * "pipb ta^^cp72n aanan pian 
aia i^attji *f*T nnsn * 'ï-j ^^as ^aen dnb tanças aanb talion 
^iïjn ^«[a]rtN ^iûk mna« ia2i mmara ^12 hv abnrb ^*b na^n D2'^ 
•ta^nn n«a nsb aaiïïaa yainb yai ^^72a a^abinn •nb« ^^na^ 
*— îat-,i lat^m 'ï^tth a>in pT- 122 aan^p ian ^n *72^n i^n 
Sa nniab yan ^ba aan^ba drr'baaa aanb n7:n câlinas ^a S722? 
tanb — n72Na ibsai arna "i^a isib©*' riaia nipbn San 'maa 
taa[ia73]pi)o *]©nn Nïb ion 1^ taana^ t<ba ym7an s — ^173 ><b 
tmiTam \a^a ^maa^ba ta^aa ^ma^b aita "nap ^bx nbaa isian 
taïri ♦i-impbi laaabi ^aab taa^maa-i aaa^aa mn tanaïan \®y 
ta-»onpb d^na ma inaa * ^-n naa aaa hpna? ipîn 1.3 (nana ip^n) 
pmnnb pnt ïroa^^ wm ^iusn •apav omp n« ic^prri yixa i»« 
■^aiai d^naia n^abinn vnn? ^12:12 ma» • ib rt»^ 'ibna rpibsa 



1 Lam., ii, 14. 

2 Prov., xxii, 5. 

3 IlChron., ix, 7. 
* Job, xxi, 7. 



LES 24 MARTYRS DANCONE 229 

'piba narra-n ©■&« "ns)N "aa rnbnaaa n^Tab 'rn na narras ab 
rranb n,a ib na> dis "nsJN ' n;ba as •— naa !-nba>ab tp-wn mnann 
•pa>ao '-i "jŒnp 11^7373 na^p'an • nri fcbn? ^na nn«bi ï— t^u: "«n 
•jpTn cmpn njana an rra njnawa "mas Sns fcanaa /l j œnpn 
î^a-> '^^D3 baai n,aab ban 'in na ab m-a ams arma tpm 'n 
«jnpn rran n->\aa p nan a^ca vnbaai "îabaa ©"«©"n ©-©TÏ mn 
a^anb û©ca r-n&ta '•annaîn 'DiaavbTbi aiaaa anîa tdnd îjov *n 
r-ian vïoti pà ->ns© •njfcn©' 1 a a Sa>a ma "aasba n,ba rnan 
in©a aa> in mib n;©anb 'n "jm "jna taamaN 'm ©nnprï ipTn 
na&na© 'n ©rrpn iprn '1*3 inai aia na nan "pansa pnan 
ipr- naa n,b* a^an n;bin 'û^n- ma npbnb na*a \xmpa ppïîNTia 
'm nx û^nn nnxa ina©3 nmnas n^b'n.Kas annaa 'n ©"inpn 
©■npn ]pTn a^praa nan ^ann h©vi n^an npnas "maa rn^aca 
"■n ©nnpn pm annaa ©a^i abia» ina-» nn^a yipb'»B ûnna« 'n 
Bstxaa «b nbmn 'n a©a &© r*np"n m "pan n^ason annaN 
bs^n mm mn N-^m nab© 'n ©"inpn 'n a^a p Naaa^ "pna©a 
mn m» nmn np^ ima apan '*- 1 ïînnprj naa bai na "pnaa "ne 
rn©a 'n ©nnpn 'n naa> npn©» 'pnE lama np!""" 1 ^ naab naaa» 
aanan nann -pai nan rnanaa nnaaa na npna© laCD n©a larats 
na^an nbna» nbnnb nba>ari "pn©** • 'na "pain p^anb û'ns'n a^maa 
sa^anpn nainna na?a^i nbawi 'n n;anai aN^ana pn^i 'n u;mpn 
nc^aan Nn^ao ktpïi Nnm ^m qan 'n v^p- n;iaa ^a ^iid« 
tabii>n qiaa ta^abinn n;a?ao nnb n;ianrwN ta^n^a "jnrn t>4naa 
taab'a-> ïî^nfinTaN nabo 'n 'oi^pr^ 'n Kn* 1 vrira n;bim ,iana na>i 
'-n V\i-pr t '- n« t^n* 1 ':\n "Hisa *arj nana ï^nn nj^ba^i ^ba»s 'n 
•T'nnx i^an in^JN 'ï-n mata ^nacb rranann t^bi on -un a mn 
p<b n©« nipb.xzi nabaa nao*» naba jjor '— ) ©npn ynxa nïî^ 
tab\ai abc naa^a rnabo 'n uîinpn n,am '^pbs •raaa t^iuîb N'^a 
tp-n 'n ttîinpn '-b nnN npna # n^T taabij* a^a"» ^niwSD mi* an n« 
«anpïi naarr mrN "naïab nnm mn naœii nnan nbata "jnbiazna 
mai *'n nNa nana ktdi -cnp nnna inma^ laNabNtaaia apa^i 'n 
^n na^nn w\n^ Nn iaib anna^ 'n vi-pn ^ny arina^b n,naa?b 'n 
apa^i 'n '»a*inprî inta^a apa»i Swa ">nï5N 'vasb nnbiyfsi ywp ba^in 
Sna bnam icsa mari mma nn rrbia» naanp dn iaaa anp^ *jna 
•mn 'n "annpn ta^p^n iT»at a a amna nn«sn n^TCN 'n^ab nanr 
'■•pbwNm ^asb aica 'a^n ya» p^nar ns a« na^a^ aan la n^sn pian 
naa^a r-.an me na "mm maïasa p-^nai iniNipinaK mn 'n -vainpn 
PNb?:b mmnBMî rnaaian nana masnbi nbnnb nba^a nnar b^n niûN 
ba? ruba» n^i na>nai nananan naanai S^n naa» maa man 'nnan 
.n^aiN ûnaa nbon «b ms^: tnam rnovipri ûbtt aabai naiaxa naba 
rmaa "pbpnab mnTinan *ja a^nna-'n nn b« njmba»a "j^a^a iw na 

1 Voir Graetz, Revue, XVI, 164, noie 1. 



'230 REVUE 1>KS ETUDES JUIVES 

mnaatwj a^ttai mîsk btrvo* rua irrux 'aab aisam ïinfciûa tmon 
-irra 1723 ïi&piaai ma» Nnp^ nwb ^a nniBK mb-ra. mbbyi maan 
pbnri !-ib«b ,h fa*b r-nai* innpnari * 'nb «np ïiaanKi i-rna -pm 
•pbvb ti ba*n ^pb« iaia»b anb «ar na»E yn« navbjn yn^n 
rm »b rm^ nEiabi na^pbK 'n nx nanab fcptDTn ybna lanaïn 
D^n rma naanTr wwn ta^nra» tibia** ■"■non "■j* Snm"i ■p»*- 
■pan naab ■nmrnaa nabai va-n?a wm ■wn'iK "pEna mn a^naza 
'n anusa neo?a "pN ia> mabea manb "r^nb nam rorran "nm TnTOa 
tn y-uN iroT»» a^bvn a^ama ynp- rmm manaai iroa» mat) n« 
h:a Tin» •nano'n "ndw apan na 'M me "■a i^d pinia r^b^ 
to"na iibai 'i-i "naa nx icm isan taw» rsb '^pbx Sod ^m? 
irïwfla 1N21 1723* lanas-i ,4 r-ib\aab iaw» j>6 "imiab v-b» ta^ai 
•Miay nia a TmNbaai ■nrnbrtn ncaa nn mnb Tusa naia ï-ibbna 
vnT ba lana*- raab '-■pbNfi Nirr 'n --a ynan ■w ba nan «p^b 
a^nT iba wp abirb nanT 'b-ti maia* baniS'H lïmaan a*na ba nsa» 

: 'n wn a>nT lanp anT n»N 

' Isa'ie, xxiii, 18. 
* Dan., xii, 12. 

3 Ps., cxxix, 5. 

4 Allusion à Ps., lxxxv, 9. 



DEUX LETTRES NOUVELLES 



DES MARRANES DE PESARO AUX LEVANTINS 



TOUCHANT L'INTERRUPTION DES AFFAIRES AVEC ANCONE 



La tentative faite par les Marranes d'arrêter le commerce d'An- 
cône est peut-être le seul exemple de mesures coërcitives prises 
au moyen âge par les Juifs. Le boycottage du port d'Ancône qui 
fat organisa, après l'auto-da-fé des vingt-quatre martyrs, par Don 
Joseph Naxos et sa belle-mère, mit cette cité florissante à deux 
doigts de sa ruine. Heureusement pour Ancône que les Juifs 
restés dans la ville réussirent à empêcher leurs frères de Turquie 
de mettre à exécution leurs projets de représailles. 

Les efforts des Juifs de Pesaro et d'Ancône pour favoriser ou 
enrayer, au moyen de messagers et de lettres, ces mesures de 
représailles suscitèrent toute une petite littérature ; il est bon de 
l'étudier, pour se former une idée exacte des événements d'alors. 

Un manuscrit de feu Marco Mortara nous a conservé quatre 
lettres adressées par les Juifs de Pesaro à leurs coreligionnaires 
de Turquie. Elles avaient pour but d'arrêter le commerce des 
Levantins avec Ancône et de le maintenir avec la seule ville de 
Pesaro. Deux de ces missives ont été déjà publiées dans cette 
Revue (XVI, 66-71). Les deux autres nous dépeignent avec vi- 
gueur la violence dont les deux communautés firent preuve dans 
cette lutte. 

De bonne heure on avait appris à Pesaro les propositions faites 
à Constantinople par les Juifs d'Ancône. Nous savons par Josué 
Soncin que le rabbin d'Ancône, Moïse Basula, et des laïques du 
nom de Samuel Senior et Moïse Jarhi l avaient essayé de faire 

1 Jioiîrb rbrù, 40 f., 46 c. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

croire aux Turcs que la tentative de fermer au commerce le port 
d'An cône pousserait Paul IV à des mesures terribles contre les 
Juifs; quanta la communauté de Pesaro, elle n'avait rien à re- 
douter de la part de Guidabaldo d'Urbin, dût môme le commerce 
de Pesaro ne pas remplir les espérances conçues. Grâce à la troi- 
sième lettre, adressée par les Juifs de Pesaro aux Levantins, nous 
pénétrons mieux encore les raisons que les Anconitains firent 
valoir pour empocher l'interdit dont on voulait frapper leur port. 

Ceux-ci avaient insisté sur les représailles que Paul IV exer- 
cerait contre les Juifs d'Italie. Or, c'est là un pur mensonge, dé- 
clarent les Juifs de Pesaro. On sait qu'à son avènement, le nou- 
veau pape avait juré la perte de tous les Juifs de son empire. 
Telle fut sa haine contre eux que, lorsqu'il fit brûler les Marranes, 
il n'accorda aucun dédommagement aux chrétiens qui avaient été 
en relations d'affaires avec les Juifs. La mesure qu'on veut 
prendre ne pourra donc aucunement modifier l'attitude du pape 
à l'égard des Israélites ; sa cruauté n'est plus susceptible d'ac- 
croissement. 

D'autre part, l'assertion des Anconitains, que le port de Pesaro 
ne saurait suffire au dépôt des marchandises et manquerait de 
commerçants, est une calomnie manifeste. Les premiers essais ont 
été des plus brillants et on a littéralement arraché les denrées 
des mains des marchands. 

En outre, on a épuisé tous les moyens pour attirer les Levantins 
dans le port d'Ancône ; on a facilité l'exportation des marchan- 
dises en rendant plus favorables les conditions du crédit. Florence 
a inondé de ses p'roduits le marché d'Ancône, afin de les écouler 
dans les pays du Levant. 

Les Anconitains sont allés jusqu'à dire que Pesaro était infectée 
d'une peste. Sans doute, Venise était alors frappée d'une épidémie, 
et cette circonstance empêchait les Vénitiens d'entrer en concur- 
rence avec les Florentins. Mais la ville de Pesaro, elle, était de- 
meurée indemne. 

C'est ainsi qu'Ancône avait oublié les affreuses persécutions 
dont elle avait naguère été le théâtre et mettait tout en oeuvre 
pour empêcher les tentatives de représailles. 

A présent il ne s'agissait plus seulement de représailles, mais, 
pour les Juifs de Pesaro, c'était une question de vie ou de mort. 
Guidabaldo s'était posé en adversaire de Paul IV et avait offert 
asile et protection aux Marranes réfugiés sur son territoire. Il n'y 
avait pas là pitié ni humanité de la part de Guidabaldo. Il avait 
appris la résolution des Levantins de fermer au commerce le port 
d'Ancône et de traiter uniquement avec Pesaro. Le sort des Mar- 



DEUX LETTRES DES MARRANES DE PESARO AUX LEVANTINS 2:53 

ranes dépendait donc de la réalisation de ce projet. Mieux eût 
valu ne jamais agiter cette question que la résoudre par la néga- 
tive. Dans ce cas, les Marranes seraient allés ailleurs, au lieu de 
se livrer à la merci du duc d'Urbin. Et jamais celui-ci n'eût pu 
leur reprocher leur manque de parole ; s'il leur eût accordé sa 
protection, c'eût été par générosité, et non par l'espoir d'un bé- 
néfice. 

Aussi les Juifs Levantins doivent-ils se faire un devoir de pro- 
clamer solennellement que désormais ils ne seront en relations 
d'affaires qu'avec le seul port de Pesaro. Qu'on décrète l'interdit 
contre quiconque enverra de ses produits à Ancone ou s'en fera 
envoyer. Alors Ancone (p3K> deviendra un lieu de désolation et 
de ruine, tandis que Pesaro (itd) sera la cité florissante et opu- 
lente, où tout le commerce affluera. 

La résolution des Levantins n'avait pas été bien sérieuse, puis- 
qu'elle n'avait été prise que pour la durée de huit mois. Les 
Juifs de Pesaro apprirent bientôt que, sous main, on travaillait 
contre la ligue et qu'on dirigeait, comme devant, des marchan- 
dises sur Ancone. 

On fut informé que l'employé d'une importante maison de com- 
merce de la Turquie, celle de Salomo Bonsenior, Joseph m&nn, 
avait fait entrer un navire, destiné au port de Pesaro, dans celui 
d'Ancône. Les habitants de Pesaro réclamèrent une enquête et 
prompte justice de Joseph, pour empêcher toute trahison nou- 
velle. On demandait aux Levantins de se prononcer catégorique- 
ment sur leurs intentions à l'égard d'Ancône et de Pesaro. 

David Kaufmann. 



APPENDICE. 



■râmba arûs ■wbtt ans 
m** wmn tn« ù*3"i tr» mbip win -p*e "proa bip Nb[p 

mm ittb s^b rvnara nwib tabn* n* e=o rrirb jbOM terpao 



234 REVUE DKS KTITOKS JUIVES 

wrattb tarant rrîûtt mns "huîn i-ia^ai iaa>M l fr*t b* iry^vn 
miatry p r<b *i«« ta'na'i "n» taap t-iNun Ssm niq 27212) 
*■)«« û'WBKna n»\û TOiib i-iwz *p na dnaioa *i»e "Mûpan mrpno 
fnttN iri-^ mKttVfl r-rr^nn MKîb •ta-irtm tarm 072a M, t"TMD*rflB 
r»*©r p larrons ï-nrn imrr *pïna la^ban i*m îavp idi la^aab ^do 
vnav ia-p ta-n^Ta prci* ma ma-p ipw p ^ci -uaaN ,,, p , ^i^ 
ptnrîia pi taaina pan nijan dot tarsr *-pnoiib r-imaa hmai 
nttb^ fcaamta ta^nsa ca^top ta^tapin ^îtttab iisa^ fermai Eaa^bar 
r-is r-nns n»s ^btûinb fcaan *bab m^ii *cta npab npieb fnns 
taamfcs WY 1 lasi 'taaba ïiib* ^aa msar» tamaa Tara -iïts 
ir«^ fcjw ^a îiDMn* itjpp îawna *-moi7a i-ia ■pb*' pis ï-iDinat 
panatïi pantin • 1 n3ïii i-npasn b« imnea rvpïrb r^irs ■p tab^rs anaia 
■pb^» ny^na pnt iiaa>a abiN 'siri ïiaiatt ^a (?) la-nai larna iiiaansn 
îsb^n "i^aarï ùïrata wn ï-i» Sy rrnria r-ntasntt TM T^aaa 
■nao* 1 ^a pion •û'WiTai miis j-inee k-isiab nibwtt ya:n in** 
■nias ta-mrrrr mwb frwsist* maaa rib^rt û^nn V 3 TOy* "i©* 
î-i^na Mi«a pa^rs •p^ttn n73n iaatt aa "paob sa^nn* ïrbstrsa 
^a îaijasn jsb aabTa lia nias ta^ata mann npiab yaïaai îanai nbx 
nasa naïaa taa^bsnan t**b "»s »p*na ^nnbaai 'pa'na ina^ na»^ sb 
laonai inaa tasan in Wi "îvsnssïn arrba> unir nst maya 'Taab 
inNTa fnwi n?û iœ pi* •[nsbriaïn 1.] frsb ïtan ir-p'nsiDin Sna*» 
ta^nitaîi ca">"jin , »?l bab "nTa^b ^snnnb F*Mni"t ta\nao j-tt Sbrrnrr 
^ ta^«i inffia tammbn tabiyb i^aaïib ir-kNa aoi"« t^-ir? ^n^N 
i»b Nin ï-ia^nTa ^a n^ia •'bar mbtt tiapb ïsiab iba^a iab-> tany 
na^n Sbaa ^©n "jiujb "d^-ini-ï ï-id la^nnn ^an ,^a riTrôa eatrnsnb 
'■»ùaNnrbM t]oaa ^r-" tniaiana ta^p^n^a ï-r^tasiiai ffrwi ^œa» mm 
ilîob 4 aahan w pn^n m y a :a a !rnpu53>?3 M *^pnpD ta a i^yai 
taiian Sa ï^bn * t-^nrr t**6 nai ia^N"«i Tona npu: "•m taaifflb 
i*t> nbia tana ta^ • ï-nnnoi !^a na^a^ taa^abb 'npasa ^ïïn ta^bn^ 
ain av^nb nv\~\z> ïrra aan^a ^rwb nna tapt5a> atNan tairpxnbtta 
ta^ "pin i?a ûîrb« na^nna taa -idk nmn ta-ia "iuîn •ta , »antumwi 
S2 rnaanai nan^a na^pb» 'î-rai nb^ai inb^a nabao na^mat^a iana^ 
^12^0 irrîn N7a^T un ^7a lanTaa ibn rtttn ta^ ta ni s-is"* yya ï-ia>-in 
i^iynu)î«b »oi Sn^i ta^ai tmanïia taa"«b&< ipyati ï-jb ■'pta 
•^aab n^Tn sn^nn yn«n rna^i in^ n^atin "»a *bia 'pna N^ao t^auîb 
tanan j-nb^by i-rb nxattai b^ariTa ï-iacap yawan inn^p ï-rnvn taanb^ti 
taa •ta^mbia lab nann ^^^ mmnorr taniN n^iab Sain t<b ^a 
lia 1 ' aiaa ^wX ^mpttîb ^maa» npia ^baica taba "i37a«a Nb ,,, i7aa iifi fis 
n-'b T» ^a ta^yrt bab inba nuJNa i?a ,, nstt3 nnn iini S7a3>"i in72n7a 

1 Allusion à Fexpression talmudique : fpD b^ ïl^T^lpïl 'ITDnb. 

* Lévit., xi, 30. 
a Berakhot, 59 a. 

* Exode, xxv, 15. Les mensonges sont un péril pour la gorge. 



DEUX LETTRES DES MARRANES DE PESARO AUX LEVANTINS 235 

rra»» "i5*b»a fcairbN '-nonon nnp-^ anaai 'ipama wa nmnoïi "na»3 
û^-pa -înpb Epatt "nTiai ïiraoa rmnors n*ai ûnmo '*©a« mfir>E« 
D^Mitmara [û^^-insm L] (D^onrrn) twiiroii aa73N • -07373 nrô»*i 
ta-p Enaia sriapn» ■ptttab -nerm p-im» fr-nata* watt ^nuja wap 
•î-rap in ^a737a Tûab nrmatt-iKa ^mba "mns tabm snies "O ta*p 
^£35ST»bn s-teio naism ©in nam ta^ann smonm ï-irnnx wbtDna 
l-inbi fiMisb ta* iQsn in(i)iri taasa* Sn îtmotïi nx "mhw ftsam 
ba t-iwN èbtoij i— T73n ta©» niD? mb^n ^a ba> Liats "îrra^i fcart»* 
tanaia ■pa: yaaj^ixn ma Matin ï-ram baba isb ^a nban ta*n»*73ii 
S-inTs p 173*1 ^-nuaa tanat* 173b i7a"m nai» nnpb '"«BïTrpn "ia>73© 
Sa rtobpb toïrbaaa "îaœ tas ^a r-iara nam '«abtt fcayn Mba*n 
■wwi na> "-mai naana rwi yn^n nn ris -ttrarm '^pnvjn "iaa;-iN 
■*abi!i ib^n TNTai rrbna:n y-iNïi ,# *laa N272 wanm a^n ab ma 
aipa> n a fc-nanb wam ta^an "îao •î-irip fw bip y» i-nrm» 
nny M, taa snmïi n©» mma^aoi rwat^'n naa» ^bnbi Sa» taab 
iras S-ua ian^i iariN im^ai s-mrnoi y-iat ^aaa ta^a» ta©» i^a 
y?a©3 Srpn ^nai rpo #/ ipaK3 ^oa-n^sn n©:?" 1 ^©«73 ta^aa nn« 
taab ^art *aan n^uii n©pa^ nfiniab marr ^a a^inyaïTi fca^MCDattHii 
y-ian nbann pan tanab tanb pab ana Sapbi taaab ^b» S^nb 
13 J-ia\N-in ep-n* ^31$ t^bn 'na ibaîo maao?3a nia» yn» ïtîiïi 
t^aa S^nanb ta© p»i Mràïi nn» mmnb la-nio frw San 
p pat* ns"0?i nba©» yisn b« ab in© tsib piown» tann» iiaa 
anbman tznnn ^3273 inraa *<b tonnasi i-r^^ntb n^b non «b ï-nnî^n 
tawsn ©sa « nanpn 'vxvm rrh»] Ottnbi iiNb an mr: tara naa r<b 
ti:> 'îrsva Spar? ^n^i p^an ">pa tai irrrus nn^p n©« pfi ©Dai 
mi n©N n^aa «b tara ^T»n«»n tan^nN sqaaa ma»b rnisaa aiM 
t=N tabia»?a D^na^T T»n t^ba '-jiD'va^ t^tb ûwaw "ûwm taa ï-T^nr; 
noisi ia"nai iana^ n^m ricana a^baoïoM la^sibs can^aun ia«n 
laaian-» ia>Ti sb '^aTa in^a^ r-i73n -a tm^sin taa^a^i îanN ^an tnaN 
tïwm M.tTKbn T»y b^ Kbp i^ap taan i-ian^ [oibia H 7 © «b ^a 
laT^n r<a bx in tav nb^ i — î7û ut »**b ta^bica73 ïiTln taa>n Sk 
q^n ^:d73 na-na^ la^aibN tsnN iaian iaian SfitTif» "oa ^b^acN ism« 
y-ia tai-« rr"»nn ïn»»© n^a ia^a^ ï-in^-i nu.\\ "HiMiîi tn« ianar 
n"n-< oia-nr; "la^aiix q« mna^a inann t^a Sni 3 t<Ta>a yns taa© 
inrpain '"qiDNb isbm n©« ba hy*\ an^b riîn a^ïi ri^ n^a^n n©N 
*^a Sab p n©y ab naai ap©r: [anb]© nmaaa naiob dny lab p^ 
natpa tayj p vj'i D^^n nnn^a -ib ao^ pTab nann uni lab taNT 
Ï-T73 npa^ ""a irisa Caiei pn ib ta© -i©n mnvnrr ©a^ ^a>73 J-raTart 
i-rb "j^an Kb ym n^ nbïa ^a n^n" 1 ■'a pn^ata n» na^ia rt7a iaa^3 
ib Tnai Tia ^a inNL:n i^b« y*iv ^a in 'nauînTaa rsba^ r-rbnna n©Na 

1 Soph., m, 3. 

8 Allusion à Nombres, xi, 5. 

* II Sam., vi, 8. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

S*» -,w\s ib*»a M *Kttiri ï-mma a^iaa irmai irabfc yi^n H:n 

ib a^a]^ : — 173 ras ^-aan innain Sa» [alarma riTo TpB^Ban mia 
Cjcr) m ï-na»ai inttn un i7:a ^rn }bi t|N Fib^ asa» nai r**bn 
jmb m n^:n r:r r-nia fcsns i;mx carme ib "in inaa» [yan i-] 
ta^N ïiny» ï« i;b anca lamia ^bib yvz-z-n tsa^aîN ûaxb '•wnn pn 
ya toéh o^aan t**bi mab pin-n: imb-nv Y»ban nujsab cabtta 13E» 
enJE^n npioa iDon mis ib îrn naapE ûyn ba dm û^ai mbnnttrt 
■ywb mabb "pba rscprr ■■» y«i rnwaan ïia^ben m "S^ yap rp» 
toiam r-np^nn npnas xn ï-Taruann taanttaarî ■■bib "w ivna 
ri72p "o 'ïransab maaon •.3"»aab pk bia>3 naia» arm nrs«a tz^nn 
ta^asa «nn mn pa na-ras ijh tabla» ^i::n ha-a îiaxa aai taanttnb» 
•na*r B^tbi nbïa» waH c**b barnc 1 * ^aa darnr'Ta laTa" 1 «b ûwan 
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niBKa San taanfoa i.](*)ib ^a wattr niDKa mnnn anpbb t?n ya 
■an ipDDT ina ^dd riaan rsaN *yin "os ba> Ym*ja 'nszp yon bab 
in as ûinpb yns3 ptdowN tasoficb rrDvb wois mvj e*w^ p:d\s trouai 
i-rn «b TN72 eaa 'nca t-pbiE ta^an laa ibioa^ a an 'apaaon Ssaan 
lapa* naibn idwN s-naTia a""©nb ia^ba> troiann aiann ■waviKb 
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aa* ttnan • anm can^a naab PwX y72Nb D:iwX yxa Sidd ^wX^n k-nannbi 
mNSTjr; r-naia mb^xi r-;73D t-nsn la^a^i s-iantab i-raœn s pbNM 
inatT' p na a«ai nanN73 "ji^n p^nb imaw «b nTaNi iom iam« 
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ta^ai^Nir; b^ û^soia i-nïiba na^b^ tamn 'n^nn^ ^snb 'bnn ^ai^a 
rrbwN- n\N^nn b« iîdt -m? •û'^az^m tonh P] oa« dii^i ûan "i'ûn 
winan teapapn ta^cpa tniapaE un r-rm ^d larn tam«D3a 
Kinn tz!ip?:n in'nn nnata ^n *<a&%3 ii'W s**b N" i »udi r^p^T ••• i n 
tan» '■'pb» ■'^«a 'c^'jn •-ib» ■jij» ^ba in7a"i tpmprt m^ ybaa 
tas^va la^sa t^a ^npTi taaa nyaa Ssuî^ t ^h^n laaina 
inp2"i taaan^n hnn ttsinb tzD^nb y73N->n ipth 'na^nab la^sm 
■»nm rr^a^Ti mnn ï-isan ^-iïsn ïmmaïa t^b yn^ rtrnKîi jhn 
Na v«rt Tina ûst» an to^-rs naauaa no«b 8 y«»N ittîpn dsnaib 
nann Sni "la^nm naabcn D3^b3> ^3*iNa > ' d^aianna nffifitb mnya aatan 
iai bs7: ûn-i?3u:a"i danby» ^asb n^n-« y^nb d&o 'in Nnb mmsaïi 
j-rb^b mo ip^ayn n^wNb rTr»nn mN^73 anm taanTaDona mai 
n^T taam« dnnn ûrrnai ^p^Taa tzarn d^DiTarr 4 c^Dnnb nbia 
taa'sD w«bn*îa carra ©^i 'n^ïisi y^wtia dban ïibanffl w dn^na 
aT3w\ Tia m vm r;»»^ ïiNUîn rr^^Nn i* n7a^ d^Ti in dr d« 



1 Isaïe, xxvin, 25. 

* Peut-être abréviation de y^ttb fïiZ")n, pour désigner les étrangers qui ont fait 
tant de dommage à Pesaro. 

3 11 Sam., xi, 12. 

4 I Chron., xx, 8. 



DEUX LETTRES DES MARRANES DE PESARO AUX LEVANTINS 237 

dïrmbinnna "pnnnb 'ipaisa amuna 'pbiïib bnii *\trov ba pi aiTaab 
•jd nrcbi "jinmaa ibpob 'ipnaa nbrab an?a mapb in idin ai^n 
r^na ^tn Nm s^s-n lia» n-prra i53m*i dab pbm t3ïTa"*3»a ini- 1 
ina ia"ôa»?a i^aib Siipn tï)i ^biN T03?n rra uni • r-ibai ta^irn 
lanvna 'ia tir rrni û^b» i— ïTarr itbn dmaibn 4sm tn?aia>inn 
iaai ^-nïjb iva 12b vî-p i-raïi da ^a d^iriN tman nn« mdtd laba 
13733» W3K * fcawaab ima lira ba situ aiiaa»!i ^irs Sa lasn 

1 • • • 

^iTJn yisn nain *ïtiï ara D"i2?ûb-i nno7abi ttonttb irv Diaiiri 
©">« ntfap moi SaTia»3tû ! :^d ^bi nvnn min a* nia ia dn» 
ï-iba»E lnba*E ^a tt373N a^nna i3i3N iiTai ina taaa»b îa^m marna 
tawbi aia ck *~a-a -in isiab 3 yiNa ai^ spnm i-nnTnri iba»i 
nsin îbpi lamai la^iaa nau: 1311m naosn lana* 1 4 &rc3aa taranp 
Iniaa» iTTnn ^a rrabia taarmasîîa ïrnn '~7a aa *dnb Nnn tabia» 
i73ip?3 ba> ïiTn aa>- Sa aai aia naia t^an aa^bai nwb fcaanbnp 

'©a r^a-i 



^asai^a anaa ^anai ana 
abp 

^ aaaw\aa 11273 behd»i pis i»i« r-i3i73N ï-ranai eîkie l^an 173 
ipb ^d'J73 dnttttî lia» tDnnaoïi niiaa nnaai ns:> d\istf iai *a 
iî*b 'n "aiiwNb nb Knpi raipn *pi d^ia *pi ibarii ir[i]i.N]m 
fcaaaîa Sinns TwN73 da tamai pis tib« daaaïi • taaipb viaa» dn 
ï-nnna t-ninas 'tsar a^naa i"»a»n "o niKib la-ar» tamarn 
ba^ba i3a*a tar»a*Di aa*s taa^:D îa^Ri p ba» • ananas srnaiana 
©Nia TiîN iiîabn mansi ûTiinec n* 1 ^ irnpis nynb nii:^i73a 
n3— t-nsi©sirt ' Nan-> Nbi tari n*a^^ n73 da ^itd e-ô nai inoa 
d"'-i73iw7: i^wDD 13N103 vbs t^a^i iD^iip ai^ ^a T»aa maiinsi 1w\d 
û^ar mpdb ns i^sir n7aiba»m ns^ lûdia» 'a^3Db73 n^an naain 
u aa'73 nrnb mms dm^niN 1373'a *na»lb "pa^ d" , ii733 aabi bina» 
ba ip*a h - ni-- iixan V 3 ^ wb» d">ibaïi ia^nî< 1^73^^ niaa» ia v a^i 
da^iai bai dnaan nnna: icn maiïîNirj mia» nN^aîa 5 dma»aîi 
tnnn ; # ia inba d^a^b lab i^m mnnbi ^anb pa^n'' usa ia»b 
ba»a nî:n o^b ai-arn ia t<b laab •K'ana t^bi nia»iûïi 6 iiaiN 

1 Ps., cxii, 9. 

2 Koh., 1, 6. 

3 Allusion à Genèse, t, 22. 

4 Allusion à Isaïe, xvm, 3 ; ['oij NU)^ 1.. 

5 Allusion à Gen., xxix, 2. 

6 Isaïe, x, 4. 



238 REVUK DES ÉTUDES JUIVKS 

C|bon six nbi» "ifcwo *pa rrrfro irva pwa p îmamn vpv awt 
j«b n«an b* tn»En ÉpsinVi inn imaab \rwn nab inr na-n 
lab m:» -inpînai liôca û:x diieb ' ^;;-jn hanH fa»» r<in y«c b* 
r-rn-in ip:rj nsarppari co laïab 'rj b^oopa yiim -o rrriœnb t:? 
6aî"pbj nias d^tji N^nm r^-jn p taanai vb:> rpan rmwD» 
*nn»»a toab nnan rwi irb« Mab arrot m»a» ittiu na D^n 
iana tino^d "pn Tia\-)3 d^îj avsai ■'aet tas wi aanana anb 
Sm ï-id taitn^pon lab» n7:nr: a v w:Nrî r^ana "irtt&ri ^ai "i?:b 
ûci msf b*ar *jn im a^i* an :-i;ten3 ^a w»an arrnno ba na 
an epa *ra ^n ' dïib ■pan ^baa aa-n mm« nab r;:ip:tf b^ v;d 
^bib i^no^d b« t^nb naca p**a nia» bainn an «na i? waiDna 
1itt)bai naie ijtfba 'npa« ba anp a*pa iaan ana pTron 3>iaa mmari 
cs^iûabi rtîan ma dam»» r^a n©« r**nn *£ s*<a\N in •rnnnN 
•nmNïTrb aip73 ta:; ûsiûttn nan taa^b» aaa a^a *•*©* t^b anatfpfl 
3>û"in nïi ^ 1:3373 "PribiiBl "na« au) taana îi2rj *o ro'*» ^sa 

V ' 

■on 153UJ ^aaj-im 'H w "us "ni-iN ^br-r ^a Si^n^a ia^n "nn» 
■os ba> yna ynab tayfi ba -lonrr p w "naia ib n;n va-na ©i»b 
ïtcitd b^ n^aarrr? ^a v a-pn ma miaj»b nrw aa pn yna 
r**b fw tpanaruan tana^n nan ^a tan^i^ an.Ni in "idti«i 
a^na^a t>i^a r^ay )^i ^a^ idt 1 a^na'ra pb ••ûwtan pN ï-i^n?33 
yna S^a ib ^u:n ba tn^i imx t^nnn ^JD3 S*^ ...t^ &v^Ȕi 
Sa c n3ïD^[a]h)T^ n;aa^ 5 naa3 t^^inn t>ii:73D tsxi 4 nuî^-ia nafcïi 
naia Snn qai" 1 Sni S^-iuî^a tr^an uj^ ^a y-n"> 173123»'' rbaiN 
taanasoïia yn^ in n«n ^a ^ki$ y^an tzivb ta^ *ksn ri73-i73i iin 
ï-ramp ^a t-n» anb nna û^b-naa» riTn arrt b^ 'jmïi ïinniaa nsm 
•p:na 7 vrù Yn '72a ^nn t=pa p-isn i2->bN73 Nab ri^38 nsnta^ 
to^nsttî uî^a tîN ib 5 — i-»rr 1-173 isarii ^b i^p^aibsoîq 1^3* vb^a 
iNm irrjn ia^N t> np^nii •ï-nnani r*wbaa n^i ^naa in pTS 
ûBTPîa 3^1 "i73yn ^v>i ia?3^rs ^331 ma y , 73N'> pTnn Mb» ib* ^73 
rj:nnan ts-«73an ^stn ibiN 8 binan 'nTart tanb^aa *o mn ^in i^^n 
msn '"lam p^sta thn^i nab niao snp^ 9 np^ npb tr^oi" 1 ! taan 3»73u: i « 
^mnT nb« ^3d bj» mrp taanm taaxm» ^a [a-ib]o np^^rr ï— iu:^?aï-î 
&3n • i"i7ain"« Tarn mb^ow an^n t=3 Snwn ta 3 ,,.aab\a 10 abn 
«afci *iy wm irvnî fe^mbsw ...ts'naa ^a fcaab n^sî î-iuî^s narra» 

1 II Chron., xxxiii, 23. 

1 Allusion à Nombres, xix, 5. 

» Baba M., 28 3. 

4 Nombres, vi, 5. 

5 Au lieu de na^33. 
• Zach., ix, 5. 

' C'est aussi le nom d'un des martyrs d'Ancône, voir Revue, XI, 153. 

» Jon., i, 12. 

9 C'est-à-dire : Joseph STiKTin. 

*• Targoum de Job, xxxvi, 13. 



DEUX LETTRES DES MARRANES DE PESARO AUX LEVANTINS 239 

ïNtt "Dna ûdmïtn nnn Sus ï-is*n t^n ï-hnt t^brr •rtpia î-m» 
m-pun *o ta^nt» fcrn? 12b i-rrwi mibybi ^73tt>b n^b» fcDnan 
■rça» t«:n sw*k irb? nnb taanwa i«a anptt 'nuîN t-niBWr 
ïrinoai na wai î^d b« ï— td p^ar ^duî?3 ta m t— in ttû'ub Sntis^ 
waea •n-'-naa nrro nani • Êrpi t^b nujab tznaa t-iasa nivrasoft 
r\an t-n-utt» ibwi t**b ^ ïY't D"D"m sviïa i-ina na iir t-ns^b 
S» us-»» û^id TOn ïrrra "p •:::>» w nw tawfiai ■*avi:np , ibKOïi 
ib'Wttcn ^i wnKn "O îrb* "îmiBn tjîk bab into ban îrma* 
(?) nvra nass wnsram irsa "O 1 laa naNn mtos n ab 'nï-wab vittN 
■»aiH "îrmrjN b^ "isw ba «5"»732 ab tovnns© matnîai anna ^anïn 
r-i^bab mwDnbi p«ab Wrra tpT rmwû n« rnaastn ^pb« 'n yirr 

.Y^n tan-p î^aan ba-rcs" 1 

1 Allusion à Ex., xvi, 23. 



LE UAL) CADYA ET LES CHANSONS SIMILAIRES 1 



Toutes les personnes de langue anglaise connaissent la gra- 
cieuse et vieille chanson de nourrice : « The ho use that Jack 
built », qui a charmé leur enfance. Il existe une autre chanson 
qui est certainement aussi familière aux Juifs : c'est la fable du 
chevreau récitée les soirs de Sêder, pendant la fête de Pâque. 

Cette chanson araméenne, dont M. Steinschneider a étudié l'âge 
et l'origine 2 , a excité la curiosité et inspiré les recherches de 
bien des savants avant que M. Henry George, folkloriste anglais, 
eût publié son étude si complète : An attempt to show that our 
Nursery Rhyme « the House that Jack built » is an historical 
allegory, etc., to which is appended a translation and inter- 
prétation of an ancient Jewish hymn z . Les chansons populaires 
qui se trouvent à la fin de la Haggada de Pâque ne paraissent 
pas avoir été connues des Sefardim, car elles ne sont mention- 
nées par aucun rabbin du moyen âge. Cependant aujourd'hui en 
Orient, les Sefardim chantent ce morceau avec sa traduction es- 
pagnole. Dans les pays slaves et allemands, elles sont chantées 
encore aujourd'hui dans la langue nationale. Il est vrai que le 
yvp ■% ma et le ana in en hébreu sont aussi connus des Juifs 
que leurs versions plus modernes. 

Les commentateurs juifs et chrétiens ont essayé de découvrir 
dans ces fables et ces énigmes liturgiques 4 un sens historique, 
philosophique, moral, cabbalistique, allégorique ou symbolique \ 

1 Je suis heureux d'exprimer ici mes remercîments à mon ami M. Paul Rieger, de 
Berlin, pour les excellences idées qu'il m'a suggérées. 

* Dans son épilogue au n v Ui*-|tt *V^112 de Landshuth, Berlin, 1856, p. xxvi-xxx. 
Cf. le Jetoish Chronicle, 1862, n» 382. 

3 Londres, 1862. Cf. Steinschneider, dans Hebrâische Bibliographie, V, 1862, 
p. 63, n°627. 

4 M. Israël Abrahams a fait récemment une conférence intéressante sur les 
« énigmes > ; voir le Jeiviih Chronicle, du 29 mars 18 J5, et le Jewish Exponent, du 
12 avril, où il est question du sujet que nous traitons ici. 

5 Voir Steinschneider, Catal. Bodl., c. 420 et 15λS ; Furst, Bibliotheca judaica, 
I, 2; II, 39, 227; III. 418; Neubauer, Catalogue des mss. hébr. de la Biblio- 
thèque bodl., p. 75, n» 357, p. 630, n° 1936, et surtout Wolf, Bibliotheca Hebrma, 
IV, p. 954, 1044 et suiv. 



LE HAD GADYA ET LES CHANSONS SIMILAIRES 241 

L'explication la plus fantaisiste a été donnée par un apostat juif, 
Philippe-Nicodème Lebrecht, qui a publié à Leipzig, en 1731, un 
volume in-4°, sous le titre suivant : ft^a m. Ein Zichlein, das ist, 
ein merckwûrdiges Ràtzel ans d^r jûdischen Oster- Liturgie \ 
wrlches in sich begreifet die Begebenheiten und SchichsaWe des 
jûdischen Volcks, so sie von Ans gang Aegypti an bissaufdie 
Zuhunft ihres annoch taglich znerwartenden Messiœ darunter 
verstehen. Bodenschatz * a publié une analyse de cet ouvrage, re- 
produit plus tard par David Oppenheim *. A la suite de la publi- 
cation du livre de Lebrecht, parurent quatre autres ouvrages, de 
tendances analogues, dont nous ne citerons que celui de Chris- 
tian Andréas Teuber 3 . Wagenseil * aussi mentionne le poème 
de Had gadya et les ouvrages qui en parlent. Mais pour ne pas 
trop nous étendre sur les détails bibliographiques, qu'on peut 
trouver, du reste, dans les divers ouvrages que nous avons déjà 
cités, nous nous bornerons à faire quelques remarques sur les 
contes analogues qu'on retrouve dans la littérature profane. 

Comme Ta déjà fait observer Sanders 5 , le prototype du Ehad 
mi yodèa n'était pas inconnu des Grecs modernes ; encore au- 
jourd'hui il existe une chanson grecque ainsi conçue : 

evaç (xovoç ô 6eoç 
ouo 7] 7iavayta 
xpta ■/; àyia xpiaSa 
T£<T<TEp eùayyeXiaTai; 

OXTOT|yOV <|yàXXo{/.ev 
tvvea tcc Tayjxaxa 
sxa eiv ai eooAor. 
BtoSex' ol a7rôaToXot. x. t. X. 

M. R. Kôhler indique encore d'autres chansons semblables dans 
YOrient und Occident, de Benfey, II, 1863, que je n'ai pas à ma 
disposition 6 . 

1 Kirchliche Verfassung der heutigen Juden, Erlangen, 1748, sect. VIII, p. 312. 

1 Dans une étude intéressante, Zur Literatnr des Volkslicdes, publiée dans le Ben 
Chanania de L. Loew, vol. II, 1859, p. 77. 

3 Son ouvrage est intitulé : b&rH£P ÊO SOI} *"in, h. e. Wahrscheinliche Muth- 
matsung von dem alten und dtmkeln jûdischen Oster-Liede : Ein Zichlein ein Zic- 
hlein, Leipzig, 1732. 

* Behhrung von der jildisch-teutschen Red- und Schreib-Art, p. 98. 

J Dans le Jahrbuch fur Isr a élit en, de Busch, vol. VI, p. 260, et dans son Volksle- 
ben der Neugriechen, Mannheim, 1844, p. 94 et 328. Cf. aussi Oppenheim, /. e. f p. 76, 
M. Wiener, dans la Monatsschrift de Frânkel, 1853, II, p. 320, et Perles, dans Jubel- 
ithrift zum 70. Geburtstage des Prof. Dr. H. Gratz (1887), p. 37. 

• Voir aussi Steinschneider, Hebr. Bibl., Vil, 1864, p. 8, n« 435. 

46 



241 REVUB DBS ÉTUDES JUIVES 

On trouve aussi dans la littérature néo-grecque une chanson 
populaire qui ressemble au a^a Tn et qui est appelée 7rat'8txov 
TcayouSt. La voici : 



T IÏTav eva; T^P 0Ç 
K'eïy' eva bsteTvi 

Hou XàXet xat £u7rva 
Tov SpfAO to yeoo. 

^HûOE TO àXsTTt 

t 

"Koay' to 7reTsn>t 

IIou XxXst, X. T. X. 

y Hûû£ xat b <7xuXXo; 
K'ecpaye t' àXsTTt 
Iltocpay' to 7U£T£?vt 
Flou XàXst, X. T. X. 

"E7r£ae to £uXo 
Hxotclxte tov cxuXXo 
nàS^ayE TaXÉTrt, x. t. X. 



t Hû8e xat ô cpoupvo; 
Kéxa'j/e to £ùXo 

llou <7XOT(Dff' TOV (TXÙXXo, X. T. X. 

1 Ilooe to 7COTau.t 

Keff^UffS TOV ^oupvo, X. T. X. 

t IIsû£ xat TO pcooi 

Klbcte tov 7roTaat, x. t. X. 

'ÏIooc xal b Xuxoç 
Kscpaye to (3wot, x. t. X. 

ÏTT > \ ' v r 

Hpo£ xat o T^OTiavYjÇ 
HxoTcoae tov Xuxo, x. t. X. 

*Hpô£ X7] 7ravouxXa, 

IPrjpS TOV T^07CaV71 

IIOU CXOTOiff' TOV XuXO, X. T. X. 



Cette chanson est la copie presque littérale de son prototype 
araméen, et il serait intéressant d'en découvrir l'origine en Grèce. 
Peut-être a-t-elle été composée par quelqu'un qui connaissait le 
chant allemand. 

Dans la littérature orientale aussi, on trouve des traces de ce 
chant populaire, comme M. Steinschneider l'a montré à plusieurs 
reprises *. M. Kôhler, dans un article 2 sur le dicton : Und wenn 
der Himmel wâr' Papier, rapporté dans Schabbat, lia, réunit 
tous les passages qui se rapprochent de cette image et qu'il a pu 
trouver dans les littératures juive, arabe, néo-grecque, serbe, 
italienne, française, allemande et anglaise, et examine, à ce pro- 
pos, nos chants de yrv* ^ "ina et aoTi in. Benfey, qui a rencontré 
des traces de ces chansons populaires dans un conte indien 
écrit il y a 1500 ans, a réuni dans sa belle édition du Pantscha- 
lantra 3 tous les passages analogues qu'offrent les mythologies 
classique et orientale. Il n'est donc pas étonnant que nous retrou- 
vions ces chants dans les « Odes persanes » de Hammer-Purg- 

1 Hebr. BibL, V, 60 ; VII, 8, n° 435; IX, 92 ; dans le Jahrbuch, de Wertheimer, 
1865-1866, p. 127-128; dans la Z.D.M.G., XXVII, 562. 
1 Dans Orient und Occident, de Beni'ey, II, 3 e partie, 1863. 
• Leipzig, 1859, vol. I, p. 174, 190 et 600. 



LE HAD GADYA ET LES CHANSONS SIMILAIRES 243 

stall 1 , dans le Somaveda, dans les contes de Sinbad (Syntipas) 
et dans les Mille et une nuits. Du reste, ces sources sont trop 
nombreuses pour pouvoir être énumérées toutes ici 2 ; nous les 
indiquerons dans une autre occasion. 

La morale du Had Gadya, qui aboutit à la loi du talion, s'est 
aussi conservée dans la littérature populaire d'Allemagne. Dans 
son étude XJeber VolUs-und Kinderdichtimg 3 , Sachse a publié, 
entre autres, les chants (p. 20) : Lieber Vater, sage mir : Was 
ist Eins, où il est facile de reconnaître notre arnvîa ina, et : De 
Hàr de schicht den Jochem uil, imitation du ana "in. Fait sin- 
gulier, Sachse semble totalement ignorer les versions juives de 
ces chansons, quoiqu'il ait collaboré, comme l'a déjà remarqué 
M. Steinschneider 4 , avec Sahders, qui a écrit à deux reprises sur 
ce sujet. Il ne connaît pas non plus les diverses sources occi- 
dentales et orientales dont nous avons eu l'occasion de parler 
dans cette étude. 

Dans son excellent article 5 , Oppenheim appelle l'attention sur 
la parodie du Had Gadya citée dans le Kinder- G àHlein de 
Heinrich Weikert (Hanau, 1841, p. 439), et qui, à ce qu'il croit, 
appartient à la période de la poésie populaire. Voici cette parodie 
dans son texte original : 

Es schickt der Herr den Jokel aus, 
Er soll den Hafer schneiden; 
Der Jokel schneid't den Hafer nient 
Und kommet nicht nach Haus. 

Da schickt der Herr den Pudel aus, 
Er soll den Jokel beissen ; 
Der Pudel beisst den Jokel nicht, 
Der Jokel schneid't den Hafer nicht 
Und kommet nicht nach Haus. 

Da schickt der Herr den Prûgel aus, 
Er soll den Pudel schlagen ; 
Der Prùgel schlàgt den Pudel nicht, 
Der Pudel beisst den Jokel nicht, etc. 

1 Cf. Oppenheim, l. c. 

* Lewinsohn, dans son Efes Damim, et D. Cassel, dans sa Pcssach-Haggada, citent 
quelques parallèles. Nous n'avons pas pu nous procurer ces ouvrages. Cf. aussi 
P. Cassel, Aus dem Lande des Sonnenaufgangs (Berlin, 1885), p. 116. 

* Dans le Jahresbericht ûber d. hôhere Knabenschule, Berlin, 1869. 
« Hebr. Bibl., IX, 92. 

J Dans le Ben Chanania, de L. Lôw, II, 76, note. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Da schickt der Herr das Feuer aus, 
Ks soll den Priïgel brennen; 
Das Feuer brenat den Priïgel nient, 
Der Priïgel schlàgt den Pudel nicht, etc. 

Da schickt der Herr das Wasser aus, 
Es soll das Feuer lôschen ; 
Das Wasser loscht das Feuer nicht, 
Das Feuer brennt den Priïgel nicht, etc. 

Da schickt der Herr den Ochsen aus, 
Er soll das Wasser saufen; 
Der Ochse sàuft das Wasser nicht, 
Das Wasser loscht das Feuer nicht, etc. 

Da schickt der Herr den Schlachter aus, 
Er soll den Ochsen schlachten; 
Der Schlachter schlacht't den Ochsen nicht, 
Der Ochse sâuft das Wasser nicht, etc. 

Da schickt der Herr den Henker aus, 

Er soll den Schlachter hàngen ; 

Der Henker hàngt den Schlachter nicht, 

Der Schlachter schlacht't den Ochsen nicht, etc. 

Da schickt der Herr den Teufel aus, 

Er soll den Henker holen; 

Der Teufel holt den Henker nicht, 

Der Henker hàngt den Schlachter nicht, etc. 

Da~geht der Herr selbst hinaus, 
Und macht gar bald ein End daraus; 
Der Teufel holt den Henker nun, 
Der Henker hàngt den Schlachter nun, 
Der Schlachter schlacht't den Ochsen nun, 
Der Ochse sàuft das Wasser nun, 
Das Wasser loscht das Feuer nun, 
. Das Feuer brennt den Prûgel nun, 
Der Prûgel schlàgt den Pudel nun, 
Der Pudel beisst den Jokel nun, 
Der Jokel schneid't den Hafer nun, 
Und kômmt sofort nach Haus. 

On trouve encore d'autres versions et altérations du Had Ga- 
dya dans le folk-lore allemand, par exemple dans la Mutterschule 
de Kohler et dans les contes de fées de Grimm. Abraham Tendlau 
cite même un proverbe se rapportant à notre chant : « Das is e 



LE HAD GADYA ET LES CHANSONS SIMILAIRES 245 

Chad-Gadje 1 ! » Henri Heine, dans le fragment de son conte Der 
RabH von Bacharach, donne une belle version de cette légende*. 
La littérature anglaise aussi offre des traces de la vieille fable 
sur la loi du talion. M. Joseph Jacobs, dont les opinions font 
autorité dans le domaine du folk-lore, a réuni un certain nombre 
de fables analogues à notre Had Gadya dans ses Notes and 
Références, qu'on trouve à la fin de son excellent ouvrage sur 
les contes de fées anglais et celtiques. Pour plusieurs de ces fables, 
la ressemblance est frappante : par exemple, « The old Woman 
and lier Pig », « Titty Mouse and Tatty Mouse », « The Gat 
and the Mouse * », histoires qu'on rencontre à la fois dans les 
littérature anglaise, écossaise, américaine, française, italienne, 
allemande, danoise, norwégienne, hongroise, espagnole, portu- 
gaise, romaine et indienne. La version américaine de cette fable 
a été publiée dans les Games and Songs of American children, 
n° 75 3 . Les femmes bengalies chantent une chanson analogue à la 
fin de chaque conte populaire qu'elles racontent 4 . Dans la légende 
celtique de « Munachar et Manachar », publiée par M. Joseph Ja- 
cobs 5 , nous reconnaissons également notre Had Gadya, quoi- 
qu'on puisse en voir la source dans ce passage de l'histoire de Don 
Quichotte, l re partie, ch. xvi : « Y asi como suele decirse el gaot 
al rato, el rato à la cuerda, la cuerda al palo, daba el arriero 
à Sancho, Sancho à la moza, la moza à él, el ventero à la moza. » 
En recherchant la source de cette fable, qui est plus semblable 
à la nôtre que toutes les autres que nous avons mentionnées, 
M. Jacobs dit (p. 251-252) : « On a émis deux hypothèses ingé- 
nieuses sur l'origine de ce conte curieux, et toutes deux font in- 
tervenir des cérémonies religieuses: 1° On trouve un conte pareil, 
en chaldéen, à la fin de la Haggada juive qu'on lit à la céré- 
monie religieuse du soir de Pâque. On a déjà montré que ce 
conte ne se trouve ni dans les anciens mss., ni dans les anciennes 



1 Sprickwôrter und Redensarten deutsch-jildischer Vorzeit, Francfort- s. -M., 1860, 
p. 38-39, n» 102. 

1 Cf. pour les recherches critiques sur l'origine de ce conte, R. Kôhler, dans la 
Germania, de Pfeiffer, II, 558 ; Zeitschrift fur deutsche Mundarten, de Fromann, VI, 
225, et surtout J. Babad, Zeitsckr. f. V ôlker psychologie u. Sprachiuiss., publiée par 
Lazarus et Steinthal, XVI (1886), p. 199-200. ' 

» Dans les English fairy taies, 1893, p. 20-23, 77-80, 188-189. Cf. p. 232, 236- 
237, 252, et les notes sur les numéros iv, xvi et xxxiv, où l'on trouve d'abondants 
renseignements bibliographiques. 

* Cf. Halliwell, Nursery rhymes and taies, p. 114 ; Miss Burne, Shropshire Folk- 
Lore, p. 529; Chambers', Popular rhymes, p. 57; Von Hahn, Griechische und alba- 
nesische Mârchen, n° 56; Crâne, Italian popular taies, 375-376. 

* Ctltic fairy taies, 1892, p. 83-87. Cf. Lai Behari Dav, Folktales of Bengal, pré- 
face ad fin; Jacobs,/. *., p. 252, n» XXXIV. 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

éditions; il a donc été ajouté plus tard à la fin de la Haggada 
pour amuser les enfants et est, par conséquent, une traduction 
ou une adaptation d'une forme allemande connue de ce conte. . . » 
Tout cela prouve l'origine moderne de notre ana ^n, et l'opinion 
de Zunz, qui fixe la date de sa composition après le quinzième 
siècle, a beaucoup de vraisemblance '. 

Nous devons ajouter que d'autres savants émettent la môme 
opinion que Zunz. Ainsi M. A. Sabatier*, dans ses Chansons 
hèbraico-provençales des Juifs comtadins (Nîmes, 1874), con- 
sacre la première de ses études à la « Chanson du chevreau », 
c'est-à-dire le aoia 'ifi, et renvoie, pour l'âge de cette chanson, à 
un article que M. Gaston Paris a publié dans Romania, I (1872), 
p. 218. À la page 222, on trouve une communication de M. A. 
Darmesteter sur quelques mss. hébreux de la Haggada à Paris, 
et une autre de M. Neubauer sur les mss. d'Oxford. La première 
édition imprimée de la îTttri contenant le ana nn aurait paru en 
Pologne ou en Allemagne à la fin du xvi e siècle. M. Paris conclut 
de ces différentes communications que c'est seulement à cette 
époque que le conte de Had Gadya a été ajouté à la Haggada. 
L'édition de 1526 n'a pas encore ce conte, mais on le trouve dans 
celle de 1590 avec une version allemande 3 . 

New- York. 

Georges. -A. Kohut. 



1 Zunz, Gottesdicnstliche Vortràge, 2 e éd., p. 133a. 

9 Voir Steinschneider, dans Hebr. Bibliogr., XIV (1874), p. 52. 

3 Pour les autres éditions, voir Catal. Bodl., p. 420, n° 2726. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE 



AU XVI" SIECLE 



DÉPOSITION DES TÉMOINS (suite*). 

Balthasar Clemens, barbier dem 1 à S* Hypolithe, aagé environ de 
trente ans, interrogé et examiné sur tous les arles, a dit et desposé 
comme les précédens. 

Et en outre sur le xxn e arle, dit que comme sa maison est 
procbe de la fontaine publicq e dud. lieu, il a veu les servans des juifs 
tant aux jours du dimanche pasques et autres festes solempnelles 
laver et blanchir linges en la fontaine, nestoyer et curer autres 
vaseles. 

Sur l'arle xxi dit que sur le contenu en iceluy ne scait qui a 
blecé led. guerson, mais bien qu'il luy a esté dit par iceluy et aultres 
que le coup a voit esté rué et venu de la maison d'un juif nommé La- 
zarus, lequel coup estoit assé dangereux pour ce qu'il avoit une 
grande partie du nez emportez, et plus n'en dit. 

Hans Weber, vigneron demeurant, au dit S 1 Hypolithe âgé envi- 
ron de quarante ans, adjuré et interrogé sur le totage des arles, s'est 
conferré au précédent desposant. 

Et davantage que sur l'arle xviu dit ung jour Lux Weber son 
feu père a eu deux sarges d'un juif nommé Malchus pour sept flor. 
lesquels ne valoient lad. somme, et depuis à iceluy remis lesd. sarges 
en gage entre les mains d'autres juifs pour la somme de trois flor. 
et y est encore pour le jourdhui, Et plus n'en dit. 

Michel Malle vigneron, dem 1 à S 1 Hypolithe, aagé denviron vingt 
six ans, a dit et desposé par le serment a luy enjoinct sur le xxi arie 
que certains jeunes guersons dud. lieu voulant aller aux matines qui 
se disent le soir de la ste sepmaine en passant par devant la maison 
d'un juif nommé Lazarus décédé, en laquelle son père et une vefve 
juive ont depuis faict résidence, qu'est proche la maison dud. despo- 
sant, et estant iceluy en son lict oyt gecter de grands coups de pierre 

1 Voyez plus haut, p. 74. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

parmy la rue, se levant vint à la fenêtre lansaut lesd. guersons de ce 
qu'aiusy ruoyent pierres, lesquels luy respoudirent que ce nestoient 
eulx mais les juifs de lad. maison, et pendant qu'aiusy question- 
nent avecq 5 iceulx guersons vit venir ung coup de pierre hors la mai- 
son dud. juif qui vint frapper a ung volant d'une de ses fenestres, 
surquoy commençea à crier qu'il en feroit plaintif aux officiers. Et 
plus n'en dit. 

Gôrg Mayer, natif de Rodern ', fils de feu Dhiebolt Mayer, demeu- 
rant aud. S 1 Hypolithe, jeune fils aagé denviron dix huit ans, inter- 
rogé et adjuré a dit. sur le xxi e arle ne scavoir qui frappa led. guerson 
mentionné aud. arie, mais bien qu'il le trouva estant blecé et l'ayda a 
mener chez le cirurgien. 

Basche Geyer fils de Hàns Geyer prévost de S. Hypolithe, aagé 
d'environ quatorze ans, a dit par le serment a luy enjoinct quant au 
contenu duxxu 6 arle estant environ deux ansquilestoit put environ 
l'heure du disner qu'il vit ung juif nommé Abraham assisté de deux 
autres, qui battirent le fils d'un nommé Ortemberger, comme est 
contenu aud. arle. Et plus n'en dit. 

Thebolt Vitt, sergent en la ville dud. S 1 Hypolithe, aagé denviron 
quarente ans, interrogé et adjurez a dit et desposé sur le xiv° arle 
quen l'année pute a un jour de dimenge vint ung bon homme villa- 
geois de Lorraine avecq 3 deuxehevaulx chargés de poix et nentilles, 
estant à la place devant la maison de la ville vint ung juif ne scait 
le nom, lequel print le cheval par la bride avecq 8 lad. marchandise et 
les emmena à la maison d'un juif de lad. ville, sans quaulcun du 
commun en puisse recouvrir, et en venant à la congnoissance de la 
justice en a esté puny de lamende de xxxv schiling, et plus n'en dit. 

Jacob Thil, vigneron et bourgeois dem 1 à S k Hypolithe, aagé den- 
viron quarente deux ans, a dit et desposé par le serment a luy en- 
joinct ne scavoir autre chose sur tous les aries que sur le xv e et xvin 
que le bouchier dud. S' Hypolithe voulut ung jour achapter ung 
mouton de luy len pntant xn batz, et pour le mesme jour vint la 
femme dun juif qui donna aud. déposant ung taller dud. mouton. 
En oultre sur led. xvm e arle dit questant presse par maladie a aller 
aux bains, et ayant nécessité d'argent, emprunsta après Malchus juif 
la somme de sept florins, et pour faire lad. somme et avoir led. ar- 
gent luy convient prendre une sarge pour quatre mesures de vin 
questoit alors que la mesure vailloit ung escut, laquelle sarge pou- 
voit valloir environ ung taller. 

Mighiel Mathern vigneron demeurant aud. S fc Hypolithe, âgé en- 
viron de vingt six ans, interrogé sur le xvin 6 arle dit et dépose 

1 Village autrefois du Haut-Rhin, aujourd'hui de la Haute-Alsace, cercle de Ri- 
beauvillé, 485 habitants, faisait partie du domaine des seigneurs de Flekenstein, 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIÈCLE 249 

qu'ung juif nommé Hirtzel a eu preste a feu Jôrg Nott sou grand père 
la somme de quatorze flo 119 , et pour avoir lad. somme en argent, luy 
a esté forcé preudre deux plats d'estain desquels il debvoit payer 
trois mesures de vin, et estant le grand père dud. desposant décédé, 
feirent les héritiers refus de donner led. vin pour lesd. deux plats, 
qui pouvoient valoir environ douze batz, et pour ce faict vinrent par 
devant la justice de lad. ville, ou il fust congueu que lesd. héritiers 
donneroient ausd. juifs au lieu de trois mesures de vin quatre flor, 
demy monnoie de Lorraine. Et plus n'en dit sur le tout des autres 
arles. 

MatheusKieffer, manier * de l'egl. de S* Hypolithe, aagé environ 
de soixante ung ans, interrogé sur le xvir arle, a dit et desposé le 
contenu en iceluy estre véritable et qu'il se commect les jours de 
festes et dimenges mesmes à la ste sepmaine se pourmènent parmy 
la ville, ce qui ne leur est permy autrepart. 

Hans Haser, bourgeois et vigneron dem* à S* Hypolithe, aagé en- 
viron de quarente ung ans, a dit et desposé sur Tarie xviii 9 que par 
la poursuicte de Lazarus et Mossé juifs ait eu emprunsté par deux 
foys la somme de cinquante flor. sur une sienne maison qu'il avoit 
commencé a bastir, laquelle sembloit propre ausd. juifs pour faire 
leur demeurance, et ayant tant poursuivy led. desposant qu'il leur a 
laissé par louage, lesquels ont en peu de temps tellement suborné 
led. suppliant par certaines choses qu'ils disent avoir, achapté pour 
la réfection de lad. maison et d'autres comptes qu'ils font à leurs 
plaisirs tant pour l'usure qu'autrement, de sorte que finalement led. 
déposant a esté expulsé de sad. maison par les subtils moyens desd. 
juifs lesquels possèdent lad. maison. 

Dit davantage lesd. juifs lui avoient promis ne prendre aucune 
usure dud. argent et quils ne luy ont tenus, ains luy ont compté 
l'usure comme les autres. 

En oultre dit qu'un aultre juif nommé Hirtzel luy a eu preste en 
argent la somme de dix flor. et pour les avoir a esté contrainct led. 
suppliant prendre de la vaisselle destaing pour six mesures de vin, 
laquelle nen valoit pas la moytié. 

Pareillement dit sur le dernier arle qu'en passant par devant 
le logis dud. Verner oy sa femme crier après les enfans des juifs, de- 
clairant la grande méchanceté quils luy avoient faict par avoir gecté 
dedans une cuve ou bouge a mectre du vin qui estoit dressée devant 
la maison dud. Verner, ung pot de terre plein de fiente et ordure 
d'une personne et que led. déposant a veu mais ne scait pas par quel 
juif tel acte a esté commye. Et plus n'en dit. 

Faict a Sainct Diey le vingtième jour dogtobre mil v c soixante 
sept. 

Signé : C. Mengin. 

(Ibidem, § 8.) 

1 Marguillier. 



2!i0 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N° 2. 

Sur quoy doivent estrk examinez et interrogez Mathis Her- 
mans, Ortemburger, Diebolt Kentzinger et Johan Gentslin. 

Premièrement sur les articles que les juifs ont produicts. 

Et en oultre les interroger si le cap ne a prins don ou pnt des bour- 
geois et qua ce moyen il soit contrevenu aux 1res et ordonnances de 
nre souverain seigneur touchant lesd. juifs, sil a négligé ou laisser 
obmectre les aucthoritez regalitez et droicts de nred. souverain sei- 
gneur, sil na entendu a son office comme ung homme de bien et que 
par paresse ait rien laissé perdre. 

Et finalement mardy dernier quatorzième d'octobre lesd. juifz ont 
recongneus par devant la justice et protesté quils ne veulent ny ne 
se scavent de rien plaindre sur leurdist cap ne ce qu'un chun juif a eu 
dit, particulièrement et par ce moyen a esté abbrégé led. cap ne et na 
faict adjourner aulcun tesmoing. 

[Ibidem.) 

No 3. 

lNFORMAON FAICTE SUR LES ARLES PNTÉS DE LA PART DES JUIFS APRÈS 
AVOIR OY LA LECTURE PAR DEUX FOYS DES ARLES QUE CEUX DE S 1 
HYPOL1THE ONT PRODUICTS CONTRE ICEULX *. 

Johan Gentzlin jadis clerc juré en la ville de S 1 Hypolithe, aagé 
d'environ vicgt huit ans, a dit et desposé sur larle touchant le protho- 
cole qu'a esté transporté hors lad. ville, dit que lorsque monsieur le 
Bailly et le Président furent au lieu de Berchen pensant besongne au 
faict pnt, dit que par ordonnance du capne de justice dud. S 1 Hypo- 
lithe porta led. prothocole aud. Berken pour les pensant exhiber 
ausd. s rS comme il a faict pnter. 

Dit en oultre qu'il y a environ ung an que ledit cap no ordonna au 
portier voyant la multitude des juifs qui entroient ordinairement, 
qu'il n'eust plus à en laisser entrer hors ceulx qui ont previleges 
jusq s a autre ordonnance, en mesme instant Lazarus juif pria au 
Gap ne de laisser entrer son père et qu'il avoit. quelque charge de 
monsieur le Comte de Salm, ce qu'il permit.' 

Hans Schtfmacher, jadis prévost homme juré en la justice de lad. 
ville, aagé d'environ xlv ans, dit et despose sur larle premier ques- 
tant le cap ne plusieurs foys avecq s luy a dit que sil nestoit lesd. juifs 
seroient dez long temps deschassés, mais il ne pensa pas aultrement 
que luy avoit dit lesd. parolles qu'en forme de jeu. 

1 En marge la date du 22 octobre 1567. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI» SIÈCLE 251 

Sur l'autre arle touchant la deffense faicte aux juifs estrangiers de 
nentrer en lad. ville dit quil a bien oy dire au cap ne quil leur vouloit 
défendre, ne scail pas sil a esté faict ou non. 

Sur le surplus des arles que les juifs ont donné dit n'en scavoir rien. 

Hans Eysenman portier de la ville de S 4 Hypolithe, aagé denviron 
soixante ans, a dit et desposé estre environ ung an ou plus quil lui 
fust ordonné par le cap ne dud. lieu de ne laisser entrer aulcun juif 
estranger dedans lad. ville jusq s a autre ordonnance, que dura 
bien peu. 

Interrogé sur les autres arles dit n'en rien scavoir. 

Vendelin Verner vigneront dem* à S 1 Hypolithe, aagé environ de 
lx ans, dit et despose sur le tumulte faict par les joeunes guersons de 
la ville devant la maison de feu Lazarus le juif, que le samedy veille 
de pasques se trouvoient nuictamment plusieurs joeunes guersons 
devant la maison dud. juif, gectant grands coups de pierres contre les 
fenestres et portes dicelle maison, desrompant les treilles estant de- 
vant le fenestrage dicelle, et comme sa maison est joindante à celle 
dud. juif, oyant ce grand bruict des son lict se leva commença a ten- 
cer lesd. guersons leurs remonstrant et disant de cesser a faire tel 
outrage, et ayant ung baston en sa main en donna ung coup a ung 
desd. guersons, lequel il ne congneust pour raison qu'il faisoit nuict 
et estoit environ une heure après minuict, pour lequel coup a esté 
condempné a lamende dun flor. et luy fust dit par le prevost sil vou- 
loit souslenir les juifs. 

Quant a ung guerson qui fust blecé aud. tumulte na pas veu par 
qui le coup fut donné. Dit en oultre que sur ce quil a faict à lendroit 
dud. tumulte que cestoit pour le bien et quil eust bien pensé que 
ceux qui faisoient telles alarmes nuictamment debvoyent aussi bien 
estre punys, et plus nen dit. 

Anthoni Fels bouchier et bourgeois de- S 1 Hypolithe, aagé denvi- 
ron xlvii ans, a dit et desposé parle serment a lui enjoinct interrogé 
sur le totage des arles produites par les juifs nen rien scavoir sinon 
de la dernière arle quest touchant la boucherie, dit comme il fust ac- 
cepté a pasq s pour fournir lad. ville de chair demanda aux officiers 
de lad. justice comment il se debvoit conduire sil leur vouloit don- 
ner chair ou non, a quoy lui fust respondu qu'on ne luy defendoit 
ny alouoit point, sur quoy iceluy ne voulant desplaire a la commu- 
nauté fist refus donner chair ausd. juifs pour quelque temps, et ayant 
iceulx une nopce et solempnité aud. lieu priarent led. bouchier luy 
donnarent chair, et comme iceluy avoit deux boeufs laissa aud. juif 
scier la teste et mectre le bras dedans le corps suyvant leur façon de 
faire et ne trouvant lesd. deux bœufs à leur fantaisie et appétit nen 
prinrent point, ce qui a encores esté faict dun autre bœuf, de quoy le 
commun estoit grandement fasché ne voulant point prendre de la 
chair ainsy souillée, sur quoy led. bouchier a tousiours eu faict refus 



252 KEVUE DliS ETUDES JUIVES 

à donner chair ausd. juifs jusq s a ce que le cap" 8 et officier de lad. 
ville manda led. déposant et luy fist commandement sur xxv schil- 
lings damende qui! eust a donner chair aux juifs, mais qu'ils souille- 
roient selon leur façon de faire qu'il la vendisse à part (questoit chose 
impossible aud. déposant car personne ne vouloit achapter de lad. 
chair)', lequel boeuf selon leurd. façon de faire commencent lier les 
quatre pieds ensemble le renversent et ce faict led. juif prennent une 
dague de la longueur d'uue aulne et syent la tète a demy aud. 
boeuf en disant certaines parolles en leurs lauguages ne scait quelles, 
et puis pendent et sentent avecq 8 le bras dedans le corps du boeuf 
sil est sain et nect, et sils le trouvent ainsy ils en prennent la moytié 
assavoir le devant entièrement, et le derrière demeure aud. déposant, 
questla raison pourquoy il faict refus donner chair ausd. juifs pour 
ce qu'il ne peuit distribuer le surplus, combien que lune des foys 
leur a donné et les autres foys non. 

Bildt Ktjn, vigneron bourgeois dem 1 à S 1 Hypolithe, aagé denviron 
xlvjii ans, par le serment à luy enjoinct a dit que sur tous les arles 
desd. juifs ne scavoir rien sinon de Tarie touschant une juife, et sur 
icelle interrogé a dit qu'il peult avoir environ trois mois comme le 
prevost de la ville nommé hans geiger et le déposant a ung jour de 
dimenge venant dune nopce (après avoir bien beu) * environ les trois 
heures après midy rencontrèrent une juife, lors dit led. prevost aud. 
déposant quil jectasse lad. juife dedans leaue, sur quoy respondit 
led. déposant sil nen amenoit autre chose quil ne scayt ce que faire 
se pourroit, mais ne fust faict et nen fut autre chose. 

Interrogé sur une mesure de vin que led. prevost luy avoit dit en 
ce faisant quil luy donneroit, dit nen rien scavoir et ne la voir entendu 
de luy. 

(Ibidem, n° 57, § 4.) 

N° 4. 
Auszug zweier Artiklen belangendt den Amptmann und die 

JUDEN. 

In dem 64 iar haben die Juden dem Amptman zun seiner ankunft 
zue einer verehrung williglich zur haussteuer zur verehrung zue 
gesagt 30 Daler er aber si nit empfangen. 

In diesem 67 iar haben die Juden erst die drissig Daler die sie 
dem Amptman zur Verehrung zue seiner ankunft williglich zue ge- 
sagt, dem jetzig Schultheis fùnf gulden und ettlich schilling gege- 
ben und suecher nit empfaug und dem Schultheis verbotten nit 
mehr zu empfangen damit er ihnen nit zu nachtheil reichen môge*. 

[Ibidem, n° 57 § 6.) 

1 Ce qui est entre parenthèses est biffé dans l'original. 

1 Sur le dos est écrit : Déposition de Johan Gentzlin jadis clerc juré de S* Hypo- 
lithe pour le cap» 8 contre les juifs. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI* SIÈCLE 253 

N° 5. 
Temoings a la requise de Cap nk de S* Hypolithe sur la charge 

LUY DONNÉE PAR LES JUIFZ. 

Premier : 

Hans Ortemberger homme juré de la justice de S 1 Hypolithe 
dem 1 aud. lieu aagé de xliiii ans, a dit et soubstenu par le serment 
a luy enjoinct sur larle premier que jamais il na veu oy ny entendu 
que le cap ne et officier de S 1 Hypolithe ayt prins don ny présent ny 
argent ny autres choses quelconques tant des juifs que des bour- 
geois, nest aussy jamais venu à sa congnoissance que led. cap ne ayt 
faict chose contrevenant aux authoritez regalitez et droitz de nre 
souverain seigneur tant envers ceulx du lieu que du dehors, ains 
diligemment faict le debvoir de son office, et soulstient ce par le ser- 
ment quil a faict. 

Sur Tarie seconde dit led. déposant que mardy dernier xiiii oc- 
tobre avant que partir dud. S 1 Hypolithe led. cap ne feist convenir 
tous les juifs pardevant le conseil de lad. ville et leur feist remons- 
trance et demande de luy faire entendre quels arles et plaintes quils 
vouloient faire contre luy affin quil se puisse pourveoir de tesmoings, 
sur ce dirent lesd. juifs en puce dud. conseil quils ne vouloient se 
plaindre de luy ny faire aulcuoes doléances et ne scavoient rien sur 
luy, mesmes dit Aaron medicin juif que son Raby luy vouloit def- 
fendre de ne rien entreprendre contre son officier et quil ne se vou- 
loit joindre avecq s les autres. 

Johan Gentzlin jadis clerc juré de la ville de S 1 Hypolithe aagé 
denviron xxvin ans dit comme le précédent tesmoins sur le premier 
arle. 

Et dit davantage quen l'an lxiiii au lieu de S 1 Hypolythe declaira 
le Gap ne de lad. ville sur le poille dillecq 8 , en pnce du conseil et trois 
des juifs de lad. ville, que au lieu de Nancy luy avoient promis don- 
ner p r un pnt la somme de xxx tallers et que pour lors lesd. juifs 
apportarent environ six florins et les donnarent aud. cap ne , les ayant 
receus dit a ceulx dud. conseil : Regardez, messieurs, les juifs ma- 
voyent promis trente tallers afin que je fusse leur bon officier et 
voilà ce quils me donnent. 

Sur l'autre arle dit comme le précédent et dit davantage de navoir 
nul vouloir ny intention de se plaindre de luy, et que le cap ne leur 
requist par plusieurs foys que sil y avoit quelquun des juifs quil 
eust a le déclarer pour y prouveoir. 

Diebolt Gentzinger homme juré de la justice aagé de cinquante 
ans a dit par le serment à luy enjoinct sur les deux articles sy de- 
vant en substance comme les precedens et plus nen scait. 

Mathis Herman sonneur juré de la justice de S* Hypolithe aagé 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

denviron trente ans a dit et despose par le serment a luy enjoinct 
quant a la première arle comme les préeédens. 

Et du contenu au second arle dit n'en scavoir rien pour navoir 
esté en conseil lors que la protestation se feist *. 

[Ibidem.) 

VII. 

Nouvelle Plainte des habitants de S t Hippolyte. 

{Fragment.) 

Non totallement deulx ains de leurs circonvoisins et adjacent 
d'eulx pour aulcunes fois estre partye deulx contrainct par nécessité 
ou aultrement emprunter deniers desd. juifs qui leur font payer lu- 
sure au double et plus de beaucoup daventaige que vosd. subjects ne 
leur font, de sorte telle que plurs en sont tumbés en grande paouvreté 
quest une des causes principales que lesd. juifs sont estes deschasses 
des villes de larchiduc daultriche et de plusrs aultres lieux aux en- 
vyrons, nayans pour toulte demeure qu'aud. Sle Ipolitte que soub la 
permission predicte, et soub umbre de ce ils sy retirent en ung 
nombre infini au grand regret de vosd. subjects. 

Et comme vre ville dud. S iti Ipolitte est ville limitrophe et sur les 
frontières de vos pays et que jour a aultre vosd. subjects ont re- 
proches de ceulx des lieux circonvoisins pour les larrecins et furtés 
recelés par lesd. juifs et font achapt que journellement Ion vient re- 
cercher en vred. ville lappelant comme par forme d'injure (ruppen 
nest) retraicte de larrecins et de larrons*, se treuvent vos paouvres 
subjects tellement et si tauxés qu'ils ne scavent comme ils doivent 
se defTendre, et par mocquerye comme sils fussent juifs naturels, 
leur demandent des dits leurs circonvoisins subjects. 

Pour exemple de leur manifeste larrecin (ou recels dicelles) seroit 
advenu quung jeune homme larron et volleur lequel sans adresse de 
personne de plain jour vers l'heure de midi sauroit addressé a la 
maison dung sr gentilhomme nomé Hans Friedrich de Rotsenhau- 
sen 3 a Strasbourg, et ne trouvant personne qui lempeschat se saisit 
dun poignart dargent quil trouva sur table en une salle ou il estoit, et 
appercevant auprès une couppe dargent questoit renversée sur icelle 
table la voulant saisir et prendre et la levant trouva soub icelle une 
chesne dor de la valeur de trois cens escus et plus quil print laissant 
lad. couppe. Eschappant avec sond. larrecin sadressa envers ung 
juif dud. S t0 Ipolitte lequel sur le tout luy presta la somme de trente 

1 Sur le dos est écrit : Informaon faicte à la requise du cap tt8 Vidranges sur le 
donné à entendre des Juifz contre luy. 

Pour le faict du capitaine. 

* Il y a la un calembour. Le même mot signifie nid de chenilles. 

* Rathsamhausen, famille noble d'Alsace, qui existe encore aujourd'hui. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIÈCLE 255 

six florins monnoye d'Allemagne. Quelque temps après fut appré- 
hendé et confessa par son procès les prinses et larrecins que dessus 
que sans la (un mot illisible) bien apparue led. gentilhomme eust heu 
peine de ravoir sad. chesne et poignart, combien oultre ce quil sen 
faillust plus de dixhuit a vingt cbesnons que led. juif avoit osté de 
lad. chesne et mis entre mains dung aultre juif de Scherviller, qui 
par le moyen dung aultre sr qui les recongnust furent recouvert, 
moyens asses pour veoir lusure manifeste larrecins et aultres arts 
non dignes duser que lesd. juifs font et commectent que ne vienent 
a cognoissance aux personnes et principallement ceulx qui sont 
robes. 

Et ce quencore plus oultre les predicts usures et larrecins dont 
lesd. juifs usent et sorcellent vosd. subjects dud. S te Ipolitte ont 
plus en orreur quung jour de diemenches entre toutes choes recom- 
mandées de Dieu solempniser et festiner comme aultres festes re- 
commandées de leglise catholique et romayne, voyent vosd. subjects 
en susd. jours de festes lesd. juifs vacquer à leurs négociations et 
praticques d'usures, leurs femmes et familles en plaine rue faisant 
œuvres mécaniques et sales choses a dire desplaisant et odieuses a 
vos pauouvres subjects de veoir en temps deffendu telle œuvre, 
oultre ce quils en recoipvent reproches des personnes leurs voisines 
aux villages denvyron eulx. 

N'est des maintenant (monseigneur) que vosd. subjects dud. S tc 
Ipolitte s'auroient esmeu en plaincte contre lesd. juifs ou par décret 
pose au pied de certaine requeste a vos grès pntées fust ordonné au 
feu président Claude Mengin s'informer sur le donné à entendre en 
lad. requeste, questant a cest effect au lieu de S 1 Diey et produict 
tesmoings, nauroient veu ressortir fruicts de leurs enquestes combien 
elle ne fust faicte sans grands frais quils supportarent et nauroient 
jamais peu scavoir quauroit devenu leurd. enqueste et aultres 
escriptures, chose que donne occasion de rechef a vos paoures sub- 
jects de recourir vers vos grès, supplyant icelles les préférer avant 
telles personnes que lesd. juifs non dignes de converser avec xpiens 
pour eslre plus que barbares et payeus gens sans Dieu ny loy, faire 
expulser et deschasser iceulx de vre ville de S ,c Ipolitte affm que vosd. 
subjects se puissent guarentir obvyer leurs larrecins et meschantes 
usures et praticques quils commectent avec eulx ou partye deulx et 
vous demeurer a jamais vos très humbles et obeyssans subjects. 

(Archives municipales de Saint-IIippolyte.) 



VIII. 

Rapport des Commissaires enquêteurs. 

Durchlauchtigster hochgeborner Fùrst Eueren F. D. seyen unser 
undertheuigst bereidwilligstr Dienst Schuldigster Gehorsam zuvor. 



256 HKVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

Gnedigster Ilerr, 

Was E. F. D. gnedigst uff Schultheisz, Burgermaister, Radt und 
gantz gemaine Bargerschaft zu Sant Pilt als Kleger und supplicant 
entgegen und widder die daselbst wonende juden decretirt uns bai- 
den durch Commission bewollen und ufferlegt, das ailes haben wir 
underthenigster gebùr empfangen, gelesen. Wan nu E. F. D. in dies- 
sem und anderm underthenigst zu gehorsamen wir uns schul- 
digst erkeneu, also ist durch uns zu wùrklicher voleziehung angereg- 
ter Commission ein besonder tag nemblich der 1 1 januarii zu Sant 
Pilt ulT dem Radthausz bestimt und angesetzt. Da vor uns ein Rad 
und gantze gemeine Burgerschafl*t als die gehorsamen in d. Person 
erschieuen und nach eroffnung berùrter unserer Commission mûn- 
dlich fûrtragen lassen. Sie mùsten und seyen schuldig von E. F. D. 
hôchlich zu rumen das uff ihr underthenigst suppliciren denen vier 
Personen in neulich. tag. ghen Nancy abgesant so gnedigste Resolu- 
tion erfolgt, wir zu Commissarien verordnet, woltens die zeit ires 
Lebens mit Darsetzung leib gut und bluts als die gehorsamung ver- 
dienen. Mit fernerm augehancktem vermelden sintemal ire beschwe- 
rung und Clag widder die unglaubig. gottlosen Juden grosz, und 
aber sie dieselb. granamina dester besser beweiszen, und wir mit 
langwierigem furtrag nit uffgehalten werden mochten, so hatten sie 
ail solch ir Anliegen in Schriefft artikuls weisz verfasst, welche sie 
uns iïbergeben, ir hievorig E. F. D. presentirte supplication repetirt 
und darneb. uns die Commissarien bestens gebeten haben wollen 
Krafft unserer furgelesenen Commission Inquisition zum besten an- 
zustellen, die artikulierte beschwerung offentlich furzulegen, fùrters 
E. F. D. deren uffs auszfùrlichst zu berùhr. an Statt irer in aller Un- 
derthenigkeit zu bitt. die juden abgeschafft und nit so jàmmerlich 
verderbt werden mochten, dan ihr einmal E. F. D. sien uff diesz Volk 
in Noten garnit sonder viel mehr uff christliche Underthanen zuver- 
lassen, so wisz man in der nachbarschaft des hausz Osterreich das 
dieselb in wenig jaren und sobald die juden abgeschafft ettliche viel 
thausent gulden sich geraichert, gebessert, wie solches uff regnirung 
der genachparten mehr dan ùberfluszig zu beweisen. 

Uff' diesz in Namen des Rads und gantzes gemainer Burgerschafft 
des Statt S. Pilt beschees Clagen fùrpringens haben wir irr Artikul 
wie derselbe hierbey mit Litera A ' segnirt, zu hand empfangen, uns 
erbotten das jenig wessen von E. F. D. wir zu vernehmen bevelh in 
Effect und wùrklichkeit kommen zu lassen. Also bald und in Conti- 
nent die Artikul offentlich furgelesen, erstlich ein samtl. Rad in gé- 
nère, hernach auch in Spetie und einen nach dem and. gefragt ob die 
uns den Commissarien ùberreichte Artikul wahr, sie und ein gantz 
gemaine Burgerschafft artikulirter massen grunirt, von den juden 
beschwerdt, daruff' sie mit einhelliger Stim offentlich gesagt es seien 
die furgelesen ùberreicht Artikul die grûndlich. wahrheit, werd 

1 Nous n'avons pas retrouvé cette pièce ni les suivantes. 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI- SIÈCLE 257 

durch die gantz Burgerschafft in der verhor und unserm vorhabend. 
examins mehr dan ùberflùssih bewiesen werdea, sey offentlich das 
die juden tag und nacht lauffen den armen Mari zu betrûg. und wan 
es lenger weren soit, muss. viel ir arm Weib und Kinder verlassen, 
ausz der Statt umb das sie ait bezahlen mag. entlauiTen. 

Die ganlz gemaine Burgerschafft ward gleichfalls der furgelesenen 
Artikul ereidert, stund vor uns in grosser anzal, sagen und riefen 
mit lauter Stim einhellig : Iha es weren die juden solche losze leut 
durch und umb welcher willen sie so gentzlich veracht, verderbtund 
zu keinem uffnehmen od. auch narung kommen chuuten, sie hetten 
aigen und die beste heuser, der eine bette ufï der Stattmauern ge- 
bawt, welches gefherlich, und sie auch bey nechtlich. weil Diebstal 
und ands zu sich pring. und ùberkommen chunten, dardurch die 
Sialt Sanct Pilt ein Raupennest gênant ward. Also dan nu wir die 
grosz und gantz einhellig Bekantung und chundschafft in génère ge- 
hôrt, haben wir zu noch besserer beschauung bisz in die 35 Bùrger 
jhe einer nach dem andern aigentlich zu examiniren keins wegs un 
derlassen. Ailes darumb ob sie vielleicht sie der gênerai chundschafft 
bedenktes die furgeleséne Artikul welche dannachin ziemliche anzal 
nit genugsam verstand., so haben dieselben uff vleissig unser Inqui- 
riren bekantschafft und auszgesagt, wie bey verwart verfast und mit 
litera B segnirt Examen auszweist, seiend unser person halb zweif- 
felsz frey da E. F. D. sambt deren hochlôblich. Rheten diesse gantze 
sach gnedigst ponderiren, sie werden mehr dan genugsam Ursach ha- 
ben deren arme gehorsame Undthanen mit allen gnaden zu bedenk. 
die Statt Sant Pilt des bewusten Pfandschillings halb zu loszen 1 . das 
unchristlich Volk abzuschaffen und umb das sie in etchlich. vil 
Rinz (?) so hoch unbillich (dessen uff die Inquisition gezog.) gehan- 
delt, E. F. ordnung vertreten, veracht, ungestrafft nit hinters kom- 
men lassen, und die weil demi deren von S. Pilt und sondlich der 
gantz. Burgerschafft G!ag und hôchste Beschwerung durch ir aile so 
einhellig auszgesagte Chundschafft mehr den offenbar, die abgehorte 
35 Particular Zeug. gleichformig zustimmen die beyverwarte und mit 
Litera D. segnirt Auszzaichnung das ùber die 100 Burger hind. den 
Juden stecken die Statt umb ethliche thausend guld. armer, aile ar- 
ticulirte granamina notorj die genachparten dets hausz Osterreicbs 
und andere mit inen ein Mittleid, so haben wir ein Unnotturfft sein 
erachtet die ùberig. Burg. deren noch wol uff die 200 abzuhoren, 
seind aber nichts dester wenig. vreyttig uff den F. D. solche uns ein 
noch weittern. Inquisition der uberig. Burg. halb. gnedigst ufferlegen 
liessen demselben gehorsamlich nachzusetzen. 

"Welches ailes E. F. D. dero unsz anbevollene Commission und uff 
den 1 Januarii in Nancj ergangenes décrets so auch in originalj und 
mit Litera E. hierbey zu finden, wir in Underthenigkeit verschlossen 

1 Schilling de caution. Il s'agit sans doute de l'amende que le duc Antoine imposa 
aux habitants de Saint-Hippolyte après l'insurrection de 1525. 

T. XXXI, n° 62. 17 



REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

nnd mit iiifrner handen undcrschriebcn iïberschickcn. Und uns zu 
gnaden allzeit bevolhen haben wollen. Der allmechtig Gott verleyhe 
K. F. D. langes leben, gltickliche Regirung und aile wolfart, darumb 
wir alzeit bitten wollen. 

In Saut Pilt Montags den 15 jauuarii 1579. 

E- F. D. 

Underthenigster geborsamer 

Von Rinatlo 

Haubtmann uff Spitzemberg 

Martinus Félin 

Doctor. 

SUSCRIPTION SUR LE DOS. 

Relation der juden halb an F. D. zu Lothringen darch mich Doctor 
Martin Félin gestelt darufï'auch die juden vertrieben worden, seiend 
auch hierbey die verfasten Kundschafften. 

(Archives municipales de Saint-Hippolyte.) 

IX 

Edit d'expulsion. 

Durch den Herzogen von Calabrien, Lottringen, Barr, Geldern, 
etc 

An unseren teuren und getreuen Jacoben von Reinadt, Haubtman 
zu Spitzemberg und Superintendent in unserem Leberthal unsern 
GrueS, uff ain supplication an uns presentirt durch unsere teueren 
unnd getreuen Ambtleuth, Rhadt, gerechtsleuth und Icnwonern un- 
serer Staddt zur SanctPilt, dahin reichende, die juden so in unnserer 
gemelten Stadt wonendt umb vilerley betruebung, nachred, unruhe, 
Schaden unnd Interesse so sy von deren wegen empfahen, usz ge- 
mellter Stat zuvertreiben unnd abzuschaffen. Darùber wir durch 
unnser décret des ersten tags des Monadts Januarj negstverschienen, 
Euch und Doctor Martin Félin unserm Rhadt geordnet, das ier euch 
erustlich unnd Particulariter uff aile unnd ein jede granamina, clag 
unnd Besclrwerungen so die gemellten von Sancdt Pillt euch furbrin- 
gen unnd formieren werden, wie dann vellkomlicher in gemellter 
Supplication unnd décret unnder unnserm Innsigl hiebeiliegende zu 
ersehen, darùber wier in unnserm Rhadt den Bericht unnd Ionhalt 
gemellter Information vernommen und dasselbig wichtiglich be- 
dacht unnd erwegen, unnd aus gueter unnd rechter Délibération, 
auch andern gueten beweglichen ursachen, unns gnediglich bedacht 
resolwirt unnd entschlossen, unnsere gemellte unnderthanen der 
frecanlation unnd Innreung gemellter Juden zu exemptieren unnd 
entladen, uff das sie kônnfftiger Zeit desto mer bewegt unns guete 
und getreue underthanen zuesein und bleiben. Dem ist nun das wier 



UNE EXPULSION DE JUIFS EN ALSACE AU XVI e SIECLE 259 

euch entbieten unnd ordnen allso balld euch disz exepiert wiert das 
ier euch welt in gemellte unser Stadt zue Sancdt Pillt verfuegen 
unnd daselbst ofï'entlich unnseren Willen unnd Intention pupliciren 
lassen, benanntlich das die gemellten Juden sambt unnd sonders die 
gedacht Stadt raumen und fur aile limitiert unnd prefix Thermin 
zue ennd des Monadts May negstkônnftig auszziehen sollen, doch 
mit diser modification das inneu aile richtige und bekanntliche 
schulden, so inen unnsereunndthanen unnd Innwoner desbemellten 
Sancdt Pillt unnd glaubhaft erwisen schuldig sein mechten, allsfalls 
onne einichen Procesz oder rechtvertigung mit exemtion unnd an- 
greiffung ierer dcr schuldigern gùetern, vervuegt unnd belzalt wer- 
den. Was belangt die schulden so unbekanntlich unnd nit genugsam 
erwiesen, ist uunser will und maynung das inen durch unnsere ge- 
richtsleuth des gemellten Sancdt Pillt, uff ier aulaugen unud bege- 
ren, zu dem ain jeder befuegt ist, uff das eheist so muglich unnd one 
lenogeren verzug, das recht widerfaren lassen, unnd nitt allein sol- 
lend disen unnsern bevehl unnd willen publicieren unnd verkùnden, 
sonder auch daran sein das demselben stattgethan, und durch 
unnsere gemellte Juden vollkomlich nacligekommen werde. Dessen 
wier euch sonderlichen unnd expresse Commission unndgewallt hir- 
mit gegeben haben wellen, auch das euch in dem durch unnsern 
Ambtleuth Bùrger unnd einwonner, dennen es gebûren wiert, ge- 
horchet unnd vleissige gehorsamme geleistet werde, unnd soll disz in 
dergleichen wierde unnd krefïten ails ob es mit hôchster unnd zier- 
lichster Solennitet beschehen were, gehalten werden. 

Daran beschiht unnser gefallen. 

Expetiert zu Nannsse den 24 tag apprillis anno 1579. 

Die herren Graf von Salm Marschalkh in Lottringen, von Liene- 
willer 1 Haubtman zu Lamothe 1 , von Neuflot Président der rechen- 
kammer zu Loitringen, (un nom illisible), supplication Meister, 
zugegen. 

Dise Schrift von frantzosiecher sprach durch mich Niclaus Philipp 
in die teutsche sprach transferiert seind ainand. gleiches innhalts, 
bezeug ich mit mainem Tabeliionat Ambts handzeichen unnd signet 
hie unnd. schrieben. 

Signé : N. Philipp. 

(Archives municipales de Saiat-Hippolyte.) 



X. 

Arrest de la Cour Souveraine qui décrète ajournement personnel contre 
les officiers de S 1 Hypolitte par ce qu'ils ont permis au nommé Hertz 

1 Lunéville, famille de l'ancienne chevalerie lorraine. 

* Ville ruinée dans la commune d'Outremécourt (Haute-Marne), autrefois capitale 
du Bassigny lorrain, était une des plus fortes places de la Lorraine. Elle fut prise en 
juin 1645 par une armée française et, à la demande des populations d'alentour, com- 
plètement rasée, maisons, églises et remparts, 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

juif de Sclestat et à ses enfants et gendre de s'habituer à S 1 Hypolite 
et d'y négocier. Et ordonne que les sommes prestées par ces Juifs aux 
habit tins de S 1 Hypolitte seront saisies. 

Extrait des registres de la Cour Souveraine de Lorraine 

et Barrois. 

Du 20 avril 1666. 

Veu par la Cour la requête à elle présentée par le procureur géné- 
ral de Lorraine contenante qu'il a reconnu par la coppie de certain 
traité joint à une requête présentée à Son Altesse et à luy renvoyée 
par son décret du 8 du présent mois, que le sieur Fournier, Hans 
Humbert, Gabriel Straub, Jean Jacob, Jean Jacob, Jean Frouard, Hey- 
berger Melchior, Kentzeuger, George Mathieudy, Jean Kenbzinger, et 
H. B. Hermant, officiers de Sainte Hypolite, ont permis et consentis que 
le nommé Hertz juif demeurant à Selestat ses en fans et ses gendres fré- 
quentassent, négotiassent et demeurassent mesmes aud. lieu de S te 
Hypolite et leur donne faculté dy contracter par prest et autrement 
par usures exorbitans ce qui est purement judaïque contre l'expresse 
disposition des ordonnances, ce qui a déjà eu effect sans quil y ayt 
aucune confirmation par Son Altesse, requérant pourtant qu'il plust 
a la Cour y pourvoir, tout considéré. 

La Cour a ordonné et ordonne que lesd. officiers de Sainte Hypolite 
sus nommés seront adjournés a comparoir en personne en lad. Cour 
pour sans assistance ny ministère de Conseil repondre sur l'entre- 
prise et attentat par eux fait en passant led. traité, et telles autres fins 
que led. procureur général prendra a rencontre d'eux pour de leur 
audition procès verbeaux dresses et communiqués aud. procureur 
général être en après dit et jugé ce que de raison. Et cependant per- 
mis saisir les sommes qui se trouveront avoir esté prestées par lesd. 
juifs aux particuliers dud. S t0 Hypolite et ez environ dans les estats 
de Sad. Altesse avec injunction aux officiers desd. lieux de déclarer 
et indicquer les débiteurs desd. sommes a l'huissier exploitant. Fait 
a Nancy le 20* avril 1666. 

Signé : C. Pjerron. 

(Archives de Meurthe-et-Moselle, Trésor des Chartes, Saint-Hippolyte, 2, n° 15.) 



LES JUIFS ET LE SAINT -SIONISME 



On sait combien l'influence de l'école saint-simonienne a été 
grande dans notre pays. Cette école a fait de la théorie, puis de la 
pratique. De 1825 à 1833 elle a entrepris de fonder une philoso- 
phie et môme une religion; elle a, pour la première fois, posé net- 
tement la question sociale, dont personne encore ne soupçonnait 
la gravité. Après 1833, les saint-simoniens assagis ont été les 
plus ardents promoteurs du progrès économique, de la création 
des voies ferrées et des banques. Dans l'une et l'autre période les 
juifs ont participé à l'œuvre saint-simonienne, et l'un d'eux, 
Olinde Rodrigues, après avoir créé l'école, en est demeuré l'un des 
principaux chefs. Nous voudrions exposer le rôle joué par lui et 
par ses coreligionnaires dans l'histoire du saint-simonisme. 

Saint-Simon, ce philosophe singulier chez qui les vues pro- 
fondes et les chimères ont toujours été mêlées, ne s'est guère oc- 
cupé du judaïsme *. S'il parle de la Bible, c'est en passant, pour 
engager ses contemporains à ne plus s'attacher aux livres du 
passé, à regarder plutôt vers l'avenir. Méconnu de ses contempo- 
rains, plongé dans la misère, Saint-Simon avait essayé de se sui- 
cider en 1823 ; ce fut peu de temps après cet acte de désespoir 
qu'il rencontra enfin quelques disciples fidèles; parmi eux se trou- 
vaient le poète Léon Halévy, qui lui servit quelque temps de se- 
crétaire, et surtout Olinde Rodrigues. Ce dernier lui rendit cou- 
rage, lui assura le pain quotidien et fut le bienfaiteur de ses 
derniers jours. Le 19 mai 1825, le philosophe s'éteignit doucement 
au milieu de ses rares élèves, en les exhortant à continuer son 

1 Cilons pourtant ces quelques lignes sur le peuple juif : » Ce peuple, sombre, 
concentré, dévoré de l'orgueil que lui inspirait sa noblesse plus que terrestre, 
et de l'humiliation où il était contraint de vivre, se consolait de l'une par 
l'autre, et rendait au centuple à ses voisins idolâtres le mépris qu'il essuyait d'eux. 
Cette profonde disposition n'a pas eiicore péri; dans sa captivité universelle, ravalé 
de toutes parts jusqu'au rang de la brute, l'inébranlable Israélite dit dans son 
cœur : Je suis l'homme de Dieu. » Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, Paris, 
1865-78, t, XIX, p. 178. 



262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

œuvre, et en leur répétant : a La poire est mûre, vous devez la 
cueillir. » Un modeste convoi le mena au Père-Lachaise, où Léon 
Halévy prononça l'éloge du défunt; après l'enterrement, Ro- 
drigues ramena les autres fidèles chez lui et leur proposa de fon- 
der à frais communs un journal qui répandrait les théories du 
maître. Une société par actions se forma et fit paraître un recueil 
hebdomadaire, puis mensuel, le Producteur '. 

Olinde Hodrigues appartenait à une famille de financiers; ma- 
thématicien de valeur, qui a fait des découvertes scientifiques, il 
voulut entrer à l'Ecole normale supérieure, mais comme on était 
sous la Restauration, sa religion lui en fit interdire l'accès. Il 
donna quelque temps des leçons de mathématiques et fut le répé- 
titeur d'Enfantin, le futur pape saint-simonien ; enfin, se rési- 
gnant à devenir courtier à la Bourse, il montra une telle capacité 
que, malgré sa jeunesse, on le nomma directeur d'une importante 
société de crédit, la Caisse hypothécaire. La philosophie de 
Saint-Simon l'avait conquis entièrement, elle satisfaisait ses ins- 
tincts généreux et ses aspirations vers la fraternité universelle. 
Après la mort du maître, son rôle dans l'élaboration de la doc- 
trine fut double : d'une part, tandis que les autres disciples ne 
voyaient dans Saint-Simon qu'un philosophe , il le représenta 
comme le fondateur d'une religion et poussa l'école à se transformer 
en Église; d'autre part, il montra l'importance des questions éco- 
nonotniques et soutint que la Bourse fournirait les moyens d'amé- 
liorer le sort des pauvres 2 . Son influence dans le groupe saint- 
simonien, très grande à l'origine, alla bientôt en diminuant ; sa 
parole brusque, ses emportements dans la discussion blessaient 
au lieu de convaincra; il manquait de ces dons naturels de per- 
suasion et d'autorité qui sont nécessaires à l'apôtre d'une foi nou- 
velle. Mais ces défauts de forme étaient rachetés par un amour 
profond pour les classes laborieuses, amour qui inspira ses actes 
pendant toute sa vie. 

Au début Rodrigues ne put faire prédominer dans l'école la ten- 
dance religieuse. Le Producteur ne fut qu'un recueil philoso- 
phique, destiné à développer la doctrine, c'est-à-dire le positi- 
visme; Auguste Comte, l'ancien élève de Saint-Simon, y collabora 

1 Saint-Simon et ses élèves avaient publié ensemble en 1825 un volume [Opi- 
nions littéraires, philosophiques et industrielles, 8°), qui contient plusieurs articles de 
Rodrigues et de Halévy. Rodrigues avait aussi fait l'introduction du Nouveau Chris- 
tianisme (1825). Halévy participa un instant au Producteur, puis il se retira de 
l'école et plus tard publia une ode (Saint- Simon , 1831), où il glorifiait son maître et 
attaquait les prétentions religieuses des saint-siinoniens. 

* Ce rôle de Rodrigues a été bien précisé par Enfantin [Œuvres de Saint-Simon et 
d'Enfantin, t. II, p. 114). 



LES JUIFS ET LE SA1NT-SIM0NISME 263 

quelque temps. Rodrigues écrivit aussi plusieurs articles ; il mon- 
tra, dans des considérations générales sur l'industrie, la nécessité 
pour celle-ci de confier les postes importants aux plus capables et 
de réduire le tribut payé, sous forme de rente, au capitaliste oisif; 
dans une série d'articles sur les travaux de Saint-Simon, il ré- 
suma les principaux livres de son maître 1 . Mais le Producteur, 
peu lu et peu compris, dut suspendre sa publication au bout d'un 
an (1826) ; et le petit groupe, renonçant provisoirement à la pu- 
blicité, rechercha les conquêtes individuelles, les conversions iso- 
lées. C'est alors que de nouveaux fidèles remplacèrent les dis- 
ciples directs de Saint-Simon, et que Rodrigues réussit à leur 
prouver la nécessité d'une religion. La propagande faite par 
lui dans sa famille fut heureuse, il gagna ses cousins Emile et 
Isaac Péreire et son frère Eugène Rodrigues. 

Celui-ci était un jeune homme au corps malade et à l'âme pro- 
fondément religieuse. Aucun sacrifice pour sa foi ne lui paraissait 
trop grand : il aimait une jeune fille et songeait à l'épouser 
lorsqu'Enfantin s'y opposa, déclarant que les prêtres nouveaux 
devaient se consacrer à l'apostolat au lieu de s'engager dans les 
liens de la famille; le jeune enthousiaste s'inclina, dit adieu à 
l'amour et s'imposa jusqu'à ses derniers moments une chasteté 
absolue. De bonne heure Eugène Rodrigues s'était nourri des 
grands ouvrages religieux, la Bible, l'Evangile, le Coran ; la pen- 
sée lui vint qu'un nouveau culte allait apparaître qui les conci- 
lierait tous. La lecture de quelques écrivains contemporains le 
confirma dans cette idée : Salvador essayait d'unir le judaïsme et 
le christianisme dans une doctrine de progrès ; Joseph de Maistre, 
dans les Considérations sur la France, annonçait comme une 
chose certaine la venue d'une religion nouvelle ou un rajeunis- 
sement du christianisme. Enfin, le livre de M me de Staël sur l'Al- 
lemagne avait fait connaître en France un remarquable opus- 
cule de Lessing, L'éducation du genre humain ; d'après le phi- 
losophe allemand, l'humanité, ce grand être collectif qui pro- 
gresse toujours, a lu d'abord la Bible, le livre de l'enfance, puis 
l'Evangile, le livre de l'adolescence ; parvenue maintenant à l'âge 
mûr, elle est capable de lire le livre de vérité, l'Evangile éternel. 
Pénétré de telles espérances, Eugène Rodrigues pensa que Saint- 
Simon avait jeté les bases de la religion définitive; après avoir 
traduit l'écrit de Lessing, il exposa ses vues dans des lettres 
adressées les unes à Burns, un millénaire écossais, les autres à 
Rességuier, un Français du Midi qui se convertit au saint-simo- 

1 V. les articles de Rodrigues dans le Producteur, t. I, p. 97 et 193 ; t. III, 
p. 86, 193, 281, 426; t. IV, p. 5 et 86. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nisme; ces lettres, publiées après la mort de leur auteur, furent le 
premier travail dogmatique de l'école 1 . 

Dans ces lettres, Eugène Rodrigues proclame la supériorité de 
la religion sur la philosophie et la science. La philosophie n'a 
jamais pu expliquer le phénomène de la vie ; la science n'inté- 
resse l'homme que par les pratiques qu'elle lui enseigne; la re- 
ligion seule parle à son âme. Les religions actuelles sont malheu- 
reusement toutes vieillies; aucune ne possède un caractère social 
et progressif, aucune ne s'adresse à l'humanité entière; le chris- 
tianisme lui-môme est devenu insuffisant parce que, séparant 
l'esprit de la chair, il a condamné celle-ci et relégué la récom- 
pense de l'homme dans une vie future. La religion nouvelle saura 
donner satisfaction à la matière comme à l'esprit ; elle réalisera le 
bonheur sur terre, « et toutes les prophéties seront accomplies, car 
toutes les prophéties sont vraies. » Cette religion, ce sera le pan- 
théisme. — En même temps le jeune apôtre essayait d'introduire 
parmi les saint-simoniens une hiérarchie religieuse. Grâce à lui, 
vers le milieu de 1828, les fidèles se divisèrent en « degrés » ; on 
pouvait monter successivement depuis le « degré préparatoire » 
jusqu'au « collège », composé des dignitaires de la secte. Les 
membres du collège furent appelés pères, les autres étaient leurs 
fils ; entre fidèles on se traitait de frères, comme les membres de 
la primitive Eglise chrétienne. Eugène proclama cette transfor- 
mation dans une assemblée du 7 décembre 1828 : Extirpons, s'é- 
cria-t-il, le type voltairien ; enfants du siècle, devenons enfants de 
l'éternité. Puis, rappelant que Socrate avait été le précurseur de 
Jésus, il montra dans Saint-Simon un autre Socrate, annonciateur 
d'une autre révélation 2 . 

Olinde Rodrigues était en pleine communion d'idées avec son 
frère. Lui-môme gagnait sans cesse des adeptes, entre autres 
Gustave d'Eichthal, israélite de naissance , converti de bonne 
heure au christianisme, et digne par son enthousiasme religieux 
de prendre place à côté des Rodrigues. Mais les deux principaux 
des nouveaux convertis étaient Bazard et Enfantin, qui avaient ac- 
quis une influence prépondérante, le premier par son autorité 
souvent hautaine, le second par un incomparable don de séduc- 
tion. Olinde Rodrigues pensa, en vrai saint-simonien, que les plus 
capables devaient diriger la secte et, avec une touchante abnéga- 
tion, il accepta de se soumettre à eux, de compléter la hiérarchie 
en les proclamant Pères suprêmes. C'est ce qu'il fit le 31 dé- 

1 Lettres sur la religion et la politique, 4829 ; suivies de L'éducation du genre hu- 
main, traduite de l'allemand, de Lessing. Paris, 1831, 8*. 
1 Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, II, 24. 



LES JUIFS ET LE SAINT-SIMONISME 265 

cembre 1829, devant tous les fidèles, par une allocution très 
simple et très noble 1 . Eugène mourut quelques jours après, en 
janvier 1830, à l'âge de vingt-trois ans, heureux d'avoir vu fon- 
der la religion de l'avenir. 

Jusqu'à la révolution de 1830 le saint -simonisme demeura 
ignoré ; mais les trois journées de juillet lui donnèrent une po- 
pularité immédiate. Des missionnaires en province, des prédica- 
teurs à Paris, des journalistes dans le Globe propagèrent la doc- 
trine avec succès. Pendant cette période, Olinde Rodrigues, 
absorbé par ses affaires personnelles, demeura quelque peu effacé, 
mais non inactif. Au contraire, ses cousins Emile et Isaac Péreire, 
le premier plus pratique, le second plus enthousiaste, exercèrent 
alors dans la secte une action notable. Leur souci principal était 
de développer le crédit pour amener la baisse du taux de l'intérêt ; 
cette baisse, n'était-ce pas l'affranchissement du travailleur et la 
ruine de l'oisif? Ils demandèrent aussi au gouvernement de trans- 
former le budget, d'y réduire les dépenses improductives de l'ar- 
mée, d'augmenter les sommes réservées aux réformes sociales. 
Emile Péreire consacra ainsi une étude complète au budget de 
1832 : il réclamait surtout la suppression de l'amortissement, de 
cette duperie consistant à lever de l'argent d'un côté pour le rem- 
bourser de l'autre ; les fonds jusque là réservés à l'amortissement 
devaient être consacrés aux mesures les plus utiles pour la classe 
pauvre 2 . Isaac Péreire fit une série de leçons relatives à l'état 
économique futur; pour lui, le plus important est d'établir une 
banque nationale, créditant partout des banques locales, faisant 
passer l'argent de l'oisif au travailleur qui inspire confiance. Cette 
banque sera le véritable instrument d'émancipation des prolé- 
taires ; loin d'y voir un simple établissement financier, on doit la 
considérer comme une institution politique et même religieuse. 
Plus tard une époque viendra où la confiance régnera entre tous 
les hommes, où l'achat et la vente, signes de défiance, disparaî- 
tront ainsi que la monnaie ; au lieu du commerce il n'y aura plus 
que la « répartition », opérée entre les fonctionnaires par leurs 
chefs, car tous les hommes seront fonctionnaires ; cette réparti- 
tion sera d'autant plus facile que chaque classe aura un habit, un 
uniforme spécial. Isaac Péreire ici reprend les utopies de l'auteur 
du Télémaque 3 . 
Cependant la discorde s'était mise dans le camp saint-simonien ; 

1 Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, II, p. 114. 
* Revue Encyclopédique, octobre 1831. 

3 Ces leçons parurent dans le Globe, 9, 10, 16, 24 septembre ; 17 octobre; 2, 13, 
14 novembre 1831. 



REVUS DM ÉTUDES JUIVES 

les singulière! théories d'Enfantin sur l'amour furent l'origine de 
longs débatl qui aboutirent, en novembre 1831, à une rupture 
entre lui et Bazard. Alors Olinde Rodrigues, demeuré fidfMe à En- 
fantin, reparut au premier rang pour sauver la secte. Dans l'as- 
semblée générale du 27 novembre, tenue après le départ des 
dissidents, il annonça que le moment était venu de passer de 
la théorie à l'action, de recueillir des fonds pour commencer 
des œuvres sociales. « Je naquis, dit-il, dans cette religion qui 
apprit aux hommes la puissance de l'unité morale et politique, 
dont le souverain pontife priait pour toutes les nations de la 
terre, dont le grand prophète annonça qu'un jour, du fer des 
lances, on forgerait le soc des charrues, et dont les membres dis- 
persés et unis sur toute la terre, persécutés, commencèrent l'af- 
franchissement des travailleurs en créant la lettre de change. » 
Et après avoir annoncé rémission d'un emprunt, l'enthousiaste 
financier conclut : « Rothschild, Laffitte, Aguado n'ont rien entre- 
pris d'aussi grand que ce que je vais entreprendre â , » Des bons 
furent émis, en effet, auxquels les saint-simoniens souscrivirent 
en grand nombre. 

Mais Enfantin allait toujours plus loin dans son audacieuse mo- 
rale ; les Péreire l'abandonnèrent bientôt, et Rodrigues en fit au- 
tant. Aimant sa femme et ses enfants, il fut indigné de voir le 
chef de la secte affirmer que, dans la société future, les enfants 
ne devaient plus connaître leur père; son départ eut lieu en fé- 
vrier. Peu après, il publia un volume d'œuvres choisies de Saint- 
Simon, avec un manifeste qui revendiquait désormais pour lui- 
même la direction du saint-simonisme : la morale ancienne devait 
être respectée jusqu'à ce que les femmes eussent indiqué les règles 
d'une morale nouvelle 2 . 

Cependant les disciples d'Enfantin étaient arrivés à une exal- 
tation extrême. Le Père se retira dans sa demeure de Ménil- 
montant, avec quarante disciples; parmi eux se trouvait un 
israélite, le docteur Simon, praticien de grand talent, qui avait 
organisé à Paris le service médical pour les saint-simoniens ma- 
lades; plus tard, il adopta et enseigna l'homéopathie, dans l'espoir 
que cette méthode nouvelle fournirait aux prolétaires des remèdes 
prompts et peu coûteux. Dans cette retraite de Ménilmontant, 
Gustave d'Eichthal fit de longues études sur la Bible, afin de re- 
nouer la tradition entre le judaïsme et le saint-simonisme. Il voulut 

1 Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, IV, p. 208-215. 

* Œuvres de Saint-Simon, Paris, 1832, 8°. V. au commencement du volume Z.« 
disciple de Saint-Simon au public, et à la fin Olinde Rodrigues aux saint-simoniens et 
Bases de la loi morale proposées à l'acceptation des femmes. 



LES JUIFS ET LE SA1NT-SIM0N1SME 267 

manifester publiquement son respect envers la religion de Moïse : 
le jour de Rosch - Haschana d'Eichthal et trois autres fidèles 
de la secte, Barrault, Lambert et Félicien David (le futur auteur 
du Désert), vinrent en costume saint -simonien à la synagogue 
pour assister à l'office *. 

Le gouvernement avait ouvert des poursuites contre les sec- 
taires ; Rodrigues y fut impliqué malgré sa séparation, mais on 
ne lui infligea qu'une amende de cinquante francs. Enfantin fut 
condamné à un an de prison, et ce fut le signal de la dispersion 
des fidèles. Cependant, comme il est arrivé souvent, la perse- 
cution surexcita jusqu'au délire l'enthousiasme de plusieurs 
d'entre eux. Le Père Enfantin avait annoncé la venue prochaine 
de la Femme, de la Mère, qui formerait avec lui le Couple Prêtre, 
directeur suprême de l'humanité. Barrault, un des plus ardents 
saint-simoniens, eut une sorte de révélation prophétique, il af- 
firma que la Mère se trouvait à Constantinople, qu'elle était juive, 
et qu'elle se montrerait en l'année 1833, pour le dix- huitième 
centenaire de la mort de Jésus-Christ. Plusieurs le crurent et for- 
mèrent avec lui la société des Compagnons de la femme, pour aller 
au-devant de la Mère ; une mission, conduite par Barrault, s'em- 
barqua pour Constantinople, tandis qu'un des siens lançait un 
chaleureux appel aux femmes juives 2 . Nous ne raconterons pas 
la curieuse odyssée des missionnaires à travers l'Orient. 

Ce fut la fin de la période des folies ; le mysticisme allait faire 
place à l'action. Revenus de leurs chimères, les saint-simoniens 
se mirent au travail. L'école, pour hâter l'association des peuples» 
avait demandé le développement des chemins de fer; pour dimi- 
nuer les rentes de l'oisif, elle avait préconisé les institutions de 
crédit; les membres de l'école construisirent des voies ferrées et 
créèrent des banques. C'est dans le temple même de la secte, à 
Ménilmontant, qu'avait été conçu le premier projet sérieux de che- 
min de fer; plusieurs ingénieurs, venus à l'enterrement du saint- 
simonien Edmond Talabot (frère du grand ingénieur Paulin Tala- 
bot) en 1832, s'entretinrent avec Emile Péreire de la construction 
d'une ligne entre Paris et Saint-Germain ; c'est celle qui fut inau- 
gurée en 1837 3 . S'occupant des chemins de fer à une époque où 
presque personne n'en soupçonnait l'avenir, les saint-simoniens 
arrivèrent en grand nombre à la fortune. 

1 Gustave d'Eichthal a raconté cela en 1864, dans un discours prononcé sur la 
tombe de Lambert ; une partie de ce discours parut dans les Archives israélites du 
1 er mars 1864 (XXV° année, p. 211). 

1 Aux femmes juives (par Auguste Colin). Lyon, 1833, 8°. Cette brochure est à la 
Bibliothèque nationale (L d 19 « 197). 

» Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, VII, p. 176. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Leur succès rapide souleva de vives colères. On comparait la 
misère de la secte en 1832 avec l'opulence acquise dix ans plus 
tard ; on raillait ces théoriciens qui, après avoir si bien proche 
l'abolition de la propriété, lui faisaient grâce maintenant qu'ils 
étaient riches. Quand éclatèrent, en 1845 et 1840, de nombreux 
scandales financiers, les journalistes qui les dénonçaient n'eurent 
garde d'épargner les saint-simoniens. Un pamphlétaire, Dairn- 
vaell, dans une de ses nombreuses brochures contre la haute 
banque, dénonça la coalition formée par les gens de la Bourse, « de- 
puis le roi Rothschild jusqu'aux derniers des saint-simoniens ■ ». 
Mais l'attaque la plus virulente vint de Toussenel dans son livre 
fameux, Les Juifs rois de l'époque. Toussenel était fouriériste, et 
Fourier avait flétri les juifs par haine du commerce; le disciple 
de Fourier combattait les saint-simoniens par rivalité de secte. 
D'après lui, c'est l'accord de Saint-Simon et de Juda, de la théorie 
saint-simonienne avec la pratique juive, qui a créé la féodalité 
financière. Après le désastre de 1832, les membres de l'école s'é- 
taient dispersés; mais Enfantin, qui demeurait leur chef, a voulu 
se relever en les enrichissant. Il s'est allié avec la haute banque, 
il a empêché le gouvernement de construire lui-même les chemins 
de fer. En 1843, les juifs régnaient à la Bourse, Rothschild tra- 
versait triomphalement la France, Enfantin était secrétaire du 
conseil d'administration à la Compagnie Paris-Lyon, Rodrigues 
avait une voix dans les conseils de la maison Rothschild; tous 
étaient pourvus, « et le regard du Père s'élevait radieux vers le 
dieu d'Isaac, pour le remercier du succès dont il couronnait ses 
efforts, et des grâces dont il comblait ses fils ». Ce n'est pas fini; 
Enfantin songe à livrer aux juifs d'autres monopoles encore, et à 
leur faire percer l'isthme de Suez *. 

L'attaque de Toussenel était injuste. Que plusieurs saint-simo- 
niens, devenus riches, aient trouvé désormais tout pour le mieux 
dans le meilleur des mondes, la chose est malheureusement 
trop humaine pour qu'elle n'ait pas dû se produire maintes fois ; 
mais ce n'était pas le cas des principaux d'entre eux, et sur- 
tout de Rodrigues. Les événements de 1832 et 1833 ne l'avaient 
point découragé; seulement il s'était résolu à laisser de côté la 
partie philosophique et religieuse du système de son maître pour 
ne plus songer qu'aux moyens d'améliorer la condition matérielle 
des prolétaires. Il se mit à l'œuvre en 1840 ; alors que la bour- 
geoisie demeurait enfoncée dans son égoïsme, Rodrigues se préoc- 
cupa d'étudier les vœux et les pensées du peuple. Combler l'abîme 

1 Rothschild 2 er , ses valets et son peuple, Paris, 1846, 8°, p. 24. 
* Toussenel, Les Juifs rois de l'époque. Paris, 1847, 8°, p. 122-133. 



LES JUIFS ET LE SAINT-SIMONISME 269 

creusé entre les riches et les pauvres lui apparut comme le besoin 
le plus urgent du pays. Aussi chercha-t-il à fonder un journal, 
Le Patriote de 1840, qui devait s'adresser aux uns et aux autres. 
En préparant cette publication, Rodrigues fut amené à s'entre- 
tenir avec beaucoup d'ouvriers, à lire leurs ouvrages ; il eut la 
joie de découvrir chez eux des poètes pleins d'espoir dans l'ave- 
nir, amis du progrès pacifique; et, comme le journal n'arrivait 
pas à naître, il voulut, du moins, faire connaître ces vers. Ainsi 
parut en 1841 le volume intitulé Poésies sociales des ouvriers. 
Dans la préface, Rodrigues affirme que la réorganisation sociale 
est proche : « Le moment est venu, dit-il , de fonder dans la 
presse, dans les Chambres, dans la bourgeoisie, dans les ateliers, 
un nouveau parti politique, celui de la paix et du travail, de la 
conservation et du progrès, le parti social. » Les ouvriers dont 
il publiait les vers ont de nombreuses défaillances de formes, 
mais leurs sentiments sont élevés ; le plus remarquable d'entre 
eux, le cordonnier Savinien Lapointe, s'écriait : 

Ne croyez pas, amis, à ces gens qui toujours 
Boursouflent leurs écrits de furibonds discours ; 
Rien de grand ne jaillit de leur cerveau malade. 
Non, l'avenir n'est plus sur une barricade ! 

Mais dans d'autres pièces retentissent les cris de haine, les plaintes 
du pauvre contre le riche. 

Rodrigues s'occupa ensuite de fonder une caisse des retraites 
ouvrières ; en 1844, un mémoire à ce sujet fut élaboré dans une 
commission que présidait Mole: d'anciens saint-simoniens, comme 
Rodrigues, d'Eichthal, Michel Chevalier, s'y rencontrèrent avec 
des économistes comme Hippolyte Passy et des moralistes comme 
Agénor de Gasparin ; mais le projet n'aboutit pas. — D'un autre 
côté, Rodrigues s'intéressait, comme d'Eichthal, à l'abolition de 
l'esclavage. D'Eichthal persuadé, ainsi qu'il l'écrivait lui-même, 
que l'affranchissement du juif et du noir est le résultat le plus 
saillant de la Révolution 1 , voulait faire réhabiliter la race noire 
par la science ; il affirmait dans son langage poétique le mariage 
nécessaire de la race blanche, la race mâle, avec la race noire, la 
race femelle, et il provoqua une discussion à ce propos, en 1847, 
à la Société d'ethnographie ; mais les considérations sentimentales 
de Rodrigues et de d'Eichthal vinrent se heurter contre le point 

1 Gustave d'Eichthal et Ismaïl Urhain, Lettres sur la race noire et la race blanche, 
1839. Urbain était un mulâtre, saint-simonien ardent ; d'Eichthal le considérait 
comme le représentant des noirs, et se considérait lui-même comme celui des juifs. 



270 RfcVUE DBS ÊtlîDfeS JUIVES 

de vue froidement scientifique des Milne-Edwards et des Quatre- 
fages. 

Survint la Révolution de 1848, qui excita les espérances de tous 
les novateurs comme de tous les utopistes. Rodrigues retrouva 
toute l'ardeur de la jeunesse. Dès le 9 mars, il fit afficher sur les 
murs de Paris des placards où, l'un des premiers en France et en 
Europe, il proposait de résoudre les difficultés entre le travail et 
le capital par le système de la participation aux bénéfices. En 
voici le texte : 

« Association du travail et du capital. 

» Désormais, dans toute entreprise industrielle, tous les tra- 
vailleurs des deux sexes, journaliers, ouvriers, contre-maîtres, 
ingénieurs, employés, directeurs ou gérants, seront associés pour 
la répartition des bénéfices, avec les actionnaires ou capitalistes, 
en raison du travail des uns et du capital des autres, les pertes 
restant à la charge du capital. 

» Répartition des bénéfices. 

» Les bénéfices restant disponibles après le paiement des sa- 
laires des travailleurs et celui des dividendes fixes dus au capital, 
pour intérêt et amortissement, seront répartis entre tous, selon le 
chiffre du salaire ou du dividende fixe de chacun. 

» Effet de la répartition. 

» Le salaire et le dividende fixe de chacun se trouveront aug- 
mentés, par suite de cette répartition, dans le rapport, égal pour 
tous, de la somme des bénéfices répartis, à la somme de tous les 
salaires et de tous les dividendes fixes. 

» Olinde Rodrigues *. » 

Il fit une active propagande, présenta son projet à Louis Blanc, 
proposa un emprunt national de trois cent millions , écrivit à 
Emile de Girardin une lettre violente contre toute pensée de res- 
tauration monarchique 2 . Puis deux brochures donnèrent son plan 
de Constitution et son projet sur les banques. La première com- 
mence par une déclaration de principes où se trouvent les for- 
mules suivantes : « Le travail , intellectuel ou corporel , est la 
condition fondamentale de l'existence morale et physique des in- 
dividus, des sociétés, du genre humain. — Le travail du peuple est 

1 V. le journal La République, 10 mars 1848. 
" La République , 16, 17, 25 mars, 20 avril 1848. 



LES JUIFS ET LE SAINT-S1M0NISME 271 

la base positive de sa souveraineté. » Puis vient tout un projet de 
Constitution, bien souvent chimérique et tout inspiré par l'esprit 
saint-simonien l . D'après l'autre brochure, la Banque de France 
deviendra un immense organisme accomplissant toutes les opéra- 
tions financières, centralisant les recettes et les dépenses de l'Etat, 
et faisant des avances aux prolétaires qui voudraient essayer une 
entreprise utile 2 - 

Rodrigues voulut aussi refaire le groupe saint-simonien, et con- 
voqua chez lui une réunion où se trouvaient, à l'exception d'En- 
fantin, les membres de l'ancien collège et plusieurs des fidèles de 
Ménilmontant; elle fut présidée simultanément par Charles Le- 
monnier, un bourgeois, et Yinçard, un ouvrier. Mais les géné- 
reuses illusions d'autrefois étaient passées ; bientôt on se disputa, 
on échangea des récriminations amères. Ce spectacle indigna Vin- 
çard, qui avait conservé, sans y rien changer, les théories les plus 
avancées de la secte : a Osez donc, s'écria-t-il, faire afficher dans 
tout Paris une déclaration des principes de la doctrine de Saint- 
Simon, c'est-à-dire l'association de tous les producteurs, la rétri- 
bution selon les œuvres, et l'abolition radicale de tous les privi- 
lèges de la naissance, quels qu'ils soient; osez la signer tous ici, 
et vous aurez prouvé au peuple que vous vous occupez de lui. — 
Si l'on veut accepter cette proposition, dit Isaac Péreire, je vais la 
signer de mon sang. » Mais tous combattirent une pareille décla- 
ration, et l'on se sépara sans avoir rien décidé. Rodrigues ne 
perdit point courage; avec une naïveté à la fois comique et tou- 
chante, c'est à la Bourse qu'il vint prêcher la nécessité d'une 
réforme, d'un accord entre la bourgeoisie et le peuple 3 . L'échec 
fut complet; il ne réussit pas davantage dans sa candidature à 

1 Projet de constitution populaire pour la République Française, suivi de projets de 
loi organiques, 1848, 8°. D'après ce projet le gouvernement appartient à une assem- 
blée de 9l)0 membres, réélue tous les ans, qui remet l'administration à un comité 
directeur de trois délégués. « Toute demande ou présentation d'un candidat pour 
occuper un emploi public doit être motivée et rendue publique. » L'instruction pu- 
blique appartient à l'Université, sous la surveillance de l'Institut. La justice passera 
de plus en plus des juges de carrière à des arbitres choisis par les particuliers ou élus 
par le peuple. L'armée sera remplacée par la garde nationale ; on n'entreprendra 
jamais de guerre offensive. Les femmes auront les droits politiques ; dans le mariage 
elles seront les égales des hommes ; le mariage ne pourra être contracté ou dissous 
qu'avec l'autorisation du conseil de famille. 

' Théorie des banques, 1848, 8°. Rodrigues veut que les banques locales aient des 
succursales dans toutes les mairies, pour faire des avances aux travailleurs; • les 
banques, dit-il, arriveront à remplacer, par leurs billets à vue et à terme, tout le nu- 
méraire circulant ou stagnant au-dessus de 5 fr. ». Son projet d'organisation du 
travail fut combattu par Michel Chevalier [Lettres sur l'organisation du travail, 
1848, 8% p. 281 et suiv.), 

3 Vinçard, Mémoires épisodiqucs d'un vieux chansonnier saint-simonien (Paris, 
1878, 8"), p. 257-259. 



272 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Assemblée Nationale. Les journées de juin, la réaction inaugurée 
par le Prince-Président lui portèrent un coup profond. Malgré cela 
il ne resta point inactif; il s'appliqua, d'une part, à développer et 
à confédérer les Sociétés de secours mutuels, d'autre part, à pu- 
blier une biographie délinitive et une édition de Saint-Simon. La 
mort vint le surprendre avant que ces travaux fussent achevés ; 
mais un jeune ami de Rodrigues, G. Hubbard, se chargea de les 
terminer et publia deux volumes qui furent comme le testament 
du grand disciple de Saint-Simon '. 

Ce fut peu de temps après sa mort qu'Emile etlsaac Péreire, 
après avoir aidé à la création du Crédit Foncier, constituèrent le 
Crédit Mobilier; cet établissement, qui subventionna tant d'entre- 
prises utiles , qui aida puissamment l'Espagne et l'Autriche à 
construire leurs chemins de fer, réalisa pendant quinze ans un des 
vœux les plus chers de l'école. Les frères Péreire, sans s'inquiéter 
des jalousies soulevées autour d'eux 2 , restèrent fidèles à leurs 
amis saint-simoniens et les assistèrent dans toutes les occasions 5 . 
Isaac Péreire, de même que son ami Gustave d'Eichthal, garda 
jusqu'à la fin de sa vie la foi dans les idées que lui avait enseignées 
l'école. 

Ainsi, les juifs jouèrent un grand rôle dans le saint-simonisme. 
Récemment émancipés grâce à la Révolution, ils adoptèrent volon- 
tiers une doctrine qui annonçait l'émancipation universelle; ha- 
bitués à s'occuper de finances, ils s'associèrent à une école qui 
glorifiait les entreprises financières et qui donnait aux banques 
une valeur presque religieuse. Un jeune théologien, Eugène Ro- 

1 Rodrigues avait contribué à fonder en 1849 le Comité pour la propagation des 
Sociétés de prévoyance. C'est au nom de ce comité que G. Hubbard publia De l'or- 
ganisation des sociétés de prévoyance ou de secours mutuels, Paris, 1852, 8°. L'avant- 
propos rend un bel bommage à la mémoire de Rodrigues, dont les connaissances ma- 
thématiques avaient été si utiles pour ce livre. En 1857 Hubbard publia Saint-Simon, 
sa vie et ses travaux ; dans la préface il déclare que ce livre a été préparé sous les 
yeux de Rodrigues et publié pour satisfaire le vœu exprimé par lui avant de mourir. 

* Taxile Delord cite ce mot, qui courait dans le monde financier : * Vous ne réus- 
sirez pas, disait-on dernièrement à un industriel qui fondait une grande entreprise, 
vous n'avez pas de juif dans votre Compagnie. — Rassurez-vous, répondit-il, j'ai 
deux saint-simoniens. » Taxile Delord, Les troisièmes payes du journal Le Siècle. 
Portraits modernes, 1861, in-8°. — Proudhon écrivait en 1853 au prince Napoléon : 
« M. Péreire est le représentant et le chef du principe saint-simonien de féodalité 
industrielle qui régit en ce moment notre industrie nationale. • Sainte-Beuve, \xt 
de Proudhon, p. 323. 

3 V. Hippolyte Castille, Les frères Péreire, 1861, in-32°. Les saint-simoniens, de 
leur côté, firent souvent l'éloge des deux financiers. Adolphe Guéroult, sous le 
pseudonyme de Théophraste, publia une biographie d'Emile Péreire (1856), où il si- 
gnalait la baisse de l'intérêt comme le but principal du grand banquier. Barrault, 
l'ancien prédicateur saint-simonien, fit un livre [Le chemin de fer du Nord en 
Espagne, 1858) pour louer l'œuvre du Crédit Mobilier ; il y montrait que la création 
des chemins de fer est le plus sûr acheminement vers la fraternité des peuples. 



LES JUIFS ET LE SAINT-SIMONISME 273 

drigues, fonda le dogme saint-simonien ; un grand homme de 
bien, Olinde Rodrigues , s'occupa d'améliorer la condition des 
classes laborieuses; de remarquables financiers, les Péreire, en 
hâtant la baisse de l'intérêt, contribuèrent à diminuer les gains 
du capitaliste pour augmenter les profits du travailleur. Saint- 
Simon avait annoncé qu'au lieu d'attendre le bonheur d'une vie 
future, on devait, par le travail, le trouver sur la terres les juifs 
demeurèrent fidèles aux traditions de leur race et de leur religion 
en cherchant à réaliser le paradis terrestre. 

Georges Weill. 



T. XXXI, n° 62. 18 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGETIQUES 

I 

■^bs et ï-rb^bs. 

On rattache généralement ces mots au verbe bbs, et on les ex- 
plique par «juge» et «justice». M. Buhl, dans son édition du dic- 
tionnaire de Gesenius, conserve cette explication, mais il y met un 
signe de doute. Le doute est, en effet, permis, car le sens de jus- 
tice est inadmissible dans la plupart des passages où ^bs et 
ï-pb^bs se rencontrent. 

Dans Ex., xxi, 22, ïrbbm fnan ne peut pas vouloir dire : « (Le 
coupable) paiera selon l'estimation des juges. » La préposition 3 
après ina signifie « pour, en échange de », et non pas « d'après ». 
Ensuite, le mot « estimation » est ajouté arbitrairement, et cette 
traduction de D^bben "jrûi contredit ce qui précède dans le verset : 
a 11 paiera l'amende comme le mari le lui imposera. » C'est le 
mari qui fixe l'amende, et non le juge. Enfin, l'autorité judiciaire 
est appelée dans cette série de chapitres û^nbtf. Pour déterminer 
le sens de û^bs, il faut, avant tout, savoir ce qu'on doit entendre 
par l"iotf îtïT ûa. Il est étonnant que la plupart des exégètes aient 
appliqué le mot "poa à la mort de la femme heurtée, au lieu de le 
rapporter uniquement à la perte de l'enfant. S'il s'agissait de la 
mère, outre qu'il est rare qu'une femme succombe aux suites d'un 
tel accident, le cas rentrerait dans la catégorie de tous les homi- 
cides par imprudence. Si le législateur biblique a cru devoir con- 
sacrer à ce cas un paragraphe spécial, c'est parce que la victime 
est un être qui n'est pas encore né. L'enfant n'étant pas venu à 
terme, on pourrait croire que l'auteur de sa mort ne doit pas être 



NOTES ET MELANGES 275 

châtié. C'est pourquoi le législateur a trouvé nécessaire de dire 
que le meurtrier involontaire doit être puni, et c'est pour cette 
raison qu'il ajoute ©B3 nnn wi nrùl : la vie de l'enfant vaut au- 
tant que celle d'un homme. La loi du talion, formulée à plusieurs 
reprises dans la Bible (Lév., xxiv, 20 ; Deut., xix, 21), n'exprime 
pas tant le principe même de la justice que le principe de l'égalité 
devant la justice. 

Dans le cas où l'enfant naît viable, celui qui a été cause de l'ac- 
couchement prématuré doit payer une amende pour l'accident, 
bien qu'il n'y ait pas eu de suites fâcheuses. Le mot tnV^B désigne 
donc ici l'accident sans conséquences graves, tandis que 'pDN est 
l'accident avec conséquences mortelles. Nous tâcherons plus loin 
de préciser le sens du mot d^s. 

Les mots û^s "ûrmai (Deut., xxxn, 31) ne peuvent guère se 
traduire : « Nos ennemis sont des juges ». D'après les versets qui 
suivent, il faut voir dans lD">V6d une épithète marquant l'outrecui- 
dance ou la méchanceté des ennemis. L'idée générale du passage 
est que les ennemis d'Israël s'attribuent à eux-mêmes ou à leurs 
dieux leurs victoires, au lieu d'y voir la volonté du Dieu d'Israël 
(cf. Is., x, 5 et suiv.). Par suite, ils outrepassent les ordres de 
Dieu et abusent cruellement de leur triomphe. Il est probable 
qu'il y a une lacune entre la première partie du verset 31 et la 
seconde, car tm£ imsa fcô tt indique que les dieux des payens ne 
ressemblent pas au vrai Dieu et ne sauraient donner la victoire à 
leurs partisans, tandis que tpW® lMii» doit stigmatiser la cruauté 
des ennemis. Il n'y a pas de parallélisme entre ces deux phrases. 
Mais, quoi qu'il en soit, û^Wb, dans ce verset, ne peut signifier 
« juges ». 

Le mot "Wœ se trouve deux fois dans Job, xxxi, 11 et 28, comme 
adjectif de fu ! , et on le traduit communément par « méritant 
d'être jugé », qualification bien faible pour l'adultère et l'idolâtrie, 
et d'autant plus étrange que Job parle de péchés commis en 
secret. 

Enfin, dans Isaïe, xxvm, 7, î-pb*6D est en parallélisme avec îvniï 
« vision », et paraît désigner l'oracle rendu par les prêtres. Dans 
xvi, 3, où mWd est probablement une faute pour îtM», le mot 
parallèle est !iX3> « conseil ». Pour ces deux passages on peut, à 
la rigueur, admettre le rapprochement de ïpMjd avec b^D « juger, 
intervenir ». Toutefois, un oracle et un conseil ne sont pas néces- 
sairement un jugement. 

1 II semble que dans le verset 28 on ait combiné deux leçons ; ip^S 11 3% 
comme v. 11, et Û^Vps "py, ce qui a donné EPb^B }1J», 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En laissant provisoirement de côté les versets d'Isaïe, on voit 
que le sens de "^bc ne s'éclaircit pas beaucoup à l'aide du verbe 
bbo. Or, cette dérivation ne s'impose pas, car ^bc peut très bien 
venir de la racine *bD. Nous avons fait remarquer déjà dans cette 
Revue (t. XXIV, p. 107, note 2) que, pour éviter le redoublement 
du vav ou du yod, on remplace fréquemment une de ces lettres 
par la consonne forte qui l'avoisine. C'est ainsi que, dans le piel, 
le poual et le hilpael des verbes l"2 et ■*"*', la deuxième radicale est 
remplacée par la troisième, ex. aaiiâ ^rrto ^alanrt. 11 en est de 
môme d'un certain nombre d'adjectifs bbin (Ps., lxxv, 5) de biïi; 
bbîT (Deut., xxi, 20) de bi? ; y^ib (Osée, vu, 5) de yib ; *rro (Deut., 
xxi, 18) de mo, (-no Osée, iv, 16 est un dénominatif de ttîo); 
bbi* et bbi* (Lam., i,5; n, 11); û£*n (Ps., cxvm, 16; cxlix, 6) 
de dn ; nnirâ et Miiâ (Is., lvii, 17 ; Jér., xxxi, 22) de mb ; bbiio 
^Job, xn, 17) de bitë, cf. arabe bi'na « insensé » ; pgltD (Is., 
xxix, 8), de piu: ; nnîw (Ps., v, 9) « ennemi » de mrâ « viser » ; et 
peut-être )iïs « devin » de "p* « œil ». Tous ces adjectifs sont du 
même type que nsa et nj»n (pour haggir); pa^al etpa'Hl sont de- 
venus, dans les racines Y'*, pa'lal et pa'lil. Le substantif mm 
« satisfaction » paraît être aussi pour m'"na ou ni^s ! . En arabe, les 
verbes avec 2 e radicale vay ou yod ont un infinitif de la forme 
tïbna^B, qui devient ribib^D, exemple iwara /ïînwï- On trouve 
aussi filial pour/VV^, exemple 'ûw pour a"*, bb"D pour b5?« 

Pareillement, la troisième radicale, quand elle est faible, peut 
être remplacée par la seconde : traw est sûrement pour d^iaî; 
a^n vient de Wi ; it-i* « sans postérité » a une étymologie claire, 
si on le fait venir de "n* « vider » (forme V"i?? pour ^bw). b^ba 
« idole » nous paraît venir de la même racine que ba « Dieu », 
iba, et serait pour ^b«. Tandis que ba est le vrai dieu, b^ba est 
descendu au rang de faux dieu, comme deva, chez les Perses, est 
devenu démon et comme le mot démon lui-même a perdu son sens 
primitif de génie. Le mot mir> « vieillard, homme expérimenté » 
paraît se rattacher à ïtoti « sagesse », et à ttr, racine i©i 2 . 

S'il en est ainsi, il est permis de dériver ^bs de "»bs, qui signifie 
« séparer, distinguer » et se confond souvent avec ab3. Il devient 
alors plus facile d'expliquer le sens de ^bs et de î-pb^bs. Dans le 

1 C'est sans doute en vertu de la même tendance que nbl /PUip ,"13115 ,rP3ri 
ont le pluriel mnb*7 ,mni25p ,mnSlïî ^mman. On a évité la rencontre du vav 
avec la voyelle. 

s Nous avons eu tort de rapprocher {Bévue, t. XXXI, p. 133) ces mots de TtfJ, 
qui, selon nous, vient de "HUl, car l'jji et "l'JJ^ soat deux racines différentes, de 
même que *m et ^*T1. 



NOTES ET MÉLANGES 277 

passage de l'Exode, d^bd désignerait la naissance prématurée, 
pirce que c'est une chose insolite, extraordinaire. La phrase 
trVbs iïotbïi signifierait littéralement : « Nos ennemis sont ex- 
traordinaires », c'est-à-dire, agissent avec présomption et cruauté. 
Dans Job, ib^bD y& veut dire tout naturellement un péché inouï. 
Enfin, dans Tsaïe, ïrb^bs peut désigner la sagesse mystérieuse des 
oracles. De la sorte, on peut interpréter ^bs et i-pb"bd de la même 
manière dans tous les passages où ces mots se rencontrent, et 
cette interprétation s'adapte sans effort au contexte. 

Mayer Lambert. 



II 

Isaïe, ch. xxviii, v. 28. 

Ce verset est un des plus difficiles d'Isaïe ; ce sont les mots 
pTn dnb qui présentent la difficulté principale. Dans le verset 
précédent, le prophète parle de la nielle, qu'on ne foule pas avec 
un chariot pointu, mais qu'on bat avec une verge. Il paraît évi- 
dent, au premier coup d'oeil, que le v. 28 explique le verset pré- 
cédent; nirp t)TP ynm ab est complété par tovp uma HSttb sb ■% 
et napT ab TOnai irto b^ Koïti se rapporte à *jttd b:> rùw "jsia 
sdt\ Mais, comme les mots piv dnb interrompent la suite de ces 
deux versets, force a été aux interprètes de comprendre le v. 28, 
non pas comme l'explication du verset précédent, mais comme 
une antithèse à pTT* dnb ; ils ont alors pris ces mots pour une pro- 
position interrogative (Hitzig, Delitzsch, etc.) et ^d dans le sens 
de ^d ab, ce qui est par trop forcé. 

A mon avis, les mots pm dnb appartiennent à la fin du verset 
précédent, et dnb ûsiz), « la verge à pain », est le nom de l'outil 
qui servait à battre quelques sortes de blé. La traduction des 
Septante : rb 8s xu^juvov [xsxà àprou (3pa>B7J<7STat (la nielle se mange 
avec du pain), bien que tout à fait fausse, nous présente encore 
les traces d'un texte où les mots 'jfrd et dnb étaient joints l'un à 
l'autre. Les deux versets forment alors un tout et présentent un 
parallèle parfait : 

n£p tïw ynna ab ^d 

noi" 1 "jes b* fiba? "jDiwNi 

n^p aam natta *a 

: piv cnb aaroa i^dn 

wit en» nxsb Nb ^d 

napf »b wisi inba? baba (?ïimîti) de m 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Isaïe, ch. xxv, v. 5. 

Les difficultés que présente ce verset proviennent également, à 
ce que je crois, d'une division inexacte. D'abord, en admettant 
que s? birn a^n doive être compris comme s'il y avait aire, ce 
qui paraît forcé, on ne peut pas supposer que le prophète ait 
employé la comparaison de a-iro deux fois dans le même verset. 
Ensuite, comment comprendre la phrase : d^T "pWD iTira s-irû 
3^»n, « Tu domptes les clameurs des barbares comme la chaleur 
dans un endroit aride »? Mais c'est justement dans un lieu aride 
que la chaleur est le moins domptée! Enfin, il ne faut pas perdre 
de vue que les d" , r^:> étaient comparés dans le verset précédent à 
l'averse : Tp tnta. Est-il alors vraisemblable que le prophète ait 
oublié cette figure pour dire que le chant de triomphe des tTSTHy 
sera étouffé comme la chaleur par les nuages? 

Toutes ces difficultés disparaissent si nous rattachons ^5dn 
aux mots suivants et tout le verset 5 au verset précédent. Alors, 
nous aurons deux images d'un parallélisme parfait. Dieu est pour 
le pauvre un refuge contre la tempête, un abri ombragé contre la 
chaleur (comme dans ch. iv, v. 6) : 

mfift bz d'ntTa non?: ...rwi ^ 

Et le prophète ajoute en expliquant ces images : 

T*p ontd tram* rm *5 
Û^T iiwr> i^xa anrû 

Mais Dieu sauve le pauvre de l'un et de l'autre : 

a? b^a mn :^an 

Isaïe, ch. xxv, v. 2. 
Le même chapitre xxv contient le passage suivant (v. 2) : 

Le mot "W3 ne donne pas ici un sens satisfaisant ; on s'attend 
plutôt à une expression indiquant l'idée de ruine et formant un 
parallèle avec b^ et nbDtt. Je propose donc le mot v», qui se 
trouve justement avec ttbûtt dans Isaïe, xvn, v. 1. L'erreur du 
copiste s'explique parle mot *rwa, qui se trouve dans le même 
verset. 



NOTES ET MÉLANGES 279 



Isaïe, en. xxx, v. 17. 

loisn TOttn msu iiptt "imn mya ^stf ihn tpa 

Pour rendre le verset plus clair, quelques interprètes (Gese- 
nius, etc.) ont voulu ajouter ttMl devant iDisn, par comparaison 
avec Deutér., xxxn, 30. Mais là ce sont deux qui font fuir dix 
raille ; il est donc invraisemblable que le prophète ait affaibli 
l'effet de Deutér., en supposant cinq persécuteurs pour dix mille 
hommes. En outre, comme ^Dto devrait être précédé d'une con- 
jonction, nous en concluons que c'est devant ce mot qn'il y a une 
lacune. Le mot qui manque est, à mon avis, nm dont l'omission 
s'explique par le mot ina qui le précède. La conjecture in^ OTOl, 
à laquelle je pensais un moment, l'expliquerait encore mieux, 
mais les trois irm présenteraient une cacophonie que l'on ne peut 
pas supposer chez notre prophète. Je préfère, par conséquent, la 
conjecture : 

iDisn î-mîttn rvw ^be wi 

Paris, le 13 novembre 1895. 

Ignace Lederer. 



LE MOT DV SUIYI DES NOMBRES ORDINAUX 



L'absence de l'article devant le substantif dans 'wn dv, ù"n 
*3*âttft, a frappé les grammairiens et les exégètes; on y a vu une 
dérogation à la règle de l'accord du substantif et de l'adjectif, et 
on en a rapproché l'habitude qu'a la langue talmudique de sup- 
primer l'article dans des expressions comme •pttJ&nr: tria. Certains 
ont voulu même conclure de cette irrégularité que les passages où 
elle se rencontre sont relativement modernes. Mais cette conclu- 
sion ne serait justifiée que si nous trouvions ailleurs ^Wn dvii, 
?yavft ùvn. Or, la Bible ne nous en fournit pas d'exemple. Il est 
curieux, en effet, de constater que l'article est absent partout où il 
se serait montré sous forme de consonne, et ne paraît que là où il 
se réduit à une voyelle. Ainsi, le texte masorétique porte ïm 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rçpVttil (Lév., ix, 6); TOtth dv (Gen., i, 31); wa«n dT (i&tà., n, 3; 
Ex., xn, 15; xx, 10; Deut., v, 14), et ^tturr dviï (Lév., xxm, 7); 
mais plus de cent fois di^n avec un nombre ordinal (Gen., n, 2, 
etc. ; Exode, n, 13, etc.; Lév., vu, 17, etc.; Nomb., vi, 9, etc.; 
Deut., xvi, 8; Josué, vi, 4, etc.; Juges, xiv, 15, etc.; I Samuel, 
xxx, 1 ; II Sam., xn, 18; I Rois, vin, 66, etc. ; II Roîs, xx, 5 et 8; 
Jér., xli, 4; Ez., xliii, 22, etc.; Osée, vi, 2; Esther, i, 10, etc.; 
Esd., vin, 33; Néh., vm, 13, 18; II Ghr., vu, 9, etc.) et une fois 
rç^biDrt dvb (Ex., xix, 11). Il est regrettable qu'en regard de tous 
ces passages, ceux où dv se trouve sans la préposition a ou b 
soient si peu nombreux; mais ils suffisent à établir la règle que 
nous venons de donner. Môme avec 'puîN'tn on rencontre dra 
(Ex., xn, 15), mais dv? (Ex., xu, 15, 16; Lév., xxm, 7, etc.; 
Nomb., vu, 12, etc.; Deut., xvi, 4; Juges, xx, 22). C'est seulement 
dans Néhémie, vin, 10, et Dan., x, 12, qu'on trouve •ptfj&rti dv>!n. 
S'il y a donc une conclusion à tirer de l'examen des textes, c'est 
que la tendance postérieure était de mettre l'article avec le mot dv, 
et on comprend alors que les Masorètes, ou la tradition qu'ils 
représentent, aient mis l'article partout où ils pouvaient le faire 
sans altérer le texte consonantique. Il est impossible d'admettre 
que la règle primitive ait été de mettre l'article avec d et b et de le 
supprimer partout ailleurs. 11 est plus vraisemblable que l'on pro- 
nonçait anciennement ^rnain ovo, ^biûrt d'pb. 

11 reste à expliquer pourquoi le mot dv> n'a pas l'article devant 
les nombres ordinaux. L'anomalie n'en est pas une, si l'on admet 
que dï 1 n'est pas à l'état absolu, mais à l'état construit. On disait en 
hébreu : le jour du premier, le jour du deuxième, etc. Il est 
probable que tout au début on a dit : fTOKltt dvtt ^ïttJii d"Pî-r, etc. ; 
puis on a supprimé dvîi et l'on a employé substantivement les mots 
•pwrt ,rnin. Plus tard on a repris le mot dT et on l'a mis à l'état 
construit avec les nombres ordinaux indiquant les jours, parce 
qu'ils étaient devenus des substantifs. En tout dernier lieu on a 
oublié que dv était à l'état construit, et, partout où cela était pos- 
sible, on a rétabli l'article. 

En arabe, les mots fcwbN itx-i et ïr-iSsba 1&H présentent un cas 
analogue à celui de notre mot. On a d'abord dit a^iba "wba et 
rnS&ôa i&nba, puis aosibà et rnbNba, qui sont employés couram- 
ment sans le mot i&n, et, enfin, on a replacé le mot i&n à l'état 
construit devant ces deux mots. 

Une autre expression où l'on a méconnu l'état construit est ïûm 
Srffl. Raschi déjà fait observer que i"ptt a ici le sens de nvr; « vita- 
lité ». ï-pfi iûbs répond à dm nttti» et à mm mi (Ez., i, 20 ; x, 17), 



NOTES ET MÉLANGES 281 

bien qu'avec une acception un peu différente. Le mot frn est, 
d'ailleurs, employé comme substantif dans Is., lvii, 10; Psaumes, 
i.xxviii, 50; cxliii, 3; Job, xxxm, 18,22, 28. Donc, ïrfitt ujb5 
(Gen., i,22; ix, 10; Lév., xi, 10, 46) est très correct. 



Mayer Lambert. 



'OAOfc'EPNHS, 'OPO<î>'EPNH2, 'APTAfc'EPJNHS 



Le nom du prétendu général de Nabukodonosor qui finit si tra- 
giquement devant Béthulie a déjà été l'objet de plusieurs éty- 
mologies. On y a généralement reconnu un nom d'origine ira- 
nienne. Toutefois Grotius voyait dans ce mot rcwnDbïi, « lictor 
serpentis ». 

Le second élément a été identifié depuis longtemps avec le perse 
farna « gloire », qui se trouve dans les noms propres 'Ivta<pépvr|ç 
= Vinda-farna « qui a obtenu la gloire », 'ApxacpépvTiç = *Arta- 
farna « qui a une gloire excellente », Aaxa<pépv-riç, Ti<r<Ta<pépv7jç, etc. 
La farna est la tu^tj, et surtout la xu/y} fiaaiXécoç de Strabon. Pour 
expliquer le second élément, on a admis que "OXocpepvrçç était la cor- 
ruption (?) du nom d'un roi de Gappadoce 'Opoçépvïjç, qui vivait du 
temps d'Alexandre le Grand (Pott, Z. D. M. G., 1859). Du fait que 
ces deux noms se ressemblent il ne s'en suit pas absolument qu'ils 
soient identiques. De plus, le nom du roi de Cappadoce varie entre 
'Opo^pépvïjç, 'Oppo^épviqç, et aussi 'OXo^spvvjç, tandis qu'il n'y a qu'une 
forme du nom biblique. Ceci posé, je crois que la forme perse de 
ce nom est *Arta-farna, c'est-à-dire qu'il est un doublet de 

Apracpépvirjç. 

En effet, le groupe perse — rt — devient en persan. — ni — 
etl. 

Exemples P. arta-van « juste », pehlvi atilav 
P. arti « justice », pehlvi ahl. 

On remarquera que ces deux exemples sont empruntés au mot 
arta lui-même. On en pourrait citer bien d'autres : partava, nom 
des Parthes, pehlvi : pahlav. 

Il s'ensuit que la forme hébraïque du nom devait être *pDbna. 

Ceci ne peut être vrai que si, à l'époque à laquelle a été composé 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le livre de Judith, les changements phonétiques qui ont fait du 
perse le persan moderne, étaient déjà accomplis. On peut trouver 
des exemples prouvant que dans les premières années du premier 
siècle de l'ère chrétienne et au moins dans la première moitié de 
ce siècle, des formes aussi altérées que ahl pour Arta étaient pos- 
sibles : on trouve, en effet, dans Gtésias le nom propre E^evSaBaTYiç, 
Zend Spentô-data, avec le changement du t en d qui caracté- 
rise le passage du perse au persan moderne. *Tigri, Zend Tighri, 
flèche et nom d'une divinité, était déjà devenu Tir, qui est la 
forme persane du temps d'Alexandre, dans Tiridate = *Tigri- 
data, créé par le Dieu Tîr, à côté de Tigrane, qui conserva long- 
temps encore la forme antique. On connaît déjà un Tiridate 248 
ans avant l'ère chrétienne (Drouin, La Numismatique ara- 
méenne, extrait du Journal asiatique, p. 7). 'PoooyuvTj, celle qui 
a le teint d'une rose, *varta (prouvé par le pehlvi vartâ et le 
persan gui et par l'emprunt arabe wa rd l ) gona, 141 av. J.-G. 

Dès que l'on franchit l'ère chrétienne, on voit les formes mo- 
dernes se multiplier et les formes anciennes s'éteindre. 

La Perse Vindafarna, 'IvraçpÉpvr,?, devient Gondopharès, pre- 
mière moitié du premier siècle. 

*Mitra-data, créé par Mitra, devient Meherdates, en l'an 50 
(Tacite). 

Enfin, toute la numismatique des Indo-Parthes , qui avaient 
adopté le panthéon iranien, montre que, dans les commencements 
du premier siècle, les formes modernes du Persan avaient évincé 
les anciennes. 

Mitra, Zend Mithra, devient MIOPO, MIIPO, etc., ce qui est 
déjà le persan mihir, forme plus moderne que le pehlvi em- 
ployé aujourd'hui encore, mitro. 

Aurvat-aspa « qui a des chevaux rapides », épithète du soleil, 
APOOACIIO. Pehl.-pers., Lohrâsp. 

Zend Vâta, dieu du vent, OAAO, pers. bâd. 

Zend Verelhraghna, dieu de ia victoire, OPAArNO. 

Ces exemples sont tirés de Marc Aurèle Stein, Zoroaslrian 
deitîes and Indo-Scythian Coins. 

Or l'Indo-Scythien Huvishka règne en 78, et c'est sous son 
règne qu'apparaissent les légendes monétaires en langue ira- 
nienne. Ses prédécesseurs employaient uniquement la langue 
grecque. Il est à présumer que ces formes avaient cours déjà de- 
puis longtemps avant de venir servir de légende à des pièces de 
monnaie. 

1 Dans l'araméen juif, tarda ou vrada, rose, en syriaque vardâ, dans l'hébreu tal- 
mnù\({u6]verad. 



NOTES ET MÉLANGES 283 

Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que le grec ait transcrit 
'OXocpspvTjç ce qui devait être Ahlfarn, •psbinK. 

En effet, le grec ne possède pas l'aspirée h, qui se trouve dans 
le mot persan, en second lieu, dans beaucoup de transcriptions de 
mots étrangers, il remplace a par o. 

Ex. (ces exemples n'étant pris que dans les langues anciennes) : 
Zo>po(x<yTp7|ç, Zend Zaratliushtra-, QpoftàÇTiç, Perse a[h]ura mazda; 
'PoSoyuvr,, Perse *varta-gona ; rtopapàv^ç, Pehlvi Varahran. 

Il reste à savoir si la date de la composition du livre de Judith 
permet de descendre jusqu'au milieu du second siècle avant l'ère 
chrétienne. Ce dernier point regarde les exégètes de l'Ancien Tes- 
tament, les divergences d'opinion des savants qui ont étudié ce 
livre ne permettent pas à un profane de prendre parti dans un 
débat qui lui est étranger. Peut-être cette discussion toute philo- 
logique fournira-t-elle, si elle est exacte, une donnée pour la date 
de la rédaction du livre de Judith, 

E. Blochet. 



QUELQUES MOTS SUR LE YOSIPPON 



Mon savant ami M. Chwolson, qui s'occupe en ce moment de 
préparer pour l'impression la version arabe du Yosippon, a bien 
voulu me signaler un article important de M. Conrad Trieber, 
publié, en 1895, dans les Mémoires de la Société scientifique de 
Gœttingue, sous le titre de : Zar KritiU des Gorionides. M. Trie- 
ber arrive à des conclusions très plausibles sur les sources de 
l'ouvrage hébreu et de l'historien Josèphe. 

Ayant la bonne fortune de posséder un exemplaire de la raris- 
sime editio princeps du Yosippon *, j'en profite pour soumettre 
au public quelques doutes sur des points de détail, qui ne dimi- 
nuent, d'ailleurs, en rien la valeur des recherches de M. Trieber. 

A la p. 381, il avance que M. Steinschneider n'a jamais vu 
l'impression de Mantoue, et croit pouvoir l'inférer d'un passage 
des Hebraïsche Ueberselz. d. Mlttelalters (1893). Or le doyen 

1 Sur l'avis de M. Chwolson, je vais la faire réimprimer à cause de son impor- 
tance pour l'histoire mystérieuse de ce livre d'histoire, qui, avec sa physionomie 
singulière et les problèmes de filiation littéraire et de culture scientifique qu'il sou- 
lève, nous réserve encore bien des surprises. 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des bibliographes juifs dit seulement (l. c, p. 8D8, note 283) : 
« llochst selten, mir unzugiinglich », ce qui est bien différent: il 
ne lui a pas été loisible de procéder à une collation au moment où 
il rédigeait ses notes sur le Yosippon, mais il a bel et bien eu le 
livre entre les mains, comme le prouve sa description minutieuse 
dans le Catalogue des imprimés hébreux de la Bodléienne (col. 
1549-1550) avec la mention expresse : « Exstat vero expl. Bodl. ». 
Il avait alors déjà compulsé (ibid., 1550) un second exemplaire 
au Musée Britannique (Cat. of the hebr. boohs of the libr. of 
the Brit, Mus., par Zedner, 1867, p. 344), qui commence par ce 
préambule rimé : 

•jvb^H tn ban ù^s 

préambule qui, ainsi que le mot initial de l'ouvrage tttK, est tracé 
à la main et manque à la Bodléienne. On sait que les incunables, 
fidèles à la tradition, laissaient un champ libre aux enlumineurs 
en leur abandonnant les titres des ouvrages et le commencement 
des chapitres ; souvent l'artiste a fait défaut, et le livre est resté 
inachevé ; d'autres fois, on s'est contenté d'écrire purement et 
simplement ce qui devait être peint; dans certains cas, l'impri- 
meur guidait la main du coloriste en plaçant dans un coin une 
minuscule destinée à être transformée en une brillante majuscule. 
J'ai dans ma bibliothèque un De mulieribus Claris de Boccace, 
imprimé vers 1475 d'après la quatrième manière ; la première est 
celle, entre autres, de la Bible Mazarine; la deuxième est repré- 
sentée, dans notre cas, par l'exemplaire du 'pS'OT qui se trouve à 
la Bodléienne ; la troisième, enfin, est commune à celui du Musée 
Britannique et aux trois qui ont appartenu à Rossi. Celui-ci dit, 
à la p. 116 de ses Annales Hebraeo-Typographicae Saec. XV t 
imprimées à Parme en 1755 : « Quse antiqua manu luculentisque 
majoribus litteris formas germanicse in meis omnibus exempla- 
ribus suppleta sunt in amplo spatio; quod ob id reliquerat typo- 
graphus, prsemisso minoribus litteris, quas Conationas impressas 
perfectissime imitantur, vocabulo 'pD'W Josiffon. » 

Telle est aussi la particularité de mon exemplaire et de celui du 
séminaire israélite de Breslau ; celui de la Bibliothèque nationale 
de Paris étant incomplet *, on ne saurait rien en dire. Le mien 
offre encore les marques distinctives suivantes : 

1 II provient du fonds de la Sorbonne; v. Zotenberg, Cat,, n° 1308. — La col- 
lection Merzbacher, dont feu N.-R. Rabbinowitz a dressé le catalogue, contient 
aussi un Conat. Il manque une feuille à l'intérieur de celui de Breslau. Il en existe 
aussi un exemplaire à la Bibliothèque de l'Alliance israélite à Paris. 



NOTES ET MELANGES 285 

1. Un acte de possession au-dessous de la colonne droite du 
titre, en caractères cursifs italiens, de la même main qui a procédé 
à la pagination complète du livre : 

• Iran baom fo-) nnrrn mn wi» tds) nnïTnfcs b^ nsoïi ï-ît 

2. Immédiatement au-dessous, comme tracée de la pointe d'une 
plume d'oie retournée, pour ne pas détériorer le volume, une 
signature autographe dudit possesseur : "jïii birmb, et qui montre 
que la première notice émane de la personne qui lui a cédé le livre. 

3. Sous la partie gauche du titre, une inscription assez longue, 
qui continue sur la marge le long de la deuxième colonne du 
texte : 

i» ligne. S "^TO ^ N "'ïHfcfc *P) NN"ba ù^O">3 WlM btPW bttî nSDÏl ITIT 
( 'jrDn ('a lecture de ce dernier mot n'est pas certaine). 

2- ligne, i y-an bww nnrf'itta dbuin ùsnn bu5 û"nsoa ^nNstM 

[Û]N3 

(û^'nba *p* usai =) «"ji Ni"ip3N 

ÛÏTiaN (après le N vient dans l'original le sigle d'Abraham), 

en caractères cursifs italiens, d'une encre pâlie par le temps, de 
la main du frère de Yehiel,sauf la première ligne, qui est peut-être 
de la main de Yehiel; il semble qu'outre l'humidité qui a rongé 
les bords de certains feuillets et, s'étant épanchée sur tout le 
volume, a couvert de sa patine surtout la première et la dernière 
page, l'homme s'est attaqué à la première ligne de cette inscrip- 
tion afin de certifier le passage du livre d'une branche de la fa- 
mille à l'autre. 

4. Çà et là, quelques gloses, qui prouvent qu'Abraham, le di- 
recteur de l'Académie d'Ancône, a étudié le Yosippon avec zèle. 

5. La reliure en parchemin, collée sur du carton, nous a con- 
servé une mirù très belle, ornée de colonnes et de rinceaux, 
surmontée d'un écusson qui représente un lion rampant lampas- 
sant parti de l'un en l'autre, et datée du 29 Heschvan 5387 de 
l'ère de la création — 1559 de la destruction du second temple ; 
la jeune mariée était dAncône, le fiancé venait de l'Aquila 
(aVnpabfc). 

6. La bande de parchemin qui sert à retenir ensemble les 
feuilles du livre sous le dos de la couverture est un fragment 
d'un document latin en belles onciales, d'un siècle antérieur. 

7. Le f. 136, que Rossi déclare d'ailleurs être blanc, n'existe pas 
dans mon exemplaire, qui donne le texte complet ; mais comment 
expliquer le nombre 168 qui figure dans la description succincte 



HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de celui du Musée Britannique? 32 feuillets de garde seraient 
excessifs ' ; chez moi, deux ont été ajoutés lors de la reliure. 

8. A l'intérieur du volume, j'ai trouvé pliée en deux une 
feuille tronquée, portant les signes caractéristiques d'un incu- 
nable ; j'ai réussi à l'identifier avec le f° 19 du In tertium, librum 
Sentent iarum Optes de Duns Scot, Venise, 1477, cité par Paul 
Marais à la p. 100 de son Catalogne des Incunables de la Biblio- 
thèque Mazarine. 

La leçon Dn&ôp"û pour Nicolas Damas, que M. Trieber donne à la 
p. 386, est sans doute un lapsus, car l'édition Gonat porte oiNbptt, 
ce qui est simplement une faute d'impression, vu que plus loin on 
lit Di»Vip"0 orthographié tout à fait correctement. Dès les premières 
pages, du reste, Yeditio princeps fourmille de noms propres ren- 
dus fautivement, soit par la négligence de l'ouvrier typographe, 
soit à cause de sa trop grande servilité au modèle manuscrit qu'il 
avait sous les yeux : ainsi, D"i5p-iD pour oipns ^ym p. pTû. 

Le jugement porté à la p. 390 : « Aus Panodoros ist auch wohl 
das einzige nach der Weltàra angegebene Iahr 4470 ùbernommen, 
welches fur die Cleopatra angegeben und durch 01. 1845(44/1) er- 
klârt wird. So viel Worte, so viel Fehler. Mit Sicherheit ist nur 
das funftausendste Iahr herzustellen, aber auch mit 5470 ist nichts 
anzufangen ; ein jeder iEnderungsversuch erscheint aber ge- 
wagt », est sujet à caution. Si l'on considère que, dans l'écriture 
que représentent les types de l'impression de Mantoue, le l et le t 
se confondent aisément, on corrigera 01. 184 en 01. 187 = 32/29, 
ce qui est rigoureusement exact. Le millénaire est faux, cela n'est 
pas douteux : la barre de gauche du rj a pu être imperceptible 
dans l'original; mais la date 5470 est juste, si l'on s'en tient à l'ère 
mondaine d'Alexandrie, qui place la naissance de J.-G. à l'an 
5500 de la création ; l'emploi de l'ère d'Antioche, attribuée à 
Panodore, nous dérouterait complètement. Si l'on tient compte 
des trois ans qui, jusqu'en 284 de l'ère vulgaire, distinguaient de 
la date assignée communément à la naissance de J.-G. celle à la- 
quelle s'attachaient les Alexandrins, on en conclura que l'an 5470 
correspond en partie au commencement de l'Ol. 187. 

M. Trieber en citant un texte assez long, le coupe ainsi à la 
p. 385 : ' 

'■un wtti bs> ^bn TiawbN *o 
ce qui l'induit à faire la réflexion (p. 392) : « Darauf aber beginnt 

1 Faudrait-il lire 138? 



iNOTES ET MÉLANGES 287 

der neue Satz plôtzlich mit dem Siège Alexanders des Grossen 
. . . Wft b? "jbï-ï "ï-rtDDbtf ^. » Rien, ni dans la disposition typogra- 
phique des mots dans l'édition de Mantoue, ni surtout dans les 
usages de la langue hébraïque, ne permet de scinder ainsi un 
passage parfaitement limpide. Le point doit être placé après le 
nom de Césarée, et les mots rrb^b "rtnrûun annoncent la fin de la 
digression et régissent la proposition suivante. 

La prononciation iznD">un:\ n'a pas une origine arabe, comme on 
le suppose à la p. 393, mais s'accorde avec la prononciation ita- 
lienne : Giuseppe 1 . Le •© représente le son s dans les langues 
romanes, comme en font foi toutes les transcriptions ; et l'on a 
tort d'affirmer à la page 399 que l'influence de l'arabe se fait 
sentir en cette occurrence; bien au contraire, le sin est constam- 
ment rendu par un o. Le renvoi au mot UTDTii: est peu exact ; 
Veditio princeps met côte à côte : ttimn et DirriB, — la dernière 
forme est plus moderne et représente un certain affaiblissement 
de la valeur des sons orientaux dans la bouche des Juifs en pays 
chrétien, surtout dans le Nord. 

M. Trieber dit encore : « bas &m brm ; in dem darauf folgen- 
den ^a *jn scheint der Daich oder Iaik (Ural) enthalten zu sein. » 
Le second *]K commence la phrase suivante : « Mais les Hon- 
grois, etc. » ; quant au premier, qui se trouve à la fin de la 
ligne, cela a dû être un mot de garde qui a été admis dans le 
texte 2 . 

J'ignore les raisons qui ont poussé l'auteur à soutenir que les 
Alpes s'appellent « Dscliuz » en arabe et que ce « Dschuz » est 
identique à m\ Ce dernier, qui se trouvait sur le passage des 
Lombards lors de leur descente en Italie, pourrait bien être le 
mont Jauf, qui surplombe la vallée de la Passer, affluent de 
l'Adige, et qui est, dans la bouche des Tyroliens, l'équivalent de 
ce qui en français sonnerait « le mont Jove », en réminiscence 
de Jupiter. Quant à narrait), j'oserais proposer de le lire 'lErmiB 
et de le rapprocher des Sudetae Montes de la géographie de 
Ptolémée. 

Ne faut-il pas dans le rapprochement des riverains de la Loire 
avec les ns*n 15a, reconnaître l'assonance de ns-n et de ripa ? 



1 Ce qu'a déjà relevé Zunz. 

2 Très fréquemment uu mot se trouve presque entièrement sur une ligne, mais 
il suftit qu'une seule de ses lettres n'y ait pas trouvé place pour motiver l'impres- 
sion totale du mot à la ligne suivante; je ne crois pas que nous ayons affaire ici 
à uu cas semblable, car ^r&î est à son aise dans l'espace laissé libre à la suite de 
bzûN, seulement il n'y a pas d'intervalle entre les deux. La traduction arabe dit : 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

A la p. 400, on lira, non pas : û^aiavin ûïi bain, mais bien : 
(paÙTtt ûi-na bain dïi bain ; c'est une vétille, toutefois les détails 
les plus futiles ont leur importance dans des recherches de cette 
nature. 

Saint-Pétersbourg, 14/26 décembre 1895. 

David de Gunzbourg. 



UN QUATRIÈME OUVRAGE DE JUDA HAYYOUDJ 



On sait que le véritable fondateur de la grammaire hébraïque, 
Juda Hayyoudj, a composé quatre ouvrages, dont trois ont été 
publiés, en partie, dans l'original arabe, et, en entier, dans deux 
traductions hébraïques. Sur le quatrième, on n'avait que des ren- 
seignements incertains avant la découverte que j'ai faite d'une 
notice qui le concerne dans Tanhoum de Jérusalem. J'ai commu- 
niqué cette notice à M. Israelsohn, qui en a parlé dans cette 
Revue i . Le texte en est ainsi conçu : 

ip r^n-OT bttîiN "HbN baobabs spfcn aaro tin qrobN a&*nai 
Lta«b3] fcaNtta ^b* ir-rcab •pbhttb» r-ifim a^nan 'pbba. tpnn aana 

.biaa bia yiittb&n "laaaaba 

« Le Kitab an-Natf (livre de l'épilation, en hébreu nmpïi naa) 
est un livre qui explique, au point de vue grammatical, le mot qui 
manque dans le Kitab Hourouf al-Lein et dans le Kitab Dhouat 
at-Matlein, parce qu'il suit l'ordre des livres saints et des textes. » 

Or, je viens de trouver, dans les mss. de la Bibliothèque impé- 
riale publique de Saint-Pétersbourg, quatre pages 2 du milieu d'un 
commentaire grammatical des Rois qui appartiennent au Kitab 
an-Natf. Entre autres preuves qui m'ont déterminé à rendre à 
cet ouvrage ce fragment, je citerai la suivante, qui, je l'espère, 
ne laissera aucun doute. Au mot bnm (i Rois, xvm, 2*7), notre 
commentaire dit : 

[att&o] N»m bnrp bnrj îïbipnbN FwabN ï» t|T.2EbwN iib^N ^b* 
nrnra *7pi o&opbN \9 j-ond ">a nbnn ia ibnïin lûnssa bnïia ta» 

.•pbba tjTin Bpban m* ■* ^bi 

1 Hevue, t. XIX, p. 306. Voir aussi Stud. u. Mittheilungen, V, p. 36, note 3. 
* Papier oriental, un peu endommagé, écriture très ancienne. 



NOTES ET MELANGES 289 

« [Le mot est ponctué] selon la règle connue, comme étant de la 
forme grave ('raaîn "psa) bnir 1 bnn. Quant à bnro (Job, xm, 9) et 
nbrrt (Juges, xvi, 10), ils font exception à l'analogie. Je les ai 
expliqués déjà dans l'introduction à l'ouvrage Hourouf al- 
Lein. » 

Qu'on se reporte, en effet, aux traductions hébraïques de ce 
livre par Ibn Ezra (éd. Dukes, p. 28-29) et par Ibn Gikatilla (éd. 
Nutt, p. 13), et l'on sera assuré du bien fondé de cette identifi- 
cation. 

J'espère donner bientôt de plus amples détails sur cette décou- 
verte. 

A. Harkavy. 



UN PBA6MENT DU LIVRE DES MASCULINS ET FÉMININS 

DE MOÏSE IBN GIKATILLA 

Je viens également de trouver un fragment de quatre feuillets du 
rn:Nnb&o Tannba aaro 1 de Moïse ibn Gikatilla, à qui M. Poz- 
nanski vient de consacrer une si savante monographie. 

Voici deux passages de ce fragment : 

1° Sur le mot nsan : H1212 *mi mavjtt man wînb» *by rry^â 

bntt nbari» ab i-man r-nnso nabin û^Nn rjD-iirn73 ivr> fnan 

, 8 ^a nsb&ô \n bip a^bi »pnbno»b» aamr ^bna bap ttanab 

2° Sur rrenn : ia«b -na* anpapnuJN ...fcnab riâabb» ï-riii man 
•Isa «»bs rp"v»a î-n»m tiâyi o-w n&»:>E i-ib» ©i p Nttimpn*K 

Le fragment s'arrête là. 

L'opinion d'Ibn Gikatilla sur le mot îriznn est souvent citée. 
(Voir Poznanski, p. 100, 116 et 144.) 

A. Harkavy. 



1 Abraham ibn Ezra l'appelle mapaïTl tP*Dïlrt '0. 

' Ibn Djanah. 

* Samuel ben Nagdela. 

T. XXXI, n° 62. 1» 



290 IIKVUE DES ÉTUDES JUIVES 



NOTE SUR UN DOCUMENT DU XIV e SIECLE 



Le document que nous publions ci-après est une obligation en 
date du 4 novembre 1398, par laquelle Jean Astanova d'Aimar- 
gues, diocèse de Nîmes, déclare avoir reçu, à titre de prêt, de 
Vivellas Astruc Nassi, juif d'Avignon, la somme de trois écus 
d'or. L'original, qui nous a'été gracieusement communiqué par 
M. Bondurand, archiviste du département du Gard, appartient 
aux archives d'Aimargues, canton de Vauvert, Gard. Il a d'abord 
cet intérêt historique qu'il nous montre que les Juifs expulsés du 
Languedoc qui se sont réfugiés dans les Etats du Pape n'ont pas 
craint, moins d'un siècle après leur exil, de repasser le Rhône 
pour renouer leurs relations commerciales avec les habitants de 
la rive droite de ce fleuve, si jamais ces relations ont été aban- 
données. Il offre ensuite cette particularité qu'au dos de l'obliga- 
tion se trouvent les deux lignes suivantes qui nous présentent un 
spécimen assez rare de la cursive de l'écriture hébraïque proven- 
çale du quatorzième siècle, en même temps qu'un document épi- 
graphique difficile à déchiffrer. 



Iju ' >yïjë Vu) J?ïpjj^Z& '<£>£>?&& lPJM* 



M. Neubauer, à qui nous avons soumis ce texte et qui nous a 
conseillé de le publier, lit le premier mot de la première ligne 
■^[nJtoïï, ce qui ne nous paraît pas acceptable ; les deux mots 
suivants se lisent couramment «iu» pffWX Le cinquième mot 
fait snDKiD. Viennent ensuite i»m i»a ï-jt suivis des trois derniers 
mots bnv !-od t»bttî, qui sont pour nous une énigme. La seconde 
ligne présente une lecture plus facile. Nous la transcrivons fis 
tmart ■prartb mwa Jaiai fisbarr nara STmapTK. En somme, cette 
note nous parait signifier : Bonjac Nassi annule ceci devant 
ici, au mois d'octobre mil quatre cent selon l'ère chré- 
tienne. De plus compétents établiront certainement un texte plus 
clair, et peut-être y trouveront-ils des renseignements intéres- 
sants. 



NOTES ET MELANGES 291 

- 

Boniac 1 Nassi est cité dans Les Rabbins français {Histoire 
littéraire de la France, tome XXXI, page 657). Notre document 
nous apprend qu'il habitait Avignon et confirme qu'il vivait à 
la fin du xiv e siècle. Vivellas Astruc Nassi, le premier béné- 
ficiaire de l'obligation, était-il son père ou son frère? Il y a 
toujours, nous semble- t-il, un certain intérêt à connaître exac- 
tement par un document authentique l'époque et la ville où flo- 
rissait cette famille Nassi, qui paraît avoir été très importante. 

J. Simon. 



In nomine Domini. Amen. Anno a nativilate ejusdem millesimo tre- 
centesimo nonagesimo octavo, indiclione sexta et die quarta mensis 
novembris tenore hujus presentis publici instrumenti cunctis pateat 
evidenter quod in presentia mei notarii publici et testium infra 
scriptorum ad haec specialiter vocatorum et rogatorum, Johannes 
Astanova de Mayrarguis 2 Nemausensis diocesis, laborator, per se et 
suos heredes ac in posterum successores quoscumque, bona fide et 
sine dolo ac fraude aliqua, et absque omni exceptione et conditione 
tacita vel expressa confessus fuit in veritate et in sua certa scientia 
palam et publiée recognovit Vivellas Astruc Nassi Judeo Avinionis 
ibidem preesenti, stipulanti et recipienti pro se et suis heredibus et 
in posterum successoribus quibuscumque, se et eidem debere et ab 
eodem habuisse et realiter récépissé prout etiam habuit et realiter 
recepit, reali et continua numeratione, praesentibus me notario et 
testibus infra scriptis videlicet très scutos auri, boni auri et pon- 
deris, cunii domini francorum régis, et hoc ralione et ex causa veri, 
puri et amicabilis mutui per dictum judeum eidem Johanni facti, 
sic et taliter quod de eisdem fuit dictus Johannes contentus omnino 
et dictum Judeum ibidem prassentem et suos et omnia bona sua 

quittavit, liberavit penitus perpetuo et absolvit 

Suivent des formules de Droit Romain 

De quibus omnibus et singulis supradictis dictus Judeus creditor 
petiit sibi publicum et publica fieri instrumenta per me notarium 
publicum infra scriptum. Acta fuerunt hec Avinione in opera- 
torio sancti Pétri quod teneo ego notarius infra scriptus. Testes 
présentes interfuerunt Magister Franciscus Payrolerii , notarius , 
habitator Avinionis, Salvator Novelli, dicti loci de Mararguis \ dicte 
diocesis. 

Notarius Johannes Bessonis, Clericus, Viennencis diocesis, pu- 
blicus apostolica imperiali et civitatis Avinionensis auctoritatibus 
notarius. 



1 M. Neubauer suppose que Boniac est une abréviation pour Boa Isaac. 
» Forme fautive pour Armasauicis =a Aimarynes. 



2'J2 REVUE DES ETUDES JUIVES 



L'INSCRIPTION DE RIVA 1 



M. Isaïe Luzzatto, notaire à Padoue, m'a entretenu récemment 
d'une inscription énigmatique qu'on trouve au musée des inscrip- 
tions de Riva, dans le palais de justice. Celte inscription parais- 
sait illisible, sauf qu'on y pouvait discerner çà et là le mot p^ix 
et la date psb a""»© ran n"D Slfib. 

Je me souvins aussitôt qu'il s'agissait là de l'inscription publiée 
par M. Muller et dont M. le baron de Gunzbourg et moi avons 
traité ici môme. Je comparai encore une fois la photographie et 
je trouvai que les lettres n»n rt"D ressortent clairement, mainte- 
nant qu'on sait exactement à quoi s'en tenir. De môme, le U5 
de la date de l'année est certain, mais les lettres suivantes que 
M. Luzzatto lit :p ne sont pas sûres. 

Ce qui est hors de doute, c'est que nous sommes loin du 
xii e siècle et qu'il nous faut descendre jusqu'au xvi e , pour pouvoir 
rétablir le nom que célèbre cette épitaphe. 

A mon avis, on peut le rétablir. Le mahzor en parchemin qui 
appartenait autrefois à Michael de Hambourg et qui maintenant se 
trouve à la Bodléienne-, sous le n° 1097, porte, d'après le catalogue 
de M. Neubauer, p. 300, la signature de son propriétaire, Mes- 
choullam b. Mordochaï nttnp et celle de son frère Menahem, à qui 
un fils naquit le jeudi ï-pVtt ùlir 5343, donc en 1582. Nous com- 
prenons à présent le sens de ces mots : ùbTOo "i^ip mntt. Cela 
signifie indubitablement : Ci-gît Meschoullam de la maison de 
"tfcip. 

Fait-on bien de lire la suite ainsi : aVo ûVHïfc &* îvdt, ce qui 
signifierait : avec le mérite du peuple, uniquement composé des 
justes (cf. dVH£ tto *p3n, Is., lxii, 21)? Je ne sais; en tout cas, 
ces mots n'ont plus rien à faire avec la date. Bien plus, la date 
est séparée de ce qui précède par un trait, elle est annoncée par 
mab et close par p"sb. C'est très probablement n"^, comme semble 
l'indiquer la photographie, ou :ptt), c'est-à-dire 1552 ou 1553. 

Nous savons d'une manière certaine que la pierre vient de 
Riva même et qu'elle n'y a pas été transportée d'ailleurs. Nous 
savons aussi que Mordochaï nittp fut le possesseur du manuscrit 2 
de Ciouni, et les lettres du ms. Halberstam 390, f. 79 et 80, don- 

1 Voir îtetue, XVI, 269 et suiv. 

1 Catalogue des manuscrits hébreux, ïrabttî n^ïlp, par Halberstam, p. 141. 



NOTES ET MÉLANGES 293 

nent la date de 1564. Mordochaï, qui était peut-être le père de 
notre Meschoullam, vivait encore à Riva en 1564. C'est une 
raison de plus pour rapporter l'inscription à la deuxième moitié 
du xvi e siècle. 

Le nom de ^ûfcnp correspond peut-être au nom de famille ita- 
lianisé de Caszeri, qui se rencontre encore aujourd'hui en Italie, 
par exemple à Vérone. A la fin du xvin* siècle, on trouve à 
Mantoue un certain Yekoutiel ben Isaac TSfcip, gérant de l'im- 
primerie du médecin Eliézer Salomon d'Italie. Ainsi, les mots 
suivants : V't *pnp pw Yroa barmpi ï-Dabtttt h$ nir5ï-r n» b* 
se trouvent à la fin de l'ouvrage Nain awn irm? -no (Mantoue, 
m7), de R. Menahem Azaria di Fano, et à la fin de rvna ipns, 
Traduzione degli eccellenti signori M. M. R. R. Simon Çalimani 
e Jacob Seraval. 

David Kaufmann. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES HOLLANDAISES 



On sait que la Hollande se distingua dans ces derniers siècles 
par sa tolérance religieuse à l'égard des Juifs. Tandis que les 
autres pays européens les traitaient avec une extrême rigueur ou 
les chassaient, elle les accueillit avec bienveillance et leur offrit 
un asile sûr. Les Juifs témoignèrent leur reconnaissance à la Hol- 
lande en contribuant à sa grandeur et à sa prospérité par leur 
activité, leur expérience des affaires et leur sincère dévouement. 
Du reste, M. Kœnen, dans sa Geschieienis der Joden in Ne- 
derland (Utrecht, 1843), expose longuement les services qu'ils 
ont rendus à leur patrie d'adoption. Nous ne nous proposons ici 
que de montrer brièvement l'activité des Juifs émigrés de la Hol- 
lande en Amérique, où ils formèrent déjà des colonies au commen- 
cement du xvn e siècle. Nous nous attacherons surtout à l'histoire 
des colonies juives dans les possessions hollandaises, parce que 
nous avons déjà publié un résumé de leur histoire dans les autres 
parties du Nouveau-Monde *. 

1 Voir S/ietches of Jetoisk loyally, bravery and patriotism in the South American 
colonies and the West Incites, dans l'ouvrage The American Jem as soldier, patriot 
and citizen, de M. Simon Wolf. Philadelphie, 1895, p. 443-484. 



2.V. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On trouve les premières traces de la présence de Juifs hollan- 
dais dans l'Amérique du Sud vers 1623 ou 1624, à l'époque de la 
conquête du Brésil par les Pays-Bas. Les Juifs de ce pays, qui 
entretenaient certainement des relations avec leurs coreligion- 
naires portugais déjà établis dans le Nouveau-Monde, s'enrôlèrent 
dans la ïlotte hollandaise quand elle mit à la voile pour s'emparer 
du Brésil. Gomme on accordait le passage libre aux volontaires, 
de nombreux Juifs en profitèrent sans doute pour aller tenter 
fortune dans l'autre hémisphère, sous la protection des lois libé- 
rales de la Hollande. On sait, d'ailleurs, que la conquête du 
Brésil fut facilitée aux généraux et amiraux hollandais par les 
renseignements politiques et militaires que leur fournirent les 
Juifs qui y vivaient alors sous l'autorité des Portugais l . 

Quelques années plus tard, en 1638, plusieurs groupes du Bré- 
sil, parmi lesquels se trouvaient certainement des Portugais, 
s'élevèrent vivement contre la politique libérale suivie à l'égard 
des Juifs; ils reprochèrent surtout aux autorités de laisser les 
Juifs pratiquer librement leur culte, Les protestations furent si 
violentes et si nombreuses que les autorités durent céder ; elles 
promulguèrent un décret interdisant le libre exercice du ju- 
daïsme 2 . Pourtant, le prince Jean-Maurice de Nassau ne cessa 
de traiter les Juifs du Brésil avec la plus grande bienveillance. 
Aussi, quand ils apprirent qu'il était décidé à donner sa démission 
de gouverneur, lui exprimèrent-ils leurs regrets dans une lettre 
datée de Mauritsstad, 1 er mai 1642, et lui offrirent-ils, s'il con- 
servait ses fonctions, une pension annuelle de 3,000 florins 3 . Ce 
dernier trait, en même temps qu'il montre leur attachement pour 
Maurice de Nassau, prouve aussi qu'ils jouissaient alors d'une 
large aisance. 

En 1642, 600 nouveaux émigrés juifs de Hollande vinrent re- 
joindre leurs coreligionnaires du Brésil, sous la direction d'Isaac 
Aboab et de Moïse Raphaël d'Aguilar 4 , leurs rabbins. Leur action 
se fit surtout sentir d'une façon efficace pendant la pénible pé- 
riode de la guerre de 1645 à 1654. Déjà en 1644, quand les Portu- 
gais conspiraient sans cesse contre les Hollandais, la loyauté des 
sujets juifs avait contribué à sauver la colonie. Les historiens 

1 Cf. G.-A. Kohut, Sketches; Pieter Marinus Netscher, Les Hollandais au Bré- 
sil au XVII e siècle, La Haye, 1853, p. 14. 

s Voir Netscher, l. c, p. 94; Daly, Seulement of the Jews in North America, 
2 e édition, New-York, 1893, p. 6 ; G.-A. Kohut, l. c. 

3 Netscher, l. c. ; Kohut, l. c. 

4 Voir mon article dans Publications of the American Jewish Historical Society^ 
n° 3 (1895), p. 103, 105, 137 et suiv. 



NOTES ET MÉLANGES 29b 

mentionnent particulièrement Moïse Accoignes comme ayant ré- 
véla aux autorités hollandaises l'existence d'un complot *. 

Quand les Portugais essayèrent, un peu plus tard, d'arracher 
par la force le Brésil à la Hollande, de nouveau les Juifs aidèrent 
à la défense de leur pays par leur argent, leurs conseils et leur 
courage militaire. M. Kayserling 2 nomme particulièrement le 
brésilien Abraham Goen, qui, pendant le siège de Récife, secourut 
tous les nécessiteux, sans distinction de croyance. Le rabbin 
Aboab encourageait par ses paroles enflammées les volontaires 
juifs qui exposaient bravement leur vie en combattant pour les 
Hollandais. Dans l'introduction de la « Porte du ciel », de Her- 
rera, qu'il traduisit en hébreu en 1655, et dans un ouvrage poé- 
tique plus ancien, il décrit les souffrances endurées par la garni- 
son juive de Récife. Son ouvrage est intitulé : mbsn : ^ ^Jf 
«im inbnp mn irm rua 'iib a-npb wn ittw nnam û^vm 
maVsîb nw wi Y'ns-i nais fcPTÎIM- Trima b&ttvjTO vma ûirb* 
ûirn'nN bs rp» ûma Tbtfcïia mmœm ta^r^a 'n ; il se trouve en 
ms. à Amsterdam. C'est le seul livre connu sur l'histoire des Juifs 
en Amérique 3 . En 1654, le Brésil fut définitivement perdu pour 
les Hollandais. Nos coreligionnaires, jusqu'alors en sécurité dans 
ce pays, durent émigrer. Aboab, Aguilar et beaucoup d'autres 
retournèrent à Amsterdam. 

Au moment où l'influence juive disparut du Brésil, elle se fit 
sentir dans la Guyane hollandaise. Un Juif brésilien, intelligent et 
énergique, David Nassi, obtint, en 1659, de la Compagnie des 
Indes occidentales, une charte autorisant les Juifs à s'établir et 
à négocier dans la Guyane française, notamment à Cayenne 4 . 
Quelques années plus tard, en 1665, une charte analogue fut 
octroyée aux Juifs de Surinam par le gouvernement anglais 5 . 
Dès 1660, un groupe de 152 Juifs, conduits par le plus grand poète 
sefardi du temps, Don Miguel Lévi de Barrios, se rendirent de 
Hollande à Cayenne G . L'âme de ce groupe était Samuel Nassi, 
appelé le « capitaine de la cité », qui devint très populaire et obtint, 



1 Voir G.-A. Kohut, Sketches, l. c. 

1 Dans Publications of the Amer. Jewish Hist. Society, n° 3, p. 15; cf. Kohut, 
ibid., I. c. 

3 Voir, pour d'autres informations sur le patriotisme des Juifs au siège de Récife et 
au Brésil, G.-A. Kohut, Sketches. 

4 Cette charte est imprimée dans la Geschiedenis de Kœnen, p. 460-466. 

1 Cf. G.-A. Kohut, dans Public, of the Amer. Jcw. Hist. Soc, n° 3, p. 104, 136- 
137, et dans The American Jetv de Wolf. 

6 Cf. Kayserling, Sephardim, 266; Public. Amer Jew. Hist. Soc, n° 3, p. 18; 
Kœnen, 283-284; Kohut, Sketches. 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

entre autres réformes, l'éloignement du gouverneur Scharp- 
huizen '. 

Quand les Français attaquèrent Surinam en 1689 et en 1*712, les 
Juifs les combattirent avec le plus grand courage; une fois même, 
ils se battirent le jour de sabbat 2 . Nous devons aussi rappeler 
leur bravoure dans la lutte contre l'insurrection des Marrons ou 
nègres fugitifs, qui furent une menace constante pour la colonie 
de Surinam de 1690 à 1T72. Du reste, nous avons déjà montré 
dans un autre travail 3 le courageux patriotisme dont ils firent 
preuve dans cette circonstance ; nous avons également déjà parlé 
ailleurs 4 de leur activité littéraire. 

Nous avons utilisé, pour cette étude, des matériaux disséminés 
dans des ouvrages imprimés et manuscrits. Gomme ces sources 
ne sont pas facilement accessibles, nous croyons utile d'en parler 
ici avec quelque détail : 

1° Nous mentionnerons d'abord un livre imprimé, qui n'est 
pas du tout connu. Il en existe un exemplaire à Rotterdam, et 
un autre à la bibliothèque du Columbia Collège, de New-York. 
Cet ouvrage contient un passage très intéressant sur les céré- 
monies qui eurent lieu à Surinam lors du centième anniversaire 
de la construction du temple. On trouve dans cette chronique 
des détails historiques et littéraires d' un certain intérêt. Voici le 
titre hollandais complet : 

Beschrijving van de Plechtigheden nevens de Lofdichlen en 
Gebeden, uitgesproken op net eerste Jubelfeest van de Syna- 
gogue der Portugeescfie Joodsche Gemeente, op de Savane in de 
Colonie Suriname, Genaamd Zegen en Vrede, Op den 12 den 
van Wynmaand des Jaars MDCCLXXXV (Amsterdam By Hen- 
drik Willem en Cornelis Dronsberg, Boekverkopers op den Dam). 
Le titre hébreu est ainsi énoncé : ûvnrpb \w^ rim^m 2^ ^3t 
bus nDjan ma ^îsnb ttaia nmz nab^a 'n b* d*nb5ïi -dsït ■rçab û:n 

nau ï*a tfn DIOniD K^^lpS Dl^l Î1513 wtvù v"P 
• •pian la^nb n 'i û"pa .nTn nsoa û-a-ina û3n .ïibwn ttn bip .nbnrn 
. (V'wpntt naia tn-iûtt5»Na os'ia) .pzb sim man ba mmps nvïrb natûa 
Cet opuscule comprend 47 pages petit in-4°, dont 38 en hollan- 
dais et 9 en hébreu 5 . 

1 Voir Kohut, l. e. 

s Cf. Kohut, l. c. ; Abraham Cahen, Revue, XV, 131. 

3 Sketches, ch. ni, iv et v. 

* Early Jewish Literature in America, dans Pull. Amer. Jew. Hist. Soc, n° 3, 
p. 125-131, 

5 Pour d'autres renseignements bibliographiques concernant cet ouvrage et 
ceux dont il est question dans les deux autres numéros, voir mon Early Jewish 
Literature, l, c. 



NOTES ET MÉLANGES 297 

2° Nous avons utilisé ensuite un ouvrage plus ancien. C'est un 
ms. unique qui prouve l'attachement des Juifs à la Hollande dans 
ses colonies américaines. Nous connaissons ce ms., qui appartient 
à la bibliothèque du Columbia Collège de New-York, grâce à 
l'obligeance de M. R.-J.-H. Gottheil. Voici son titre : 

Lofzang op den Bleyde Dag der Jnhuldiging van zyn Wele~ 
dele Geslrenge Den Ileere et M r Jan Gerhard Wichers, Gouver- 
neur Generaal over de Colonie van Suriname, Rivieren et 
districten van dien, miisgaders Collonel over de gezaament- 
lyke militle deezer Landen, etc., etc., etc. 

Zijnde daar by Versogt De Edele Achtbaare Heeren Raaden 
van Politie et Crimineele Justifie derzelver Colonie, etc., etc. 
in de Hoogd. Joodsche Sinagogue Neve Salom. Op den 2 Juny 
il 85 ten Syde van de Heeren Benjamin Jacobs, Machiel Jacob 
de Vries et Salomon Jacob Sanches. Regenten en gedeputeer- 
den der hoogduytsche Joodsche Natie te Suriname, Uyt gesproo- 
hen door Juda Machiel de Vries voorzanger der Voornoemde 
gemeente. Opgesteld door J. J. Rudelsom, 

Ce ms. contient 6 feuillets écrits en caractères de fantaisie, 
mais lisibles, en hollandais et en hébreu. La partie la plus remar- 
quable est le poème en l'honneur du gouverneur Wichers, qui est 
nommé dans les poèmes hollandais du :n '■or, p. 23-26 *. 

3° Enfin, nous avons pu nous servir d'un ms. de date relative- 
ment récente : 23 décembre 1822. Le titre est trop long pour être 
transcrit ici ; nous l'avons indiqué dans notre Early Jewish Lite- 
rature, l. c, p. 130-131. Le ms. comprend 10 feuillets d'une belle 
écriture, en hollandais et en hébreu ; par endroits, l'écriture est 
effacée. A la p. 5, il y a un acrostiche au nom de *ws yi hïTVUH'. 
Les prières diffèrent peu de celles de notre rituel. Tout le ms. est 
intéressant pour l'histoire de la littérature juive à Surinam. 

4° Nous citerons encore à titre de document V Essai historique 
sur la colonie de Surinam (Paramaribo, 1788 ; trad. hollandaise, 
Amsterdam, 1791), publié en 2 volumes, sur la demande de Dohm. 
Je reproduirai de cet ouvrage tout ce qui concerne les Juifs de la 
Guyane dans mon livre sur les Juifs de Surinam que je suis en 
train de compiler. Il en existe deux exemplaires, l'un au British 
Muséum et l'autre en la possession de M. Lucien Wolf, à 
Londres. 

New- York. 

Georges Alexander Kohut. 



1 Cf. mon article dans la Menorah de septembre 1895, t. XIX, n° 3, p. 149-152. 



BIBLIOGRAPHIE 



Landau (E.). Die gegensiniiigen Weerter im AH-unil Neuliebrrcischen 

Kprachvergleichend dargestellt. Berlin, Calvary, 1896; 236 p., in-8°. 

Les mots hébreux ayant deux significations opposées n'avaient été 
traités jusqu'ici qu'incidemment dans diverses Revues. M. E. Lan- 
dau a eu l'excellente idée de consacrer à ce sujet un ouvrage spé- 
cial, où il réunit tous les mots hébreux et néo hébreux présentant 
deux sens contraires, les classe et ajoute ses propres explications 
à celles qu'en ont données les écrivains antérieurs, notamment les 
exégètes juifs. Dans une savante introduction, M. L. expose les di- 
verses théories par lesquelles on a cherché à résoudre le problème 
de Yénantiosémie en général et montre que ce phénomène a des 
causes multiples, qui sont résumées ensuite brièvement (p. 29-30). 

Il est regrettable que M. Landau n'ait pas adopté pour son livre 
un plan conforme à l'énumération qu'il donne des facteurs de l'énan- 
tiosémie, et qu'il ait préféré une classification mi-philologique, mi- 
philosophique, qui déroute le lecteur. Les mots contraires sont 
groupés dans les dix catégories suivantes : I Homonymie avec ra- 
cines différentes. — II Privatifs. — III L'espace. — IV Le temps. — 
V Le mouvement. — VI Mots ambigus. — VII Réciprocité. — VIII 
Sentiments. — IX Tropes. — X Relation. Ce classement artificiel a 
pour conséquence de réunir des mots où l'énantiosémie est due à 
des causes distinctes, et de séparer des mots qui auraient dû être 
réunis, comme ceux qui rentrent dans la classe si importante de3 
vocables à signification moyenne. 

L'auteur n'a pas su non plus rester dans les strictes limites de son 
sujet et il a compris dans ses listes des mots qui ont une racine dif- 
férente comme înfiN et :r>tf, ou qui n'ont pas de significations réelle- 
ment opposées, comme iD"p, « prendre possession » et « déposséder ». 
Des articles entiers ne contiennent rien d'énantiosémique, comme 
W», unn 1 , etc. Par contre, on s'attendrait, d'après l'introduction, à 

1 Dans cet article (p. 122 omis dans l'index) M. L. attribue à Ibn Djanah une 
erreur que l'iUustre grammairien n'a pas commise. Ibn Djanab aurait dit que le 



BIBLIOGRAPHIE 299 

ce que les mots hébreux qui correspondent, dans d'autres langues 
sémitiques à des mots de sens contraire, fussent expliqués. Or, la 
plupart des mots cités pages 3-5 ne reparaissent plus dans le corps 
de l'ouvrage. 

Les significations des mots sont rangées souvent dans un ordre 
défectueux. Ainsi, M. L. donne à ba« (p. 52) les quatre sens sui- 
vants : a) sauver, b) souiller, c) racheter, d) acheter. Il est clair ce- 
pendant que sauver est une extension de racheter. 

Enfin, maints détails prêtent à la critique : M. L. prend pour 
certain que lorsqu'une racine simple en hébreu répond à deux ra- 
cines arabes, c'est l'hébreu qui a réuni des racines primitivement 
distinctes. Il est plus probable que c'est l'arabe qui a dédoublé des 
consonnes et a pu ainsi distinguer des nuances d'idée réunies dans 
l'hébreu. Quand on voit un mot comme làbrô devenir en éthio- 
pien Dbrô et en arabe nbn> on est obligé de reconnaître que le 
^ et le n proviennent d'un même son. Ce qui est vrai, c'est que des 
racines bilitères distinctes ont pu donner naissance à des racines tri- 
litères pareilles ! . Ce n'est pas à dire toutefois qu'il faille adopter la 
théorie de Leguest, citée (p. 24) et en partie approuvée par M. Landau, 
d'après laquelle les trilitères seraient formées de deux racines bili- 
tères combinées. 

M. L. ne semble tenir aucun compte de la règle que le D hébreu ré- 
pond à un sin arabe et non à un schin. Cette règle peut souffrir des 
exceptions, mais qui ne justifient pas les rapprochements, très dou- 
teux au point de vue du sens, de l'hébreu ^Dti et de l'arabe Tiân 
(p. 45), de bDO et de l'arabe bsrâ (p. 49). b^O et blDVO sont, en hébreu, 
deux racines distinctes. 

M. L. soutient (p. 51) avec raison que nr* dans V2$ 3î3>n $19 (Ex., 
XXIII, 5), de même que dans aiT^i Tist3>, a le sens de « fortifier, 
aider », comme l'indique le passage parallèle de Deut., xxir, 49. Mais 
ce même passage prouve aussi que 3î3> a le même sens dans nbim 
ib awe. A notre avis, au lieu de ïifinn "O, il faut lire ïtinn ab, par 
analogie avec les versets suivants et conformément au passage du 
Deutéronome. La conjonction "O provient de l'entraînement des ver- 
sets précédents. De la sorte on peut renoncer au jeu de mots que 
M. L. a vu dans le verset de l'Exode, et conserver à bin son véritable 
sens, qui est s'abstenir par impuissance, négligence ou mauvaise 
volonté, mais non pas par devoir. 

P. 46, M. L. cite comme curiosité l'opinion de Parhon que ïip3 si- 
gnifie « laver ». Cette opinion n'a rien d'extraordinaire et explique 
fort bien tous les sens de îipa, même celui d'exterminer. 

sens de néoménie pour lîîlh viendrait du sens de mois. M. L. n'a pas remarqué 
que les mots blfctbN "^yfcbN )72 ne se rapportent pas au nom UHh, mais au 
verbe "élTl, comme le montrent clairement les mots ïï^àbi* "J^O "^N. 

1 Dans un article qui doit paraître dans le recueil dédié à la mémoire de Kohut, 
et où nous essayons d'expliquer la formation des racines trilitères fortes, nous au- 
rons l'occasion d'examiner cette question. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les significations que M. L. donne à certains mots sont parfois sin- 
gulières : *P*Jintt (p. 83), a se convertir », voudrait dire en réalité 
perdre sa qualité d'étranger! — )$l (p. 01) est traduit « élancé ». — 
H£p (p. 102) signifierait « totalité », dans Gen., xlvii, 2. — 3>ntf) fiitptt 
ta^tt) (Ex., xxi, 2) est expliqué (p. 118) par « au commencement de la 
septième année ». — û^s (p. 100) signifierait « intérieur », parce que 
la face de la maison serait prise pour le tout et le tout pour Tinté- 
rieur ! . — -135 (p. 96) aurait aussi le sens de « ne pas reconnaître », 
parce que l'on ne distingue rien quand on commence à fixer un 
objet. — nN (p. 204) signifierait « de », dans nN N£\ Que pense M. L. 
de "•aiNaJF (Jér., x, 20) ? — 3>u5n (Ps., xxxix, 74) est donné (p. 42) comme 
venant de Wiû. Il n'y a cependant aucune nécessité de le séparer 
de 3Wi(Is., vr, 10). 

Malgré les superiluilés, les lacunes et les imperfections du livre de 
de M. L., cet ouvrage est un répertoire utile à consulter, surtout en 
en ce qui concerne la littérature des mots contraires. D'un autre 
côté, si les étymologies ne sont pas toutes irréprochables, la plu- 
part sont instructives et intéressantes (v. art. Tin, 35, ara, bin, 
NStttt, i-D&ô», obp, -D'à) % etc.). 

Mater Lambert. 



Strack (Prof. D r Hermann L.). Abris* des biblischen-aramœiscli Gram- 

matik, nach Haudschriften berichtigte Texte, "Wôrterbuch. Leipzig, Hinricks, 
1896 (32 + 48 p.). 



Cet ouvrage, dont l'auteur est bien connu par ses travaux relatifs 
à la Massora et au Talmud, est destiné à ceux qui, sans avoir fait 
une étude approfondie des langues sémitiques, ont quelque con- 
naissance de l'hébreu et veulent se mettre rapidement en état de 
comprendre l'araméen biblique. 

Le livre est divisé en trois parties : la grammaire, les textes, le 
lexique. Dans l'exposé grammatical, l'auteur a évité autant que pos- 
sible les développements théoriques, en se bornant pour la phoné- 
tique à indiquer les différences de l'araméen biblique avec l'hébreu, 
et à donner pour les noms et les prénoms les paradigmes indis- 
pensables. Par contre, la liste des verbes est tout à fait complète. 

1 EPS S) doit être probablement séparé de Û^E> et rapproché de l'arabe tfDD 

t enclos ». 

* Nous avons vu avec plaisir que nous nous sommes rencontré avec M. L. 
(p. 186) sur l'explication de ""DiU « nourriture », qui est l'abréviation de *"Dtf) 
^3»1 (▼. Berne, t. XXXI, p. 133). 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Si la forme est très concise, pour le fond on ne remarque aucune 
omission sérieuse, le lexique suppléant pour les particules à l'absence 
de chapitres spéciaux. Il est à peine utile de dire que M. Strack est 
au courant de tous les travaux concernant la matière et a su les 
mettre à profit. 

Le texte d'Ezra et de Daniel a été établi à l'aide des éditions mas- 
sorétiques et de manuscrits, et est aussi soigné qu'on peut le sou- 
haiter. M. Strack a abandonné avec raison les leçons fautives, telles 
que nnrî pour nirt, "pmcri pour ■pmzjn, ^nnaN pour "tiS-dn, en s'ap- 
puyant, d'ailleurs, sur l'autorité des mss. Une innovation qui nous 
parait très heureuse, c'est d'avoir laissé le helib non ponctué et 
d'avoir mis en note le qerê et le ketib avec les voyelles qui leur 
reviennent. Rien ne trouble plus les commençants que la combinai- 
son des consonnes du ketib avec les voyelles du qeré. Les variantes 
et les corrections sont mises également en note. En somme, 
M. Strack a fait une excellente édition critique des passages ara- 
méens de la Bible. Nous aurions désiré toutefois que le ton des mots 
mille'êl fût marqué par un signe quelconque, nécessaire pour une 
lecture correcte. Gomme les mots mille'êl sont de beaucoup les moins 
nombreux, leur notation n'eût pas augmenté sensiblement le travail 
de composition. 

Le lexique contient toutes les indications qui peuvent être utiles 
aux commençants. Les formes irrégulières des verbes sont toutes 
données avec des renvois à la racine d'où ils viennent, et pour 
chaque mot les formes principales sont énumérées. D'ailleurs, quand 
le lecteur aborde les textes, il est déjà familiarisé avec le vocabu- 
laire, grâce aux nombreux exemples donnés dans la partie gramma- 
ticale. 

L'auteur nous paraît avoir atteint le but qu'il se proposait et il a 
mis un bon instrument de travail entre les mains de ceux qui se 
mettent à l'étude de l'araméen et qui débutent, comme il est naturel 
et logique, par le dialecte biblique. Le prix modique du livre (2 fr.) 
le met à la portée de toutes les bourses. 

L'impression de l'ouvrage ne laisse rien à désirer, à part quelques 
accidents typographiques inévitables. Par-ci , par-là un point a 
sauté, par exemple "»ba pour rb^ (Dan. n, 10), la syllabe "J de "pb^ 
est tombée (i, p. 31), mais cela ne tire pas à conséquence. Le texte 
est imprimé en grands caractères très agréables à l'œil. 

En terminant, quelques petites observations : 

P. 17 de la grammaire, il est dit qu'on emploie le b pour le complé- 
ment direct surtout quand ce complément est déterminé, et dans le 
lexique, qu'on le met surtout quand le complément désigne une 
personne. Les deux règles doivent être combinées, le b s'employant 
devant le complément direct personnel déterminé (v. Revue, t. XXVII, 
p. 269). 

P. 24. — L'explication de rrrv^ et 1W!1 par le Lofai et le rap- 
prochement avec ûia^i^ ainsi que la correction de nttto en n^nia ont 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

déjà été proposés par nous dans ['Univers Israélite, n° du 16 janvier 
188<>, p. 290 (cf. n° du 16 septembre et du 16 novembre 1884). 

P. 28. — fiwab Dan., V, m, 13 serait-il peut-être pour K33Ç? = 
Kaa»b ? 

• 

P. 42 du lexique. — Sur bap br> voir Revue, t. XXXI, p. 47 et suiv. 

Mayer Lambert. 



Bâcher (W.). Die A.nfïenge «1er hcbraisclion Grammatik. (Extrait du 
t. XLIX du Journal de la Société' asiatique allemande.) 



Notre savant collaborateur, M. W. Bâcher, dont on connaît les ex- 
cellentes monographies sur les grammairiens juifs, vient de faire 
paraître un travail où il étudie les commencements de la grammaire 
hébraïque. La valeur de cette étude tient, non seulement à l'abon- 
dance et à la sûreté des renseignements qu'elle fournit, mais encore 
aux difficultés particulières que présentait un tel sujet. En effet, les 
sources auxquelles il a fallu puiser comprennent ou bien des ou- 
vrages grammaticaux, mais dont on n'a plus que quelques frag- 
ments, ou bien des écrits entièrement conservés, mais où les ques- 
tions grammaticales ne sont traitées qu'incidemment. M. Bâcher a 
donc été obligé de recueillir ça et là les matériaux épars de son tra- 
vail, pour les arranger ensuite systématiquement et combler, autant 
que possible, les lacunes inévitables. En outre, comme toute science 
envoie de formation, la grammaire, à l'époque étudiée par M. B., 
n'avait pas encore de terminologie fixée définitivement, et les mêmes 
mots n'ont pas la même signification chez les différents auteurs, 
d'autant plus que certains d'entre eux pensent souvent en arabe 
quand ils écrivent en hébreu. Enfin, le texte même de ces ouvrages 
est souvent altéré, et parfois mal expliqué par ceux qui les ont 
publiés. M. Bâcher a donc dû fréquemment corriger les ouvrages 
qu'il utilisait. La tâche que l'érudit professeur s'était assignée était 
loin d'être aisée, mais il s'en est tiré de manière à mériter la recon- 
naissance de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la gram- 
maire et de la littérature juives. 

M. Bâcher, dans la courte préface qu'il a mise en tête de son étude, 
indique lui-même le plan qu'il a suivi. On peut distinguer deux 
périodes dans l'histoire de la grammaire hébraïque avant Hayyoudj. 
Pendant la première période qui va du Talmud à Ben-Ascher, la 
science grammaticale se confond avec l'exégèse et la Massore. Avec 
Saadia, qui inaugure la seconde période, la grammaire prend cons- 
cience d'elle-même et devient une science indépendante. Le travail 



BIBLIOGRAPHIE 303 

de M. Bâcher est donc divisé en deux parties comprenant en tout 
neuf chapitres; le premier est consacré à la littérature tradition- 
nelle, et les données grammaticales du Talmud et du Midrasch y 
sont réduites à leur juste valeur ; le second traité de la Massore, qui 
a créé un certain nombre de termes conservés ensuite par les gram- 
mairiens, et qui a été amenée à établir des catégories de mots à peu 
près grammaticales. Le troisième chapitre est relatif aux points - 
voyelles, le quatrième au Se fer Yecira, auquel on doit notamment la 
division des consonnes d'après les organes qui servent à les pro- 
noncer ; le cinquième à Ben-Ascher, qui est le dernier Massorète, 
mais chez qui on rencontre déjà, en quelque sorte, les éléments d'une 
grammaire hébraïque. Le sixième est consacré à Saadia et est tiré 
principalement de son commentaire sur le Séfer Yecira et de la réfu- 
tation de Dounasch ben Labrat ; le septième se rapporte à Juda ibn 
Koreisch, qui, dans son épître sur la comparaison de l'hébreu avec 
d'autres langues, a traité, en passant, quelques points de la gram- 
maire. Les deux derniers chapitres sont remplis par Menahem et 
son antagoniste Dounasch ben Labrat. Dans un appendice, for- 
mant le chapitre x, M. Bâcher dit quelques mots de Dounasch ben 
Tamim, dont les idées grammaticales ne sont connues que par de 
rares citations, et du grammairien anonyme de Jérusalem qui se 
trouve être un Garaïte postérieur à Hayyoudj. Cette énumération 
suffit à montrer l'importance de l'œuvre de M. Bâcher. 

Aux observations que nous avions communiquées à M. Bâcher et 
que celui-ci a bien voulu reproduire dans ses additions et correc- 
tions, nous nous permettons d'ajouter quelques remarques sur cer- 
tains points où nous ne sommes pas tout à fait d'accord avec le 
savant écrivain. 

M. B. a exclu de son travail, avec raison, l'étude du système des 
accents. Toutefois, nous croyons que la question de l'accent tonique 
méritait d'être mentionnée dans le chapitre de la Massore ; car Ja 
Massore applique déjà les mots bvba et anbtt à l'accent tonique 
{Ohhla weokhla, § 32, 51, 225, 226, 372, 373). 

En ce qui concerne l'emploi des mêmes termes V^btt et snbtt 
pour distinguer des séries parallèles de mots et de formes différant 
par une voyelle, l'opposition entre les voyelles ne porte pas sur la 
force ou sur la longueur, mais sur la hauteur du son, car les Masso- 
rètes n'ont pas la moindre idée de la quantité des voyelles. La dis- 
tinction des voyelles hautes et basses existait chez les Syriens, et se 
retrouve chez les Arabes, qui appellent la voyelle ou du nominatif 
*bi élévation, et la voyelle a de l'accusatif 325 position (intermédiaire 
entre le haut et le bas). Chez ben Ascher, § 36, cité par M. Bâcher, 
p. 27, les voyelles sont divisées en hautes (un "p"!) : i« et w ; 
moyennes (a"*£ï"6) ■ : hn, ïin , TO, et basses (ïiBtt ■pT): ^N et TO. Dans 

1 Ceci est encore un exemple de l'influence de la terminologie arabe sur Ben 
Ascher, car rriSfib = 323. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la Massora également le ûbri et le p^u; ' sont les voyelles les plus 

hautes, puis vient le V"' 2 Pi P uis le nnD » P uis le "^j et le P" 1 ^» et, 
enfin, le K1V. Ibn Ezra, au commencement du mns, donne la môme 
répartition des voyelles. 

M. Bâcher trouve plausible l'hypothèse de Graetz, qui croit que 
les mots unbïo et b^ybto se rapportent à des points qu'on aurait mis 
primitivement en haut et en bas des mots. Cette supposition nous 
paraît non seulement iuutile ', mais peu admissible, car, si l'on exa- 
mine la liste n° 5 de YOkhla tvcolûUa, on trouve des exemples où les 
-maires leetiouis suffisaient à distinguer un mot d'un autre, comme 
nîmN et nrna, *o*itt") et "^""i, et même des mots orthographiés diffé- 
remment, comme Q">"idid et d^NniD qui ne sont ressemblants que pour 
l'oreille. De plus, on ne tient pas compte des formes, mais du son, 
car on met ensemble trtiJjNb et *iïrab. Enfin, la même forme est tan- 

-:t t ' » 

tôt b^bu, tantôt mbtt : \r\\ est b^btt, par rapport à Jnp, mais 
pttN est mbfc par opposition à nfo»; ibrà est mbia, mais ibsa est 
hvbi2. Les points auraient été ainsi mis sans aucune règle fixe. 
L'hypothèse de Graetz est donc très fragile. 

P. 14, note 3. Au lieu de scheva, il faut lire volials. 

P. 16, note 2. Si la liste des sept noms des voyelles est bien de 
Ben Ascher, il est étrange qu'elle soit placée à la fin du paragraphe 
et que les noms des voyelles autres que le nnD et le yjyp ne se re- 
trouvent nulle part ailleurs chez Ben Ascher. 

P. 4 9. M. Bâcher pense, avec beaucoup de vraisemblance, que les 
points-voyelles sont originaires de la Babylonie. Toutefois, l'argu- 
ment tiré de la prononciation du yi2"i> nous paraît faible. De ce qu'au 
temps de saint Jérôme (mort en 420), on prononçait, dans la Pales- 
tine, a ce qui est devenu ensuite le V^p, on ne peut conclure que 
quelques siècles plus tard, au moment où l'emploi des voyelles se 
généralisa, on avait la même prononciation. Il n'y a donc pas de 
raison pour atténuer le témoignage d'Ibn Ezra sur la prononcia- 
tion du y72p chez les gens de Tibériade, d'autant plus que les Gali- 
léens pouvaient prononcer autrement que les Judéens. Il est à re- 
marquer que chez les Syriens, les Jacobites, qui prononçaient le 
y?op o, étaient considérés comme Occidentaux, et les Nestoriens, qui 
le prononçaient #, sont comptés comme Orientaux. 

P. 23. M. Bâcher voit une contradiction directe entre les assertions 
de Ben Ascher et de Saadia au sujet du resch dagesché et trouve que 
l'autorité de Ben Ascher est préférable. La contradiction est peut- 
être plus apparente que réelle. Ben Ascher dit que la distinction des 
deux resch appartient seulement aux Palestiniens, dans la lecture de 
la Bible et dans la conversation. D'après Saadia, les Palestiniens 

1 Toutefois, le pTHÎ remplaçant le 8*1115, comme dans nabn 1 *, est assimilé au 
N11D. Le b"13D est sans doute au même rang que le fins» 
» Voir Revue, t. XXVII, p. 274-275. 



BIBLIOGRAPHIE 305 

observent cette distinction dans la lecture de la Bible, et les Baby- 
loniens dans leur conversation. Ben Ascher ne dit pas expressément 
que les Babyloniens ne connaissent pas le resch daguesché dans leur 
conversation, et Saadia ne dit pas positivement que les Palestiniens 
le négligent en dehors de la Bible. La contradiction repose donc seu- 
lement sur des inductions a silentio. Le point essentiel est évidem- 
ment la lecture sacrée ; or, Ben Ascher et Saadia sont d'accord pour 
reconnaître que les Palestiniens seuls tiennent compte du resch da- 
guesché en lisant la Bible. En tout cas, en ce qui concerne les Baby- 
loniens, l'autorité de Saadia est préférable à celle de Ben Ascher. 
Il est vrai que Saadia reconnaît lui-même qu'il n'y a pas de règle 
fixe chez les Babyloniens. Ce désaccord avec Ben Ascher, s'il existe, 
se réduit donc à bien peu de chose. Une contradiction plus étrange 
entre nos deux auteurs, et qui méritait d'être signalée, c'est que 
Saadia appelle resch daguesché ce que Ben Ascher appelle rafè et 
réciproquement. 

P. 24. note 2. Il faut peut-être lire nYTOîa, au lieu de mi»tt, qui 
n'offre guère de sens. 

P. 25, note 4. Dans un exemplaire des &*)33>a!i ^"Hp^r ayant appar- 
tenu à M. J. Derenbourg, et que notre regretté maître a dû colla- 
tionner partiellement avec un manuscrit de la Bibliothèque na- 
tionale, le l de tram est corrigé en *i. En effet, ù^'n û^aiï donne 
un excellent sens. Il est étonnant toutefois qu'il n'y ait pas de 1 
après le 1. 

Page 29, note 3. Pour expliquer la phrase obscure des Diqdouqèha- 

teamim (§ 6) : û^bïin» b«»pi frçp û^n ^m bv îwfci (*nFttO. M. B. 
émet la supposition que Ben Ascher a en vue la faculté qu'auraient 
les gutturales d'être rattachées à la syllabe précédente comme à la 
syllabe suivante. Nous ne saisissons pas bien ce que M. Bâcher 
entend par là. Peut-être aussi Ben Ascher a-t-il voulu dire que seules 
les gutturales se trouvent accouplées les unes aux autres dans les 
mots hébreux, tandis que, pour les autres consonnes, on évite de 
réunir les lettres homorganiques. Cette idée est exposée en détail 
dans le § 15, où il est dit que les gutturales forment seize combi- 
naisons. NN (comme dans ^tw*?), fiN, ïtn, etc. 

P. 31, note 4. Peut-être les six lettres de îTvaiN forment-elles un 
1^0 des exceptions à la règle de irn«. Saadia compte seulement dix 
exceptions, qui, défalcation faite des passages doubles, se réduisent 
à six. Le a pourrait être l'indication de ftfitt îifiW, le *) celle de arma 
fir^am, et les autres lettres répondraient aux autres exemples. De 
plus, le Itt^o contiendrait la formule de l'exception, car en interver- 
tissant les lettres, on obtient ^ îrnet : les lettres îtik sont étrangères. 
Nous proposons cette explication faute de mieux. 

P. 32, note 3. Pour l'interprétation très juste que M. Bâcher donne 

de "mn i-m, on peut comparer les paroles de Saadia (Amanat, p. 8) : 

rps îï»pnb ab ^n nk m» irr +hvt ^naba matbN bats** ûh* 

M. Bâcher (p. 33) essaye d'expliquer quelques mots très obscurs de 

T. XXXI, n° 62. 20 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce même passage : ùdni rifoba ynttbs yn ^)»âttbN ONbsbN, en cor- 
rigeant ■pnwbs en 'pWDN et en prenant ensuite rt^bs dans le sens 
de verbe. Saadia aurait en vue les phrases nominales et verbales. 
Mais Saadia dit explicitement que les « mots réunis » ne forment 
pas de proposition, puisqu'il continue de la manière suivante : ûh 
nnb in D-«b n» b:Dn n«T ne in "pnJiEâttbN i^n^abDb» «ïia» bw 
INab a ib* riynNDbwX nb^Jab» "»B bswrn. Ce qui nous paraîL le plus 
probable, c'est que tt»b!3 in est une corruption de r^bn in (cf. 1. 13, 
ïfbi nb* »^nt Ntt IN ïihKb'n IN "psin "ni) et que doer a été ajouté 
par un copiste pour donner un sens quelconque à ïï^bD' L'altération 
du texte serait naturellement antérieure à Ibn Tibbon. 

P. 42. M. Bâcher se range à l'avis de M. Friedlaender {Monatsschrift , 
XXXVIII, p. 313), d'après qui Saadia aurait ignoré la ponctualion 
babylonienne. Nous avons combattu cette opinion (ibid., p. 572) en 
faisant remarquer que les vingt-cinq particularités des gutturales 
qui, au témoignage du Gaou, n'existent pas chez les Babyloniens, ne 
peuvent s'expliquer que par la différence entre la ponctuation baby- 
lonienne et la ponctuation palestinienne. On nous permettra d'insis- 
ter sur ce point, qui a une certaine importance. Tout d'abord, le 
mot rifinp» chez Saadia, ne pouvant s'appliquer qu'à la lecture de la 
Bible, il n'y a pas de raison pour distinguer la lecture de la ponctua- 
tion, qui la détermine. Mais on peut démontrer, pour ainsi dire ma- 
thématiquement, que Saadia a pensé à la ponctuation babylonienne. 
Pour cela, il n'y a qu'à voir exactement comment Saadia a réparti 
les 42 particularités en 17 qui sont communes aux Palestiniens et 
aux Babyloniens, et 25 qui sont propres aux Palestiniens. La numé- 
rotation des 42 particularités, donnée par M. Harkavy, doit être en 
partie modifiée. On ne doit pas donner de numéro spécial aux excep- 
tions (introduites par Nbb n»), ni aux additions (introduites par 
■jbiDi) ! . Naturellement, on ne doit pas séparer siptrj de ÎB3H. Par 
contre, il faut faire entrer en ligne de compte les règles du i entre 
le Ti et S. Il est probable qu'il faut conserver ttW3£ au qal et lire 
PTC au lieu de pTTP ; le piel se trouve seulement plus loin avec 
d'autres formes verbales. Ensuite, les exemples du n pour le qal et le 
nifal doivent être comptés séparément. On obtient alors la liste sui- 
vante : 1-4 N; 5-7 n ; 8-10 M article; 11-12 Tt interrogatif ; 13-14 ■»; 
15-17 S ; 18-19 b; 20-21 73 ; 22-23 3 ; 24-26 n ; 27 à 31 formes verbales 
avec 2 e lettre gutturale ; 32 suffixe; 33 infinitif; 34-35 hofal et M/il; 
36-37 noms masculins ; 38 féminins ; 39-42 patak furtif. On sait que 
la ponctuation babylonienne 1° ne connaît pas le hataf (dans lequel 
rentre la vocalisation du hé interrogatif) ; 2° ne distingue pas le biao 
du fins ; 3° ignore le patak furtif. Or, aux règles du Epn se rapportent 
dans la liste de Saadia 15 numéros (1,11-13, 21-22, 24,26, 27, 30-35), 

1 II ne faut compter que pour un numéro la règle du b où Saadia distingue trois 
cas (IpT... Tpl.** Tp^'h comme l'a fait, du reste, M. Harkavy. 



BIBLIOGRAPHIE 307 

au biao 6 (5, 9, 17, 36-38), au nnD furtif 4 (39-42), en tout 25. 17 nu- 
méros sont communs aux Babyloniens et aux Palestiniens (2-4, 6-8, 
10; 14-16, 18-20, 23, 25, 28, 29). Il est donc bien certain que Saadia a 
en vue le système babylonien des points-voyelles, quand il retranche 
25 particularités sur les 42. Si l'on ne connaît pas d'autre mention 
du système babylonien chez Saadia, cela tient apparemment à ce 
que ses ouvrages grammaticaux sont perdus. 

P. 84, note 1. MaiiOS a peut-être le môme sens que les 'paiûs de la 
Massora (Okhla weokhla, § 209 et 210). Remarquons, à ce propos, que 
la Massora appelle "pElDS les mots terminés en ■»— et *irDï "ptûB (1. 
•paras) les mots terminés en îi— . On a eu donc peut-être tort d'iden- 
tifier nnast pras avec pp nns, car N^ras pourrait désigner unique- 
ment la terminaison ay ; et la terminaison H— y considérée comme 
abrégée de ay, s'appellerait, pour cette raison, nnnit NUttîs. 

Que ces diverses observations témoignent du vif intérêt avec le- 
quel nous avons lu et relu la nouvelle œuvre du savant collaborateur 
de la Revue ! M. Bâcher a rendu un véritable service à la science 
juive en condensant tout ce qu'on peut savoir sur les origines de la 
grammaire hébraïque. Son livre sera étudié par tous avec grand 
profit. 

Mater Lambert. 



Poznanski (Samuel). HIosc b. Samuel Hakkohen Ibn Chiquitilla nebst 
den Fragmenten seiner Schrit'ten. JEitt Beitrag zur Gcschichte der Bibel- 
exegese und der hebràischen Sprachwissenschaft im Mittelalter. Leipzig, libr. 
J.-C. Hinrichs; in-8° de vin + 200 p. 



Moïse ha-Koheu est un des personnages les plus remarquables de 
la brillante époque hispano-arabe de la littérature juive, et pourtant, 
à l'exception d'un ouvrage de traduction, il ne reste que des frag- 
ments de son activité littéraire. Ni ses écrits grammaticaux, ni ses 
commentaires bibliques ne nous sont parvenus. Depuis la fin du 
xm e siècle, comme le démontre M. Poznanski, aucun auteur n'avait 
plus vu les ouvrages de Moïse ha-Kohen, et, dans l'Europe occiden- 
tale, David Kimhi fut le dernier à s'en servir. D'après M. P., c'est la 
liberté avec laquelle il interpréta la Bible qui fut cause que ses ou- 
vrages ont disparu, sans laisser de traces. Gela me semble peu 
admissible. Si, après un laps de temps d'à peine deux siècles, les 
ouvrages de Moïse ha-Kohen ont totalement disparu des biblio- 
thèques des savants, cela provient, selon moi, de ce qu'ils étaient 
écrits en arabe. Les écrits arabes des fondateurs de la linguistique 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébraïque ont été supplantés par les ouvrages hébreux d'Abraham 
ibu Ezra, Salomon ibu Parhon et David Kimhi. C'est ainsi que les 
ouvrages exégétiques arabes des autorités antérieures ne trouvaient 
pas non plus de lecteurs, ni de copistes, lorsque le territoire de la 
langue arabe se fut rétréci, môme en Espagne, et que les amateurs 
d'exégèse scientilique trouvaient toute satisfaction dans les ouvrages 
hébreux, surtout dans les commentaires d'Abraham ibn Ezra. Heu- 
reusement, Ibn Ezra a lui-même pris soin de nous conserver des 
extraits relativement importants de ces sources arabes, et principa- 
lement des ouvrages de Moïse ha-Kohen. 

Ce sont ces nombreuses citations qui ont fourni les éléments les 
plus considérables à l'ouvrage que j'ai sous les yeux. Mais l'auteur 
les a augmentées et complétées par d'autres matériaux, tirés d'ou- 
vrages imprimés et manuscrits. Le livre de M. P. atteint donc par- 
faitement le but indiqué au commencement de la préface : il offre 
« une image du personnage, de l'importance scientifique et de l'ac- 
tivité littéraire de Moïse ibn Chiquitilla, autant que le permettent 
les sources accessibles ». Les matériaux, abondants et recueillis 
avec soin, ont été exposés par l'auteur avec clarté et sagacité. Il a 
toujours consulté la littérature spéciale, et, en dépit des nombreuses 
occasions de digression, il ne s'est jamais écarté de son sujet, ne se 
permettant d'autres remarques ou discussions que celles qui pou- 
vaient mieux faire connaître Moïse ha-Kohen comme exégète ou jeter 
quelque lumière sur le contenu de ses ouvrages et sur les détails 
qui s'en sont conservés. La monographie de M. Poznanski révèle 
une connaissance remarquable de la littérature grammaticale et exé- 
gétique, une profonde érudition et un sain esprit de critique. Nous 
saluons donc avec plaisir l'apparition de cet ouvrage, qui est une 
excellente contribution à la science. 

L'ouvrage de M. Poznanski se divise en deux parties. La première 
traite, après une préface générale, de la vie et des ouvrages de 
Moïse ha-Kohen (p. 7-25), de son activité et de son importance 
comme exégète (p. 26-38) et comme grammairien (p. 39-44), de ses 
sources (p. 45-50), des traces conservées de lui dans la littérature 
juive (p. 51-70), et de ses traductions des ouvrages de Hayyoudj 
(p. 71-92). La seconde partie contient les fragments des ouvrages de 
Moïse ha-Kohen en hébreu et en arabe (p. 95-121), ainsi que les 
annotations sur ces fragments (p. 123-195). Enfin, le livre se termine 
(p. 196-199) par des appendices et des corrections, tirés en partie, de 
nouveaux manuscrits. 

Pour la biographie de l'auteur, M. Poznanski n'a pu ajouter au- 
cune donnée nouvelle, il se borne à éclairer par la critique les ren- 
seignements existants. Le nom de famille de Moïse ha-Kohen, dont 
nous ne connaissons que l'orthographe arabico-hébraïque Jlb^tapa (ou 
Nb"iap"0, etc.), et que nous avons l'habitude depuis longtemps d'é- 
crire Ibn Grikatilla (ou Gikatilia), notre auteur l'écrit Ibn Chiquitilla, 
faisant valoir contre la transcription usuelle la dérivation de l'espa- 



BIBLIOGRAPHIE 309 

gnol « chico » (petit). Celte étymologie explique l'orthographe de 
« Ghequitilla » qui se trouve chez Immanuel Aboab et a été donnée 
par M. Jellinek eu 1844. Mais quoique M. P. soit peut-être dans le 
vrai et que nous ne connaissions pas de meilleure étymologie pour 
ttb^ûpa, j'aurais préféré qu'il s'en fût tenu à l'ancienne orthographe 
(avec G = Dj), employée généralement et à bon droit, puisque nous 
ne connaissons ni ne transcrivons le nom que d'après son ortho- 
graphe hébraïque (avec a). 

Pour la détermination précise de l'époque à laquelle vécut Moïse 
ha-Kohen, M. Poznanski croit pouvoir fournir une nouvelle donnée. 
Ibn Ezra, sur Joël, ni, 4, cite un passage où l'exégète caraïte 
n^v^' 1 '") est mentionné et réfuté, à ce que croit M. P., par Moïse ha- 
Kohen. Or, ce caraïte, dont le nom complet est Yeschoua ben Ye- 
houda, appelé aussi Aboulfaradj Fourkâu, vécut vers le milieu du 
xi° siècle. Il est vrai que cela ne fait que confirmer la supposition 
généralement admise que Moïse ha-Kohen aurait vécu dans la se- 
conde moitié du xi e siècle. De plus, l'argument que fait valoir M. P. 
pour fixer le terminus a quo de la vie de Moïse ha-Kohen n'est pas 
valable. En effet, ce n'est pas Moïse ha-Kohen, mais Ibn Ezra qui 
cite R. Yeschoua et qui ajoute à cette citation une autre empruntée 
au commentaire de Moïse ha-Kohen. Et quoique celle-ci commence 
par les mots ïtftb p fctt, ce n'est point une polémique contre R. Ye- 
schoua, mais contre l'opinion qu'il représente, à savoir que la pro- 
phétie de Joël, nr, \, se rapporterait au temps messianique. Or, c'é- 
tait là l'opinion générale, qui existait longtemps avant R. Yeschoua. 
Ibn Ezra choisit ce dernier comme représentant de cette opinion, 
parce qu'il rapporte encore ailleurs, dans le commentaire des douze 
petits Prophètes, ses interprétations; quelquefois même il men- 
tionne en même temps les interprétations différentes de Moïse ha- 
Kohen, par exemple sur Sophonie, ni, \ (voir aussi le Gomment. 
d'Ibn Ezra sur Psaumes, cxx, \). R. Yeschoua ne mérite donc aucune 
mention dans le chapitre sur les sources d'Ibn Gikatilla. 

M. P. cherche à établir que Moïse ha-Kohen a composé des com- 
mentaires sur la plupart des livres de la Bible. Il faut pourtant faire 
des réserves, car, bien que les citations conservées se rapportent à 
certains libres bibliques, rien ne prouve que ces citations soient 
extraites de commentaires écrits sur les livres mentionnés. M. P., 
qui exprime quelques doutes sur ce point, aurait dû les indiquer 
d'une façon plus catégorique. Par contre, il se montre très sceptique 
au sujet des fragments du commentaire de Job conservés dans un 
manuscrit d'Oxford (p. 14-17). M. Poznanski prétend avec raison que 
le compilateur de ces mss., utilisés par Ewald dans le premier vo- 
lume des Beilraege, s'était encore servi d'autres traductions ou com- 
mentaires de Job que ceux de Saadia et ce Moïse Ibn Gikatilla, et 
que, par conséquent, les parties de la compilation n'émanant pas de 
Saadia ne peuvent être attribuées à Moïse ha-Kohen qu'avec la plus 
grande circonspection. Il est vrai qu'après Saadia, c'est Moïse ha- 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Kohen qui a fourni au compilateur le plus grand nombre d'extraits. 
Gomme je possède une copie du ms. d'Oxford * qui complète les 
extraits d'Ewald, je puis ajouter quelques détails aux renseigne- 
ments donnés par M. Poznanski (p. 4 80). L'introduction de Saadia à 
sou commentaire de Job est suivie, dans le ms., d'une très courte 
préface d'un autre commentaire, avec la suscription: ...fa ïittJa'wb'i 
b"T. Après 13, il y a une lacune, qu'à notre avis on peut combler par 
le mot nb^ap^, d'autant plus que plus bas, ad i, 6, la grande digres- 
sion mentionnée par M. Poznanski, d'après ma communication, est 
introduite par les mots : nb^ups la bttp. Il est vrai que le nom d'Ibn 
Gikatilla ne se trouve nulle part ailleurs dans le ms., mais celui de 
Saadia n'y est pas mentionné non plus. Ce fait prouve donc qu'outre 
les œuvres de Saadia, le compilateur du ms. a principalement uti- 
lisé le commentaire d'Ibn Gikatilla sur Job. Et il n'est pas « si 
invraisemblable», que le croit M. P., « qu'Ibn Gikatilla ait aussi 
traduit les livres qu'il a commentés », p. 15). Quoi qu'il en soit, le 
ms. d'Oxford contient certainement la traduction d'Ibn Gikatilla 
pour un nombre considérable de versets de Job. M. Poznanski n'a 
trouvé que deux passages où notre ms. concorde avec les citations 
tirées du commentaire d'Ibn Gikatilla sur Job. Je veux indiquer ici 
encore deux autres passages. Ibn Ezra dit, ad Job, v, 5, et xvm, 9, 
que Moïse ha-Kohen a interprété droit par moitîi mbya mbina, 
« jeunes filles voilées ». Dans le ms. il y a, ad xvm, 9, à côté de la tra- 
duction de Saadia, une autre traduction qui rend les mots vb3> ptrp 
COS par aapsbN VH ï*nb3> V"3p^, « les voiles le saisissent, s'em- 
parent de lui ». Le sens est rendu clair par l'explication suivante : 
10 NDsbN ï-obom ^ ab^n a^oit *s -aï-rn: *hy tno:> vb? pin* mosn 
îiD^it « J'ai expliqué û^oir "nb2 pTrp conformément à mon avis sur 
E n O£, v, 5, c'est-à-dire : les femmes le subjuguent par suite de sa 
faiblesse ». Ibn Gikatilla a donc traduit le mot trois dans les deux 
passages selon l'indication d'Ibn Ezra. Il interprète le mot d'après 
irittX (Isaïe, xlvii, 2, et Gant., iv, 4), que Saadia et, après lui, 
Aboulwalid ont aussi traduit par 3Np5, « voile de femme ». Saadia 
traduit aussi, du reste, Û^OiS (Job, xvm, 9) par 3Kp3. Quant à la ter- 
minaison masculine du pluriel, que M. Poznanski objecte à l'expli- 
cation d'Ibn Gikatilla, celui-ci l'a peut-être comparée à celle de D^UJi. 
Pour le sujet, c'est peut-être Is., ni, 42 : 13 ibiû» trtuai, qu'il avait 
en vue. Pour Job, xxxvin, 28, M. Poznanski rapporte du Menorat 
Hammaor de Joseph b. David une explication du mot ">baN qui con- 
corde avec la seconde traduction de ce verset dans le ms. d'Oxford : 
îûfcttDT Ce pluriel de &n est aussi le mot arabe employé par Ibn Gi- 
katilla pour traduire tib">b ^o^O") dans Gant., v, 2, comme ont fait 
Aboulwalid et Yéfèt ben Ali (selon l'indication d'Ibn Ezra dans son 

commentaire sur Amos, vi, 44 : pi ûiûa =ar. iz:^). 
1 Cette copie a été faite par feu M. Salomon Fuchs pour feu M. Joseph Derenbourg. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

M. P. parle de l'ouvrage grammatical d'Ibn Gikatilla intitulé « du 
masculiu et féminin » d'après l'appréciation de ce livre par Abou 
Ibrahim ibn Baroûn qui a été publiée récemment. Les citations qui 
nous restent ne permettent pas d'affirmer si cet ouvrage traitait 
encore d'autres points que le sujet indiqué par le titre. 

De la poésie dlbn Gikatilla il ne reste plus que deux vers, rap- 
portés par Ibn Ezra et que M. Poznanski mentionne deux fois (p. 24 
et 121), en corrigeant dans le second endroit les erreurs de ponctua- 
tion du premier '. En citant le jugement de Harizi sur les poésies 
d'Ibn Gikatilla (Tahkemoni, c. 3) t^pvi* fi-ors mïitt'n iTTO «bi, il 
traduit inexactement l'épithète d^p^n^ par « superbes ». Cet adjectif 
veut plutôt faire ressortir la concision et la vigueur des poésies de 
notre auteur. 

M. P. caractérise avec justesse et clarté, autant qu'on en peut 
juger par de simples fragments, la méthode exégétique d'Ibn Gika- 
tilla, notamment son interprétation historique des Prophètes et des 
Psaumes, mais il a eu tort de lui attribuer le mérite, au détriment 
d'Ibn Ezra, d'avoir supposé un second Isaïe (p. 29). Du reste, il a 
remarqué lui-même un peu plus haut qu'Ibn Gikatilla a attribuait 
probablement à Isaïe la paternité de la seconde partie », et qu'il rap- 
portait le chap. lu, v. 13, à Ezéchias. 

De ce que M. Poznanski dit des remarques linguistiques et rhé- 
toriques d'Ibn Gikatilla, nous pouvons conclure que notre auteur 
avait peu d'originalité ; comme le remarque M. P., il était un dis- 
ciple d'Aboulwalîd, à qui appartiennent, en réalité, beaucoup d'ex- 
plications attribuées à Ibn Gikatilla. Gomme grammairien, Ibn Gi- 
katilla a pourtant le mérite d'avoir exprimé maintes opinions 
indépendantes et qui ne sont pas sans valeur durable. D'après 
M. J. Derenbourg, Ibn Gikatilla aurait pris partie contre Aboulwalîd 
dans sa lutte avec Samuel ha-Nâguid, mais, comme le montre M. P., 
(p. 43), cette assertion ne repose sur aucun fait certain. 

Le chapitre sur les sources d'Ibn Gikatilla, vu la nature des frag- 
ments conservés, est nécessairement incomplet. M. P. montre que, 
pour trois passages d'Isaïe, les interprétations d'Ibn Gikatilla con- 
cordent avec le dictionnaire du caraïte David b. Abraham, mais il 
hésite à en conclure que notre auteur s'est servi de ce dictionnaire, 
parce qu'il ne peut pas se décider à faire vivre David b. Abraham 
au x° siècle. Or, il n'y a plus de doute que David b. Abraham ait 
vécu à cette époque. J'ai démontré, du reste, tout récemment dans 
cette Revue (XXX, 251) que David b. Abraham est déjà cité comme 
défunt par le grammairien de Jérusalem, qui vécut au commen- 
cement du xi e siècle. 

Le chapitre sur « Ibn Gikatilla dans la littérature juive » est par- 
ticulièrement important. M. Poznanski montre, en partie d'après des 

1 Pour l'un de ces vers, voir la remarque de M. H. Brody, Monatsschrl/'t, 40 e 
année, p. 36, note 13. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sources manuscrites jusqu'à présent inconnues, que près de vingt- 
cinq auteurs connus (y compris ceux qui sont menlionnés dans les 
appendices, p. 197) et quelques auteurs anonymes, des xi°, xn e et 
xiii' siècles, ont nommé Ibn Gikatilla et utilisé ses œuvres. Quel- 
ques-uns de ces auteurs n'ont pourtant pas eu sous les yeux les 
œuvres d'Ibn Gikatilla ; de môme, les auteurs du xiv c et du xv° 
siècle qui nomment Ibn Gikatilla ne connaissent ses œuvres que de 
seconde main. 

On a déjà vu plus haut que c'est en grande partie par les œuvres 
d'Ibn Ezra que nous connaissons la grammaire et l'exégèse d'Ibn 
Gikatilla. Mais la cause n'en est pas, comme le dit M. P., « dans l'af- 
finité intellectuelle » de ces deux exégètes, attendu qu'Ibn Ezra ne 
rapporte souvent les opinions d'Ibn Gikatilla que pour les réfuter. 
On s'explique mieux les nombreuses citations qu'Ibn Ezra a réu- 
nies par la méthode de travail de cet auteur, qui s'efforce de faire 
connaître à ses lecteurs les opinions des autorités espagnoles ainsi 
que leurs noms. On sait, du reste, qu'Ibn Ezra, dans ses divers 
commentaires, ne cite pas toujours exactement. Et cela se comprend. 
Il était, en effet, souvent en voyage, et comme il n'emportait pas 
toujours, dans ses pérégrinations, les ouvrages de ses prédéces- 
seurs, il les citait de mémoire. Pourtant, pour la composition de 
ses commentaires sur les Psaumes, sur Isaïe et sur les douze petits 
Prophètes, il avait sous la main les commentaires de Moïse ha- 
Kohen. 

Nous signalons particulièrement, pour la sagacité dont M. P. y fait 
preuve, le VI chapitre traitant « de la traduction des ouvrages de 
Hayyoudj par Ibn Ghiquitilla ». M. Poznanski a pu utiliser, pour ce 
chapitre, une grande partie de l'édition de M. Jastrow, actuellement 
en préparation, et donnant le texte original arabe de Hayyoudj. 
M. P. démontre combien est peu fondée l'opinion de M. Peritz (dans 
la Zeiischrift filr die alttestam. Wissenschaft , de Stade, XIII, 169), qui 
prétend que les additions, dans la traduction d'Ibn Gikatilla, sont 
empruntées aux ouvrages de David Kimhi. Car, une partie seule- 
ment des additions ajoutées au texte de la traduction d'Ibn Gika- 
tilla proviennent de David Kimhi, mais l'outre partie, et la plus 
grande, doit être attribuée au traducteur lui-même. M. P. parle aussi, 
dans ce chapitre, des divers auteurs qui se sont servis de la traduc- 
tion qu'Ibn Gikatilla a faite des œuvres de Hayyoudj, et il fournit 
ainsi une contribution précieuse à l'histoire littéraire. 

La seconde moitié du livre de M. P. donne les fragments des com- 
mentaires d'Ibn Gikatilla, placés dans l'ordre des livres bibliques, 
ainsi que les fragments authentiques ou supposés de son ouvrage 
grammatical. Ces fragments, contenus pour la plupart dans les ou- 
vrages d'Ibn Ezra, ne reproduisent que très rarement le texte ori- 
ginal arabe, mais le plus souvent la traduction hébraïque d'Ibn Ezra. 
Or, puisqu'Ibn Ezra, comme le remarque M. P. lui-même (p. 57), tra- 
duit rarement les citations mot à mot, M. P. aurait mieux fait d'im- 



BIBLIOGRAPHIE 313 

primer ces citations avec les mots d'introduction d'Jbn Ezra. En 
omettant ces mots introductoires et en modifiant même çà et là 
le citations, M. P. fait supposer qu'il a voulu restaurer le texte 
de l'interprétation d'Ibn G-ikatilla. Quelquefois même, la citation 
empruntée au texte d'Ibn Ezra n'est pas reproduite avec une suf- 
fisante exactitude, comme le prouveront plusieurs des remarques 
suivantes dont je vais annoter le recueil de fragments donnés par 
M. Pozoanski. 

Genèse, xv, 16. La remarque "Yqin rfiwio "mBaïT, rapportée par 
Ibn Ezra au nom d'un interprète anonyme 0D"is»tt), appartient, 
d'après Mosconi, à Ibn Gikatilla. M. P. dit : « Cela signifie qu'Emori 
a inspiré, par ses paroles, la crainte de la mort. » Gela ne me semble 
pas juste. Peut-être faut-il lire, chez Ibn Ezra, n"VQN, au lieu de Tfa'itt ; 
dans ce cas, ^Ti73N signifierait « celui qui s'élève, qui est proémi- 
nent », par allusion à Amos, n, 9 : «in pm îma tnn» ftnJû nu>a 
û->:nb&o. 

Exode, xix, 4. Ici, Ibn Ezra ne donne pas de citation particu- 
lière de Moïse ha-Kohen, mais renvoie à la citation donnée Exode, 
xii, 4. 

Lév., vi, 20. Après drtitt m, il faut compléter : bpln 'pniï. 

Nombres, xx, 8. M. P. ponctue iowïitt); il est donc d'avis que 
5&m25"> est suivi du verbe au singulier. Il faut plutôt lire ïiûvsïitz), 
ban^ ayant son verbe au pluriel ; O^an donne un sens suffisam- 
ment clair sans le complément direct. Dans le même passage, au lieu 
de TDJa, lire ■m^an. M. P., dans le même endroit, corrige TUT "O 
en Tmïn "O ; on aurait un meilleur sens en lisant *ia/i "O. 

Isaïe, ii, 6. M. P. donne avec raison le texte d'Ibn Gikatilla 
d'après la correction de M. Friedlànder (dans son édition du com- 
mentaire d'Ibn Ezra sur Isaïe, Londres, 1877), sans toutefois en faire 
mention dans les notes. 

Is., xr, 41. M. P. imprime inexactement "îttdpnln "©, au lieu de 
l^apnnu), qui est une proposition relative de itt* IfcttD. 

Is., xr, 44. Voici le texte d'Ibn Ezra : imr> ifcb d:>qïn ib 21 "pa 
y"iN û"ipto ")Orm. M. P. omet les trois derniers mots, et déclare (p. 4 40) 
ne pas pouvoir expliquer comment le mot TD^n peut signifier « se 
reposer ». Or, au lieu de "im^, il faut lire, avec deux mss. cités par 
M. Friedlànder (p. 25), "im5\ Ibn Gikatilla donne à lôan le sens de 
« pousser » et recommande d'ajouter devant QTnûba le motynN ; donc 
û^ruabs y-iN tjrûa ns^n, « ils pousseront, c'est-à-dire confineront au 
côté du pays des Philistins ». Gomme terme géographique, le verbe 
ÏTHM, « frapper, pousser » a un sens analogue dans Nombres, xxxiv, 
4 4, où il est également lié avec le mot t|ro : msa d"» k|rû b* ïimn ; et 
peut-être est-ce l'analogie du verbe ïrritt qui inspira à Ibn Gikatilla 
cette interprétation du verbe is:n. Maïmonide interprète aussi de 
cette façon le mot îs^i. Dans son commentaire sur la Mischna, intro- 
duction du pbn p"iD, au paragraphe traitant du troisième des treize 
articles de foi, il explique le mot ">1D3>, qui ne se trouve que dans 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Uaguhja, \'ôa, par le mot id^i d'Isaïe, xi, 14. Il dit (voirie texte arabe 
daus la Porta Mosis, de Pocoeke. p. 166) : t|roa nsan ttblp yn "ns* "|Nb 
dm brtbfiOtriKb E|robM3 dtt3Wh laah d^Ptabd, et dans la version 
hébraïque : drid ûndnnttb t|roa ûms ism\ Maïmonide comprend 
l'explication d'Ibn Gikatilla un peu autrement qulbn Ezra ; il n'a pas 
besoin d'ajouter le mot y-)N : « Ils pousseront les Philistins par 
l'épaule en confinant à eux et en étant liés avec eux ». Il a peut-être 
modifié l'explication d'Ibn Gikatilla parce que t|nda est à l'état 
absolu. Aboulwalîd {Louma, p. 210, et Rikma, p. 124) a considéré, 
dans ce passage, le mot tjnd comme à l'état construit, et Ibn Gika- 
tilla a certainement suivi son avis (voir Ibn Balaam, Revue, XIX, 
89; David Kimhi sur ce passage, et dans le dictionnaire, s. v. tp*). 
Cette citation du commentaire de la Mischna de Maïmonide prouve 
une fois de plus que l'auteur s'est servi du commentaire d'Ibn 
Gikatilla sur Isaïe. Dans son traité sur la Résurrection, Maïmonide 
nomme expressément ce commentaire, et cela aussi sur le xi e cha- 
pitre (Poznanski, p. 59 et 440). 

Ibid., xxiv, 4. Cette citation se trouve chez Ibn Ezra au verset 14. 
*M>m est une correction que M. P. adopte, sans rien dire, pour T»^l. 
M. Friedlânder corrige mieux en Wi. 

Ibid., xxvi, 1. ViT\ est inutilement ajouté par M. P. 

Ibid., xxvn, 1. ïtn n'est qu'une dittographie corrompue de "ittd. 
Cf. l'édition Friedlânder, p. 46. 

Ib., 4. Devant "jm ■>», il faut ajouter 1533. 

Jb., xxxiv, 2. Devant ïipnn, ajouter fc^ïi. 

lb., lxvi, 5. Au lieu de Wddi nttd, lire madi ittd, par allusion à 
Is., lvi, 15. 

Osée, xm, 1. Après d^SNtt, manquent les mots *p d^dT» rit ittd 
uîntv, c'est-à-dire que Jéroboam II (le fils de Joas) était, lui aussi, de 
la tribu d'Ephraïm, comme Jéroboam I er . 

Habacouc, n, 9. nrrob jn est inutilement répété, et "nîi est re- 
produit du texte imprimé d'Ibn Ezra sans aucune remarque. Or ilri 
est évidemment mis, par erreur, pour Nitt, ou plutôt pour l'abrévia- 
tion 'Mi. 

Zacharie, ix, 9. Ici je puis faire une correction au nom de l'au- 
teur lui-même, qui a remarqué plus tard que le passage : toN "O 
DiO T>dïn Nb fittmn, dans le texte d'Ibn Ezra, contient une citation 
des mots de Néhémie, n, 12. La monture de Néhémie était un âne, 
et non pas un cheval, parce qu'il était pauvre. M. P. m'a fait savoir 
qu'il a trouvé aussi dans le Tanhoûm Yerouschalmi une réfutation de 
cette explication curieuse de Zacharie, ix, 9, selon laquelle ce verset 
se rapporterait à Néhémie. 

Psaumes, iv, 3. ttî'W ^d UV Wn jusqu'à dïd "itëpdn sont les pro- 
pres paroles d'Ibn Ezra et n'appartiennent pas à la citation d'Ibn 
Gikatilla. 

lb., vu, 7. Dans la paraphrase de miss ïadtt)» ^bfc* rtWi, il y a chez 
M. Poznanski : ^b» biNtïî rrobfa didnia mas asis» ^ba *m:n. Mais 



BIBLIOGRAPHIE 315 

dans la grande édition de la Bible de Buxtorf, que j'ai sous les yeux, 
il y a, au lieu de ce mat ajouté, à ce qu'il paraît, arbitrairement par 
M. Poznanski, le mot incompréhensible : mtttt. Ce mot devient clair 
si on le corrige en mtttf) ; c'est alors l'explication de n*nx. 

Ib., ix, 7. L'explication rapportée par Ibn Ezra au nom de Moïse 
ha-Kohen n'a de sens que si l'on corrige îtntt d^dT en ïintf ^pdT, et 
nnniox "jnn en ^mios frim. Par contre, la correction, proposée par 
M. Poznanski, maa pour TaN, est inutile. Ibn Gikatilla veut dire 
qu'au lieu de !"ïft!i ûnat, il aurait fallu fini* ^"DT, l'ennemi devant être 
apostrophé à la seconde personne du singulier. C'est, à son avis, le 
même changement de personnes que dans Ezéchiel, xxxi, 10, où, 
après la seconde personne dans Fïttlpa nnaa "rtDN jyi, la phrase con- 
tinue par la troisième personne : im«3Z ïrvn. Ibn Ezra remarque 
ensuite que, d'après l'explication de Moïse ha-Kohen, a"ntftt est un 
vocatif, comme bnpïi dans Nombres, xv, 15 ("ittd a^an in^ idbi 
dab nna rtpn brrpn). 

lb., x, 3. Après 3>ttTi bbî-p *)1ûn, il y a un fiort superflu, qu'il faut 
placer dans la ligne suivante devant liSNitt. 

Ib., xvi, 6. Les mots IV mttn W rhm Ti3H UindN Tun appar- 
tiennent à Ibn Ezra, et au lieu de nruH, il faut lire "ti^K. 

lb., xxx, 1. Après ttsa^ lia rsïïbia ^a il manque le mot man. Au 
lieu de a*nKtt ittsnm abi, lire D^ifitti imsnrp abï ; au lieu de rpb, 
lire cpr» ^bnb. 

là., xxxn, 10. Le passage final NDfcO M .»pn*i appartient déjà peut- 
être à Ibn Ezra. 

lb., li, 20. En motivant la supposition de Moïse ha-Kohen, d'après 
lequel les deux derniers versets de ce psaume auraient été ajoutés 
par un homme pieux pendant l'exil de Babylone, Ibn Ezra dit : 
nya pn nnaan tnplott sort )vx *o ama abu) -na^a nm na-rb la-nitim 
TH mapT. M. Poznanski remplace les trois premiers mots de cette 
phrase par ayî3!"n et ajoute la suite à ce qui précède, comme si le 
tout était l'explication de Moïse ha-Kohen. 

lb., lv, 9. Au lieu de ^J^">tt), lire lan^itt^. 

lb., 23. Au lieu de Irrûtt, lire )nw. 

lb., lx, 7. La citation chez Ibn Ezra est ainsi conçue : Nlïi ^Wi 
■^ViT "«b Jltnm ^an bra *p*i banarr. M. Poznanski ne l'explique pas. 
En corrigeant b^iDïi en bi^an, on comprendra aisément ce passage. 
Voici ce qu'il veut dire. Dans les mots h pW ïiyiBi!!, la droite est, 
au figuré, le complément direct du verbe twain, « aide ta droite », 
tout au contraire dlsaïe, lxiii, 5 (W\i ib snaim), où le bras de Dieu 
est le sujet. 

lb., lxv, 6. Au lieu de DT»a, lire diaa. 

lb., lxxiii, 7. M. Poznanski n'explique pas les mots ù">a\25 nnab 
in&ta d"Wa. Le premier de ces mots est probablement inNb. Le sens 
en est : "nSIO, mot qui indique le cœur (l'organe de la pensée), unit en 
lui les deux significations de la racine ïiaia. Car cette racine signifie 
« voir » (comme en araméen) et « former, façonner » (comme dans 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rro^tt de Lév., xxvi, 1) ; les pensées sont comme les visions (m&nto ; 
cf. Eccl., i, 46) et comme les formations (d^i^ii:) du cœur. 

Ib., lxxvii, 44. Peut-être faut-il lire irn^y itt3, au lieu de VIW i)a^, 
par allusion à Ps., cxxxn, 4, inisy. 

Ib., lxxviii, 57. Ibn Ezra dit : npï 'pis DJùlm nuîpb ^fcon îrw 
ottb rrïin rwn iwd -ib^i bsw. Ces mots : *ot ^iis ibm bir?, 
M. Poznanski les a tout simplement laissés de côté. Il est vrai qu'ils 
sont obscurs, mais, en tout cas, il aurait dû le faire remarquer. Ils 
signifient : !TW, d'ordinaire substantif, est ici un adjectif, une 
apposition de ntfip, comme dans le cas où il est employé avec la 
signification de h'X.y, c'est-à-dire comme adjectif. Le texte de la cita- 
tion est corrompu. 

Ib., xc, 8. Au lieu de ISTûl*, il faut na^l? ; mais ce mot lui-même 
doit être corrigé en Wa"ib3>. 

Ib., ex, 4. Les mots ^T» b3>... *]b y\ by'û'n ne font plus partie de la 
citation, ils sont la paraphrase d'Ibn Ezra du v. 5. 

Ib., cxxii, 1. Au lieu de Tifcran, lire 'TWn. 

Ib., cxxxvn, 2. Au lieu de "jr* lïis, lire )TX ^pnx 

Ib., cxlti, A. La remarque sur i3loa appartient à Ibn Ezra. 

A Job, vu, 5. La citation chez Ibn Ezra est ainsi conçue : 'ittN 3>2H 
pbn -owi rjftïû "iriN yn y-iN wi by li-n^si ypa nvn 'n. M. Poz- 
nanski ajoute devant IHN wn les mots suivants : [tt2"itt!i *p 2 tt-i Nnp" 1 "! 
anîi 15 y;n]. Mais il lui a échappé que THN 3>in est une citation de 
l'Exode, xxxiii, 5, comme exemple du mot yyi. L'addition est donc 
superflue ; tout au plus peut-on ajouter le mot ûin devant nritt yxi. 
Le sens en est : Le mot y il dérive lui aussi de cette racine, qui si- 
gnifie « se fendre, se diviser », et il signifie « une partie » du temps. 
Ibn Ezra pensait à la signification spéciale du mot pbn dans le 
Talmud : les plus petites parties du temps (û^pbn tp"nn, les 4 080 
parties de l'heure). 

Je vais encore ajouter quelques remarques sur les notes de M. Poz- 
nanski, qui sont 1res instructives. 

P. 4 26, note 4. M. P. cite un exemple pour montrer que, d'après Ibn 
Gikatilla, une même racine a parfois des significations contraires. Il 
aurait dû mentionner aussi son interprétation originale de imirt, 
Ps., lxxix, 44, selon laquelle ïirnan "os h ,mn signifie rtnai tnrp *iO!n 
tmttîp (voir p. 442, où il y a, par erreur, -im) : ôte leur lien, délie 
leurs chaînes, à cause de n^DN qui se trouve dans le même verset. 

P. 428, 1. 4 6 et suiv. Le mystère dont parle Ibn Ezra en faisant 
allusion à l'explication d'Ibn Gikatilla sur Exode, x, 42 (îtD^ns), est 
probablement l'idée de l'influence mystérieuse du té^ea^a : la sau- 
terelle que Moïse a posée sur son bâton, d'après cette explication 
(étends ta main sur la terre de PÉgypte avec la sauterelle), aurait eu 
pour effet d'amener la plaie des sauterelles. La croyance dans les 
rekiapa-z* se concilie parfaitement avec les idées astrologiques d'Ibn 
Ezra. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

P. 131, 1. 14. L'explication de 3H"in comme hophal est encore 
donnée par Ibn Gikatilla ad Ps., xc, 11. 

P. 132, 1. 7. Au lieu de « einiger Grammatiker », lire « eines Gram- 
matikers ». 

P. 135 (Isaïe, i, 6). Dans la citation d'Ibn Ezra, il faut corriger -n3>tt 
D^ntt en mntt TW ; l'auteur a en vue le passage de Juges, xx, 48, et 
non pas Job, xxiv, 12, comme le prouvent les mots : Nttttttî "iin^n 
ûin» -p^tt, qui ne donnent de sens que si on lit tnn» Ttf». Ibn Ezra 

nous apprend' que dans Isaïe, i, 6, Ibn Gikatilla a comparé ûYit? à 
d^n?; et expliqué par « humanité », parce qu'il a trouvé la forme 
ûintt pour a^ntt dans Juges, xx, 48. Les mots NttfattJ TD^n supposent 
une forme très rare. Or tm», dont l'état construit est tie, se trouve 
assez souvent. Je maintiens donc ma correction dans le commentaire 
d'Ibn Balaam sur Isaïe, i, 6 (voir Zeitschrift filr die a. -t. U., de 
Stade, XIII, 137), contestée par M. Poznanski (note 1). 

P. 165, en bas. M. Poznanski n'a pas bien compris l'explication d'Ibn 
Gikatilla sur Ps., lui, 2. Celui-ci considère le second membre du 
verset comme l'explication du premier. Pourquoi « l'insensé dit-il 
dans son cœur : IL n'y a point de Dieu? » Parce que les hommes 
« ont corrompu leurs mœurs et qu'il n'y en a point qui fassent le 
bien ». La corruption générale fait qu'il nie l'existence de Dieu, car 
s'il y avait un Dieu, il ne laisserait pas impunie une telle corruption. 
A quoi Ibn Ezra remarque : ^psîl "imïiiû WW3 1"D3ïti, c'est-à-dire le 
premier membre du verset indique la cause de la corruption géné- 
rale dépeinte dans le second. C'est parce que l'insensé nie l'exisience 
de Dieu que les autres qui se laissent séduire par lui sont cor- 
rompus. Ainsi se comprend facilement la courte explication d'Ibn 
Ezra : &oarî»i aain Iran )wb *p nn&n mm jirob -i»n rrbnrm. 

P. 187, 1. 13. Au lieu de Hab., n, 15, lire Néhémie, n, 4. 

P. 187, n. vin. Cf. mon ouvrage Die Jiebràisch-arabische Sprachver- 
gleichung des Abuhvalîd, p. 22. 

Une autre remarque, d'ailleurs peu importance, que je tiens à faire, 
c'est que M. Poznanski imprime partout le tétragramme sans l'abré- 
viation usuelle (mïT). Mais, comme ni Ibn Gikatilla ni les sources 
rapportant des citations de ses ouvrages n'ont écrit le tétragramme 
en entier, M. Poznanski n'aurait pas dû le faire non plus, attendu 
qu'il rapporte des extraits des commentaires d'Ibn Gikatilla, et non 
des textes de la Bible. 

Pour terminer, il me reste à faire ressortir la forme élégante du 
livre de M. Poznanski et à exprimer le vœu que M. P. continue à 
nous donner d'autres œuvres qui, comme celle-ci, soient une contri- 
bution précieuse à la littérature de la linguistique hébraïque et de 
l'exégèse biblique. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



318 REVUE DES ETUDES JUIVES 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome XXX, p. 122, 1. 8, col. 2. — On voit par la rime qu'au lieu de 
1E3W3, il faut lire WT». — 76., 1. 9 du bas. Au lieu de îltttWp, lire 
ÏTLrr-Dlp: cf. Baba batra, 91 b : N'J^naip TaWI) ÏTPDob ïlh ^». — Ib., 
p. 123, 1. 4, col. 2. Au lieu du vers ttb*3îl ttSttia d5 Jn*^ UN, qui n'a 
aucun sens et est contraire au mètre, il faut corriger, d'après Moed Katon, 

25 b : ïibsnrt nom ds imib d«. — 76., 1. 7. il faut lire "wb"^ ■ai anna* ; 

cf. Houllin, 59 6. — 76., 1. 10. Lire 1DD pb. — 76., 1. 12, col. 2. Le mètre 
exige blDdl, au lieu de bttDl. — 76., 1. 13, col. 1. Lire "ldtlia. 

T. XXXI, p. 67, 1. 20, col. 1. Lire -)DN. — Ib., 1. 7 du bas, col. 2. Lire 

■uaMT -ma*. — 76., p. 68, i. 6, col. 2. Lire ban:n ^atbfcb. — ib., 1. 10 du 

bas. Lire "W b«. — 76., 1. 9 du bas. Lire tfTOBn. —76., 1. 6 du bas. Lire 
!"P3N. — 76., 1. 5 du bas. Lire dX — 76., p. 69, 1. 7, col. 1. Mon ami 
M. S.-J. Halberstam, qui a appelé mon attention sur d'autres fautes d'im- 
pression, propose de lire 1733>D, au lieu de ")73tfid. — 76., p. 72, 1. 9 du 
bas, col. 2. Lire banwb. — D. Kaufmann. 

T. XXXI, p. 120. — Pour compléter ma note sur Azriel Dayiena, je 
tiens à renvoyer e'galement au pniT 1 'ins, de Lampronti, où l'article 
d^OCntûDN (e'd. Lyck, p. 206) mentionne Azriel et son descendant David. 
J'ai vu avec plaisir que M. Kaufmann confirme (p. 62 et suiv.) ma suppo- 
sition que l'e'légie que j'ai cite'e a pour auteur Samuel Anav (p. 123). L'é- 
légie sur la mort d'Aziel Dayiena reproduite à la p. 70 se trouve, avec 
quelques variantes, dans le ms. Merzbacher n° 142. Je ferai remarquer que 
les cinq dernières strophes de cette élégie donnent l'acrostiche ïlO^BîSfî, de 
sorte que le commencement et la fin indiquent le nom d' « Abraham de 
Pise ». La correction de M. Kaufmann (p. 66, note 2) concernant la date 
de la mort d'Azriel est inexacte ; l'indication du catalogue Merzbacher 
(dïTDN bntf, n° 142) est également erronée. L'élégie en question a été faite 
en l'honneur d'un savant du nom d'Eliézer, mort dans l'année H3"l (1498), 
et elle dit, entre autres, que les villes de Forli, Faenza et Castel Bolognese 
pleurent le défunt. La forme de cette poésie fait supposer qu'elle a égale- 
ment pour auteur Abraham de Pise. — Léopold Lœioenstein. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Blau (Ludwig). Origine et histoire de la lecture du Schéma. . . 179 

Bloch (Isaac). Une expulsion de Juifs en Alsace au xvi e siè- 
cle 74 et 247 

Danon (Abraham). Étude historique sur les impôts directs 'et 

indirects des communautés israélites en Turquie 52 

Kaufmann (David). I. La famille c de Pise » 62 

II. Les 24 martyrs d'Ancône 222 

III. Deux lettres nouvelles des Marranes de Pesaro aux 
Levantins 231 

Kohut (G. -A.). Le Had Gadya et les chansons similaires 240 

Lambert (Mayer). h'D, bis, i$ ^ 47 

Lehmann (Joseph). Les sectes juives mentionnées dans la 

Mischna de Berakhot et de Meguilla {fin) 31 

Lévi (Israël). L'origine davidique de Hillel 202 

Oppert (J.). La chronologie de la Genèse 1 

Reinach (Théodore). I. La bataille de Magdolos et la chute de 

Ninive 26 

II. L'empereur Claude et les antisémites alexandrins d'a- 
près un nouveau papyrus 161 

Schreiner (Martin). Contributions à l'histoire des Juifs en 

Egypte 212 

Weill (Georges). Les Juifs et le Saint-Simonisme 261 

NOTES ET MÉLANGES. 

Blochet (E.). oaoêepnhs, *opo<ï>'epnhs, 'APTA<ï>'EPNE2 281 

Gunzburg (David de). Quelques mots sur le Yosippon 283 

Harkavy (A.). I. Un quatrième ouvrage de Juda Hayyoudj 288 

II. Un fragment du Livre des masculins et féminins de 

Moïse ibn Gikatilla 289 

Kaufmann (D.). L'inscription de Riva.. 292 

Kayserling (M.). Notes sur l'histoire des Juifs d'Espagne 124 

Kohut (G. -A.). Les Juifs dans les colonies hollandaises 293 



320 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Lambert (Mayer). I. Notes exégétiques 126 et 274 

II. Le mot ÛV suivi des nombres ordinaux 279 

Lederer. Notes exégétiques. 277 

Lévi (Israël). Encore uq mot sur Hanoucca et le Jus prima 

noctis 119 

Lœwenstein (Léopold). Azriel h. Salomou Dayiena 120 

Poznanski (Samuel). Sur quelques racines hébraïques mé- 
connues 117 

Simon (Joseph). Note sur un document du xiv° siècle 290 

BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). Mose b. Samuel Hakkohen Ibn Chiquitilla nebst 

den Fragmenten seiner Schriften, par Sam. Poznanski. 307 

Blau (Ludwig). I. Die Priester und der Cultus im letzten 
Jahrzent des Jerusalemischen ïempels , par Adolf 

BÙCHLER U3 

II. Analekten zur Textkritik des Alten Testaments, par 

Félix Perles 1 54 

Derenbourg (J.). Assab'iniyya, a philosophical poem in Ara- 
bie by Musa b. Tubi edited and translated by H. H. 

HlRSCHFELD 157 

Lambert (Mayer). I. Die gegensinnigen Wœrter im Alt-und 
Neuhebreeischen sprachvergleichend dargestellt, par 
E. Landau 298 

II. Abriss des bibl.-arameeisch Grammatik , par H.-L. 
Strack 300 

III. Die Anfsenge der hebr. Grammatik, par W. Bâcher.. 302 
Lévi (Israël). Revue bibliographique, 2° et 3 e trimestres 1895... 129 

Additions et rectifications 160 et 318 

Table des matières 319 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



DS Revue des études juives; 

101 historia judaica 

U5 
t. 31 



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